‹ La critique de la raison pure. Tome premier (volume 3)Chapitre 10 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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aussi possible: il. n'est donc pas Topposé contradictoire de rëtat passé; il faudrait, pour qu'il en fàt ainsi, que» dans le même temps ëtait^où était Tétat passé l'opposé de cet état eût pu è^re à sa place ; or, c'est ce qui ne peut être du tout conclu du Ghangementi Un corps qui était en mouvement =a, devient en repos =iion a. Or, de ce qu'un élat opposé à Tétat a le suit, il n'en peut être conclu que l'état contradictoire de ■a soit possible, par conséquent que a soit contingent; car il faudrait pour cela que, dansi le même temps où le mouvement existait, au lieu de ce mouvement il eût pu y avoir repos. Or, nous ne connaissons autre chose si ce n'est que le repos tf été réel dans le temps suivant, et par conséquent aussi possible dans ce même temps. iMais le mouvement dans un temps et le repos dane ua autre temps ne sont pas contradic^ toirement opposés entre eux* Par eonséquentla succession de déterminations contraires, c'est-à-dire le ^changement, ne proi^iveenaucuoe manière la contingence sui^nt des concepude l'onteudement pur ; il ne peut donc pas conduire par les concepts intellectuels purs à l'extMence d'un être néces* saire.Le chahgeme&t prouyf seulement }d contingence empirique, ç!est-èi-dire. que le nouvel état par lui-même, sans une cause qui appartint à un temps passé, n'aurait pu avoir lieu $uiv£su^ la Îqî de causalité. Mais cette cause, quoique prise comme absolument, nécessaire, çtaiit, néanmoins se trouver^de. .cette manière dans le temps, et faire partie .de la série des phénomènes.

SECTION III

De l'intérM de la raison dans ce conflit avec elle-même.

Nous avons maintenant tout le jeu dialectique des idées cosmologiques, qui ne permettent pas qu'un objet à elles correspondant soit donné dans une ex-

TRANSGENDKNTALE. 163

périence possible quelconque, qui ne permettent pas même que la raison les conçoive d'accord avec les lois générales de Texpérience; et ces idées ne sont cepen-dant pas imaginées arbitrairement, mais la raison y est nécessairement conduite dans une progression continue de la synthèse eq^pirique, quand elle veut affranchir de toute condition et embrasser dans sa totalité absolue ce qui ne peut jamais être déterminé que conditionnellement suirant les règles de l'expérience. Ces affirmations dialectiques sont donc autant de tentatives pour résourdre quatre pisablèmes naturels et inévitables de la raison : quatre, dis^je, ni plus ni moins, parce qu'il n'y a pas un plus graâd nombre de séries de suppositions synthétiques qui ) imi tenta pnort la synthèse empirique.

Nous n'avons exposé les prétentions fastueuses de la raison étendant son empire au-delà>de8 bornes de Texpérience, que dans des formules arides qui contiennent simplement le principe de ces légitimes etigepces; et, comme il (x)nv{ent à une philosophie transcendentale, nous les avons dépouillées de tout élémenUempirique, bien que l'éclat des affirmations de la raison ne puisse briller qu'to rapporc avec l'em* pirisme. Mais, dans cette application et dans l'extension progressive de r usage de la raison, la philosophie, partant du champ de l'expérience et s'élevant insensiblement jusqu'à ces idées sublimes , montre une di- ;;iiité qui, si elle pouvait seulement soutenir ses pré-

tentions, surpasserait de beaucoup le prix de toutes les autres sciences humaines, puisqu'elle promet le fondemeni.de h5s plus grandes espérances et des vues sur le but final vers lequel tous les eflforis de la raison doi* vent converger en définitive. Le monde a-t-il un commencement dans le temps. et une limite dans l'espace? — N^y aurait-il pas dans le moi pensant une unité indivisible et indissoluble, ou n'y a-t-il rien que de divisible et de passager? — Suis-je libre'dans mes actes, ou, comme les autres êtres, suis-je conduit par le fil de la nature et du destin ? — Enfin , y a-t-il une cau^e suprême du monde, ou les choses de la nature et leur ordre forment-ils le dernier objet auquel nous devons nous arrêter dans nos considérations? Yoilà des questions pour la solution desquelles les mathématiciens donneraient volontiers leur science; car les mathématiques ne peuvent nous procurer aucune satisfaction à l'égard de la fin suprênie et très-importante de l'humanité. Uy a plus, c'est que ladignité propre des mathématiques (cet orgueil de la raison humaine) consiste en ce que, donnant un guide à la raison pour faire voir, contre l'attente de la philo- Sophie qui n'édifie que sur l'expérience commune, Tordre et la régularité de la nature, en grand comme en petit, Tunité admirable de ses forces motrices; les mathématiques sont ainsi un motif et un encouragement à faire servir la raison au-delà de toute expérience, et fournissent même à là philosophie, oc-

TEANSGENDBirrALE. 165

cupée de cette affaire, des matériaux eiceUenifl ^ur Taider dans ses recherches, autant que leur nature le permet, ptr des intuitions convenables. . J

Malheureusement pour la spéculation (mais heurau» sèment peut-être pour la destination pratiqqedei'homme), la raison, au milieu de ses plus grandes espérances, se trouve si embarrassée de raisonnements pour et contre, que, ne pouvant, tant par honneur que.|iar prudence, ni reculer ni regarder ce procès d'un œil indifférent comme un simple jeu, et moins encore offrir simplement la paix, parce que l'objet de la dispute est du plus haut intérêt; il ne luirestequ*à réfléchir sur l'origine de ses dissensions avec elle-même, et à voir si peutrêtre un simple malentendu n'en serait pas la cause, et si, une fois ce malentendu dissipé, les prétentions orgueilleuses de part et d'antre ne feraient pas place au règne tranquille et dura^ ble de la raison sur l'entendement et les sens.

Nous n'entrerons pas dans cette explication radicale sans voir auparavant de quel côté nous devrons nous rejeter, si nous sommes forcé de prendre un parti entre ces deux positions. Puisque, dans ce cas, nous ne consultons pas la pierre de touche logique de la vérité, mais simplement notre intérêt; cette recherche, quoiqu'elle ne décide rien par rapport au droit litigieux des deux parties, aura cependant l'avantage de faire comprendre pourquoi ceux qui s'intéressent à ce combat se tournent plus volontiers d'un

côté que de l'autre, sans qu'une cofimaissance approfoadie de la question aoit précisément cause de cette détermination, et d'expliquer en même temps encore d'aqtres choses: par exemple, le zèle plein d'ardeur de Tune des. parties, et la froide et tranquille affirmation de l'autre ; la. raison pour laquelle on appiaudit avec joie à l'une, celle pour laquelle, au contraire, on se fait ennemi irréconciliable de lautre.

Mais il est quelque bhose qui, dans ce jugement provisoire, détermine le point de vue duquel seul le jugement peut être porté avec la fondamentalité convenable; cWt la comparaison dés principes d'où partent lesxleux adversaires. On remarque sous les affîrmatiohâ de l'antithèse une parfaite uniformité dans' la manière de penser, et une unité complète de maximes, savoir : un principe de Y empirisme pur. njon-seulement dans l'explication des phénomènes du monde, niais aussi dans la solution des idées transcendentales. touchant l'univers même. Au contraire, les afiirmations de la thèse mettent en principe, outre le mode d'explication empirique dans le cours de la sériç des phénomènes, des points de départ , intellectuels, ce qui feit que la maxime n'est plus simple. J'appellerai cette maxime, d'après èon caractère distinotif essentiel, le dogmatisme de la raison pure.

Du côté donc du dogmatismej dans la détermination des idées rationnelljBS cosmologiques, ou du côté de la thèse, se remarque :

TEANSCBiniBlIXALE. 167

4* Un certâio intérêt pratique dans lequel tout homme sensé, s'il comprend son Téritable avantage, prend parti de bon cœur. Que le monde ait un commencement, que le moi pensant soit de nature simple, et par conséquent incorruptible, qu'il soit en même temps libre dans ses actions arbitraires et à Tabri de la contrainte 'de la nature, et qu'enfin Tordre total des choses qui composent le mond^ dépende d^un être premier de qui tout emprunte son unité et sa liaison conforme à son but; ce sont là autant de

pierres angulaires fondamentales de la morale et de la religion. L'antithèse nous dépouille de tous ces appuis, ou semble du moins nous en dépouiller.

2"* \}n intérêt spéculatif de la raison se montre aussi de ce côté : car si Ton adopte et que l'^on eAiploie de cette manière les idées transcendeutales^ on - peut aussi embrasser parfaitement à priori la chaîne entière des conditions, et comprendre la dérivation du conditionné, puisque l'on commence par l'absolu, que ne donné point l'antithèse,, laquelle se recom«« mande bien mal, par cela mdme qu'elle ne peut don* ner, spr lescçniditioiis ;desa synthè8e,'Une réponse qui ne laiise pas toujours à questioi^iier dans fin. Saivaot elle, on doit s'a vaaiccgr»d>ap commencement donnée un aitre de plus e9 plus élevé; chaque partie conduit encote à une. partie moindre,' chaque événement a toujours un autre événeaieDl au-^dessos de lui comura cause, et les eonditioûs de l'exisr*

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tence en général portent toujours de nouveau sur d'autres, sans jamais pouvoir rencOnt/er une base absolue dans une chose subsistant par elle-même comme être primitif.

Z^ Ce côté a aussi l'avantage de la popularité j qui n W certainement pas le moindre titre à sa recom* mandation. Le sens commun ne trouve pas, dans les idées d'un commencement absolu de toute synthèse, la inoindre difficulté, parce qu'il est plus accodtumé, en semblables cas, de marcher en descendant par les conséquences qu'en remontant par les principes | et qu'il a, dans les concepts de l'absolument Premier (de la posibilité duquel il ne s'inquiète guère), une commodité et en même temps un point ferme auquel il peut attacher lé fit de ses pas ; tandis qu'au contraire, dans Tascensioiji perpétuelle du conditionné à la condition, étant toujours avec un pied en l'air, il ne peut trouver aucune jouissance.

Du côté de Vempirisme^ dans la détermination des idées cosmologiques, ou du côté deVantithèsey on observe d'abord qu'il ne se trouve aucun intérêt pratique résultant des pfiôcipes de la raison pure, teb que la morale et la religion en renferment. Bien plus, le pur empirisme semble priver ces deux choses de toute force et influence. S'il n'y a aucun être premier distinct du monde, si. le monde est sans cornmeûcament, et par conséquent aussi sans créateur, si notre volonté n'est ^ libre, si l'âme est divisible et

TRAlfSGENDBNTALE. 169

sujette à corruption comme la matière; toute la valeur des idées et des principes moraux , et avec elle

toutes les idées transcendentakSj qui constituent leur appui théorétiquCy s'évanouissent.

