‹ La crise socialeChapitre 4 sur 184 · CHAPITRE PREMIER — LES PROLÉTAIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER — LES PROLÉTAIRES

d'un capitalisme effréné, sans responsabilité, a gaspillé de forces vives.

La machine a contribué à diminuer la valeur professionnelle de l'ouvrier, qui lui était une force de résistance à Texploitation et une source de joies. On parle beaucoup de « la crise de Tapprentissage » ; mais on n'en voit pas la cause. C'est une des pires choses qui soient que le travail sans fierté, pour le pain quotidien seulement. C'est ce travail-là qui provoque les « sabotages » dont nous sommes loin encore d'entrevoir toutes les funestes possibilités.

L'ouvrier n'est donc que campé dans la Cité. En l'isolant, on aurait pu le contenir. Mais le développement de la grande industrie a aggloméré des populations ouvrières considérables. Et c'eût été sans grand péril encore, si l'institution malheureuse du suffrage universel n'avait fait surgir toute une légion de politiciens et de journalistes qui n'ont d'autres fonctions que d'exaspérer Tenvie et la haine.

Tout de même, ces mauvais bergers n'auraient qu'une médiocre influence si le peuple connaissait d'autres éducateurs. Mais on sait ce que devinrent les universités populaires. Celui qui leur porta le premier coup est presque ministre aujourd'hui, et c'est évidement tout ce qu'il attendait du peuple-.

L'éducation populaire ne consiste pas à faire des conférences, comme l'imaginent les cuistres, mais èi vivre en sympathie, à comprendre et à se faire comprendre. Les démagogues, et c'est ce qui fait toute leur force, ont au moins cette apparence de la sympathie. C'est parle cœur qu'on touche le prolétaire.

dont tout le génie, annihilé aujourd'hui, émane du cœur. Les bourgeois ne savent qu'étaler leur sécheresse, leur morgue et leur féroce égoïsme.

Les économistes ont prétendu faire de Touvrier un simple moyen de production comme la machine ; les bourgeois ne le considèrent que comme un moyen de s'enrichir pour jouir. Et c'est ainsi qu'on a allumé toutes les colères, — d'autant plus redoutables que le principe en est juste. Ces colères ne s'éteindront plus : il y a trop de politiciens intéressés à les entretenir électoralement et trop de démagogues qui s'appliquent à les utiliser révolutionnairement.

Certes, le principe même du suffrage universel, qui consiste à faire choisir les dirigeants par les dirigés et à faire juger les supérieurs par les inférieurs, est radicalement absurde. Il semble bien que la métaphysique politique ne puisse aller plus loin dans l'absurde. Et pourtant, que peut-on dire de ce système appliqué à une société en pleine crise, alors qu'il y a toute une classe non incorporée encore et qui représente les plus grandes agglomérations électorales ?. . .

On s'indigne de voir l'antipatriotisme, l'action directe, et autres théories d'insurrection, se propager si rapidement dans le prolétariat : on devrait plutôt s'étonner de ce que ces « intuitions » ne se soient pas déjà généralisées. Il faut au peuple un rude bon sens natif pour résister aux sophismes captieux des doctrines que les docteurs formés aux Facultés d'État élaborent à son usage. Il lui faut aussi un fonds iné-

Page 1