T AVERTISSEMENT
Sur la solution des Idées transcendentales dynamiques.
En représentant dans une table l'antinomie de la raiaon pui*e par toutes les idées transoendentales, en même temps que nous avons fait connaître la cause de ce conflit et l'unique moyen de le foire cesser, moyen qui consiste en ce que deux alBrmations opposées soient expliquées comme fausses^ nous avons ainsi représenté partout les couditions comme appartenant à leur conditionné suivant des rapports d'espace et de temps; ce qui est fai supposition oràinaiie du sens commun, et sur laquelle précisément se fondait aussi tout ce conflit. A cet égard toutes les
Mjk LOGIQUE
4*epré8ent9lioiiis dialectiques de la totalité dans la série des coDdidoos d'un conditionné donné se sont aussi trouvées partout de même espèce. C'était toujours une jsérie dans laquelle la condition avec le conditionnel comme membres de cette série, étaient réunis et parlà de même espèce^ puisque alors la régression ne devait jamais être conçue accomplie; si le contraire arrivait-, c'est qu'un membre conditionné en soi (ievait être pris faussement pour le premier, et par .conséquent comme inconditionné. L'objet, c*est-i-dire le conditionné, n'élait donc pas à la vérité considéré partout simplement quant à la quantité, mais il n'y avait cependant pas d'exception pour la série de ses conditions. De là la difficulté qui ne pouvait être résolue par aucun accommodement, mais seulement par la résection complète du nœud, difficulté qui consistait en ce que la raison montrait à l'entendement l'objet ou trop grand ou trop petit y de telle sorte que Ji!entendement ne pouvait jamais égaier l'idée de la
raison* Mais nous n'avons pas parlé, à ce sojet, d'une dis*
tinction essentielle qui domine dans les objets, c'està-*dire dans les concepts intellectuels que la raison s'efforce d'ériger en idées, distinction tirée de la division de notre table précédente des catégories, dont uleux d'entre elles indiquent une synthèse mathéma^ tique des^pbénomènes, et les deux autres une synthèse dynamique. Jusqu'ici cette omission pouvait très-bien
XaANSCBNKNTALB. 229
avoir lieu, puisque, de la même manière que daiia la représentation générale de toutes les idées transcendentalesy nous nous en sommes toujours tenu aux seules conditions dans le phénomène; de même aussi dans les deux idées mathématiques transcendentales, nous n'avons eu d'autre objet que celui qui nous était donné dans le phénomène. Mais, maintenant que nous marchons aux concepts dynomt^ue^de l'entendement, en tant qu'ils doivent cadrer avec les idées de la rai-son, cette distinction est imjportante et nous ouvre un aspect entièrement nouveau par rapport au procès dans lequel la raison est engagée, procès qui a été renvoyé précédemment, comme intenté et soutenu par les deux parties soûs de faussés suppositions, mais qui peut avoir une autre issue maintenant, puisqu'il y a peut-être lieu, dans l'antinomie dynamique, à une supposition compatible de ce point de vue avec les prétentions de la raison, et que le juge pourra suppléer au défaut des moyens de droit qu'on avait mal compris de part et d'autre, de façon à pouvoir concilier les deux parties; ce qui était impossible dans le combat que présente l'antinomie mathématique.
Les séries des conditions sont assurément toutes de même espèce, en ce sens que l'on voit facilement, en les remontant^ si elles sont conformes à l'idée, ou si elles sont trop grandes ou trop petites pour elle. Mais leconcept intellectuel qui sert de fondemeieit à ces idées
contient, ou simplôment une synthèse de thùmoghte (<iui est supposé dans toute quantité, tant dans la composition que dans la division), ou bien encore une synthèse de Vhétiroghnej qui peut au moins être admis dans la synthèse dynamique, tant celle de Tu- ' nion causale que celle de l'union du nécessaire avec le contingent.
D'où il arrive qu'il n'y a lieu, dans la liaison mathématique des séries phénoménales, qu'à la condition sensible , c'est^-àrdire à une condition qui est ellemême une partie de la série ; tandis qu'au contraire la série dynamique des conditions sensibles permet encore une condition hétérogène qui n'est pas une partie de la série , mais qui, comme [donnée] purement intelligible f est en dehors de la série , condition au moyen de laquelle précisément la raison est satisfaite, et l'inconditionné préposé aux phénomènes, sans cependant troubler la série de ces derniers comme toujours conditionnée, et sans contredire pour cela les principes de l'entendement.
Or, de ce que les idées dynamiques permettent une condition des phénomènes hors de leur série, c'esi-àdire une condition qui n'est pas phénomène, quelque chose arrive qui est totalement distinct de la conséquence de l'antinomie. Celle-ci faisait que deux affirmations dialectiques opposées devaiMit être regardées comme fausses* Au jooptraire, l'universellement qopiËitionnjé des séries dynamiques, qui
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en est inséparable comme de phénomènes , joint à la condition, à la vérité empiriquement inconditionnée, mais aussi non-sensible, satisfait d'une part à Venten^ dément et de Tautre à la raison (i); et, tandis que les arguments dialectiques, qui cherchaient d'une manière ou de l'autre la totalité inconditionnée dans de simples phénomènes, tombent, les propositions ra-* tionnelles, prises dans un sens ainsi rectifié, peuvent, au contraire, être toutes deux vraies; ce qni ne peut jamais avoir lieu dans les idées cosmologiques qui concernent simplement l'unité mathématiquement inconditionnée; parce que aucune autre condition de^la série des phénomènes n'a lieu, dans ces idées, si ce n'est celle qui est elle-même phénomène, et qui, comme telle, constitue un membre de la série.
Solution des Idées oosmologiques relaiîTesà la totalité de la dérivation des événements cosmiques de leurs causes.
