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CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES

cunes de nos grandes colonies ne sont de peuplement, on ne peut s'y garder sain de corps et d'esprit plus de cinq ans. Les administrateurs coloniaux ne devraient être engagés que pour cinq ans au plus.

M. Emile Borel, dans la Revue du Mois, réclame pour le fonctionnaire toute facilité a de quitter une administration, de passer d'une administration à une autre... » Nous y consentons, mais, plus largement, à condition que tous les travailleurs de tous les métiers, comme il convient à une démocratie organique, soient considérés comme des fonctionnaires. Or, les fonctions publiques étant celles qui demandent le moins de connaissances spéciales, et donc qui nécessitent le moins d'apprentissage, ce. sont celles où les mutations doivent être le plus fréquentes.

Ne nous en plaignons pas. Ce sera heureux que beaucoup de citoyens puissent passer par les services publics, et ainsi se rendent compte delà complexité des rouages de l'ensemble social. Ce sera une éducation civique par Texpérience, qui dissipera bien des utopies, aiguisera la critique éclairée et formera Tesprit positif.

Nous proposons encore que les fonctionnaires soient responsables, et donc révocables s'ils manifestent de rincapacité ou de la négligence.

Pas d'examens ni de concours, parce qu'on ne peut déterminer ainsi les qualités de caractère, qui sont les principales pour les fonctions d'État, ni même celles d'intelligence. L'avancement se fera désormais au choix, dans tous lescas, par les chefs responsa-

sables (1). Il sera facile, par des peines sévères, s'il y a lieu, d'empêcher le favoritisme et le népotisme.

On nous a fait remarquer, et c'est d'une fine psychologie, que « tout grand homme aime à s'entourer de médiocrités ». Il ne faut pas, en ces matières, abuser de la psychologie. Nos rois savaient, ce semble, choisir leurs ministres, et Bonaparte ses maréchaux. Auguste Comte a préconisé l'hérédité sociocratique, et ce n'est pas sans de fortes raisons. Une responsabilité précise rectifie les humeurs individuelles. Les forces sociales qui forment notre volonté sont autrement puissantes que les associations d'idées qui provoquent nos fantaisies. Un chef d'industrie s'entoure non pas de la société qui lui est agréable, mais de techniciens qui lui sont profitables. Il y a aussi une responsabilité morale qu'on pourra susciter avec une opinion publique organisée.

Plus de (( droits acquis », plus d'automatisme cher à l'inertie des budgétivores, plus de filière avachissante, plus de retraites spéciales : le fonctionnaire

(1) Notre ami Henri Mazel préconise cette ingénieuse combinaison du choix et de l'automatisme : a Un accroissement automatique très faible, 100 francs par an, si l'on veut, mais permettant atout officier ou fonctionnaire assimilé qui n'a pas démérité de gagner 3,000 francs à 30 ans, et 6,000 francs à 60, ei un avancement en grade ou en titre de 1,000 ou 2,000 francs qui lui serait conféré au choix )). On peut essayer, il n'y a pas de grands inconvénients ; mais non plus nous n'y voyons pas d'avantages sociaux. Les fonctions publiques doivent être confiées surtout à des hommes de caractère. Peut-on croire que <î'est par la promesse de Taugmentation automatique des appointements qu'on les suscitera ?

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