CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME
parlementarisme, c'est-à-dire récroiilementde la civilisation. Et ne n'est pas là seulement une attitude d'impulsive révolte anarchique contre tout ce qui est de l'État. C'est une instinctive réaction d'ordre. Le syndicalisme, pour lui-même, dans son administration intérieure, n'accepte point le dogme de toutes les anarchies, le suffrage universel, l'absurde déité du nombre. La C. G. T. n'admet que le suffrage par organisation. Ce sont les syndiqués conscients et énergiques qui agissent pour le troupeau aveugle et veule. C'est de quoi s'indignaient un jour rHumanité et rÈvdl démocratique en reproduisant ce tableau à propos d'an vote émis au congrès corporatif d'Amiens :
Rapport de la Voix du Peuple
Syndicats ayant voté pour : Adhérents
Bouchers-charcutiers d'Amiens 7
Habillement et campement 7
Lithographes 46
Verriers de Martainneville 47
Confectionneurs. 38
Textile 51
Total . . . 196
Soit 6 voix.
Syndicats ayant voté contre : Adhérents
Coupeurs-tailleurs d'Amiens 150
Typographes 200
Tisseurs 256
Employés 334
Teinturiers 750
Chemins de fer 1.007
Total. . . . 2.697
Soit 6 voix.
Conclusion: 196 adhérents avaient droit exacte-ment au même nombre de voix que 2,697 autres.
C'est précisément de ce juste mépris des majorités i qu'il faut louer le syndicalisme. Rien ne montre! mieux combien il est antiparlementaire, c'est-à-dire • profondément organique.
La C. G. T. est bien une dictature ouvrière. Dictature incohérente encore, peu éclairée, mal exercée? ! — Là n'est pas la question. Une dictature se redresse, un parlement ne peut que s'enfoncer toujours plus dans la démagogie. On peut être assuré que les vices, les ignorances, les maladresses de la C. G. T., — qui sont graves, certes, — tiennent en grande partie à ce qui subsiste chez ses militants de superstition majoritaire, à la timidité d'une dictature qui n'ose s'avouer.
On nous dira que les chefs de la C. G. T. sont des révolutionnaires et des anarchistes et que leurs tendances sont au contraire contenues par la majorité plus modérée. C'est une erreur. Un prolétaire instruit par la pratique, qui prend la direction d'une entreprise, qui assume une responsabilité, quelles que soient ses opinions préconçues, est toujours un prudent empirique.
F. Pelloutier, qui fut le fondateur de la Fédération des Bourses du travail, disait : <c Nous sommes les ennemis irréconciliables de tout despotisme, moral ou matériel, individuel ou collectif, c'est-à-dire des lois et des dictatures, y compris celle du prolétariat ». C'est qu'il ne se détmissait pas sa propre pensée, embrumée par l'atmosphère des réunions