CHAPITRE ÏV — LE SYNDICALISME
Quant à ceux qui ne s'enrôlent pas dans les bandes d'apaches, ils augmentent silencieusement la cohue formidable des inemployés, sans-métiers, trimardeurs, du résidu, — du quint-état en un mot, — qui accumulent leurs désespoirs, leurs souffrances et leurs haines, en attendant Theure tragique de l'explosion, où tout se payera : Tégoïsme féroce de la bourgeoisie, la niaiserie veule du prolétariat, la corruption des dirigeants, l'infamie de tous, et le reste...
Est-ce à dire que les lois ouvrières sont la cause de ce qu'on a appelé la crise de Tapprentissage? Non pas. Elles ne sont que des effets, les expédients pour suppléer tant bien que mal les groupes sociaux que la Révolution a dissous.
On a dit que le machinisme a nécessité une forme d'apprentissage que les corporations n'ont pas connue. On en a conclu que la crise de l'apprentissage se fût produite, même si les travailleurs étaient restés organisés. C'est oublier que les groupes sociaux sont toujours assez souples pour s'adapter aux conditions nouvelles. Ce sont les mécanismes législatifs qui manquent de souplesse, non les libertés organisées.
Peut-être, le développement monstrueux de l'industrialisme, qui s'est fait en broyant des vies d'enfants et des âmes de femmes dans l'engrenage de ses machines, eût-il été plus lent. La civilisation vraie n'y eût rien perdu. L'industrialisme effréné, au prix qu'on sait, peut exciter l'imbécile admiration des Homais, Bouvard et Pécuchet, au fond il n'est qu'un retour déguisé à la plus dure barbarie.
Il n'y a plus d'apprentis, il n'y a plus d'apprentis-
sage, il n'y a plus de bons ouvriers. On ne forme plus d'apprentis, ou on les forme mal, on ne trouve plus assez de bons ouvriers.
La crise de l'apprentissage tient à la désorganisation corporative et à la dissolution de la famille. Les expédients philanthropiques ou législatifs n'y peuvent rien. L'enseignement professionnel d'État n'est qu'un débouché pour quelques fonctionnaires inutiles.
L'homme s'élève dans la famille, l'ouvrier se forme dans la corporation. Pour que toutes les fonctions sociales s'accomplissent, il faut reconstituer les organes, et leur rendre leur jeu. Sans doute, c'est contre notre anarchie parlementaire ; mais on ne supplée point la vie.*
L'État n'y peut rien. La loi est insuffisante. Elle le sera toujours. Elle ne peut ne pas l'être, pour les 600,000 enfants du prolétariat qui ont à apprendre un métier.
Relevant du ministère du Commerce, on compte 60 écoles pratiques, 4 écoles nationales professionnelles, 6 écoles professionnelles à Paris. Il y a aussi des écoles dépendant d'autres ministères, des écoles départementales et municipales, des écoles privées et 4,000 cours professionnels. Les écoles ont 20,090 élèves et les cours 60,000.
Relevons ces détails. Ils nous éclairent sur ce que peut être l'enseignement officiel. Voici le prix de revient d'un élève pour chacune des écoles professionnelles de Paris : Pour Diderot, 1,250 fr. ; pour Bernard Palissy, 435 fr. ; pour Dorian, 1,240 fr. ; pour Estienne, 965 fr. ; pour Boulle, 1,075 fr. ; pour