V Mais, en compensatiorij .'l'empirisme offre des avantages à Tintérèt spéculatif de la raison, avantages qui sont très-attrayants, et qui surpassent de beau* coup ceux que peut promettre le docteur dogmatique des idées rationnelles. Suivant Tempirisme, l'eùten- . dément est toujours sur 'son propre terrain , savoir sur le champ de la pure expérience possible dont il peut rechercher les lois, et, par leur moyen, étendre sans fin ses sûres et faciles connaissances. Ici, il peut et doit exposer en intuition l'objet, tant en luimèmfi que dans ses rapports; il peut le représenter, tout au moins dans des concepts dont l'image est susceptible d'être montrée clairement et distinctement dans des intuitions analogues données. Nonseulemenil'entendement n'a pas besoin de quitter cette chaîne de l'ordre de la nature, pour s'attacher à des idées auxquelles il ne connaît pas d'objets correspon- ' dants, parce que de semblables objets ne peuvent jamais être donnés comme matière de la pensée; mais il ne lui. est pas même permis de quitter son œuvre, et, sous prétexte qu'elle est achevée, de passer dans le domaine de ]Arai$an idéalisante, 9lux concepts transcendentaux, où ilneserait plus obligé d'observer et de rechercher conformément aux lois de la nature,

mais où il pourrait penser et inve7iter, sûr qu'il serait de ne pouvoir être réfuté par les faits de la nature, parce qu'il ne dépendrait point de leur témoignage, pou<* vaut au contraire le méconnaître, ou même le soumettre à uoé autorité supérieure, celle de la raison pure

L'empiriste ne permettra donc jamais de prendre une époque quelconque de la nature pour absolument première, ou de considérer une limite de son point de vue dans la circonscription de la nature comme la plus excentrique, ou de passer, — des objets de la nature, qu'il peut déchiffrer par l'observation et les mathématiques , et déterminer synthétiquement dans Tintuition (dans Tétendue), — à des choses qui ne peuvent jamais être exposées in concreto, ni par les sens, ni par l'imagination (au simple). Il ne permettra pas même que Ton pose en principe, dans la nature, une faculté indépendante des lois physiques (une liberté), et qu'on diminue par là l'objet de l'entendement, qui est de rechercher, suivant le iil de lois nécessaires, l'origine des phénomènes. Il ne permettra pas, enfin, que l'on cherche hors de la nature la cause de quoi que ce soit (un être premier), puisque, excepté cette nature, nous ne connaissons rien, attendu qu'elle seule nous fournit des objets, et peut nous instruire de ses lois.

Âla vérité, si le philosophe èmpiriste , avec son antitbèse, n'a d'autre but que de rabattre la témérité

TRANSCBNDENTALE. 171

et la présomption de la raison, qui méeonnatt sa vraie destination, s'enorgoeillisBant de m pénétration et dç son savoir, là même où il n'y a plus ni péné* tration ni science possible; de la raison qui veut faire passer pour un avantage de F intérêt spéculatif ee qui ne peut valoir que par rapport à l'intérêt pratique, pour^ dès qu'il lui convient, rompre }e fil des recherches physiques^ et, sous le prétexte d'étendre la connaissance, rattacher ce fil aux idées transcen-* dentales, dont on ne connaît proprement qu'une chope, que Von ri m suit rien: 8i,dis-je,rempiri8te s'en tenait là, sop principe serait une maxime de modération dans les prétentions, de modestie dans les assertions, et en même temps de l'extension la plus grande possible de notre entendement sous la direc* tion de notre unique maître, l'expérience. Car, dans ce cas, les suppositions intellectuelles et la croyance en &veur de l'intérêt pratique ne nous seraient pas ravies ; seulement^ on ne pourrait pas les présenter sous le titre pompeux de science et de vue ration^ nelle, parce que le savoir spéculatif proprement dit ne peut avoir d'autre objet que l'expérience, et que si l'on en dépasse les bornes, la synthèse, lorsqu'elle cherche des connaissances nouvelles qui en soient indépendantes, n'^ aucun substraium de l'intuition auquel elle puisse être appliquée.

Mais si l'empirisme devient dogmatique par rapport aux idées (comme il arrive le plus souvent), et

8*il nie avec assurance ce qui est au-^dessus de ses connaissances intuitives, il tombe alors lui-même dans une intempéranced'espritquiest d'autant plus blâmable que Tintérèt pratique de la raison en souffre un préjudice irréparable.

Telle est l'opposition entre V épicuiréisme (1) et le platonisme.

L'un et l'autre disent plus qu'il ne savent ; de telle sorte cependant que le premier encourage et aide le savoir, quoiqu'au préjudice de la pratique, et que le second, touten donnant à la pratique des principes excellents, permet par cela même à la raison, en matière de savoir spéculatif pur, de s'attacher à des explications idéales des phénomènes de la na^re, et de négliger à ce sujet l'investigation physique.

(i) C'est cependant encore une question de savoir si Ëpicure a jamais exposé ses principes comme afûrmations objectives. Si par hasard ces principes n'étaient autre chose que des maximes de Tu* sage spéculatif de la raison, il fit en cela preuve d'un esprit plus éminemment phisophique qn^aucun des sages de l'antiquité. Il est très-vrai maintenant encore, quoique l'on se conforme peu à ces principes, que, pour étendre la philosophie spéculative et pour décoQvric les principes de la morale sans recourir à rien d'élraoger, bîen<que celui qui, en matière spéculative, veut t^^nordr ces principes dogmatiques, ne puisse pas pour cela être accusé de les mer^ il esi très-vrai, dis-]e, que pour arriver k ce. but scientifique on doit procéder dans rexplication des phénomènes, conmie si le champ de la recherche n'avait ni bornes ni commencement dans le monde^que l'on doit prendre l'étofie du monde comme il est nécessaire qu'elle le soit, si nous Voulons la connaître par l'expérience; qu'il n'y a d'autres <;attses des événements que les lois invariables de la nature ; et, enfin,iiu'il ne faut reeofirir à aucune causé différente du monde.

THANSGENDEIITALB. 173

S^'-ElôAt)» pour ce qui est du choix provisoire entre ces deux partis opposés, il est surtout remarquable que l'empirisme est contraire à toute popularitéi quoique l'on dût croire que le sens commun devrait saisir avidement un dessein qui promet.de satisfaire par des connaissances purement expérimentales, et doat la composition est conforme à la raison ; au lieu que le dogmatisme transcendant la force à s'élever à des concepts qui surpassent la pénétration et la faculté rationnelle des esprits les plus exercés dans la pensée. Mais c'est cela même qui le détermine à penser autrement; car il se trouve alors dans un état dans lequel le plus savant lui-même ne peut rien prétendre au-dessus de lui. S'il comprend peu ou rien à cela, ce» pendant personne ne pourra se flatter d'y comprendre beaucoup plus ; et quoiqu'il n'en puisse parler aussi savamment que d'autres, il peut néanmoins en raisonner infiniment plus , puisqu'il erre dans la région des idées pures, au sujet desquelles il n'est si discret que par cela même qu'aï n'en sait rien; au lieu qu'il serait obligé de se taire net, et d'avouer son ignorance en fait de recherches physiques. Déjà la commodité et la variétédeces principes lès recommanderaient donc beaucoup. De plus, quoiqu'il soit très-pénibk pour

un philosophe d'admettre quelque chose 4»mm& principe, sans pouvoir s'en rendre raison,et d'établir ainsi

desconceptsdont il nepuisse aperce vqir la réalité objective, rien cependant n'est plus habituel au sens com<*

milQ.^ Il cherche quelque chose d'où il puisse ' partir avec sécurïté; il ne s'inquiète point de la difficulté de comprendre la possibilité d'une telle supposition, parce que cette difficulté ne lui vient jamais dans la pensée (à lui qui ignore ce que c'est que comprendre) et qu'il pense connaître ce qui est pour lui d'un usage habituel. Mais enfin tout intérêt spéculatif s'évanouit pour lui^n presencQ.de l'intérêt pratique, et il pense apercevoir et connaître ce que la crainte ou l'espérance le pousse à admettre ou à croire. De là vient que l'empirisme de la raison transcendentale est privé de toute popularité, et que, quelque défavorable qu'il puisse être au premier principe^pratiqoe, il n'y a pas à craindre cependant qu'il sorte jamais de l'enceinte des écoles, qu'il obtienne dans le monde quelque autorité, et se concilie la faveur de la multitude.

La raison humaine est architectonique de sa nature, c'est-à-dire gu'elle considère toutes les connaissances comme appartenant à quelque système possible, et ne permet, par conséquent, que des principes

qui ne mettent au moins pas une connaissance actuelle dans l'impossibilité :dé former un système avec d'autres. Mais les propositions de l'antithèse sont d'espèce telle/qu'elles rendent absolument impossible un système de connaissances ; car, suivant elles, au-delà d'un état quelconque du monde, ily en a toujours un plus éloigné ; dans chaque partie sont toujours d'autres parties divisibles de nouveau; avant un événe-

. TBANSCBHBEirrALÇ. 1 75

ment quiconque en est md autre qui, à soa tour, a été engendré de même d'ailleurs, et, dans rexistenee, toutes les choses sont partout conditionnées sans qu'on reconnaisse un inconditionné quelconque et une pibmière existence. Puis. donc que Tantilhèse n'accorde ni quelque chose de premier ni un commencement qui puisse absolument servir de fondement à L'édifice, un édifice complet de sa connaissance est donc absolument impossible dans une telle supposition. Par conséquent l'intétèt architectonique de la raison (qui exige, non l'unité empirique, mais l'unité rationnelle pure à priori) renferme une recommandation naturelle en faveur des affirmations de la thàse. Mais si un homme pouvait s'affranchir de tout intérêt, et prendre indifféremment en considération les affirmations de la raison, d'après la seule valeur de leurs principes, quelles qu'en pus^nt être les conséquences, celui-là serait dans un état de doute perpétuel, supposé qu'il n'y eût pas d'autre moyen pour sortir d'embarras que d'avouer l'une ou l'autre des doctrines opposées. Aujourd'hui il paraîtrait persuadé de la libre volonté de l'homme ; demain, s'il eonsidérait l'enchaînement indissoluble de la nature, il prendrait la liberté pour une de ses illusions, et penserait que tout est purement naturel. Mais s'il venait à agir, le jeu de làraison spéculative pure disparaîtrait comme un songe, et il choisirait ses principes d'après l'intérêt pratique. Et, comme il convient qu'un être pen-

sant et investigateur donne quelques mooipnts à Texamen de.sa propre raison, mais en déposant alors toute partialité, et qu'il communique ses observations aux autres pour çbtenir un jugement public, personne ne pourrait donc être blâu^é, et moins encore empêché par aucune menace, de produire les thèses et les antithèses opposées, puisqu'elles peuvent se soutenir en présence de jurés de son état propre, savoir, l'état de faiblesse de l'homme.

' ANTiNOMIES DE LA RAISON PURE. :.

SEGTtOIf IV.

Des questions transcenden taies de la raison pure , en tant qu*elles doivent abfiolument pouvoir être résolues.

Vouloir résoudre tous les problèmes et répondre à toutes les questions, serait d'une suffisance sans pudeur et d'une présomption si extravagante qu'elle ferait sur-le-champ perdre toute confiance. Il y a néanmoins des sciences dont la nature emporte avec elle que toute questiooe'^ui s'y rencontre doive être répondue absolument en vertu de cela même que Ton sait, parce que la qàpoi^se ^doit. être tirée des mêmes sources que la question. Dans ces sciences, il n'est nullementpermisdeprëtexeruneignoranceinvincible; au contraire, la solutioi^ peut en être exigée. Qu'estce qui est juAe ou injmie dans les différents cas possibles : c'est ce qu'iln doit pouvoir déterminer, suivant la règle, parce qu'il s'agit ici de notre obligation, et

ÇlMISGBONnrrALS. 177

qae nous n'avoiiB aacane obligation ooneernant ce que nous ne pouvons savoir. Dana Texplication des phénomènea de la nature, il fant cependant que plasien» questions restent sans solution, ce que nous savons de la nature étant loin de suffire dans tous les €38 pour tout ce que nous devons expliquer. On de* mande donc si, dans là philosophie transcendentale, une question qui concerne un objet proposé à la raison ne peut pas être répondue par cette même raison pure , et si Ton pourrait légitimement se refuser à une réponse décisive, par la raison que l'on compterait cette jquestion, comme absolument incertaine (d'aprèstouteequenous pouvons en connaître), parmi les choses dont nous avons, à la vérité, assez de. concepts pour proposer une question, mais à l'oMPaaion desquelles nous manquons tout à fait do moyens et de facultés pour y répondre jamais.

