‹ La crise socialeChapitre 97 sur 184 · CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE

mêmes effets. Mais, dorénavant, la société étant plus complexe, les causes étant plus anciennes, plus nombreuses, plus virulentes, les effets seront bien plus graves.

II y a trop de confusion dans les esprits et aussi trop d'incertitude dans les cœurs pour qu'on puisse espérer un réveil spontané du bon sens national. Maintenant, nous ne pouvons nous arrêter qu'au bas, dans la ruine et le chaos. Et alors, ce sera peut-être le tragique Grand Soir. Les révolutionnaires ne seront peut-être pas les moins surpris de cet événement, ni peut-être même les moins inquiets. Au reste, après les quelques années de parlementarisme que nous avons à subir d'ici-là, — sous quelque sys- ! tème ingénieux de représentation que ce soit, — il ne restera plus rien à perdre pour les bourgeois ni plus grand'chose à gagner pour les insurgés. Gela simplifiera beaucoup la liquidation sociale et précipitera le dénouement.

Après la brève bombance de la prise au tas communiste, il faudra bien, pour ne pas mourir de faim, se reprendre et travailler. L'ordre y est nécessaire. On s'en apercevra aussitôt. Le besoin social de la sécurité ne tardera point à se faire sentir aussi vivement. Par la souffrance, nous réapprendrons le bon sens. Dans la barbarie, nous reconnaîtrons ce que vaut la civilisation. Parle fait, nous nous instruirons des principes essentiels de la politique positive. Et la bonne terre nourricière de France fera le reste.

Mais, nous le répétons, dans la tourmente qui s'annonce, une œuvre positive de liberté dans la

paix et de justice dans l'ordre ne saurait se maintenir. Dans ce chaos, les voix sages n'ont qu'à se i taire : on ne les entendrait plus ; les bons ouvriers n'ont qu'à se reposer : on ne les aiderait point ; on ne les laisserait pas achever leur ouvrage. Nous en avons fait l'expérience.

Il n'y a que ce qui est sot et bas qui flatte l'humeur populaire et n'inquiète point les puissances du jour. Dans une démagogie, toute force individuelle est ennemie ; dans une anarchie parlementaire, toute force sociale est antagonique. 11 n'y a de cohésion que pour lasser l'une et briser l'autre.

Ce système ne gouverne pas des forces, il ne subsiste que par le gâchis, il ne dure que par Tuniverselle lâcheté. Bourgeois imbéciles, jouisseurs et rapaces, intellectuels vaniteux et sots, fonctionnaires mollusques, travailleurs sans intelligence et sans vertu, — tous lâches, ayant horreur de l'initiative, de l'effort, des responsabilités, et, depuis qu'ils bafouent l'enfer chrétien, tremblant dans leur peau de tous les enfers imaginaires ou grotesques qu'ils se sont inventés (1).

(1) laine avait déjà indiqué les cauchemars bourgeois : (( Nous n'avons plus l'idée de la mort, non plus que celle d'aucune chose extrême. Nous sommes sortis de l'état tragique. Si nous entrevoyons un grand malheur à l'horizon, c'est tout au plus un coup de bourse qui nous fera passer du premier au quatrième étage. Ce qui remplit notre imagination, c'est une infinité diversifiée de petits plaisirs ou tracas, visites, écritures, conversations, échéances et le reste » {Voyage en Italie). Les enfers et les paradis prolétariens ne sont guère moins ignominieux, encore qu'aussi laïques.

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