CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE
Une action d'organisation serait un non-sens, elle ne serait pas possible aujourd'hui, car elle s'anime de vastes propos, elle est de la vie sociale et ne peut se développer que dans la liberté (1).
La vie sociale implique des devoirs, et la liberté exige des volontés. Même si le parti qui exploite l'État républicain tolérait une activité sociale dont le ! premier résultat serait de réduire son autorité et i partant ses profits, on ne saurait attendre de Télecteur, instruit par maître Aliboron, façonné par Tamuseur, le journaliste et le politicien, abêti parle cabaret, la loterie, les courses et le café-concert, qu'il se reconnaisse des devoirs, sinon envers Dieu, du moins envers soi-même, sa famille et sa patrie,
(I) En octobre 1904, nous écrivions ingénument à M. Clemenceau : ({ Je viens de lire votre article sur la liberté. Bien que je sois très pris, en ce moment, par la reconstitution de rUniversité populaire qu'on a pu désagréger, grâce à l'incohérence de nos lois sur les associations, je tiens à vous soumettre quelques réflexions.
{( Vous êtes, en toute sincérité, pour la liberté, mais vous êtes, en révolutionnaire bourgeois, pour une liberté de négation. Nous sommes, quelques-uns, très peu, il est vrai, qui voulons la liberté pour agir. Et comme nous savons bien qu'on ne fait pas sa part à la tyrannie, celle des foules comme celle des maîtres, nous voulons la liberté pour tous, — même pour les congrégations. C'est la meilleure garantie que nous ayons pour nous-mêmes. J'en sais quelque chose, puisque, hier encore, j'ai pu être traité chez moi, par un administrateur judiciaire, accompagné d'un commissaire de police et d'un serrurier, comme un simple chartreux. Cela n'a scandalisé que mes amis, qui sont des naïfs.
(( Vous comparez les congrégations à Tesclavage. Ce n'est pas la même chose. L'esclave est contraint par la force, — et il y a des lois pour réprimer ce crime. Le moine n'est engagé que
et qu'il se fasse une volonté d'airain pour les remplir.
Cet électeur n*est-il pas le nombre, c'est-à-dire le Souverain, et n'a-t-il pas que des droits?...
Ce n'est pas à dire, certes, qu'il n'y a plus, en France, que des brutes. Ce n'est pas en quelques mois d'ivresse démagogique qu'un peuple peut dilapider tout son capital moral et social, accumulé par dix siècles de discipline politique et religieuse et d'effort mental.
Mais la misère de ces temps troublés est telle que ceux-là mêmes — nombreux sans doute — qui restent encore imbus de sentiments sociaux ne sa-
par sa foi. En prononçant ses vœux, il fait un usage de la liberté qui vaut pour lui. Un citoyen reste libre quand il se subordonne volontairement à un ensemble. La liberté ne s'exerce qu'en s'organisant. Le croyant n'est libre vraiment que s'il peut vivre selon sa doctrine et agir pour elle. Toutes les religions ont leurs congrégations, — même la religion radicalesocialiste, — toutes les idées ont leurs groupements.
({ Vous me direz que cette adhésion a été, le plus souvent, obtenue par des promesses ou des menaces, en tout cas par une compression de l'intelligence. Cela revient à dire que les raisons catholiques, les méthodes religieuses ne sont pas les vôtres.
(( Vous proposez de faire de ces moines des a évadés malgré eux ». De quel droit ? Vous êtes dans l'arbitraire. Aujourd'hui, c'est vous qui tranchez; demain, ce seront d'autres. La liberté de penser implique, ce semble, la liberté de méthode.
« Vous dites encore que ces moines, puissamment organisés, ne réclament leur liberté que pour nous imposer la domination romaine. Qu'importe « à ceux qui sont assez sûrs d'eux-mêmes pour ne rien redouter des ennemis séculaires de la liberté ».
« Aussi fortement que le plus véhément anticlérical, j'aspire à l'émancipation intellectuelle de tous les hommes, — et j'y