Or, je dis que la philcbophie transcendentale a cela de propre, entre toutes les connaissances spéculatives, qu'aucune question qui concerne un objet donné de la raison pure n'est insoluble pour cette même raison humaine, et qu'aucun prétexte d'une ignorance invincible et d'une profondeur impénétrable du problème ne peut affranchir de l'obligation d'y répondre fondamentalement et pleinement, parce que le même concept qui nous met en état de questionner doit aussi , par cela même, nous rendre tout à fait capables de répondre à cette question, puisque Tobjet n'est n. 12

178 tOOHIBB

nullement trouvé en dehors du concept (comme dans le juste et Tinjuste).

Il n'y a, dans la philosophie transcendentale, que les questions cosmologiqaes par rapport auxquelles on peut exi^r avec droit une réponse suffisante concernai! t la nature de l'objet, sans qu'il soit permis au philosophe de s'y refusor en prétextant une obscurité impénétrable, et ces questions' ne peuvent se rapporter qu'à des idées oosmologiqu^s ; car l'objet doit ètie donné empiriquement, et la question porte seulement sur sa conformité avec une idéev <M l'objet est transc^ental, et par conséquent ineonnn par le fait, par exemple, si ce dont le phénomène (en aous) est la pensée (âme) est en soi un être simple, s'il y a une cause absolument nécessaire de toutes les choses...» , alor» n^ms 'devons chercher à notre idée un objet tel que nous puissions avouer qu'il nous est inconnu, sans pour cela qu'il soit impossible (1)«

(i) On peut, à la vérité, ne faire aucuae réponse à la question : Qu^elle est la nature (Tun objet Iranscendentul, c^est-à-dire qmellt chose $$t cet obfet. Mais Ton peut bien dire que la question elle-même n'est rien, parcequ'çUe n'a pas d'objet donné. C'est pourquoi toutes les questions de psychologie transcendentale sont aussi susceptibles de réponse, et sont effectivement répondues; car elles ont pour objet le sujet Iranscendental de tous les phénomènes eiistanU, lequel suû^t n'est pas lui-même phénomène,et par conséquent pas un objet donné auquel puisse être appliquée aucune des catégories (sur lesquelles cependant porte proprementla question). C'est, par conséquent ici, le cas, comme on dit généralement, qu^'aucune réponse soit aussi une réponse; c'est dire en effet qu'une question sur la nature de quelque chose qui.ne peot être pensé par auesti attribut déterminé, puisqu'il

TEANSCBNDENTALE. 179

Les idées cosmologiques seules ont la propriété de pouvoir supposer leur objet comme donné, ainsi que la synthèse empirique héeessâîare pour.le eoneept de cet objet; et alors la question qui résulte de ces idées m concerne que le progressus-de^oMB synthèse, en tant qu'il doitcentenir une totalité absolue qui n'est plus rien d'empirique ^ puisqu'elle ne peut être donnée dans aucune expérience. Or, puisqu'il est seulement ici question d'une chose comme objet d'une expérience possible, et non comme .d'une chose en soi, la réponse à la question ycosmologique transccAdamte ne peut ètrt nulle part ailleurs en dehors de Vidée, car elle ne concerne auqun objet en lui-même; et*, par rapport à l'expérience possible, il n'est pas question de ce'qui peut être donné in eoncreto, xlans une expérience quelconque, mais de ce qui 'est dans Hdée, dont la synthèse empirique doit simpletnent approcher. Elle doit donc pouvoir être résolue d'après l'i* dée seulement, car cette idée est une pure création de la raison, laquelle ne peut par conséquent pas se justifier en rejetant la faute sur un objet inconnu.

II n'esidonc pas si extraordinaire qu'il le semble au premier abord*, qu'une science, par rapport à toutes les questions qui constituent son ensemble (qucBstione^ damesticœ)^ puisse demander et attendre des soiutîons parfaitement certaines, quoique peut-

est entièrement placé hors de la sphère des objets qui peuYe&t nous être donn^, est enlièremenl nulle el yaine.

être il n'en existe pas encore. Outre la philosophie transceqdentale, il y a encore deaz sciences rationnelles pure», l'une dont l'objet est simplement spéculatif, et Tantre dont l'objet est pratique : les nuUhé^ mattques putes et la monde pure. Artron jamais entendu dire que, comme far une ignorance nécessaire des conditions, on ait donné pour incertain le rapport parfaitement exact du diamètre à la circonférence en nombres, soit rationnels soit irrationnels? Ce rapport ne pouvant être convenablement donné par la première l^spdce de nombres, et n'étant pas encore trouvé par la seconde, on juge donc au moins que l'impossibilité d'une telle solution peut être connue avec certitude, et Lambert en donne la prj9uve. Dans les principes généraux de la morale, rien ne peut être incertain, puisque les propositions sont ou vaines, ou vides de Sens, ou doivent simplement découler de nos concepts rationnels. Au contraire, il y a en physique une infinité de conjectures par rapport auxquelles on ne peut jamais attendre de certitude, parce que les phénomènes de la nature sont des objets qui nous sont donnés indépendamment de nos concepts, dont la clé, par conséquent, n'est pas en nous ni dans notre pensée pure, mais en dehors de nous, et ne peut, précisément par cette raison, être trouvée dans un grand nombre de cas : aucune explication certaine n'en peut donc être attendue. Je ne parle pas ici des questions de l'analytique transcendentale, qui cou-

TRANSCBliraNTALE. 181

cernent la déduction de notre connaissance j^nre, parce que nous ne traitons, pour le moment, que d^ Ja certitude des jugements par rapport aux objets^ et non par rapport à l'origine de nos concepto mêmes. Nous ne pourrons donc pas décliner l'obligation d'une solution, au moins critique, des questions Qeifr, tionnelles proposées, sous le douloureux prétexte qu'elles dépassent les bornes étroites de notre Taisoi);, et en confessant, avec Tapparenee d'une humble cdnnaissance de nous-mêmes, qu'il est au-dessus de cette raison de décider si le monde est éternel ou s'il a un commencement; si l'univers remplit l'infini avec des êtres, ou s'il est renfermé dans de certaines limites ; s'il y a dans le monde quelque chose de simple, ou si tout peut être divisé à l'infini; s'il y a une création ou production par liberté, ou si tout tient à la chifoe de l'ordre de la nature; enfin s'il y a un être entiè-» rement inconditionné «t nécessaire en lui-même, ou si tout est conditionné quant à son existence, et par conséquent extérieurement dépendant et contingent en soi. Toutes ces questions concernent en efE^t un

objet qui ne peut être donné ajQlrement que dans notre

pensée, savoir, la totalité absolument inconditionnée de la synthèse des phénomènes. Si nous ne pou*- Tons rien dire ni décider de certain à. ce sujet par nos propres concepts^ nous ne devons pas en rejeter la faute sur la chose qui se caohe à nous; car une chose de cette nature (puisqu'elle ne se trouve nulle part

182 LOOIQUR.

hors de notre idée) ne nous est pa^dénnée d« tout; nous devins donc etf reehepoher la cause dans notre idée même, laquelle est un problème qui ne suppose aucune soljution, -et auquel nous avons néanmoins entrepris opiniâtrement- de répondre , comme ai un dbjetrréel lui correspondait. Une claire explièation de la dialectique reafermée dans notre concept même nous conduirait bientôt à ui)ëipa^&ite isertitude sur ce que nous devons penser d'une telle question.

On peut opposer à votre prétexte d'ignorance, par rapport à>oe problème, d'abord' cette question à laquelle vous devez au moins répondre claireinent : d'où vous viennent les idées dont ht solution vous embarrasse tant ici? seraient-^pe des phénomènes dont l'explication vous n^ftnque , et dont vous n'ayez i chercher, en conséquence de ces idées, que les principeS) ou la règle de 4eur exposition? Sopposez que la aatu^e vous soit tout à fait co!nnue,,que rien ne soit caché à vos sens, et rien à la conscience de tout ce qui est soumis à votre intuition *: cependant vous ne pourrez connaître in concreio par aucune expérience l'objet de vos idées (car il faudrait, indépendamment de cette parfaite intuition, une parfaite synthèse, et la .ebnscience de sa tolalilé absolue; ce qui n'est pos* sible par auouiie connaissance empirique). Ce que vous demandez ne peut donc en aucune manière être

nécessaire à l'explication d'un phénomène qui se pré-

senterait nécessairement| et en quelque sorte par con-

TBANSCENDENTALE. 183

séquent comme au moyen de Tobjet même. L'objet ne peut jamais se présenter à vous, parce qu'il fte peut être donné par aucune expérience possiUe* Vous resterez toujours, avec toutes les peroeptions possi-* blei^9 sounûs aux conditionê soit de l'espajoe, soit du temps; et tous n'atteindrez jamais rien d'^)soluâTec quoi vous puissiez décider si cet absolu doit être placé au eoinmencement absolu de la synthèse, ou dans ane totalité absolue de la série sans aucun commenoemeat. Le tout dus le sens empirique n'est jamais que comparatif* Le tout absolu de la quantité (l'univers)^ de la division, de ia. dérivation, de la condition de l'existence en géné]:al^ avec toutes les ques* tiens de savoir s'il peut être réalisé par une ^nthèse finie ou par une synthèse qui le continuerait à l'infini, ne concerne aucune expérience possible. Vous ne pourriez expliquer, par exemple, les phénomènes d'un corps, ni mieux ni même seulement d'une autre manière, si vous supposiez qu'il se compose de parties simples, ou de parties toujours composées; car vous ne rencontrerez jamais aucun phénomène simple, non plus qu'une composition in0nie. Les phénomènes ne veulent être expliqués qu'autant que leurs .conditions d'explication sont données dans la perceptidn, et tout ce qui peut jamais être donné en eux, compris dans un tout ûba^^ Mt ip&me une per*ception. Mais l'explication de ce todt est pr<^rement l'objet des problèmes rationnels transcendentftux.

Puis doue qae la solution de ces questions ne peat jamais se présenter dans Texpérience, vous ne pouvez pas dire qu'on ne sait pas ce qui doit être attribué à l'objet ; car votre objet est simplement dans votre cervean, et ne peut être donné hors de lui; vous n'avez donc qu'à faire attention d'être d'accord avec vousmêmes, et d'éviter l'amphibolie qui convertit votre idée en une p^étendue représentation d'une chose empiriquement donnée, et par conséquent aussi en représentation 4'un objet à connaître suivant les lois de l'expérience. La solution dogmatique n'est donc pas assurément incertaine, elle est impossible. Vais la solution critique, qui peut être parfaitement certaine, ne çoqsidère pas du tout la question objective* ment, çlle uç l'envisage que par rapport*au fondelisent de la connaissance sur lequel elle repose.

ANTINOMIES ÀE LA RAISON PURE

SSGTiœi V.

Représentation aceptiqne des questions cosmolog^ques i>ar les quaue

idées transcendentales.

Nous nous désisterions volontiers de la demande que nos questions soient répondues dogmatiquement, si nous pouvions comprendre à l'avance que, quelle que dût être la réponse, elle ne ferait qu'augmenter encore notre igoofance et nous précipiter d'une incômpréhensibilité dans une. autre, d'une obscurité dans une plus grande, et peut-être jnême dans des

TRANSGENDBlfTALE. i 85

contradictions. Si donc notre question tend à demander une affirmation ou une négation pure et simple, c^est agir prudemment que d'abandonner, pour le moment, les raisons apparentes qu'on pourrait alléguer, et de considérer d'abord ce que Ton gagnerait, si la réponse était dans tel ou tel sens opposé. Or, s'il arrrive que, dans les deux cas, il se présente un par non sens, nous aurons alors une raison fondée d'examiner critiquement notre question même, de voir si elle ne repose pas sur une supposition sans fondement, et si elle ne joue pas avec une idée qur trahit mieux sa fausseté dans l'application et dana ses conséquences, que lorsqu'on la contemple abstraitement. Telle est la très-grande utilité qui résulte . de la manière de traiter sceptiquement les questions que la raison pure s'adresse à elle-même, qu'elle peut dispenser, .à peu de frais, de s'enfoncer dans le dédale des raisonnements dogmatiques, et permet d'y substituer une critique modeste qui, comme un vrai cathartique de la raison, fera disparaître fecilement la présomption en même temps que sa compagne la polymathie.

