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CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME

Germain-Pilon, 560 fr. En tout, pour 1,200 élèves, 1,100,000 francs.

Mais ces chiffres doivent être doublés, puisque le déchet qui se produit à la fin de la première et de la seconde année est de 67 0/0 à TÉcole BouUe, 55 0/0 à l'École Germain-Pilon, 50 0/0 à l'École Estienne, etc.

Et cela pour faire des déclassés ; car les meilleurs élèves ne seront jamais que des contre-maîtres amateurs, s'ils ne recommencent pas un apprentissage pratique à l'atelier.

Les métiers n'en vont donc pas mieux. Les ouvriers, les syndicats ont toujours déclaré que « c'est rendre un mauvais service à un jeune homme que de lui faire perdre — ou à peu près — trois ou quatre années de sa jeunesse dans une de ces écoles professionnelles ».

Tout ce qu'on pourra dire pour l'apprentissage étatisé ne vaudra point contre ce fait indubitable : la décadence professionnelle que ces écoles, déjà assez nombreuses, n'enrayent point, et la multiplication menaçante des jeunes hommes sans métier.

Voici rÉcole Boulle, par exemple. Quand ils vont jusqu'au bout de leurs quatre années d'enseignement, ce qui est heureusement assez rare, les élèves n'ont appris qu'à avoir des prétentions. Ils sont inutilisables pour l'industrie, s'ils ne refont leur apprentissage. Pour le directeur, électeur influent, l'étude des anciens styles français est du temps perdu. Un professeur est tellement incapable que les élèves ont fait demander son déplacement. Ce fonctionnaire

est un tabou électoral. On a répondu qu'on le changerait quand on lui aurait trouvé une situation équivalente.

A l'École Estienne, ce n'est pas très brillant non? plus. Imaginons qu'il en est de même partout.

La vérité, c'est que l'État ne se peut substituer qu'accidentellement aux corporations et aux familles^ — et son apprentissage vaut son éducation et son assistance.

11 y a un projet de loi sur l'enseignement technique qui va venir en discussion. On va avoir le cours professionnel obligatoire. A supposer que cela ait quelque efficacité, rien ne sera plus facile que de tourner cette loi. il en sera comme de toutes les mesures législatives.

Depuis la fameuse loi Le Chapelier des 14-17 juin 4791 jusqu'à présent, on peut suivre la décadence de l'apprentissage. Certes, la tendance organique au contrat et à la réglementation corporative réapparaît toujours, et il ne serait point difficile de la découvrir dans les syndicats, mais le désordre général l'empêche de se réaliser complètement. Dans son Ètiide^ sur ^apprentissage^ M. J. de Bonne l'indique bien :

(( Dans l'état inorganique actuel du monde du travail, la concurrence effrénée laisse d'une part l'ouvrier à son isolement et fait baisser les salaires, d'autre part le force irrésistiblement à supprimer tout lien personnel, toute entrave, même bienfaisante pour l'avenir, qui le gênerait dans la poussée universelle, où chacun s'efforce de ne pas être écrasé. Nécessité de vivre ou exagération des besoins, grâce

à l'individualisme qui les aggrave tout en supprimant les remèdes, ces causes profondes entraînent, dans une proportion croissante et inévitable, la fin deTapprentissage. Elles doivent aussi rejeter chaque obstacle particulier qui voudrait corriger quelqu'un de leurs effets ».

Ainsi donc, une organisation d'ensemble s'impose, et des libertés dans l'État sont nécessaires. Ce sont les syndicats qui peuvent seuls rétablir l'apprentissage. Nous citerons encore M. J. de Bonne :

(( Cette organisation doit être la corporation dans ses limites corporatives qu'elle ne dépassera point, mais que nul étranger au métier ne franchira du dehors; elle a droit, comme jadis, à un blason qui la distingue, qui traduise dans un emblème sa légitime fierté d'être et de posséder. Elle exige de n'être qu'elle-même, mais elle-même pleinement, plus que dans la dernière période de son histoire passée, où le déplacement trop fréquent de ses frontières risquait d'affaiblir peu à peu sa raison d'existence, plus surtout que sous le régime socialiste d'une démocratie économique, où dominerait la tyrannie administrative des plus rusés ou des plus violents, si l'on voulait logiquement éviter l'aristocratie des compétences et des aptitudes ».

La corporation devrait aussi assurer les travailleurs contre les divers risques du métier, k. son défaut, la loi sur les accidents du travail s'imposait (1) ; mais elle ne peut s'étendre à toutes les

(!) La statistique des accidents du travail eu 1907, d'après les ordonnances et les jugements rendus dans l'année, établit

professions et elle n'est pas sans gêner l'industrie. Elle a eu pour effets, entre autres, de soumettre certains médecins à des tentations auxquelles ils ne résistent pas toujours et de créer une maladie nouvelle : la sinistrose.

Les retraites ouvrières, non plus, ne justifient point l'étatisation. On sait ce qu'ont donné l'initiative aux États-Unis et en Angleterre, la liberté subsidiée en Belgique et en Italie, la liberté encouragée en France, l'assurance obligatoire en Allemagne et en France, enfin la pension complémentaire en Danemark, en Australasie et en Angleterre.

Aucune de ces solutions n'est satisfaisante. On ne supplée point l'ordre organique. Entendons la famille, la corporation, la commune. La prévoyance individuelle elle-même est antisociale. Elle aboutit au malthusisme, au célibat égoïste, sinon à l'infanticide. La vraie prévoyance, c'est de donner toutes ses forces à la famille, c'est de tout dépenser pour bien élever ses enfants, pour en faire des valeurs sociales. Ce sont les enfants, dans la famille reconstituée, qui feront une retraite aux vieux, et plus ces enfants seront nombreux, mieux ils auront été élevés, plus cette retraite sera sûre, affectueuse, honorée. Quand un accident surviendra, c'est la corporation qui y

qu'il y a eu 2,413 cas de mort et 23,725 blessés, soit un total de 26,138 accidents de personnes. Parmi les blessés, il y a eu 141 cas d'incapacité permanente totale. Parmi les tués et les blessés, il y avait 781 hommes et 120 femmes de moins de 16 ans. Les décédés ont laissé 1,853 conjoints, 2,675 enfants et 557 ascendants.

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