On ne peut concevoir que deux sortes de causali-
(l)GarrentendemeDt ne permet, parmi des phénomènes, aucune condition qui serait elle-même empiriquement inconditionnée. Mais si la condUion MelUçMe, qui par conséquent n^appartlendrait pas comme membre à la série des phénomènes, peut être conçue comme correspondant à quelque chose de conditionné (ëans le phénomène) , sans cependant rompre par-lk le m<»ni du monde la série des conditions empiriques, alors une telle condition pourrait être admise comme empiriquement inconditionnée^ de manière que 1& régression empirique continue n'éprovnràt nulle part de solution d6 continuité»
tés par rapport à ce qui arrive, ou suivant la nature, ou par Uberié. La première est la liaison d'un état à un état précédent dans le monde sensible, dont l'un suit l'autre suivant une règle. Or, comme la causalité des phénomènes repose sur des conditions de temps, et que l'état précédent, s'il eût toujours été, n'aurait pas produit un effet qui eût un jour paru dans le temps pour la première fois, la causalité de la cause de ce qui arrive ou apparaît a aussi commencé iPêtre et réclame à son tour une cause suivant le principe intellectuel même.
Au contraire, j'entends par liberté, dans l'acception cosmologique, la faculté de commencer par soimême un état, dont par conséquent la causalité n'est pas à sgn tour soumise, suivant la loi de la nature, à une autre cause qui la détermine quant au temps. La liberté est, dans ce sens, une idée' transcendentale pure,. qui d'abord ne renferme rien d'emprunté de l'expérience, et ensuite dont l'objet ne peut non plus être donné déterminément dans aucune expérience, parce que c'est une loi générale, même de la possibilité de l'expérience, que tout ce qui arrive doit avoir une cause; par conséquent aussi, la causalité de la cause, qui elh-même est arrivée^ doit avoir à son tour la sienne. Par-là donc tout le champ de l'expérience, aussi loin qu'il puisse s'étendre, est converti en un ensemble de la simple nature. Mais comme^ de cette manière, aucune totalité absolue des conditions n'a
sa raison dans le rapport de causalité, la raison se fait i*idéed^une spontanéité, qui pourrait d'elle-même commencer à agir, sans qu'une autre cause dût précéder pour la déterminer à agir à son tour suivant la liaison de la loi causale.
Il faut surtout remarquer que, sur cette idée trans^ cendentale de la liberté, se fonde le concept pratique de cette liberté, et quelley devient [dans la liberté] le moment propre des difficultés qui ont jusqu'ici environné la question de sa possibilité. La liberté pra-tique est rindépendance ou est l'arbitre de tontecoaction par des mobiles (stimulas) de la sensibilité. Car un arbitre est sensible en tant qu'il est affecté pathologiquement (par des causes motrices de la sensibilité); il s'ap*pelle ammal ( arbitrium brulum) quand il peut être nécessité palhologiqumnenl. L'arbitre humain est, à la vérité, un arbitrium c^MiiivmHy mais non un ar6ttHum brulum ; c'est un arbitrium liberum, parce que la sensibilité ne rend pas son action nécessaire, mais qu'il y a dans l'homme une faculté de se déterminer par soi-même, indépendamment de la coaction, par des motifs sensibles.
On voit facilement que, si toute causalité était simplement naturelle dans le monde sensible, tout événement serait déterminé par un autre dans le temps, suivant des lois nécessaires ; et, par conséquent, puisque les phénomènes, en tant qu'ils dé^ termineraient l'arbitre, devraient rendre nécessaire
toate action comme leur conséquence, la suppression de la liberté transcendentale ferait en même temps disparaître toute liberté pratique. Car celle-ci suppose que quelque chose qui n'est pas arrivé, aurait cependant dû arriver, et que sa cause, dans le phénomène, n'était par conséquent pas tellement déterminante, qu'il n'y eût pas dans notre arbitre une causalité capable de produire, indépendamment de ces causes physiques et même malgré leur présence et leur influence, quelque chose qui est déterminé chronologiquement selon des lois empiriques, par conséquent une causalité capable de commencer d'une manière entièrement spontanée une série d'événements.
Il arrive donc ici ce qui se rencontre en général dans le conflit de la raison lorsqu'elle sort des bornes de l'expérience possible, que la question n'est pas proprement physiologiquej mais transcendentale. Par conséquent la question de la possibilité de la liberté attaque même la psychologie ; mais comme elle repose sur des arguments dialectiques de la seule raison pure, la solution ne concerne que la philosophie transcendentale. Et pour que celle-ci, qui ne peut refuser à ce sujet une réponse satisfaisante, soit capable de la donner, je dois d'abord chercher à déterminer plus nettement par une observation la méthode à suivre dans cette question.
Si les phénmnènte étaient des choses en soi, par
TaAKSGEfnOBNTALB. 2SS
conséquent l'espace et le temps des formes de Texis-* tence de ces choses, alors les conditions et le côndi* tienne feraient toujours partie d'une seule et même série; et de là résulterait aussi , dans ce cas, l'anti* nomie qui est commune à toutes les idées transcendent aies, savoir, que cette série devrait nécessairement se trouver on trop grande ou trop petite pour l'entendement. Mais les concepts dynamiques rationnels, dont nous nous occupons dans la présente section et dans la suivante, ont cela de particulier, que, ne traitant pas d'un objet considéré comme grandeur ou quantité, mais seulement de son eœistence^ on peut aussi faire abstraction de la quantité de la série des conditions, et envisager en elles le seul rapport dynamique de la condition au conditionné; de manière que nous rencontrons déjà, dans la question sur la nature et la liberté, la difficulté de savoir si la liberté est seulement possible partout, et si, dans le cas où elle le serait, elle peut subsister avec l'universalité de la loi physique de la causalité ; par conséquent si c'est une proposition légitimement disjonctive que celle-ci : Tout effet dans le monde doit résulter ou de la nature, au do la liberté ; au bien si les deuœ choses n'auraient pas pIot6t lieu en même temps, suivant une proportion différente dans un seul et même événe^ ment* La vérité de ce principe, concernant Tenchatnement universel de tous le» événements du monde sensible suivant des lois naturelles immuables, est
déjà fermement établie comme un principe de l'analytique transcendentale, et ne souffre aucune exception. Il n'est par conséquent plus question que de savoir si, malgré cela, par rapport au même effet qui est déterminé suivant la nature, la liberté peut aussi avoir lieu, ou si celle-ci n'est pas entièrement exclue par cette loi inviolable. Et ici, la supposition, la vérité générale, mais trompeuse, de la réalité absolue des phénomènes, montre aussitôt son influence préjudiciable pour confondre la raison. Car si les phénomènes sont des choses en soi, c'en est fait alors de la liberté-, la nature est la cause entière, et en soi suffisamment déterminante, de tous les événements, et leur coodition n'est "jamais que dans la série des phénomènes , qui avec leurs effets sont nécessairement soumis à la loi de la nature. Si, au contraire, les phénomènes ne valent que pour w qu'ils sont en effet, c'est-à-dire non comme des choses en soi, mais comme de simples représentations qui s'enchaînent suivant des lois empiriques, alors ils doivent euxmêmes avoir des causes qui ne soient pas des phénomènes. Mais une telle cause intelligible n'est pas déterminée à Tégard de sa causalité par des phénomènes, quoique ses effets apparaissent et puissent ainsi être déterminés par d'autres phénomènes. Elle est donc, avec sa causalité, en dehors de la série. Ses effets, au contraire, se trouvent dans la série des conditions empiriques. L'effet peut donc être
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considéré eomme libre par rapport à %^ cause intelligible, tout en étant néanmoins regardé en même temps^ pîar rapport aux phénomènes, comme leur conséquence suivant la nécessité de la nature. Cette distinction, ainsi présentée d'une manière générale et purement abstraite, doit sembler très^subtile et obscure, mais elle s'éclaircira dans Tapplicadion^ Nous avons seulement voulu faire remarquer ici que, l'en* chaiùement universel de tous les phénomènes en un seul contexte de la nature étant une loi nécessaire, toute liberté s'écroulerait infailliblement par l'effet de cette loi, si l'on voulait obstinément s'attacher à la réalité des phénomènes. Par conséquent ceux qui suivent ici l'opinion commune ne peuvent jamais parvenir à concilier la nature avec la liberté.
