CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES
employé, et c*est une manière d'éducation que de faire participer tous les citoyens à un acte vraiment social.
Le grand nombre des fonctionnaires dans les postes et télégraphes, aux colonies, aux écoles, à Tarmée, par exemple, l'extension des services publics, sont un signe de force, de prospérité et de civilisation.
Et puis, dans une démocratie organique, est-ce que tous les travailleurs ne deviennent pas, en fait, des fonctionnaires sociaux?
Ce n'est donc pas à restreindre le nombre des fonctionnaires que nous devons viser ; mais bien plutôt à généraliser, dans toutes les professions, les devoirs essentiels qui subordonnent toute activité à l'intérêt public.
Toutefois, ce n'est pas ce que les chiffres cités plus haut indiquent. Évitons donc, d'abord, la confusion courante.
Le régime électoral et parlementaire, pour se soutenir, multiplie, et nécessairement, les sinécures, mais non pas les services sociaux. Il est même enclin à réduire ceux-ci pour faire de la place.
Il ne saurait en être autrement. Tout le système manœuvre électoralement. Les comités préparent, les partis conquièrent, les élus représentent les vainqueurs, et les ministres répartissent les dépouilles. Les sinécures sont les plus recherchées.
On entend bien qu'un électeur influent, un secrétaire ou président de comité, un commanditaire de l'entreprise électorale, un député sans espoir ou embarrassant n'accepteraient point d'être institu-
leurs, douaniers, agents des postes et télégraphes ou cantonniers. Ils n'accepteraient même pas, en 'fussent-ils capables, d'effectuer un travail en rapport avec les appointements.
C'est ainsi qu'on est amené à restreindre autant qu'il se peut le personnel des services utiles, trop faiblement ou justement rémunérés, et à multiplier }es sinécures. Et, plus on en crée, plus on éveille de convoitises, plus le mal s'aggrave. Si, à la suite d'une réaction de l'opinion publique, nos dirigeants se voyaient obligés de supprimer telle ou telle sinécure, on peut être assuré qu'ils la reconstitueraient ailleurs ou qu'ils se dédommageraient sur les fonds secrets. Le sinécurisme est indispensable au régime. Le gouvernement républicain parlementaire ne se peut soutenir autrement. D'ailleurs, le suffrage universel, livré à ses propres impulsions désordonnées, ne serait même pas capable de nous conserver cette fa- -çade. Mieux vaut encore l'exploitation en coupe réglée d'une bande que la pratique sincère du suffrage universel. C'est tout le système qui est à refondre.
' C'est là qu'est le mal, dans le fonctionnarisme politicien, parasitaire, entendons dans le sinécurisme et dans l'esprit sinécuriste, qui tendent à faire de tous nos électeurs radicaux-socialistes des parasites vivant sur le reste de la nation. Ainsi, la pérennité du régime est assurée.
La police est débordée, semble-t-il. Au reste, elle •hésite à arrêter des apaches qui peuvent être des électeurs influents de député ministériel, sinon des