CHAPITRE PREMIER — LES FONCTIONNAIRES
tules, rhomme digne s'etface, et Tintrigant, le bon à tout, c'est-à-dire le bon à rien, sauf de solliciter, remporte.
Au surplus, les grandes compagnies, les grandes maisons cherchent toujours à réduire ces gros appointements. Elles ne payent que ce qu'il faut et rien que ce qu'il faut. Elles se fixent sur les résultats, sur l'état des affaires et sur l'offre. Si TÉtat tenait compte de ce jeu de l'offre, il ferait incontestablement de sérieuses économies, qui lui permettraient d'être plus juste envers ses forçats à 70 francs par mois, soit en les rétribuant mieux, soit en les surmenant moins par l'augmentation du personnel, et donc serait meilleur administrateur. Ce n'est pas à restreindre le budget administratif qu'il faut viser, au contraire ; mais à mieux l'ordonner, et pour la société française, non pour la curée d'un parti.
En supprimant le majorât absurde, injustifiable, des bacheliers, en ne faisant plus ainsi de certains emplois d'État — les moins nécessaires, en général — un privilège, et un privilège de classe injustifié, on aurait un meilleur recrutement. Et d'abord, parce qu'on ferait appel à toutes les bonnes volontés. Il y a, dans le peuple, des énergies splendides, des intelligences claires, des cœurs ardents, toute une force d'humanité qu'on laisse se perdre ou dévier. L'État y trouverait les hommes qu'il faut pour chaque fonction, et au meilleur compte.
Nos bacheliers considèrent qu'ils n'ont que des droits, ceux à qui nous pensons ne se reconnaîtraient que des devoirs. Ceux-là sont des sinécuris-
tes-nés, ceux-ci seraient de vrais fonctionnaires sociaux. Ceux-là ne tiennent tant aux fonctions publiques que pour les avantages qu'elles procurent, pour || les privilèges singuliers qu'elles confèrent; ceux-ci ne les rechercheraient que pour y agir socialement.
Ce n'est donc pas par envie démagogique que nous nous élevons contre les privilèges spéciaux du [ fonctionnarisme, c'est uniment pour que les bacheliers y tiennent moins et pour que les hommes d'action y puissent prétendre.
Et ceux-ci se distinguent de ceux-là, ils se reconnaissent par le désintéressement, le mépris de la a retraite », de 1' « avancement automatique », des- i « droits acquis », l'indifférence aux titres, le souci constant de toutes les responsabilités assumées, le goût de l'initiative, du travail fécond, de la discipline, en un mot, le sentiment profond de la grandeur et de l'efficacité de Tœuvre sociale à laquelle on participe.
Dans un projet de statut, M. l'abbé Lemire propose (( de garantir à tout fonctionnaire la propriété de son grade, de le protéger contre les révocations injustes par le recours devant un tribunal spécial ».
Nous ne sommes pas si évangéliques. Nous proposons qu'il n'y ait plus que des fonctions utiles ne constituant aucun privilège perpétuel, c'est-à-dire que le fonctionnaire soit fait pour la fonction utile, et non celle-ci pour celui-là.
Il y a des fonctions qui sont essentiellement provisoires, qui ne sauraient donc être des carrières définitives : celle des coloniaux, par exemple. Au-