POSSmiUIÉ DE LA CAUSALITÉ
PAB LIBERTÉ
concoiremment avec la loi générale
DE LA lïEGESSITÉ NATURELLE.
J'appelle tnte/%t6fe ce qui, dans un objet des sens, n'est pas phénomène. Si donc ce qui doit être considéré comme phénomène dans le monde sensible a en lui-même aussi une faculté qui n'est pas un objet de l'intuition sensible, mais par laquelle cependant il peut être la cause de phénomènes, on peut alors con<* sidérer lacauiafîl^ de cet être sous deux points de vue :
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comme intriligible quant à son acliofij c'est alors la causalité d'une chose en soi ; et comme sefuible quant à ses effets^ c*est-à-dire comme causalité d'un phénomène dans le monde sensible. Nous nous ferions donc de la faculté d'un tel sujet un concept empirique, et en même temps aussi unconcçpt intellectuel de sa causalité, deux concepts qui ont lieu ensemble dans un seul et même effet. Cette double manière de concevoir la faculté d'un objet jles sens ne contredit aucun des concepts que nous devons nous faire des phénomènes et d'une expérience possible ; car ces phénomènes n'étant pas des choses en soi, doivent avoir pour fondement un objet transcendental qui , les détermine comme simples représentations ; en sorte que rien n'empêche que nous ne devions attribuer aussi à cet objet transcendental, outre la propriété par laquelle ilapparatty une causalitéy qui n'est pas phénomène, quoique son effet fasse néanmoins partie du phénomène. Mais toute cause efficiente doit avoir un caractère, c'est-à-dire une loi de sa causalité, sans quoi elle ne serait pas cause. Et alors nous aurions dans un sujet du monde sensible, premièrement un caractère empirique par lequel ses actions, comme phénomènes, seraient en rapport avec d'autres phénomènes suivant les lois constantes de la nature, et pourraient en être dérivés comme de leurs conditions, et par conséquent composeraient, par leur rapport avec ces conditions, les anneaux d'une
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série unique de l'ordre de la nature. On pourrait lui reconnaître encore un caradèreinteUigMej par lequel il est à la vérité la cause de toutes ces actions comme phénomènes, mais sans être soumis à' aucune condition de la sensibilité, et n'est pas même un phénomène. On pourrait aussi appeler le premier de ces caractères, le caractère de cette chose dans le phénomène; le second, le caractère de la chose en soi.
Ce sujet agissant ne serait donc, quant à son caractère intelligible, soumis à aucunes conditions de teaips ; car le temps n'est que la condition des phé* nomènes, mais non celui des choses en elles-mêmes. En lui ne tuAlrait ni ne pas$eraiU aucune action; il ne serait par conséquent pas soumis non plus à la loi de toute ^détermination de temps, à la loi de tout ce qui est muable, à savoir, que tout ce fin arrive a sa cause dans les phénomènes (de l'état précédent). En un mot, sa causalité, en tant qu'elle est intellectuelle, ne serait point dans la série des conditions empiriques qui rendent l'événement nécessaire dans le monde sensible. Jamais, à la vérité, ce caract^ in-* telligible ne pourrait être connu immédiatement, parce que nous ne pouvons rien percevoir que ce qui apparaît; mais il devrait néanmoins être conçu selon le caractère empirique, de la même manière que nous - sommes obligés en général de donner, par la pensée, pour fondement aux phénomènes, un objet
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traoscendeDtal, quoique nous ne eachiona rien de ce qu'il est en lui-même.
Considéré d'après son caractère empirique, ce sujet serait donc, comme phénomène, soumis, suivant toutes les lois de la détermination, à la liaison causale, et ne serait sous ce rapport qu'une partie du monde sensible, dont les effets, comme tout autre phénomène, découleraient inévitablement de la nature, à mesure que des phénomènes extérieurs exerceraient sur lui leur influence et que son caractère empirique, c'est-à-dire la loi de sa causalité, serait connu par expérience; toutes ses actions devraient pouvoir s'expliquer par des lois naturelles, et tout ce qui est requis pour leur parfaite et nécessaire détermination devrait être trouvé dans une expérience possible.