Si donc je pouyais apercevoir à l'ayance, au sujet d'une idée cosmologique, quel que soit le côté de l'absolu dans la synthèse régressive des phénomènes vers lequel ell^ penche, qu'elle serait pour chaque caticept intellectuel ou trop 'grande ou trop petite, je pourrais alors comprendre que, ne concernant toutefois qu'un

objet de l'expérience y expérience qui doijt être conforme à un concept intellectjuel pos&ihle, elto doit être tout à fait vaine et dépourvue de aens, parce que l'objet .ne cadre point avec elle, de quelque .manière que j'essaie de l'y approprier. Il arrive effectivement que la raison, en s'attachant aux concepts cosmiques, s'y trouve engagée par le fait môme dans une antinomie inévitable; car supposez : . i ^

1^ Que le monde n'ait otAcun commençetnânt^ il est alors tr(^ grand pour votre concept; car ce concept, consistant dans une régression successive, ne peut jamais atteindre toute une éternité écoulée. Supposez au contraire que lemonde ait un commmcemetU dans la régression empirique nécessaire, ih e$it B\or94rqp petit pour votre concept intellectuel ; car . le commencement supposant toujours un temps qui précède, il n'est pas encore inconditionné, et la loi de l'usage empifique c^e l'entendement vous ordonne de chercher une condition de temps plus élevée, et le monde est par conséquent visiblement trop petit. pQur oatte loi.

Il en est do même de la double réponse à la question de la grandeur du monde par rapport à l'espace; car s'il est infini et non borné, alors il est trop grand pour tout concept empirique possible. Est-il au contraire/îm et borné : alors on demande encore* avec raison qu'est-ce qui détermine ces bornes. L'espace vide n'est pas par lui-même un corrélatif des choses existantes, et ne peut être une condition à laquelle

TRAlfSCBKIXBZfTALB. 187

TOUS poissiez tous attacher , bien moins encore ane condition empirique qui constitue une partie d'une expérience possible (car qui peut avoir l'expérience du vide absolu ?)• Mais, pour la totalité absolue dir la synthèse empirique, il faut toujours que l'inconditionné, soit un concept expérimental. Un monde borné est donc trop petit pour votre concept.

2^ Si tout i^nbmène dans l'espace (la matière) se Qomfoseà'un^ in finUé de parties, alors la régres^ aion de la division sera toujours trop grande pour votre concept ; et si la division de l'espace doit cess(ê dans un membre quelconque de la division (le simpie), alors il est trop petit pour l'idée de l'absolu; car ce membre, permet toujours une nouvelle régression dans les parties qu'elle renferme*

S^ Si^ vous supposes que; dans tout ce qui arrivo dans le mondes il n'y ait rien qui ne soit use eonaé* quence des lois de la naiure, aloss la causalité de la cause est toujours à son tour quelque chose qui rive, et qui rend sans cesse néoessaire votre rég sion à une cause supérieure, et, par conséquent, le prolongement de la série des conditions à parte priori. La simple nature efficiente est donc trop grande pour tout votre concept dans la synthèse des événements cosmiques.

Supposez-vous maintenant que tous les événe* ments se soient réalisés d^euaMnêmes, par consé^ quent aient été produits librement: poursuivez alors

le pourquoi des choses suivant une loi inévitable de la nature, essayez, sur ce point, de sortir de la loi de causalité de l'expérience, et vous trouverez que cette totalité de l'union est trop petite pour votre concept empirique nécessaire.

4® Enfin, si vous supposez un être absohmerU né^ cessaire (que ce soit le monde lui-même, ou quelque chose dans le monde, ou la cause du monde), vous le placez dans un temps infiniment éloigné de tout autre temps donné, puisqu'autrement il serait dépendant fl'une autre existence plus ancienne. Mais alors cette existence est inaccessible à votre concept empirique, et par conséquent trop grande pour que vous puissiez jamais l'atteindre par une régression continuée.

Mais si votre opinion est au contraire, que tout ce qui appartient au monde, soit comme conditionné, soit comme condition, est fortuit (contingent), alors toute existence à vous donnée est trop petite pour votre concept ; car elle vous force à chercher toujours uiie autre existence dont elle dépende.

Nous avons dit, dans tous ces cas, que Vidée cos' mique de la régression einpirique, par conséquent de tout concept intellectuel possible, est ou trop grande ou trop petite pour cette régression, et pour ce concept même. Pourquoi ne nous sommes-nous pas exprimé réciproquement, et n'avons^nous pas dit, au lieu d'accuser l'idée cosmologique de s'écarter trop ou trop peu de son but, à savoir, de l'expérience pos-

TRAN8GBia>BNTALB. 189

Bible, que, dans le premier cas, le concept em- ]^iqae e&t toujours trop petit pour ridée, et, dans le second cas, trop grand ; et que , par consé-quent, c'est pour ainsi dire la faute de la régression empirique ? La raison en est que l'expérience possible est la seule chose qui puisse donner de la réalité à nos concepts ; sans elle, tout concept est seule* ment idée, sans vérité et sans rapport à un objet. Le concept empirique possible était donc la règle suivant laquelle l'idée devait être jugée pour savoir si elle était une pure Idée, un être de raison, ou si elle trouvait son objet dans le monde. Car ce n'est que relativement à ce qui sert de terme de comparaison que l'on dit d'une chose, qu'elle est trop grande ou trop petite. La question suivante faisait aussi partie des tournois des anciennes écoles dialectiques : Si un globe ne peut passer par un trou donné, dira-t-on que le globe est trop gros ou le trou trop petit? Dans ce cas, il est indifférent de répondre d'une manière ou d'une autre; car vous ne savez pas lequel (}es deux est là pour l'autre. Au contraire, vous ne direz pas qu'un homme est trop grand pour son habit, mais bien que l'habit est trop court pour cet homme. Nous sommes donc au moins amenés à soupçonner avec fondement que les idées cosmologiques, et avec elles, par conséquent, toutes leurs affirmations dialectiques contradictoires entre elles, ont peiit-*ètre pour raison un concept vain et purement imaginaire

sur la manière dont Tobjet de ces idées nous est donné; et ee soupçon peut déjà nous mettre sur la droite voie pour découvrir riUûsion qui nous a induits en erreur si longtem]()s. '

ANTINOMIES DE lA RAISON PURE.

. SECTION Vi.

De ridéalisme transcendental comme clef de la solulion de la dialeo-

' 'tique «ûsmologHiue.

Nous avons suffipampaent démontré dans l'qsthétique transcendentale que tout ce qui esi perçu dans l'espace ou le temps, par conséquent tous les objets d'une expérieçice à npus possible, ne sont que des phénomènes, c'est-à-dire de simples représentations, qui, en tant qu'elles sont représentées comme substances étendues ou comme séries de changements, n'ont aucune existence fondée en soi hors de notre pensée* J'appelle ce concept théorétique idéalisme transcendental (1). Le réaliste, dans le sens transcendental, fait de ces modifications de notre sensibilité des choses existantes par elles-mêmes, et convertit par conséquent de simples représentations en choses en soi.

On nous ferait tort si Ton nous attribuait l'idéalisme empirique,, décrié depuis si longtemps, et qui,

(1) Il y a ici une pelitc remarque dans la seconde édition. (Voy. suppl, III). R.

TRANSGBMDBlfTALE. 191

tout en admettant la réalité propre de l'espace, y nie l'existence des êtres étendus, au moins la trouve douteuse, et n'admet aucune différence suffisamment probable ici entre le rêve et la vérité. Quant à ce qtti concerne les phénomènes du sens intime dans le temps, phénomènes qu'il considère comme des choses réelles, il n'y trouve aucune difficulté : il affirme même que cette expérience interne démontre à elle seule, et de l'unique manière satisfaisante, Fexistence réelle de son objet (en lui-même) avec toute cette détermination de temps.

Notre idéalisme transoendental accorde, au contraire, que les ôl^ets de l'intuition extérieure existent réellement comme ils sont perçus dans l'espace, et tous les changements dans le temps comme le représente le sens intime. Car l'espace étant une forme de cette intuition que nous nommons intuition extérieure, et puisque, sans objets dans l'espace, il n*y aurait aucune représentation empirique, nous pouvons et nous devons y admettre des êtres étendus comme réels; il en est de même aussi du temps. Mais cet espace même, avec le temps, et, avec l'un et l'autre aussi, tous les phénomènes, ne sont pas cependant des chôtes en soi ; ce sont au contraire de pures représentations qui ne peuvent absolument pas exister hors de notre esprit. L'intuition interne et sensible de notre esprit (comme objet de la couscience),'dont la détermination est représentée parla

succession de différents états dans le temps, n'est pas non plus le même propre, tel qu'il existe en soi, ou le sujet transcendental, mais seulement un phénomène donné à la sensibilité de cet être inconnu de nous. L'existence de ce phénomène interne, comme d'une chose existante en soi, ne peut-être accordée, parce que sa condition est le temps, qui ne peut être la détermination d'aucune chose en soi. Mais dans l'espace et le temps, la vérité empirique des phénomènes est pleinement garantie, etsedistinguesuffisammentde l'affinité avec le songe,si ces deux choses s'enchaînent convenablement et universellement dans une expérience, suivant des lois empiriques.

Les objets de l'expérience ne sont donc jamais donnés en eux-mêmes, mais seulement dans l'expérience, et n'existent pas hors d'elle. Qu'il puisse y avoir des habitants dans la lune, quoique aucun homme ne les ait jamais perçus, c'est ce qui doit certainement être accordé; mais cela signifie seulement que nous pour' rons' peut-être , dans le progrès possible de l'expérience, les reconnaître un jour. Car est réel tout ce qui est lié à une perception, suivant les lois du progrès empirique. Les phénomènes sont donc réels , lorsqu'ils sont liés empiriquement à ma conscience réelle, quoique pour cela ils ne soient pas réels en eux-mêmes, c'est-à-dire hors de cette progression de l'expérience.

Rien de réel ne nous est donné que la perception,

TaANSGBNDEirrALE^ 193

et la progression empirique de cette perception à d'autres perceptions possibles. Car, en eux-mêmes, les phénomènes, comme simples représentations, ne sont réels que dans la perception, qui n'est, en foit, que la réalité d'une représentation empirique , c^est-à-dire un phénomène. Avant la perception, appeler un phénomène une chose réelle, c'est dire simplement que nous pouvons rencontrer une telle perception dans le cours de l'expérience, ou cela ne signifie rien. Qu'il existe en lui-même, sans rapport à nos sens et à l'expérience possible, c'est ce qu'on pourrait dire sans doute s'il était question d'une chose en elle-même. Mais il s'agit simplement ici d'un phénomène dans l'espace et le temps, qui ne sont pas des déterminations des cho-

ses en elles-mêmes, mais seulement de notre sensibilité (1); donc ce qui est en eux (les phénomènes) n'est pas quelque chose en soi; ce sont de simples représentations qui , lorsqu'elles ne sont pas données en nous (daos la perception), n'existent nulle part.

