CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES
Icandidats officiels (1). Les magistrats n'ont plus de principes fermes. Ils pourraient, sans dommages, •être remplacés par des croupiers : rouge ou noire, acquittement ou condamnation. C'est aux politiciens qu'on s'adresserait pour les martingales infaillibles. L'armée fermente d'indiscipline et n'a plus d'âme. Les officiers ne sont plus que des fonctionnaires. Plus il y a d'instituteurs et d'écoles, plus il y a de brutes certifiées, voire illettrées. Les ateliers d'État, les arsenaux, produisent de moins en moins, sinon
(1) Méditons cet extrait du rapport sur l'administration de la justice criminelle en 1906, paru dans le Journal Officiel du 8 juin 1909 :
« Le nombre des affaires classées sans suite s'est élevé, en 1906, à 323,472, sur un total de 551,893, ce qui, par rapport au total des affaires introduites devant les Parquets, donne une proportion de 59 0/0. On a compté, en 1906, 2,457 classements de plus qu'en 1905 ; d'ailleurs, depuis soixante-quinze ans, la proportion des affaires classées n'a pas cessé de croître, comme l'indique le tableau suivant (moyenne annuelle pour 100) :
« Près du tiers des affaires classées en 1906, soit 103,233 ou 32 0/0, ont été abandonnées parce que les auteurs sont restés inconnus, La proportion diffère suivant qu'il s'agit de crimes ou de délits. En matière de crimes, 9,026 affaires sur 13,026, ou 69 0/0, ont été classées pour ce motif ; en matière de délits, la proportion n'est que de 30 0/0 ».
de plus en plus mal. Les routes se défoncent, elles^' ne sont plus entretenues, les malfaçons et la gabegie i sont,dans tous les travaux publies. Les commerçantset les industriels se plaignent des services de transports, des postes, télégraphes, téléphones, etc.
C'est que les fonctions publiques, des petites aux. grandes, ne sont plus que des primes électorales. Il I en est de même des distinctions et autres faveurs; il i en est de même — ô charité républicaine ! — de- Tassistance.
M. Fernand Nicolay a cité cet extrait d'un rapport de la Cour des comptes (1) : « La Cour a constaté que, sur les sommes remises chaque année au préfet de la Seine, pour être distribuées aux pauvres, pour secourir les misères urgentes, une partie avait reçu une autre destination... On s'était servi de Targent des indigents pour payer des loges au Théâtre-Français et à la Porte-Saint-Martin ; des subventions au ! théâtre d'Application, à l'Observatoire du Trocadéro, à la Chambre syndicale de THorlogerie, à la Société des gens de lettres, à des Sociétés d'escrime, et môme des allocations pour la fête de la Mi-Carême ! »
M. Fernand Nicolay nous rappelle aussi que le personnel de l'Assistance publique, qui s'est accru de^ 7,000 employés nouveaux en dix ans, coûte 26 millions de francs, soit les deux tiers de l'énorme budget de la charité officielle. Ainsi, sur 100 francs donnés pour les pauvres, il leur en revient à peine
(1) Ce que les pauoî'es pensent des riches.