Mais, suivant son caractère intelligible (quoiqu'à la vérité nous n'en puissioiis avoir que la concept purement général ), le même sujet devrait néamoins être déclaré libre de tpute influence de la sensibilité et de toute détermination phénoménale ; et comme rien VLarrvoe en lui en tant qu'il est rumni^e^ comme il n'y a aucun changement qui exige une détermination dynamique de temps; comme par conséquent aucune liaison avec des phénomènes comme causes ne se présente en lui ; cet être actif, en tant qu'il serait afiEranchi dans ses actions de toute nécessité naturelle telle qu'elle se présente dans le monde
TaANSCENDENTALB. 241
sensible, aérait indépendant et libre. On dirait trèsbien de lui qu'il -commence de lui-même [ou spontanément] ses effets dans le monde sensible, sans que Taction commence en lui \ et cela serait vrai sans que les effets dussent pour cela commencer d'euxmêmes dans le monde sensible, parce qu'ils y sont toujours prédéterminés par des conditions empiriques dans le temps passé, mais cependant par le moyen seul du caractère empirique(qui est simplement le phénomène de l'intelligible;, et ne sont possibles que comme une continuation de la série des causes physiques. Ainsi donc, liberté et nature, chacune dans son sens complet, se trouvent en même temps et sans contradiction dans les m^mes actions, suivant qu'on les compare avec leur, cause intelligible ou sensible.
EXPLICATION DE l'idée gosmologique d'one libekte
en union avec la
KÉCeSSITÉ NATURELLE.
J'ai jugé convenable d'ébaucher d'abord la solution de notre problème transcendental, pour qu'on pût mieux apercevoir la marche de la raison dans la solution de ce problème. Nous expliquerons maintenant 1^ moments de cette solution, ce dont il s'agit proprement, et nous les considérerons chacun en particnlier.
La loi de la nature, que Tout ce qui. arrive a une cause, que la causalité de cette cause, c'est-à-dire V action ayant lieu dans un temps antérieur, et en considération d'un effet qui, comme advenant^ peut même ne pas toujours avoir été, mais doit être arrivéj a aussi sa cause dans les phénomènes par lesquels elle est déterminée, et que p§tr conséquent tous les événements sont empiriquement déterminés dans un ordre naturel ; cette loi, dis-je, par laquelle seule des phénomènes peuvent constituer une nature j et donner des objets d'une expérience, est une loi de l'entendement dont on ne peut s'écarter ou à laquelle on ne peut soustraire aucun phénomène sous aucun prétexte, parce qu'autrement on le placerait en dehors de toute expérienca possible ; en quoi on le distinguerait de tous les objets de -l'expérience possible, pour en faire un simple être de raison et une chimère.
Mais quoiqu'on ne voie là qu'une chaîne de causes, qui ne permet aucune totalité absolue dans la régression à leurs conditions, cette difficulté ne nous retient cependant pas; car elle a déjà été levée dans la discussion générale de l'antinomie de la raison, quand cette raison va dans la série des phénomènes à l'inconditionné. Si nous voulons céder à l'illusion du réalisme transcendental, il ne reste ni nature ni liberté. Il est seulement ici question de savoir si, quand dans la série totale de tous les événements, on
TaANSGBNDBNTALE. 218
reconnaît nettement une nécessité physique , il est
cependant possible qae cette nécessité, qui n'est d'un côté qu'un effet naturel, puisse être cependant d^iin autre côté considérée aussi comme un e£Brt de la- liberté, ou s'il y a entre ces deux espèces de causalités une incompatibilité absolue.
Parmi les causes dans le phénomène, il ne peut assurément rien y avoir qui puisse absolument et spontanément commencer une série. Tbute action, comme phénomène, en tant qu'elle produit un événement, est elle-même un événement ou accident qui présuppose un autre état dans lequel la cause se trouve; tout ce qui arrive n'est ainsi qu'une continuation de la série, et aucun commencement absolu ou spontané n'est possible en elle. Toutes les actions des causes physiques sont donc elles-mêmes, à leur tour, des effets dans la succession, effets qui supposent également leurs causes dans la série du temps. Une action primitive j par laquelle arrive quelque chose qui n'était pas auparavant, ne peut être attendue de l'union causale des phénomènes.
Mais est-il donc aussi nécessaire que, si les effets sont des phénomènes, la causalité de leur cause, laquelle cause est elle-même un phénomène, soit purement empirique? N'est-il pas plutôt possible que, quoiqu'il faille, pour chaque effet dans le phénomène, une union avec sa cause, suivant deé tels de la causalité empirique, cependant cette causalité empi-
riqae lyitoie^ sans briser le moins du inonde son enchaînement avec les causes physiques, puisse être eSet d'une causalité non empirique mais intelligihUy e^est-^ire, d'une action primitive d'une caase par rapport aux phénomènes, cause qui par conséquent est intelligible, non pas en tant que phénomène, mais quant a celte faculté, quoique du reste elle doive être tout à fait considérée comme faisant partie du monde sensible, comme un anneau de la chaîÉQ naturelle ?
Nous avons besoin du principe de causalité des phénomènes entre eux, pour pouvoir rechercher et donner aux événements physiques des conditions physiques, c'est-à-dire des causes dans le phénomène. Si c'est accordé sans restriction, alors l'entendement, qui, dans son usage empirique, n'aperçoit que ta nature dans tous les événements, et qui fait bien, a tout ce qu'il peut trouver, et les explications physiques ne présentent plus aucune difficulté. Or, il n'y a pas le moindre inconvénient à reconnaître, dût-on au reste ne faire en cela qu'une fiction, que, parmi les causes physiques, il en est aussi qui ont une faculté purement intelligible, puisque sa détermination à l'action ne repose jamais sur des conditions empiriques^ mais sur de simples principes de l'entendement, de telle sorte cependant que Vaction de cette cause dans le phénomhie soit conforme à toutes les lois de la causalité empirique.