La faculté intuitive sensible n'est proprement qu'une capacité (réceptivité) d'être affecté d'une certaine manière par des représentations dont le rapport entre elles est une pure intuition de l'espace et du temps

(1) J^aurais peut-èbre dû prévenir plus tôt que je conserve ce tour elliptique du négatif au positif, quoique condamné par les grammairiens. La répétition du siiyet et du verbe entraîne des longueurs qui seraient pires que Tautre défaut, qui n'en est un, d'ailleurs, qu'en français; Car ce tour est très-fréquent en allemand. Il n'a donc rien de contraire à la grammaire générale. T.

(pures, formas de notre senaibilit^), et qui, en tant qu'elles so^t uiiiep e^ détenninables dans ee rapport (l'espaoB et le temps) suivant des lois de l'unité mental^ s'appellent objetê* La cause insensible de ces r&- ]»^sentatk>n8 nous est totalement inconnue, et nous ne pouvons^ par le^séquent, la percevoir comme objet i car, un objet dq cette nature ne pourrait être représenté ni dan^ l'espace ni dans le temps (comme siniples cqi^ditions de la représentation sensible), conditions sans lesquelles nous ne pourrions concevoir kucune intuition. Nous pouvons cependant appeler la cause purement intelligible des phénomènes en général, .objet transcendental ; mais uniquement pour avoir quelque chose qui corresponde à la sensibilité cooMue à une réceptivité. Nous pouvons rsqiporter à cet objet transcendeatal .toutecirconscription et tout enchaînement de nos perceptions possibles, et dire qu'il est donné en soi avant toute expérience. Mais les phénomènes sont donnés conformément à cet objjpt,; wa, e« .e)9iiHa[)ême$Y mais seuleolent dans GQjttç expériencoi parce qu'ils sont de sim^es représentations qui ne signifient un objet réel que comme perc^tîon, à savdr, lorsque ^oeMe peroeption se compose avec toutes les autres, suivant les règles de Tunîliê expérimentale. On peut donc dire que les choses réelles .du temps passé sont données dans l'objet transcendental de l'expérience; mais elles ne sont pour moi des objets et des réalités dans le temps ' I .1

TRANSGBNDBICTALB. 195

passé qu'aatant que je me représente une série régressive de perceptions possibles (quev soit suivant le fil de l'histoire ou suivant la liaison des causas et des effets) selon des lois empiriques. En un mot, la cours du monde conduit à une série de temps écoulée comme à une condition du temps présent, lequel n'est cependant représenté alors comme réel que dans l'ensemble d'une expérience possible, et non en lui-même ; de telle sorte que tous les événements passés depuis le temps infini qui a piécédé mon exi&tencei ne signifient eependant antre chose que là pcmVSSié de prolcmgar la eha|n«tfU) l'expérience^ depuis laperoeption actiielle jusque , en TemdMant, aux conditioos qui la détermineot qoaat au temps.

Quand ^'donc je- me représente tous les objets exis^ tantsdûssens, dans tous les temps et tons les espaces pris ensemble, je ne les place pas avant l'expérience dans l'un et dans l'autre; mais cette représentation n'est autre chosey an donivaire, qne la pensée d'une expérience possible dans sa totalité absolue. En elle seule fiontdsDnés ces objets (qui ne sontque de simples représentations). Hais quand ondît qu'ils existent avant toute oMMi npérieme, eda signifie seulement qu'ils doivent se rcfncontrer dans la partie de Texpérience vers laquelle il Iwt m^avancer, en parlant d'abord de la perception|dii moment* La cause des conditions empiriques de cette progression, par conséquent la question de savoir à quels membres ou jusqu'où je

pui3 aller danç la régression , est transcendentale, et par conséquent à moi nécessairement inconnue. Aussi, ne s'agit-il pas ici de cette cause, mais seulement de ja règle de la progression de l'expérience dans laquelle les objets, comme phénomènes, me sont donnés. C'est absolument la même chose quant au résultat, si je dis que, par une progression empirique dans l'espace, je puis atteindre les étoiles qui sont mille fois plus éloignées de moi que les {)1ub distantes que je Yois; ou si je dis qu'il peut y en avoir à trouver dans l'espace universel, quoique homme du monde ne les ait jamais perçues ou ne les per^ cevra jamais : car, quand mèibe elles seraient données comme choses en soi, sans rapport à l'expérience possible , cependant elles ne sânt encore rien pour moi, par conséquent pas des objets, tant qu'elles ne sont pas contenues dans la série de la régression empirique». Si , considérés sous un autre rapport, ces mêmes phénomènes doivent servir à former l'idée cosmologique d'un tout absolu, et s'il s'agit par conséquent d'une question qui dépasse les bornes de l'expérience possible, alors seulement la distinction de la manière dont on admet la réalité de ces objets des sens est importante pour prévenir l'opinion trompeuse qui doit inévitablement résulter de la fausse interprétation de nos propres conctpts empiriques.

TRANSCENDBNTALE. 197

SECTIOlf VII.

Décision critique du conflit cosmologique de la raison avec eire-mdme.

Toute l'antinomie de la raison pure porte sur cet argument dialectique : Si le conditionné est doonci la série entière de toutes ses conditions est aussi donnée. Or, des objets des sens nous sont donnés comme conditionnés. Donc... Parce raisonnement, dont la majeure semble si naturelle et si claire, sont introduites, suivant la diversité des conditions (dans la synthèse des phénomènes), en tant qu'ellesconstituent une série, autant d'idées cosmologiques qui requièrent la totalité absolue de cette série, et par là même mettent la raison dans une contradiction inévitable avec elle-même. Mais avant de chercher à découvrir la fausseté de eet argument dialectique, nous devons nous y préparer par la rectification et la détermination de. certains concepts qui s'y rencontrent. *

1^ La proposition suivante est claire et sans aucun doute : Si le conditionné est donné, par là même une régression dans la série de toutes les conditions du conditionné est aussi donn^; car le concept de conditionné emporte déjà celui de quelque chose qui est rapporté à une condition. Si cette condition est à son tour conditionnée , elle se rapporte à une condition plus éloignée, et ainsi pour tous les degrés de la série. Cette proposition est donc analytique, et

n'a rien à redouter d'une critique trausceodentale; elle est un postulat logique de la raison, qui a pour objet de SDÎTre par l'entendement, aussi loin que possible, l'union d'un concept avec ses conditions, union qui tient déjà au concept même.

2° Si le conditionné et sa condition sont des choses en soi, alors, quand le premier est donné, non-seulement il n'y a plus de régression à la condition, mais celle-ci est déjà réellement donnée par là. Et comme on peut en dire autant de tous les membres de la série, la sériç parfaite des conditions, et avec elle aussi l'inconditionné, sont donc donnés ou plutôt supposés par le fait même que le conditionné, qui n'était possible que par cette séné, est lui-même donné. Ici la synthèse du conditionné avec- sa condition est une synthèse du seul entendement, qui reprétente les choses comme elles sont, sans faire attention si et comment nous pouvons arriver à leur coonai^aoce. S'agit-i! au contraire de phénomènes qui ne sont pas donnés comme simples représentations, si je ne parviens pas à leur oonnaissance (c'est-à'-dire car ils ne sont autre chose que des empiriques): alors je ne puis pas téme sens que, si le conditionné est ses conditions (comme phénomènes) t données, et je ne puis oonséquemiioen t conclure, en aucune Eaçon, la totalité de leur série; car tés pkénottùna, dans l'appréhension, ne sont

TBAN8GB!n>nrrALB. IM

autre chose qu'une synthè&e empirique (daus Tespaoe et le temps), etne sont par conséquent pas dounés. Or, iî ne suit pas du tout que si le conditionné est donné (dans le phénomène), la synthèse qui forme sa condition empirique soit en même temps donnée et suppoBée; cette synthèse n'a lieu que dans la régression et jamais sans elle. Mais on pent hien dire en ce cas qu'un retow aux conditions, c'est-^à-dire une syn* thèse empirique est ordonnée ou rétUUée de ce côté, et qu'il ne peut pas manquer de conditions qui soient données par cette régression.

D'où il est dair que la majeure du raisonnement cosmologique prend le conditionné dans lesens transcendental d'une catégorie pure, mais que la mineure prend ce condttiôurié dans le sens* empirique d'un concept intellectuel appliqué à de simples phénomènes. Il y a donc là une de ces illusions dialectiques appelée^ sophisma figurœ dicHonis. Mais cette méprise n^a rien de volontaire ; c'est une illurion tout à fait natûi^lle de la raison commune, en yertu de laquelle nous supposons (dans la majeure) des conditions et leur série comme maper^es^ quand quelque chose est donné comme conditionné; èe qui n'est que la n&^ cessité logique de prendre des prémisÉes parfaites pour une conclusion donnée, fit, Cbhime on ne pent trouver aucun ordre de temps datàs l'union dû' conditionné avec sa condition , Ftin et l'autre sont supposés en soi comme donnés en même tempéi De plus.

aOO L06IQCB

il c'est pas moins naturel (dans la mineure) de codsidérer des phénmnènes comme des choses en soi, et par conséquent comme des objets donnés à l'enteodement pur, ainsi qu'on l'a pratiqué dans la majeure, laisant atwtraction de toutes les conditions de l'intuition sous lesquelles seules des objets peuvent être donnés. Mais nous avons oublié en cela une distinction importante entre les concepts. La synthèse du conditionné avec sa condition et la série totale des «inditioQS (dans la majeure) n'entraînait avec elle aucune circonscription par le temps, et aucun concept de succession. Au contraire^ la synthèse empirique est nécessairement successive, et la série des conditions dans le .phénomène (qui est aubsumé dans la mineure) n'est donnée dans le temps que conséat. Je ne pouvais donc pas supposer ici^ avais pu te faire dans la majeure, la totaUté e la synthèse et celle de la série qu'elle rfr* parce que là [danslamajeurejtous les memt série sont donnés en eux-mâmes (sans contemps), et qu'ils ne sont possibles ici [dans re]que par la régression successive, laqu'elle n'est donnée qu'autant qu'on l'exécute réellement. Une fois conviùncues que l'argument donné en laveur des assertions cosmologiques et vicieux, les deux parties contendantes peu vent ëtreavecdroitrenToyées comme ne fondant tei^rs prétentions sur aucun titre valabfe* Mais leur procès n'est pas terminé encore par

TEAmOllOBNTALB. 201

le seul CbûI qu'elles se seraient persuadées toutes les deux, ou Tune d'elles, qu'elles ont tort dans la chose mfcie qu'elles affirment (dans la conclusion), à sayoir qa^elles ne peuvent se fonder sur aucune preuve solide. Rien cependant ne semble plus clair que, si de deux propositiqps, l'une affirme que le monie a un commencement, l'autre que le monde n'a pas de commencement, mais qu'il existe de toute éternité, l'une ou l'autre devrait être vraie. Mais s'il en est ainsi , parce que la clarté est égale des deux côtés, il est cependant impossible de jamais trouver nulle part de quel côté est la raison , et le combat durera après comme avant, quoique les parties aient été renvoyées pour leur repos devant le tribunal de la raison. Il ne reste donc aucun autre moyen de juger le procès définitivement et à la satisfaction des deux parties, puisqu'elles peuvent cependant si bien se réfuter mutuellement, que de se persuader enfin qu'elles se disputent pour rien, et qu'une certaine apparence transcen*dentale leur a figuré une réalité où il n'y en a aucune. Tel est le moyen d'accommodement que nous allons essayer dans un différend qui ne peut pas être jugé.

