‹ La crise socialeChapitre 49 sur 184 · CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME

famille fortement constituée, c'est déjà, pour lui, un État dans TÉtat.

Voyez Clemenceau. Un jour, dans l'opposition (de personnes, non de principes), il écrit : (( Chez nous, le syndicat ouvrier se trouve en présence de deux partis : Tun qui favorise son éclosion et veut lui assurer la liberté nécessaire (c'est le parti avancé, allant du simple radical au socialiste révolutionnaire), l'autre qui lui suscite tous les obstacles, ferme les Bourses du travail, expulse les syndiqués, les frappe spécialement en temps de grève (c'est le parti gouvernemental, exécuteur hypocrite des haines réactionnaires) )). Plus tard, au pouvoir à son tour, il s'aperçoit qu'une organisation, si fragile et hésitante qu'elle soit, est un obstacle à la décomposition parlementaire qu'un ministre doit favoriser, — et il n'en veut pas, il n'en peut vouloir.

Le socialisme lui-même s'opposera à toute organisation, quand il sera le parti gouvernemental. Un de ses meilleurs penseurs actuels, M. Georges Sorel, nous le dit : « Le parti a pour objet, dans tous les pays et dans tous les temps, de conquérir l'État et de l'utiliser au mieux des intérêts du parti et de ses alliés ».

C'est pourquoi il nous faut admirer le sens pratique du prolétariat syndical, dont l'intuition s'est élevée à hauteur de génie social quand, en 1894, il s'est définitivement détaché du socialisme.

Il n'est pas contestable que le syndicalisme est troublé par d'énormes et dangereuses erreurs. Mais, à Texamen, on reconnaît qu'elles lui sont étran-

gères. Nul doute qu'il ne s'en dégage pour peu qu'on lui tacilile cette opération.

Tout en restant très idéaliste, l'ouvrier croit se donner une apparence « scientiiique » en affectant un économisme étroit et dur et un grossier matérialisme. Ce n'est qu'une attitude.

La (( lutte de classe », c'est du marxisme allemand. Or le syndicalisme est bien français. Il y a là un élément étranger qu'il ne s'assimilera jamais. Les collectivistes fuient d'abord les adversaires déclarés du syndicalisme. Ils ne l'ont accepté, en rechignant, que lorsqu'ils en furent débordés dans les congrès, et avec Tintention évidende de l'infecter de leurs idées et de l'utiliser pour leur politique. Le collectivisme, suivant M. Jaurès, c'est la démocratie (au sens quantitatif) sociale s'ajoutant à la démocratie politique; et le syndicalisme, essentiellement qualitatif, est précisément tout le contraire : l'organisation sociale absorbant l'élément désorganisateur qu'est le parlementarisme. Les syndicalistes veulent: secouer le joug de la foule, du nombre amorphe et passif. Ils n'admettent que les corps constitués. La C. G. T. est une dictature. Nous savons bien qu'ils en sont encore à a la socialisation des moyens de production », à « l'atelier sans maître », et autres balivernes socialistes ; mais puisqu'ils ont reconnu déjà l'absurdité du suffrage universel, qui est « le communisme du pouvoir politique », comme le dit M. Jaurès, ils ne peuvent point ne pas reconnaître l'absurdité du communisme économique, qui serait le suffrage universel à l'atelier, la généralisation du

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