TRAKSGENDENTAllE. 245
Car, de cette manière, le sujet agissant serait, coimne causa phœnomenoitj enchaîné i la nature par une dépendance invincible de tontes ses actions; seulement le p/uenamenon de ce sujet (avec toute sa causalité dans le phénomène) renfermerait certaines conditions, qui, si l'on veut s'élever de l'objet empirique i l'objet transcendental j devraient être considérées comme simplement intelligibles. Car si nous ne suivons la règle de la nature que dans ce. qui peut être cause parmi les phénomènes, nous pourrons être sans in-quiétude sur ce que l'on conçoit dans un sujet trans* cendental, qui nous est inconnu empiriquement, comme un principe de ces phénomènes et de leur enchaînement. Ce principe intelligible ne touche en aucune manière aux questions empiriques, mais concerne simplement le fait de la pensée dans l'entendement pur ; et, quoique les effets de cette pensée et de* cette action de l'entendement pur se trouvent dans les phénomènes, ceux-ci doivent cependant pouvoir être expliqués ' pleinement par leurs causes dans le phénomène suivant des lois physiques, puisqu'on suit leur caractère purement empirique comme le principe suprême d'explication, et que le caractère intelligible, qui est la cause transcendentaie du précédent, est complètement omis comme inconnu, excepté en tant seulement qu'il est donné par le caractère empirique comme signe sensible de cette cause. Appliquons ceci à l'expérieDW. L'homme
est un des phénomènes da monde éensible, et en ce sens aussi, une des causes physiques dont la causalité doit être soumise aux lois empiriques. Comme tel^ il doit donc avoir aussi un caractère empirique, ainsi qne toutes les autres choses de la nature. Nous voyons ce caractère dans les forces et les facultés qu* il révèle par ses actes. Dans la nature morte, ou dans la nature simplement animale, nous ne trouvons aucune raison de concevoir une faculté autrement que conditionnée d'une manière purement sensible. MaisThomme, qui ne connaît d'ailleurs toute la nature que par les sens, se connaît lui-même parla simple aperception, et même dans des actions et des déterminations internes qu'il ne peut rapporter à aucune impression des sens; en sorte qu'il est certainement pour lui-même, d'un c6té, phénomène; mais d'un autre côté, savoir, par rapport à certaine faculté, il ne peut être considéré que comme objet purement intelligible , parce que son action ne peut être attribuée à la réceptivité de lasensibilité. Nousnommonscettefaculté entendement et raison. Cette dernière surtout est distinguée d'une manière spéciale de toutes les forces empiriques conditionnées, puisqu'elle considère ses objets unique^ ment d'après des idées, et détermine en conséquence l'entendement, qui fait alors un usage empirique de ses concepts (même purs).
Or, que cette raison ait causalité, qu'au moins nous noue en représentions une en elle, c'est ce qui
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est clair d'après les impératifs que nous donnons comme règles dans toute pratique aux facultés acti^ ves. Le verbe DBYom exprime une espèce de nécessité et d'union par principes, union qui ne se rencontre nulle part ailleurs dans toute la nature.L'entendement ne peut connaître de cette nature que ce qui est^ a été, ou sera. Il est impossible que quelque chose y doive être autrement qu'il est en effet dans tous ces rapports de temps. Il y a plus, c'est que le devoir, si l'on ne considère que le cours de la nature, est absolument dépourvu de sens. Nous ne pouvons pas demander ce qui doit arriver dans la nature, ni quelles doivent ôtre les propriétés du cercle, mais bien qu'estce qui arrive dans la nature, ou quelles sont les propriétés du cercle.
Ce devoir exprime donc une action possible, ' dont le principe n'est autre chose qu'un simple concept. Au contraire, le principe d'une action purement physique doit toujours être un phénomène. Or, il faut que l'action soit absolument possible sous des conditions physiques si le devoir s'y rapporte. Mais ces conditions physiques ne concernent pas la détermination de l'arbitre même, elles ne regardent que son effet et sa conséquence dans le phénomène. Quelque nombreuses que puissent être les raisons physiques qui me portent à vouloir, quelque nombreux que puissent être les mobiles sensibles , ib ne peuvent ^ToàxAiBle deeoir, mais seulement un vouloir ton-*
jours condilionnéy auquel, tant s'en faut qu'il soit nécessaire, le devoir proclamé par la raison oppose une mesure et un terme, une défense et une autorité* Qu'un objet soit soumis à la simple sensibilité (r^igréable), ou bien encore à la raison pure (le bien), la raison ne se soumet point au principe qui est donné empiriquement, et ne suit point l'ordre des choses comme elles se présentent dans les phénomènes ; mais elle se fait par elle-même, avec une parfaite spontanéité, un ordre particulier d'après des idées auxquelles ello soumet les conditions empiriques, et suivant lesquelles elle déclare tellement nécessaires des actions qui cependant ne sont pas arrivéesj et qui peut-être n'arriveront jamais, qu'ellèsûppose néanmoins de toutes que la raison peut avoir causalité par rapport à ell^ ; car sans eda elle n'attendrait pas dans Texpérience des7 effets deces idées. A supposer qu'il en soit ainsi, et quoiqu'on puisse admettre au moins comme possible que la raison a réellement causalité par- rapport aux phénomènes , cependant qu'elle soit raiéon tant qu'on voudra , il faut toujours qu'elle laisse voir un caractère empiriqu«y parce que toute cause suppose une règle, suivant laquelle certains phénomènes suivent comme effets, et que toute règle exige dans les effets une uniformité, qui fonde le concept de la cause (comme d'une faculté), concept que nous pouvons appeler son caractère empirique, en tant qu'il dm! résulter de
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simples phénomènes ; caractère constant, puisque les effets, suivant la diSërence des conditions concomitantes et en partie restrictives, apparaissent dans des formes muables.
Tout homme a donc un caractère empirique de son arbitre, caractère qui n'est autre chose qu'une certaine causalité de sa raison, en tant que cellensi laisse voir dans ses effets phénoménaux une règle suivant laquelle on peut admettre les motifs de la raison et ses actions quant à leur espèce et i leur degré, et juger les principes subjectifs de son arbitre. Ce caractère empirique même devant être, comme effet, dérivé des phénomènes et de leur règle, donnée par Texpérience, toutes les actions de l'homme dans le phénomène sont donc déterminées suivant Tordre physique, par son caractère empirique et par d'autres causes concomitantes; et si nous pouvions pénétrer jusqu'au fond tous les phénomènes de son arbitre, il n'y aurait pas une seule action humaine qu'on ne pût certainement prédire et connaître comme nécessaire, en partant de ses conditions antérieures. Sous le rapport de ce caractère empirique, il n'y a donc aucune liberté, et ce n'est cependant que suivant ce caractère que nous pouvons considérer l'homme, lorsque nous voulons observer seulement^ et que nous voulons scruter physiologiquement les causes déterminantes de ses actions, comme cela se pratique dans l'anthropologie.