Ztwjn d'Élée, subtil dialecticien , est déjà repris vivement par Platon comme un méchant sophiste, de ce que^ pour faire preuve d'habileté, il cherchait à démontrer une môme proposition par des arguments

202 L06IQUK

spéeieux, et aussitôt après à la ruiner par d'autres arguments d'égale force. Il affirmait que Dieu (qui n^était probablement pour lui que le monde) n'esrîii fini ni infitii, qu'il n^est ni en mouvement ni en repis, ni semblable ni dissemblable à aucune autre cbose. Ceux qui le jugeaient enconséquencopouvaient croire qu'il. voulût nier deux propositions contraotoires entre elles ; ce qui est absurde. Mais je ne trouve pas qu'on puisse raisonnablement l'en accuser ; je considérerai bientôt déplus près la première de ces propositions. Pour ce qui regarde les antres, si parle mot Dieu il entendait l'univers, il devait sans doute dire que cet univers n'est ni toujours présent en son lieu (en repos), et qu'il n'en change pas (qu'il ne se meut pas), puisque tout lieu n'est que dans l'univers; que, par conséquent, Yunivers lui-mèine n'est dans aucun lieu* Si l'univers comprend tout ce qui existe, il n'est non plus, à ce titre , ni semblable ni dissemblable à rien autre, parce qu'il n'y a aucune autre chose hors de lui à laquelle il puisse être comparé. Si deux jugements opposés entre eux supposent une condition impossible, ils tombent alors tous deux malgré leur opposition (qui n'est cependant pas, à proprement parler, une contradiction), parce que la condition sous laquelle seule chacune de ces propositions devaitvaloir tombe elle-même.

Si quelqu^un disait que tout corps sent ou bon ou mauvais, il y aurait lieu à un troisième terme, àsavoir.

TBANSGigfDBlfTALE. 20S

qu'il ne sent rien (qu'il s'est évaporé) ; et ainsi deuit propositions oontraires peuvent étro fausaes. Mais quand je dis que tout oorps sent bon ou qu'il ne sent pas bon {vel sumealens vel non gwweoleM)^ ee soift là deux jugements opposés contradictoirement, et le premier seulement est- faux ; son opposé centradio* toire, à savoir, quelques corps ne sentent pas bon, comprend aussi les oorps qui ne sentent rien. Dav la précédente opposition (per disparata)^ la condition accidentelle du eonqept,de oorps (l'odeur) restait encore malgré, le jugement opposé, et par oonsécpient ce dernier jugement n'étaitpas l'opposé oontradic^ toire du premier.

Quand doue jadis: Le monde est, quant à l'espace, ou infini ou pas infini (n(m est mfimtus), ajbrs, si la première {M'oposition est fausse, son opposée contra^ dictoire, le monde n'est pas infini, est vraie. Par là je supprimerais seulement un monde infini, sans en poser un autre, un m(Mide fini. .Mais m je disais: Le monde est ou infini on fini (non infini) ; les deux propositions pourraient être fausses^ Car je ooasi** dère alors le monde en lui-même^ comme^déterminé quant à sa gcàodenr, puisque j'enlève dans l'opposition, nouf-eeulement l'infinité et avec elle peùt^tétre son eiistenee particulière, mais que de plus j'ajoute une détermination au monde comme à ime chose existante par elle-même ; dé qui peut être également fisiux, si le monde ne devait point être donné comme

une cAosa an sot, par conséquent pas non plus suivant sagrandeur, ni comme infini, ni comme fini. Qu'il me soit permis d'appeler cette opposition une opposition dialectique j etcelle de contradiction une opposition ana^ ly tique. Par conséquent, deux jugementsdialectique* ment contraires peuvent être faux, par la raison que l'un De contredit passimplement l'autre, maisditquelque chose de plus que ce qui est nécessaire pour établir la contradiction.

Si l'on considère les deux propositions : Le monde est infini en grandeur. Le monde est fini en grandeur, comme opposées contradictoirement, on suppose que le monde (la série entière des phénomènes) est une chose en soi. Car il demeure, quoique je supprime le régression infinie ou finie dans la série de ses phénomènes. Mais si je fais disparaître cette supposition ou cette apparence transcendentale, et que je nie que le monde soit une chose en soi, alors l'opposition controdictoire de deux affirmations se change en une opposition purement dialectique. Et comme le monde n'existe point du tout en soi (indépendamment de la série régressive de mes représentations), alors il n'existe ni comme un tout infini en sot, ni comme un tout fini en soi y il n'est trouvable que dans la régression empirique de la série des phénomènes et n'est point donné en soi. C'est pourquoi, si cette série est toujours conditionnée, eHe n'est jamais entièrement donnée, et le monde n'est par conséquent pas un tout

TBANSCXNDENTALE. 20&

inconditionné, il n'existe donc pas non plus comme tel avee grandenr soit infinie, soit finie.

Ce qui a été dit ici de la première idée cosmologique, oo de la totalité absolue de la quantité dans le phénomène, s'applique aussi à toutes les autres. La série des conditions ne se rencontre que dans la synthèse régressive même, mais pas en soi dans le phénomène, comme dans une chose propre donftée avant tonte r^ession. Je devrais donc dire aussi que la multitude des parties danç un phénomène donné n'est en soi ni finie ni infinie, parce que ce phénomène n'est rien d'existant par lui-môme, et que les parties ne sont données que par la régression de la synthèse décomposante, et dans cette même régression, laquelle n'est jamais absolument donnée entièrement ni comme finie ni comme infinie. Il en est de même de la série des causes subordonnées entre elles, ou de l'existence conditionnée jusqu'à l'existence absolument nécessaire. Cette série ne peut jamais être considérée en elle-même, quant à sa totalité, ni comme finie, ni comme infinie, parce qu'elle ne consiste, comme série de représentations subordonnées, que dans la régression dynamique, et qu'avant cette régression , et comme série des choses subsistantes par soi, elle ne peut point exister en elle-même.

L'antinomie de la raison pure, dans les idées coemologiques, est donc levée par le fait qu'il est dé*

206 L06IQUB

montré qu'elle est simplement dialectique, et qu'elle est un combat d'une apparence qui résulte de ce que l'on a appliqué Tidée de la totalité absolue, qui ne vaut que comme une condition des choses en elleamêmes, à des phénomènes, qui n'existent absolument que dans la représentation, et lorsqu'ils constituent une série dans la régression successive, mais pas du tout autrement. Qn peut aussi tirer ré^iptoquementde cette antinomie un téritabie profit, pas dogmatique àtla vérité, mais cependant critique et doctrinal, oelui de démontrer indirectement l'idéalité transcendentale des phénomènes, si par hasard -on n'avait pas été content de la preuve directe dans l'esthétique transcendentale. La nouvelle preuve consisterait dans c^dilemme : Si le monde est un tout eiistant en soi, il eston fini ou infini* Or, leprômier, comnie leaecond cas e9t faux (d'après les preuves précédentes, de l'antithèse d'un côté, et de la thèse de l'autre). Par conséquent il Qst faux aussi que le monde (l'ensemble de tous les phénomènes) soit un tout existant en soi. Car il suit de là que des phénomènes en généi^lne sont rien en dehors de nos représentations; ce que nous voulions dii*e aussi par leur idéalité transcen-

dentale.

..Cette remarque est importante. On voit par là que les preuves précédentes de ces antinomies ne sont pas des subtilités , mais qu'elles étaient foadamen-» taies àws la supposition que les phénomènes, ou un

TBANSGEia>SNTALB. 207

monde sensible qui las comprendnit tous, seraient des choses en soi. Mais le conflit des propositions qui en résnlfent foit voir qu'il y'a une fausseté dans la supposition^ et nous conduit ainsi à une découverte de la véritable propriété des cboai»! comme objets des sens. La dialectique transcendentale ne favotise donc pas du tout le scepticisme, mais Ihou la méthode sceptique, qui peut montrer dana cette dialectique un exemple de sa grande utilité, lorsqu'on rapproche les uns des autres, d'une manière impartiale, les argu* ments de la raison, arguments qui, tout en ne nous donnant pas ce que nous cherchions, nous donneront cependant toujours quelque chose d'utile et de propre à corriger nos jugements*

SKCTIOn VUI*

Principe rdgolateiir de la raison pure per npport aux Idées

cosmologiques.

Puisque le principe de la totalité cosmologique ne donne aucun maximun de la série des conditions dans vu monde sensible comme chose en soi, et que ce maximum ne peut être donné que dans la régression de cette eérie^ ce prin^e^)e de la raison pure conseirve donc, dans sa signification ainsi 'rectifiée, sa valeur ipropre, non à titre d'oa^'oma pour coQcevoir la totalité dans Tobjet comme réelle, mais à titre de probième pour rentendement, par conséquent pour le su-

jet ; problèmequi sert à établir etàcontinuer, suivant l'intégralité idéale^ la régression dans la série d'un conditionné donné. Car, dans la sensibilité, c'est-à* dire dans l'espace et le temps, toute condition à laquelle nous pouvoir arriver dans l'exposition des phénomènes donnés est à son tour conditionnée, parce que ces phénomènes ne sont pas des objets en soi où puisse en tous cas se trouver absolument l'iU'conditionné, mais des représentations purement empiriques, qui doivent toujours trouver dans l'intuition la condition qui les détermine quant à l'espace et au temps. Le principe de la raison n'est donc proprement qu'une règk qui, dans la série des conditions des phénomènes donnés, présente une régression à laquelle il n'est jamais permis de s'arrêter dans un inconditionné absolu. H n'est donc pas un principe de la possibilité de l'expérience et de la connaissance empirique des objets des sens, par conséquent pas un principe de l'entendement; car toute expérience est renfermée dans ses limites (en conséquence de l'intuition donnée), non plus qu'un principe coMtUuHf de la raison pour étendre le concept du monde sensible au delà de toute expérience possible, mais un principe de la progression et de l'extension la plus grande possible de l'expérience, suivant lequel aucune borne empirique ne peut valoir comme borne absolue; par conséquent un principe de la raison, lequel, comme règle j postule ce qui doit arriver dans la régression,

TRANSGBN^ENTAVB. 209

et n'arUidpe pas ce qui est donné en soi dans Vobjet avant toute liégression. Je l'appelle donc on j^incipe régulateur de la rs^isoUi quant au contraire le principe de la totalité absolue de la série des conditions, comme donnée en soi dans un objet (les phénomènes), serait un principe cosmologique constitutif, dont j*ai montré la vanité par cette distinction, en même temps que j'ai vomIq empêcher par là qu'on n'attribue, comme il arrive toujours (par subreption transcendentale) si Ton fait différemment, une réalité objective à une idée qui sert simplement de règle.

Maintenant, pour déterminer pertinemment le sens de cette règle de la raison pure, il faut remarquer d'abord qu'elle ne peut pas dire ce qu^est Fobjety mais comment il faut établir la régression empirique pour arriver au concept complet de T objet. Car, si le premier cas avait lieu, elle serait un principe constitutif tel, qu'il n'est jamais possible par la raison pure. On ne peut donc pas du tout vouloir dire par là que la série des conditions, pour un conditionné donné, est en soi finie ou infinie. Autrement, une simple idée de la totalité absolue, qui n'a de fondement qu'en elle-même, penserait un objet qui ne peut être donné dans aucune expérience, puisque une réalité objective indépendante de la synthèse empirique serait accordée à une série de phénomènes. L'idée rationnelle prescrira donc seulement à la synthèse qui rétrograde dans la série des conditions, une règle suivant laquelle n. 14

elle s'avance da conditionné^ par le moyen de ton tes les conditions subordonnées entre elles, à rinôottiitienne, quoique celui-ci ne doive jamais être atteint. L'absolument inconditionné ne se trouve point dans l'expérience.

