CHAPITRE II LES CAUSES DE LA CRISE EN GIRONDE
La Gironde produit, nous l’avons vu, des vins fins et des vins ordinaires.
Nous appellerons vins ordinaires ceux dont la mise en consommation peut s'effectuer l’année suivant leur récolte, et qui ne justifient pas les soins exigés par les vins fins, que nous définirons ainsi : Les vins fins sont non seulement ceux qui, par suite de leur nature, de leur mode de production, de leur origine, constituent les vins de crus classés, mais aussi ceux dont la mise en vente, ou plutôt la mise à la consommation, exige, pour qu'ils soient susceptibles d'acquérir toutes leurs qualités, un séjour en bouteilles plus ou moins prolongé, après trois ans au moins de séjour et de soins en barriques (1).
Il est certain que les vins, même qualifiés ordinaires, ont, pour une grande partie, mais pour une partie seulement, leurs qualités propres qui les différencient avartageusement des vins d’autres: provenances. Il est non moins certain que leur production a sensiblement progressé, ainsi que nous allons le voir, et que cet excédent pèse lourdement sur le marché des vins susceptibles de
(1) D'après H. Laflorgue, Les différentes crises et leurs caractéristiques.
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bénéficier légitimement de l'appellation Bordeaux ou de toute autre désignation traditionnelle.
La crise actuelle, qui atteint la viticulture girondine tout entière, ne sévit cependant pas de façon aussi rigoureuse sur les vins ordinaires que sur les vins fins : cela tient à ce que ces derniers ont un coût de production très élevé pour un rendement relativement faible. De plus, les vins fins, produits de luxe, sont nécessairement plus gravement atteints par la crise que les vins ordinaires, de consommation beaucoup plus générale.
Quoi qu'il en soit, la situation présente n'est pas un fait sans précédent dans l’histoire girondine, puisque déjà la reconstitution du vignoble après l'invasion phylloxérique et la crise de 1901 obligèrent la majorité des propriétaires, surtout ceux qui vivaient uniquement de leurs récoltes, à contracter des emprunts hypothécaires, consacrant ainsi leur épuisement économique. À la veille de la guerre, la situation était peu encourageante.
La fin des hostilités n’apporta aucune amélioration sensible, et M. Lafforgue, ancien Directeur des Services agricoles de la Gironde, pouvait écrire en 1922 : «Il est malheureusement indéniable que, depuis bientôt deux ans, les viticulteurs girondins ont à supporter une crise fort grave en ce qui concerne la vente de leurs produits. Au lieu de réaliser, comme on le leur reproche communément, des bénéfices soi-disant scandaleux, qui leur vaudraient tous les ans une fortune, leur budget se solde plutôt par des pertes sensibles...
» Ces temps derniers, les cours ont bien accusé une reprise marquée @), mais cette amélioration n’est vraiment intéressante que pour les vins de consommation courante. Pour les autres. elle est franchement insuffisante, et c’est
(2) De 62 fr. 42 en 1920-1921, l’hectolitre de vin rouge de 9 degrés était passé à 93 fr. 33 en 1921-1922 (Annuaire international du Vin, 1932, p. 56).