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Mais si nous considérons ces mêmes actions par rapport à la raison, non pas pour en eœpliquer l'origine spéculative, mais seulement en tant que la raison est la cause de leur production; en un mot, si nous les comparons 'avec la raison sous le point de vue pratique^ nous trouvons une règle et un ordre fout différents de Tordre physique. Car alors peut-être ne devait-il pas arriver tout ce qui est cependant arrivé^ en conséquence du cours de la nature, et qui devait arriver inévitablement, suivant ses principes empiriques. Mais quelquefois nous trouvons, ou du moins nous croyons troi^ver, que les idées de la raison ont réellement fait voir une causalité par rapport aux actions de l'homme comme phénomènes, et que ces actions ont eu lieu, non par la raison qu'elles étaient déterminées par des causes empiriques, mais parce qu'elles étaient déterminées par des principes de la raison.
Je suppose donc que l'on puisse dire que la raison a causalité par rapport aux phénomènes; son action pourrait-elle bien encore s'appeler libre, là même où elle est très-positivement déterminée dans son caractère empirique (dans le mode sensible), là où elle est nécessaire? Ce caractère est aussi déterminé dans le caractère intelligible (dans le mode rationnel). Mais ce mode rationnel ne peut être connu de nous; nous ne le désignons proprement que par des phénomènes qui ne nous font connaître i mmédiatemen t que le mode
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senq^le (le caradière empirique) (i). L'action, en tant qu'elle doit Mre imputée au mode rationnel comme à sa cause, n'en résulte cependant pas suivant des lois empiriques, c'est-à-dire de telle sorte que les conditions de la raison pure précMentj mais seulement de telle sorte que leurs effets prichdent dans le phénomène du sens interne. La raison pure, comme faculté purement intelligible, n'est pas soumise à la forme du temps, ni par conséquent non plus aux conditions de la suceession. La causalité de la raison ne natt pas dans le caraclcrc intelligible, ne commence pas, comme en un certain temps, à produire un effet; car autrement elle serait soumise à la loi physique des phénomènes, en tant que cette loi détermine, quant au temps, des séries de causes, et la causalité serait alors de la nature et non de la liberté. Nous pourrions donc dire: Si la raison peut avoir causalité par rap* port aux phénomènes , c'est qu'elle est une faculté par laquelle la condition sensible d'une .série empirique d'effets commence absolument. Car la condi<tion rationnelle n'est pas sensible, et ne commence par conséquent pas. Alors donc a lieu ce que nous
(i) La moralité pr<>{Nre des actions (le mérite et le démérite), celle même de notre propre conduite, nous est donc profondément cachée.Nos imputations ne peuvent se rapporter qu'au caractère empirique. Boemne ne peut done faire la juste part de la liberté, celle de la simple nature, ceUç du tempérament inrolontairement mauvais ou bon {merUofortunx)^ ni par conséquent juger avec une parfaite justice.
cherchions en vain dans toute série empirique, ««avoir, la possibilité que la condition d'une série successive de phénopdènes soit inconditionnée même empiriquement. Car la condition est ici en dehors de la série des phénomènes (dans l'intelligible), et par conséquentaffranchiedetoutecondition sensible, et de toute détermination de temps par une cause antérieure.
Néanmoins la même cause appartient aussi, sous un autre rapport, à la série des phénomènes. L'homme liû-mème est phénomène. Son arbitre a un cara«;tère empirique qui est la cause (empirique) de toutes ses actions. Il n'est par conséquent aucune des conditions qui déterminent l'homme suivant ce caractère, qui ne soit comprise dans la série des effets naturels et n'obéisse à leur loi, suivant laquelle on ne trouve aucune causalité empiriquement inconditionné de ce qui arrive dans le temps. Aucune action donnée (parce qu'elle ne peut être perçue que comme phénomène) ne peut donc point commencer spontanément. Mais on ne peut pas dire de la raison» qu'avant l'état dans lequel elle détermine L'arbitre, un autre état précède dans lequel cet état même est déterminé. Car, la raison même n'étant pas un phénomène et n'étant soumise à aucune condition de la sensibilité, il n'y a lieu en elle à aucune succession, même par rapport à sa causalité, et la loi dynamique de la nature, qui détermine la succession suivant des règles, n'y est point appliquée.
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Pour éclaircir le principe régulateur, dé la raison par un exemple pris de son usage empirique, non les actes volontaires par lesquels l'homme se manifeste. Chacun de ces actes est d'abord déterminé dans le caractère empirique de l'homme avant qu'il n'arrive. Par rapport au caractère intelligible, dont le caractère empirique n'est que le schème sensible, il n'y a ni avant ni après j et toute action, sans égard au rapport do temps dans lequel elle se trouve relativement à d'autres phénomènes, est l'effet immédiat du caractère intelligible de la raison pure, qui par conséquent agit librement, sans être déterminée dynamiquement dans la chaîne des causes naturellesi*, ni par des principes externes ou internes, mais qui précèdent quant au temps. Cette sienne liberté ne peut-être considérée d'une manière purement négagative comme indépendante de conditions empiriques (car la faonlté rationnelle cesserait par-là d'être une cause des phénomènes); on peut encore la représenter.poeitivement comme une faculté de commencer spontanément une série d'événements^ : de sorte que rien ne commence en elle-même; comme condition incolkditionnée ou absolue de toute action, elle ne souffre au contraire au-dessus d'elle, aucune de ces conditions antérieures, quoique cependant son effet commence dans la série des phénomènes, mais sans pouvoir jamais y constituer un commencement absolument premier.