Il ftiut donc, à cette fin, premièrement déterminer avec précîôion la synthèse d'une sétièf, en tant qu'elle n'est jamais complète. On se sert ordinâk*ement,à ëet effet, de deux mots qui doivent distinguer dans la matière quelque chose, sans qu'on sache cependant bien faire voir la raison de cette distinction. Les mathématiciens parlent seulement d'un progressus in infiniltjm. Les scrutateurs des concepts (le^ philosophes) n'emploient, au lieu de cette expression, que celle d'un progressus in indefinitum. Sans m'arrêter à l'examen du scrupule qui a porté ceux-ci à faire cette distinction, ni à son usage utile ou inutile, je chercherai seulement à déterminer clairement ces concepts par rapport à mon objet.

On peut dire avec raison d'une ligne droite, qu'il est possible de la prolonger à l'infini, et ici la distinction de rinfini et d'un prolongement à l'indéfini (progressus in indefinitum) serait une vaine subtilité. Car, lorsqu'on prolonge une ligne, bien qu'il soit sans doute plus convenable d'ajouter indéfiniment (in indefinitum) que infiniment (in infinilum), parce que la première locution signifie seulement que la ligne est continuée aussi loin qu'on veut, tandis que

TRANSGENDENTALE. 21 f

la seeonde signifie qu'on ne doit jamais discontinuer de la tirer >(ce dont il ne s'agit point ici); cependant, s'ibn'est question que du.fmivotr, .la première expression est tout à fait juste \ car vous pouvez toujours à l'infini la rendre plus grande. Et il en est de même aussi dans tous les cas où l'on ne parle que du pro- ^e^sitô,.. c'est-à-dire du passage de la condition au conditionné; cette continuation « possible s'étend, dans la série des phéaomènes, à l'infini. Vous pouvez, en ligne descendante d*une génération, avancer sans fin d'un couple d'aïeux donné, et former ainsi par la pensée une chaîne généalogique qui s'étende dans le monde; car ici la raison n'a jamais besoin de la totalité absolue de la série, parce qu'elle la suppose, non comme condition ni comme donnée (dcUuin)j mais seulement comme quelque chose d'inconditionné qui n'est que possible {dabile)^ et s'accroît sans fin.

Il en est tout autrement avec la question : Jusqu'où va la régression qui, dans une série, s'élève du conditionné donné vers la condition, et si l'on peut dire qu'elle est une régression a l'infini, ou seulement une rétrogradation qui s'étend indéterminément loin (in indefinitum); si, par conséquent en partant des hommes actuellement vivants, je puis, dans la série de leurs ancêtres, remonter infiniment, ou si l'on peut dire seulement que, si loin que je remonte, îe n'aurai jamais de raison empirique pour regarder en quelque

point la série comme finie, tellement que je Bois autorisé et en même temps obligé de chercher à chaque ancêtre un ancêtre antérieur, quoique je ne le sois pas précisément de le supposer.

Je dis donc que, si le tout est donné dans l'intuition empirique, larégression, dans lasériedesesconditions internes, s'étend alors à Tinfini ; mais que, si une partie seulement de la série est donnée comme point de départ de la régression vers la totalité absolue, alors il n'y a lieu qu'à une régression indéfinie (m inde/initum). Il en faut dire autant de la division d'une matière donnée dans ses bornes (d'un corps) : elle s'étend à l'infini. Car cette matière est donnée dans la perception empirique tout entière, par cou* séquent avec toutes ses parties possibles. Puis donc que la condition de ce tout est sa partie, que la condition de cette partie est la partie de la partie, et ainsi de suite, et qu'on ne trouve jamais, dans cette régression delà décomposition, un membre inconditionné (indivisible) de cette série de conditions, non-seulement la raison empirique de s'arrêter dans la division ne se trouve nulle part, mais encore les membres ultérieurs de la division à continuer sont eux-mêmes donnés empiriquement avant cette division progressive ; c'est-à-dire, que la division s'étend à l'infini. Au contraire, la série des ancêtres d'un homme déterminé n'est donnée dans aticune expérience possible avec sa totalité absolue, mais la régression va

cependant de chaque individu de cette génération à un individu plus élevé, tellement qu'on ne peut trouver aucune borne empirique qui présente un individu comme absolument inconditionné. Néanmoins, comme les individus qui pourraient servir ici de condition ne sont pas déjà dans l'intuition empirique du tout avant la régression, alors cette régression ne va pas à l'infini comme dans la division de la chose donnée), mais à Tindéfini dans la recherche de plusieurs individus comme condition des individus donnés ; et ceux-là ne sont toujours donnés, à leur tour, que comme conditionnés. Dans aucun des deux cas, tant dans celui du re^ gressus in tVi/Snttom, que dans celui du regressus in indefinitum, la série des conditions n'est considérée comme infinie dans l'objet donné. Ce ne sont pas des choses qui subsistent par elles-mêmes, mais seulement des phénomènes qui, comme condition les uns des autres, ne sont donnés que dans la régression même. Il ne s'agit donc plus de savoir quelle est en soi la grandeur de la série des conditions, c'est-àdire si elle est finie ou infinie, car elle n'est rien en elle-même, mais comment nous devons établir la régression empirique, et jusqu'où nous devons la prolonger. Et alors, il faut faire une distinction inflportante par rapport à la règle de ce prolongement : Si le tout est donné empiriquement, il est possible alors de remonter à Vinfini dans la série de ses con-

214 LOGIQUB

ditioDs internes ; mais si ce tout n'est pas donné, et qu'il ne doive Tètre que par une régression empirique/ on peut seulement dire qu'il est possible à Vinfini d'avancer vers des conditions encore plus élevées de la série. Je pouvais dire dans le premier cas : il y a toujours là plus de membres donnés empiriquement que je n'en atteins par la régression( de la décomposition) ; dans le deuxième oas : je puis toujours aller plus ayant dans la régression, parce qu'aucun anneau n'est donné empiriquement comme absolument inconditionné y et^ par le- fait, chacun d'eux en admet toujours un autre plus élevé comme possible^ et par conséquent- la recherche de cet anneau est comme nécessaire. Dans le premier <2aa^ il était nécessaire de trowoer toujotirs un plus grand nombre d'anneaux de la série, mais, dans le second^ il est toujours nécessaire que la question s'élève de plus en plus,- parce qu'aucune expérience ne la limite absolument. Car, ou vous n'avez aucune per-^ ception qui borne absolument votre régression em«pirique, et alors vous ne devez pas tenir votre régression pour complète; ou bien vous avez une

perception qui limite votre série, et alors cette perception ne peut pas être une partie de votre série accomplie (parce que ce qui borne doit être différent de ce qui en est bomé)^ et vous devez, par conséquent, pousser aussi plus loin votre régression vers cette condition, et ainsi de suite. %

TRANSCENDENTALB. 215

La section suivante mettra ces observations* sous leur véritable jour en les appliquant.

SEGTIOlf IX.

De Tusage empirique du principe régulateur de la raison par rapport

& toutes les Idées cosmologiques.

Puisque, comme nous Tavons montré plusieursfois, il n'y a aucun usage transcendental^ soit des oencepts intellectuels, soit des concepts rationnels, la totalité absolue de la série des conditions dans le monde sensible s'appuyant facilement sur un usage transcendental de la raison, qui exige cette totalité absolue dans ce qu'elle suppose comme cboseen soi; puisqued'un autre côté le monde sensible ne contient rien de tel : il ne peut plus être question jamais de la quantité absolue des séries en lui, ni par conséquent de savoir si elles peuvent être en elles-mêmes bornées ou illimitées, mais seulement jusqu'où nous pouvons remonter dans la régresssion empirique, dans la régression de l'expérience à ses conditions, pour ne s'en tenir, suivant la régie de la raison, à aucune autre réponse faite aux questions posées par la raison elle-même, qu'à celle qui est conforme à l'objet.

Il ne nous reste donc que la validité du principe ro* ù'onne^coipme règle de la pro^re^^ton [continuation] et

delà quantité d'une expérience possible, puisquenous en avons suffisamment prouvé la nonvalidité comme principe constitutif des phénomènes en eux-mêmes. Aussi^ si nous pouvons établir clairemeot cette validité certaine, le combat de la raison avec ellemême est complètement terminé, puisque, grâce à la solution critique, non-seulement l'illusion qui avait engendré la discorde s'évanouit, mais, au lieu de cette discorde, le sens dans lequel la raison s'accorde avec elle-même et dont l'équivoque seule occasionait la dispute, est éclairci, et un principe, qui autrement était dialectique j se trouve converti en un principe doctrinal. En effet, si ce principe peut être confirmé^ quantàsonsens subjectif d'approprier aux objets sensibles l'usag e intellectuel le plus grand possible dans l'expérience, c'est précisément comme si ce principe déterminait axiomatiquement (ce qui est impossible par la raison pure) à priori les objets en eux-mêmes ; car sa plus grande influence, par rapport aux objets de l'expérience, sur l'extension et la rectification de notre connaissance, serait de se montrer actif dans l'usage empirique le plus étendu notre entendement.

Solution de Tldée cosmologique de la totalité de la composition

des phénomènes d*un univers.

Ici, et dans les autres questions cosmologiques, le fondement du principe régulateur de la raison est

TRANSCEPCDENTALE. 217

cette proposition. Il ne peut y avoir, dans une régres* ftlon empirique, atumne expérience d^une limitô absolue, par conséquent d'aucune condition qui, comme telle, soit absolumetU inconditionée empiriquement. Mais la raison en est qu'une semblable expérience devrait contenir en elle une limitation des phénomènes par rien , ou par le vide, auquel pourrraitaboutir la régression continuée au moyen d'une perception ; ce qui est impossible.

Or, cette proposition qui signifie que, dans la régression empirique, je n'arrive jamais qu'à une condition qui doit elle-même être considérée à son tour comme empiriquement conditionnée, contient cette règle m ^ermtms. Quelque loin queje puisse être parvenu de cette manière dans la série ascendante, je dois toujours chercher à connattre un anneau plus élevé de la série, soit que cet anneau puisse ou ne puisse pas m'ètre connu maintenant par l'expérience.

Or, pour la solution du premier problême cosmologique, il suffit de décider si, dans la régression à la grandeur inconditionnée de l'univers (suivant le temps et l'espace), cette ascension toujours sans limite, peut s'appeler une régression à T infini ou, seulement une régression continuée à t indéfini (in indefinitum).

La simple représentation générale de la série de tous les états cosmiques passés, de même que celle des choses qui sont en même temps dans l'espace cosmi-

que, n'est qu'une simple régression empirique possible que je conçois, quoique encore indéterminé» menti et qui peut seule faire naître le concept d'une telle série de conditions de la perception donnée (1). Or, je n'ai jamais l'univers qu'en concept, et nullement (comme tout) en intuition. Je ne puis donc pas conclure de sa grandeur à la grandeur de la régression, ni déterminer celle-ci d'après celle-là. Je ne puis au contraire me former un concept de la grandeur du monde que par la grandeur de la régression empirique. Mais je ne sais jamais rien de cette régression, si ce n'est que je dois toujours avancer empiri-^ quement de chaque membre donné de la série des conditions à un membre supérieur (plus éloigné). En sorte que la grandeur du tout de^ phénomènes n'est absolument pas déterminée par là; on ne peut donc pas dire non plus que cette régression aille à l'infini, parce qu'on anticiperait ainsi sur les membres de la série auxquels la régression n'est pas encore parvenue, et qu'on les concevrait en si grand nombre qu'aucune synthèse empirique ne pourrait les comprendre, et qu'ainsi l'on déterminerait la grandeur

{i) Cette série cosmique ne peut donc être ni plus gnninde ni plus petite que la régression empirique possible sur laquelle seule repose le concept de cette série. Et puisque cette régression ne peut donner aucun inGni déterminé, et tout aussi peu un fini déterminé (absolument borné), il est clair alors que nous ne pouvons supposer la grandeur cosmique ni finie ni infinie, parce que la régression ( par laquelle elle est représentée) ne permet ni Vna ni Tautre.

