CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME
de Tentrepreneur, et il y a les risques. Les associations ouvrières de production, gérées par les travailleurs eux-mêmes, ne peuvent distribuer des salaires beaucoup plus élevés que les patrons, et quelquesunes font faillite. Dans ces conditions, s'acharner à cette fin d'élever les salaires, nominalement, c'est ne j poursuivre que des apparences, troubler l'industrie i et le commerce pour rétablir en fin de compte les I mêmes rapports, c'est-à-dire, avec des chiffres différents, le même pouvoir d'achat du salaire. j Lorsque les dictateurs prolétariens de la C. G. T. attribuent aux grèves et à toutes les formes d'action I directe qu'ils inspirent l'augmentation des salaires et la diminution des heures de travail, ils sont ingénument optimistes, comme tous les fonctionnaires et les dirigeants irresponsables, — et par là ils nous démontrent que ceux de demain auront les mêmes j vices que ceux d'aujourd'hui. Ils se leurrent. I Sans doute, l'ouvrier parisien qui gagnait en (moyenne 6fr. 37 en 1896 recevait 7 fr. 19 en 1906, jsoit une augmentation de 12,5 0/0, et, dans le même I temps, en province, les salaires passaient de 3 fr. 85 là 4 fr. 10, soit une augmentation de 7 0/0. Mais ipeut-on considérer cela comme une amélioration du sort de l'ouvrier et l'attribuer aux grèves? Nous ne le croyons pas. D'abord, parce que le coût de la vie a suivi exactement la même progression, ensuite, parce que les chômages ont été plus fréquents ; enfin, parce que cette ascension a été bien plus considérable et réelle avant l'extension des syndicats et la pratique cca?ante des grèves.
Eli effet, c'est surtout de 18j1 îi 1874 que s'est élevé le prix de la main-d'œuvre, de plus du double, exactement 55 0/0. De 1874 à 1892, ce prix s'est élevé encore de 30 0/0. Et jusque-là, on peut dire que celte progression était réelle, puisqu'on a pu établir que, pour la période de 1853 à 1903, le coût de l'entretien global d'une famille ouvrière ne s'était pas accru de plus de 20 0/0. Mais pour ces dernières années (de 1895 à 1906), si les salaires ont haussé de 12,5 0/0, en quatre ans (de 1905 à 1908), le budget de dépenses des Parisiens s'est enflé de plus de 18 0/0.
Au reste, c'est parce qu'ils ont éprouvé les inconvénients de la grève partielle que les syndicalistes ont imaginé la grève générale. Gribouille est éternel.
Les grèves générales corporatives et régionales qui doivent préluder à la grève générale auront-elles plus d'efficace? On ne peut répondre qu'en se répétant. La grève ne produit ni n'organise, elle ne saurait accroître réellement le bien-être général. C'est de la guerre. Quand elle triomphe, ses prises, comme i les rançons de la guerre, ne se renouvellent point. Elles compensent à peine les pertes.
Quant à la grève générale elle-même que préconisa M. Briand,en 1892 et 1894, dans divers congrès ouvriers, c'est la révolution sociale uniment. Et ce mythe n'*a peut-être pas d'autre signification que de nous montrer comment, sous un régime parlementaire, on devient ministre.
Mais cette conception de la grève générale dans le peuple tient à un ensemble très complexe d'impulsions inconscientes, d'idées simplistes, d'instincts