La raison est donc la constante condition de tous pour le confirmer (car ces sortes de preuves ne conviennent point aux affirmations transcendentales), que l'on prenne une action arbitraire, par exemple, un mensonge malicieux par lequel un homme a introduit une certaine perturbation dans la société ; qu'on en cherche, d'abord les raisons déterminantes, et qu'on juge ensuite comment il peut lui être imputé avec ses conséquences. Pour atteindre le . premier de ces buts, on poursuit le caractère empirique du menteur jusqu'à sa source, que l'on cherche dans une mauvaise éducation, dans les mauvaises sociétés, en partie aussi dans le vice d'un naturel sans pudeur : on l'attribue encore à la légèreté et à l'inconsidération, sans négliger par conséquent les causes occasionnelles. Dans tout cela, on procède donc comme en général dans la recherche d'une série de causes déterminantes d'un effet physique donné. Or, bien que l'on croie que l'action est déterminée par- là, on en blâme néanmoins l'auteur, non pas, il est vrai, à cause de son mauvais naturel, non pas à cause de l'influence des circonstances sur lui, et bien moins encore à cause des relations de sa vie passée, dont on ne tient aucun compte, regardant la série écoulée des conditions comme non avenue ; mais on croit pouvoir considérer cet acte comme totalement inconditionné par rapport à l'état précédent, de même que si l'agent commençait tout-à-fait spontanément par là une se-
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rie d'événements successifs. Ce blâme se fonde sur une loi de la raison dans laquelle on regarde cette raison comme une cause qui, sans aucun égard aux autres conditions empiriques, a pu et dû déterminer autrement le fait de la Tolonté. Et Ton n'envisage pas même la causalité de la raison comme simple concurrencOj mais comme complète, parfaite en elle-même, quoique les mobiles sensibles, Icân de lui avoir été favorables, lui aient été très-contraires. L'action est attribuée à son caractère intelligible; au moment où il ment, il a [^complètement tort. Par conséquent la raison, sans égard à toutes les conditions empiriques du fait, était parfaitement libre, et ce fait doit être entièrement attribué à sa. négligence.
On. aperçoit facilement, à ce jugement imputatif, que Ton pense alors que la raison n'est absolument pas affectée par toute cette sensibilité, qu'elle n'en est pas changée (quoique ses phénomènes, c'est-à-dire la manièredontellese manifeste dans ses effets, varient), qu'il n'y a en elle ancun état précédent qui détermine le suivant , qu'elle ne fait par conséquent pas partie de la série des conditions sensibles qui rendent les phénomènes nécessaires suivant des lois de la nature. La raison est présente , et la même, à toutes les actions de l'homme, dans tous les temps, dans toutes les drconstances de temps, mais sans être elle-même dans le temps , et sans tomber dans un état nouveau, qui n'aurait d'abord pas été le sien.
Elle y est détemiinantej mais non détetTninab le. On ne peut donc pas demander pourquoi la raison ne s'est pas déterminée autrement , mais seulement pourquoi elle n'a pas déterminé autrement les phénomhnes par sa causalité? Mais à cela pas de réponse possible. Car un autre caractère intelligible aurait donné un autre caractère empirique; et quand nous disons, sans égard à la vie qu'il a menée jusqu'à ce temps, que l'agent aurait cependant pu éviter de mentir, cela signifie seulement que le mensonge est immédiatement soumis à la puissance de la raison, et que la raison, dans sa causalité, n'est soumise à aucune condition du phénomène ni du.couts du temps, et que la diffërence ^u temps constitue à la vérité une dififérence priûcipale'dés phénomènes entre eux, pùiscju'ils ne sont pas des choses, par conséquent pas non plus des causes en eux-mêmes, mais qu'elle ne peut foire aucune différence de l'action par rapporta la raison.
Nous ne pouvons donc, en jugeant des actions libres par rapport à leur causalité, remonter que jusqu'à la cause intelligible, mais non pas au-delà; nons pouvons reconnaître qu'elle est libre, c'est-à-dire déterminée indépendamment de la sensibilité, et qu'ainsi elle peut être la condition inconditionnée sensiblement des phénomènes. Mais la cause pour laquelle le caractère intelligible donne tout juste ces phénomèneB, et ce caractère empirique dans des circonstances actuelles, est une réponse qui dépasse notre raison, ainsi
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que le droit de &ire certaines questions, comme quand oti den^nde d'où vient que l'objet transcendental douQé à laotre intuition sensible extérieure ne donne précisément d'intuition que dans FeipacBy et pas d'autre. Mais la question que nous avions à résoudre ne nous oblige point à cela, car elle revenait seulement à celle de savoir si la. liberté répugne à la nécessité physique dans une seule et même action.. A quoi nous avons suffisamment répondu, en faisant voir que, puisqu'il est possible qu'il y ait dans la liberté un rapport d'une tout autre espèce de condi* tions que dans la nécessité physique, la loi de cette dernière n'affecte point la première, et que par conséquent toutes les deux peuvent avoir lieu indépendamment l'une de .loutre, et sans être troublées Fane par Tautre.
On. doit bien remarquer que nous n'avons pas voulu par-là prouver la réalité de la liberté, <H>mme de l'une des facultés qui contiennent elles-mêmes la cause des phénomènes de notre monde sensible. Car, outre que ce n'aurait pas été là un point de vue transcendental, un pareil point de vue ne portant que sur des concepts, cela n'aurait pu avoir lieu par une autre maison encore, puisque nous ne ^pouvons jamais conclure de l'expérience à quelque chose qui ne doit pas être conçu suivant des lois de l'e^rience. Nous
n'avoDs pas même voulu démontrer la po^sUnUté de la liberté; car nou8''n'aurion8 pas été plus heureux^ parce que nous ne pouvons en général connaître.par de simples concepts à priori la possibilité d'auonn principe réel et d'aucune causalité. La liberté n'est traitée ici que coiûme une idée transcendentale par laquelle la raison pense établir d'une manière absolue la série des conditions dans le j^énomène au moyen de rinconditionné sensiblement: mais elle tombe en cela dans une antinomie avec ses propres lois qu'elle impose à l'usage empirique de l'entendement* La seule chose que nous pouvions faire et qui nous importait uniquement, c'était donc de montrer que cette antinomie repose dur une simple apparence, et qu'au moins la nature de la causalité par liberté nVmplique pas.
iv;
Solution de. ridée çosnologique de la totalité de la dépendance des j^énomènes, quanta leur cause en général.