TRANSGENDENTALE. 219

du monde avant la régression (quoique seulement d'une manière négative) ; ce qui^ est impossible. Car le monde ne m'est donné par aucune intuition (quant à sa totalité), par conséquent aussi ea quantité ne m'est donc absolument pas donnée non plus avant la régression. C'est pourquoi nous ne pouvons absolument rien dire de la grandeur du monde en elle-même, pas même qu'il y a lieu en elle à une régression à Tinfini; nous devons rechercher seulement, suivant la règle qui détermine en lui bt régression cosmique, le concept de sa grandeur. Mais cette règle dit seulement que, quelque loin que nous puissions avancer dans la série des conditions empiriques, nous ne devons nulle part admettre une limite absolue; que nous devons subordonner tout phénomène, comme conditionné, à un autre comme à sa condition, et par conséquent arriver encore à celuici : ce qui est la régression à l'indéfini, régression qui, ne déterminant dans l'objet aucune grandeur, est évidemment différente de la régression à l'infini. Je ne puis donc pas dire: Le monde est infini quant au temps passé ou à l'espace. Car un tel concept de grandeur, comme d'une infinité donnée, est empirique, par conséquent absolument impossible aussi par rapport au monde comme objet des sens. Je ne dirai pas non plus: La régression, en partant d'une perception donnée, pour aller à tout ce qui la limite dans une série, soit dans l'espace, soit dans le temps

passé, s'étend à Vin/ini; car ceci suppose la grandeur du monde infinie. Je ne dirai pas d'avantage qu'elle est finie^ car la limite absolue est également impossible empiriquement. Je ne pourrai donc rien dire de tout l'objet de l'expérience (du monde sensible), mais je pourrai seulement parler de la règle suivant laquelle l'expérience doit être établie et continuée conformément à son objet.

Par conséquent, sur la question cosmologique concernant la grandeur du monde, la réponse première et négative est celle-ci : Le monde n'a pas de premier commencement dans le temps, ni aucune borne la plus extérieure possible dans Tespace.

Autrement, le monde serait borné par le temps, vide d'une part, et d'une autre par un espace vide. Or^ puisque, comme phénomène, il ne peut pas être ainsi en soi, ni d'une manière ni d'une autre, le phénomène n'étant rien en soi, il devrait y avoir une perception possible de la circonscription par un temps absolument vide ou par l'espace vide; perception par laquelle les limites du monde seraient données dans une expérience possible. Mais une semblable expérience, comme matière absolument vide, est impossible. Une limite absolue du monde est donc empiriquement et, par conséquent aussi, absolument impossible (1).

(i) On remarquera que la preuve est ici administrée tout autrement que la preuve dogmatique précédente dans Tantithèse de la

TaANSCKNDENTjUJ. 221

De là suit préciBément aussi la réponse affirmative : La régreasioD dans la série des phénomèDes du monde, comme une détermioatioa de la grandeur du monde, est indéfinie. Ce qui veut dire que le monde sensible n'a aucune grandeur absolue, mais que la régression empirique (par laquelle seule il peut être donné du côté de ses conditions) a sa règle à elle propre pour avancer toujours d'un membre de la série, comme de quelque chose de conditionné, à an membre plus éloigné (soit par une expérlnce personnelle, ou par le ûl conducteur de l'histoire, ou par la chaîne des effets et de leurs causes), et pour be jamais se dispenser d'^teodre l'nsage ( ble de son entendement. Ce qui est p la propre et unique alîaire de la raisi cipes.

Une régreasion empirique déterminée qui s'étende sans cesse dans une espèce de phénomènes n'est pas ici prescrite : par exemple, il n'est^pas nécessaire d'avancer toujours d'un homme donné dans la série ascendante de ses ancêtres sans attendre un premier couple, ou dans la série des corps du monde sans ad-

premi ère antinomie. Là, tious avons souunuîque le monde sensible, suivant la commune et di^maUque façon de penser, était une ctiose donnée en elle-même qu&Di à sa lotoliLé, avant toute régression, et nous lui avons refusé, en général, une place déterminée dans le [cmps et l'espace, s'il n'occupait pas' tous les temps et tous les espaces ; c'est pourquoi la conclusion a été différente de ce qu'elle est ici, car elle conduit ti l'in&nité réelle du monde.

mettre un soleil le plus excentrique: seulement il est nécessaire de passer de phénomènes en phénomènes, quoique ces phénomènes ne soient donnés par aucune perception réelle (si Tîntensité en est trop faible pour qu'il y ait conscience, et par conséquent pour devenir une expérience), parce qu'ils appartiennent cependant à l'expérience possibles'

Tout commencement' est dans le temps, et toute borne de ce qui est étendu dans l'espace. Mais l'espace et le temps ne sont que dans le monde sensible. Ce n'est donc que d'une manière conditionnée que les phénomènes sont dans le inonde^ mais le monde lui-même n'est ni conditionné,, ni borné d'une manière conditionnée.

Par cette raison, et parce que le monde ne peut jamais être entihrement donné j non plus que 1^ série des conditions d'un conditionné quelconque, comité série cosmique, le concept de la grandeur du monde n'est donné que par la régression, et non dans une ii>tuition collective qui la précède. Mais cette régression n'est toujours que la détermination de la grandeur^ et ne donne ainsi aucun concept déterminé, ni par conséquent aucun concept d'une grandeur qui serait infinie par rapport à une certaine mesure; elle ne 'va donc pas à Tinfini (comme donné), mais à l'indéfini, pour donner à l'expérience une grandeur qui n'est réelle que par cette régression.

TRANSCENDENTALB. 223

Solution de ridée cosmologique de la touUté de la division d'un

tout donné en intuition.

Si je divise un tout donné en intuition, je vais par là de quelque chose de conditionné aux conditions de sa p08<«ibiUté% La diYision des parties (gubdi- Visio ou decùmpoêitio) est une régression dans la série de ces conditions, ta totalité absolue de cette série ne aérait donnée qu'autant que la régression pourrait atrteindre jusqu'aux parties simples. Mais si toutes les parties sont toujours divisibles de nouveau, alors la division, c'est-àrdire la régression du conditionné à ses conditions, s'étend à l'infini, parce que les conditions (les parties) sont contenues dans le conditionné même ; et, celui-ci étant donné entièrement dans une intuition renfermée dans des limites, toutes aussi sont données en même temps. La régression ne doit donc pas être appelée simplement une régression à Vindéfiniy comme il était permis de le faire dans l'idée cosmologique précédente, puisque je devais alors m'avancer du conditionné à ses conditions qui étaient en dehors de lui, et par conséquent pas* données en même temps que lui, mais qui ne se présentaient qi^e dans la régression empirique. Néanmoins on ne peut pas dire d'un tel tout, qui est divisible à l'infini, qu'i7 se compose de parties en nombre infini. Car, quoique toutes les parties soient comprises dans l'intuition du

tout, la division totale D*y est cependant pa^ contenue; celte division ne consiste que dans la décomposition progressive ou dans la régression même, qui seule compose réellement la série. Or, comme cette régression est infiaie, tous les membres (parties) auxquels elle parvient sont contenus dans le tout donné comme a^^r^^a^^ mais l^sérieiolaledeladivision^ qui est successivement infinie et jamais parfaite, n'y est point contenue, et ne peut par conséquent faire voir dans un tout ni une multitude infinie, ni une synthèse de cette multitude en un tout.

Cette observation générale peut très-bien s'appliquer à l'espace. Tout espace, considéré dansses bornes, est un tout dont les parties sont toujours des espaces dans toute décomposition ; cet espace est par conséquent divisible à l'infini.

De là suit aussi très-naturellement la seconde application à un phénomène extérieur (corps) renfermé dans «es bornes. La divisibilité d'un corps se fonde sur celle de l'espace qui constitue la possibilité du corps, comme d'un tout étendu. Ce corps estdonc divisible a l'infini, sans cependant pour cela se composer d'infiniment de parties [actuelles] •

Il semble, à la vérité, qu'un corps devant être conçu comme substance dans l'espace, il doit en différer quant à la loi de la divisibilité de l'espace; car on peut très-bien accorder que la décomposition ne puisse jamais épuiser la composition dans l'espace,

THAKSCBHDBNTALB. 225

puisque «lors tout espace, qui d'ailleurs n'eat rien en lui-même, disparaîtrait (ce qui est impossible). Mais quç» si taute composition de la matière disparaissait par la pensée, il ne dût plus rien rester, c'est ce qui ne paraît pas pouvoir se concilier ayec le concept d'une substance qui devrait être proprement le sujet de toute composition, et qui devrait persister dans ses éléments, quoiqualeur union dans l'espace pour composer un corps eût cessé. Mais il [n'en est pas de ce qu'on appelle substance dans le phénomène coaame d'une chose en soi, telle qu'on la concevrait par un concept intellectuel pur. La substance dans le phénomène n'est pas un sujet absolu ; c'est une image durable 4^ la sensibilité; elle n'est qu'une intuition' dans laquelle rien d'inconditionné ne se trouve nulle part.

Mais quoique cette règle de la progression à l'infini ait lieu, sans aucun doute, dans la sub-» division d'un phénomène comme plein pur et simple de l'espace, elle ne peut cependant pas valoir, quand nous voulons l'employer aussi à la multitude des parties déjà séparées d'une certaine mani^ dans un tout donné, et qui constituent un quantum discretum. On ne saurait admettre que dans un tout (organisé) quelconque, chaque partie soit de nouveau organisée, et que l'on trouve de cette manière dans la division des parties à l'infini, toujoursde nouvelles parties artificielles, en un mot que le tout soit

2S6 LOGIBUB

organisé à l'infini; mais on conçoit bien que les parties delà matière puissent, dans leur décomposition à l'infini, être toutes organisées; car l'infinité de ladi vision d'un phénomène donné dans l'espace se fonde uniquement sur ce que, par'ce phénomène, la simple divisibilité, c'est-à-dire une multitude de parties absolument indéterminées en soi, est donnée; mais les parties elles-mêmes ne sont données et déterminées que parla subdivision, en un mot, le tout n'est pas déjà divisé en lui-même. Par conséquent la division peut déterminer dans ce tout une multitude qui va aussi loin que l'on veut avancer dans la régression de la division. Au contraire, dans un corps clinique composé à l'infini, le tout est déjà représenté, précisément par ce concept mênie, comme divisé, et une multitude de parties en elle-même déterminée, mais infinie, Vy trouve avant toute régression de la division ; an quoi l'on est en contradiction avec soimême, puisque l'on considère l'enveloppement in- &m comme une série qui ne sera jamais complète (infinie), et néanmoins cependant comme complète dans la composition. La division infinie ne désigne que le phénomène comme quantum cantinuum, et ne peut être séparée du plein de l'espace, parce que ce plein est précisément la raison de la divisibilité infinie. Mais aussitôt que quelque chose a élé pris comme quantumdiscretum^ alors la multitude des uni« tés y est déterminée, par conséquent aussi ton^oiurs

TRÂHBGKIIDKNTALB. 997

égale à un nombre. Jusqu'où peot done aller Torganisation dans un corps composé? Cest ce queFox*périence seule peot apprendre, et quoiqu'elle ne soit parvenue avec certitude à aucune partie inorganique, de telles parties cependant doivent néanmoins se trouver dans rexpérienoe possible. Mais jusqu'où s'étend en général la division transcendentale d'un pbénomène? Ce n'est point l'afiSsiire de l'expérience; mais un principe de la raison, de tenir la régression empirique pour jamais absolument accomplie dans la décomposition de l'étendu, conformément à la nature de ce phénomène.

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