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Deux réponses peuvent être faites à cette question :
Certains pays, tels que la Pologne ou l'Allemagne, sont tout disposés à nous acheter, mais ne peuvent le faire par suite de la crise qui a restreint la quantité de devises nécessaires aux importations. Les devises disponibles sont réservées par le gouvernement, et distribuées au comptegoutte, car elles sont surtout utilisées pour assurer le ravitaillement de la nation en matières premières et en produits alimentaires indispensables.
L'Allemagne réserve, par exemple, les devises en sa possession pour des achats de minerais, de cotons, de laines, etc., et en général de matières premières nécessaires à son industrie lourde et à son réarmement intensif. Le vin, produit de luxe, sera donc sacrifié malgré l'intérêt des négociants allemands et le désir de leur ancienne clientèle.
D'autre pays ont établi des contingents, dans le but de fixer un maximum, généralement très bas, aux exportations des autres pays, et cela pour protéger les vins dont ils sont producteurs ou user de représailles économiques envers la France et les autres pays producteurs.
L'Allemagne, non contente de marchander ses devises à ses négociants, a également établi un contingent pour nos vins. Ce contingent est limité à 425 quintaux métriques en 1937 pour les vins en bouteilles français, alors que la Gironde exportait, à elle seule, en 1913, 1.901 hectolitres de vins en bouteilles en Allemagne. Ce contingent a été fixé par le décret du 10 juillet 1937 portant accord franco-allemand sur les échanges commerciaux.
Pourtant, en examinant la question de près, il est lacile de faire une constatation troublante : Si nous prenons les chiffres de nos exportations en quantité (moyenne 1935-1936) pour les produits industriels, nous trouvons
(8) Documents statistiques publiés par la Chambre de commerce de Bordeaux, 1949.
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actuellement un chiffre double de ce qu'il était en 1900- 1910. Cependant que les exportations de vins français sont tombées de 60 p. 100 par rapport à la même période, la chute des vins de la Gironde étant de 73 p. 100 ®.
L'inégalité de cette situation provient d'une dillérence de protection : la viticulture française représente une force moins unie, moins puissante électoralement et financièrement que l’industrie. Elle a donc été éternellement sacrifiée dans les traités de commerce conclus avec l'étranger par nos gouvernements successifs. Cela n'est d'ailleurs pas nouveau, ainsi que nous avons pu le constater dans la première partie.
Pourtant, la balance commerciale française est, à l'heure actuelle, en déficit croissant (0). Presque tous les pays du monde nous vendent plus qu’ils ne nous achètent; pourquoi, dans ces conditions, un gouvernement, soucieux des intérêts de tous les Français sans exception, ne se déciderait-il pas à protéger enfin les viticulteurs, et d'une manière générale tous les agriculteurs de France, lors de la conclusion des traités de commerce ? Pourquoi n'obligerait-il pas les pays qui mettent des droits excessis à l'entrée de nos vins, et même qui les prohibent partiellement ou totalement, à nous consentir des conditions plus favorables ? Répétons encore une fois que la situation est favorable pour cela, puisque notre balance est presque partout débitrice. Nous espérons que le Gouvernement français saura profiter de la situation et faire, enfin, preuve d'énergie pour défendre les viticulteurs.
Telles sont, nous semble-t-il, les causes essentielles de la crise viticole.
Variées, elles nécessiteront des remèdes multiples, dont nous allons maintenant aborder l’étude.
(9) Ces chiffres nous ont été fournis oralement par M. Descas.
(10) De 6.793.464.000 francs pendant les neuf premiers mois de 1936, le déficit de notre balance commerciale est passé À 13.283.064.000 francs au cours de la période correspondante de 1937 (Feuille Vinicole, 10 nov. 1937).