CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME
L'agitation démagogique n'est qu'en surface. Ce sont les meneurs surtout, anciens socialistes pour la plupart, qui l'entretiennent. Nous le savons : il manque au syndicalisme une tête, une direction sage et éclairée.
Les erreurs d'un syndicaliste, qui n'est qu'ignorant, se peuvent rectifier. Elles se rectifient même spontanément, dans la pratique. Ici, on ne se trouve point devant des appétits inavoués, une ambition de pouvoir ou de richesse, un esprit grisé de logique, mais en face d'une ingénue sincérité et du bon sens. Cela ne résiste point à la leçon des faits, si rude parfois. Déjà, la culture verbale commençait à hébéter le peuple. Le syndicalisme empêchera ce « sabotage des intelligences ». Que disons-nous? Il convertit les saboteurs. Au congrès de leurs syndicats, à Lyon, les instituteurs ont exprimé des sentiments professionnels inattendus. Ils ont déclaré, entre autres : « Le congrès considère que le syndicat est un moyen de perfectionnement professionnel, que l'un de ses buts, c'est Tacquisition d'une compétence technique ». Ce n'est pas, certes, le seul ; mais c'est peut-être le plus signalé service que le syndicalisme puisse rendre à l'ordre social. Le parlementarisme, au contraire, se soucie peu des compétences, il s'en méfie même : il ne lui faut que des électeurs. Ce sont les nombres qui s'additionnent dans les scrutins, et non les valeurs qui s'estiment. Il persuade aux citoyens qu'ils n'ont que des droits, et par là il énerve et abrutit. Le syndicalisme, même dans sa confus^!on présente, édicté quelques devoirs. S'il
^gare parfois les énergies ouvrières, faute de lumière directrice, il ne les corrompt point et il les exalte ; il cultive la vis sociativa.
Comme le disait fort bien M. Millerand à Carmaux, en octobre 1902 : « Sans elle (l'organisation ouvrière), le prolétariat demeure à Tétat de poussière livrée h tous les hasards. Par elle, il prend conscience de sa force, et aussi de ses responsabilités. Dans ses syndicats, dans ses Bourses du tra- 1 vail, dans ses associations de tous genres, il apprend, pour son plus grand profit, comme pour celui du pays tout entier, à se mesurer avec les réalités, à régler son action et sa marche ».
Le syndicalisme ne reconnaît que les métiers, il ne considère que les classes. Les partis, qui fomentent toujours la guerre des pauvres contre les riches, n'ont aucun sens pour lui. S'il parle des « jaunes » et des « rouges », c'est qu'il ne s'est pas encore complètement débarrassé du verbiage révolutionnaire. Mais il a découvert la détestable machination politicienne que fut Fanticléricalisme. « S^il n'est pas fait allusion à la neutralité religieuse (dans les statuts de la C. G. T.), dit M. Emile Pouget, c'est uniquement parce qu'en France ces croyances sont un vestige du passé qui s'abolit de jour en jour et dont il n'est plus question dans la vie courante ». Dernièrement, M. de Mun écrivait : « A Méru, le nouveau chef de la C. G. T., pour son discours de début, ; déclare qu'il ne s'agit pas de savoir si les ouvriers i sont catholiques ou non, mais si leurs salaires sont i suffisants, elles ouvriers applaudissent ».