Dans le numéro précédent, nous avons considéré les changements du monde sensible dans leur série dynamique, en tant que chacun de ces changements est soumis à une autre comme à sa cause. A présent cette série des états ne nous sert que de guide pour arriver à une existence qui puisse être la suprême condition de tout ce qui est muable, savoir, à Vitre nécessaire. Il n'est pas ici question de la causalité in-
TRANSGENBENTALE. 2&f
ooaditionnéei maiB de rexistencë inconditionnée de la aubstanee même. Par conséquent la série qai nous occupe n'est proprement qu'une série de concepts, et non une série d'intuitions, en tant que l'ope est la condition de l'autre.
Mais on Toit facilement qne, tout étant muable dans l'ensemble des phénomènes, tout étant par conséquent conditionné dans l'existence, il ne peut y avoir nulle part dans la série de l'existence dépendante aucun membre inconditionné dont l'existence serait absolument nécessaire; et que, par conséquent, si des phénomènes étaient des choses en soi, mais que, par la même raison précisément, leur condition appartînt toujours, avec le conditionné, à une seule et même série d'intuitions, un être nécessaire, comme condition de l'existence des phénomènes du monde sensible, ne pourrait jamais avoir lieu.
Mais la régression dynamique a cette propriété, qui la distingue de la régression mathématique, que, celle-ci n'ayant proprement afEûre qu'à la composition des parties pour former un tout, ou it la décomposition du tout en ses parties, les conditions de cette série doivent toujours être^ considérées comme en faisant partie, par conséquent comme homogènes, par conséquent comme phénomènes; au lieu que dans la première espèce de régression, comme il ne s'agit pas de la possibilité de la formation d'un tout inconditionnée par des parties données, ou de la pos*
6ibilité''dNine partie inconditionnée pour un tout donné, mais de la dérivation d'un état par rapport là^^sa o^usé;'ou de celle de l'existence accidentelle de la sùKéfancc^ l'égard de Texistence nécessaire, la condition ne doit pas nécessairement constituer une série empirique avec le conditionné.
Il nous reste donc encore, dans Tantinomie apparente qui* nous occupe, une issue ouverte, puisque les deux. propositions contradictoires entre elles peuvent' être vraies toutes deux en même temps sous diCEorents rapports, tellement que toutes les choses du monde sensible soient absolument^ contingentes, et n'aient par conséquent jamais non plus qu'une existence empiriquement conditionnée, quoiqu'il y ait aussi, pour toute la série, une condition non empirique, c'est-à-dire un être inconditionnellement ou absolument nécessaire. Car cet être, en tant que condition intelligible, ne ferait pas partie de la série comme un de ses anneaux (pas même comme le plus élevé), et ne rendrait non plus aucun membre de la série empiriquement inconditionné, mais ferait passer tout le monde sensible dans son existence-empiriquement conditionnée par tous les anneaux de la série. Par conséquent, cette manière, de poser pour fondement des phénomènes une existence inconditionnée différerait de la causalité empiriquement conditionnée (de la liberté), dont il a été question dans l'article précédent en ce que, dans la liberté,
TRA^NSCENDENTALE. 261
la chose même, comme cause (substantia phoBnûme-' non)^ ferait cependant partie des conditions dans la série^ et que ssl causalité seulement serait pensée comme intelligible, tandis qu'ici Tètre nécessaire devrait être conçu tout à fait en dehors de la série du monde sensible (comme ens extra mundanum) et purement intelligible, seul moyen d'empêcher qu'il ne soit pas même soumis à la loi de la contingence et de la dépendance de tous les phénomènes.
Le principe régulateur de la raison est donc, par rapport à notre question, que Tout, dans le monde sensible, a une existence empiriquement conditionnée, et qu'il n'y a nulle part en lui, par rapport à aucune propriété, une nécessité abâolue ou inconditionnée; qu'il n'est aucun membre de la série des conditions dont on ne doite toujours attendre et chercher aussi loin que possible la condition empirique dans une expérience possible, et que rien ne nous autorise à dériver une existence quelconque d'une condition en dehors de la série empirique, ni de la réputer pour absolument indépendante et subsistant par elle-même dans la série, sans cependant liiér pour cela que toute la série ne puisse avoir sa taison
dans un être intelligible (qui, par le fait, est libre de toute condition empirique, et contient au contraire le principe de la possibilité de tous ces phénomènes).
En cela, l'intention n'est pas de prouv^r l'existence
absolument nécessaire d*Qn être, ni même de fonder seulement là-dessus la possibilité d'une condition purement intelligible de Texistence des phénomènes du monde sensible, mais uniquement de circonscrire la raison de manière à ce qu'elle ne lâche pas le fil des ôbnditions empiriques, et ne se précipite pas dans des explications transcendantes, et qui ne sont susceptibles d'aucuiie exposition in concreto; par conséquent aussi, d'un antre côté, de circonscrire la loi du simple usage empirique de l'entendement, de manière à ce qu'il ne décide pas de la possibilité des choses en général, et qii'il ne juge pas impossible l'intelligible, quoique nous ne puissions pas le faire servir à l'explication des phénomènes. Il est donc seulement prouvé par-là que la contingence universelle de toutes les choses physiques et de toutes leurs conditions (empiriques) peut très-bien subsister avec la supposition réelle d'une condition nécessaire quoique simplement intelligible; qu'on ne peut par conséquent trouver aucune véritable cantradiction entre ces assertions, qu'elles peuvent donc être vraies toutes deux. Qu'un tel être intelligible absolument nécessaire soit toujours impossible en soi, c'est cependant ce qui ne peut être conclu de la contingence générale et de la dépendance de tout ce qui appartient au monde sensible, non plus que du principe de ne s'arrêter à aucun de ses membres en particulier, en tant qu'il est contingent, et de se reporter à une cause extérieure au monde.
TRAlfSGBlCDENTALB. .360
La raison ya son chemin dans l'usage empiri<|tte^ tt son chemin plus particulier dans l'usage transcendental.
Le monde sensible ne contient que des phénom^ nés, mais ces phénomènes sont de simples représentations qui sont toujours à leur tour seusiblem^t conditionnées ; et, comme nous n'avons jamais ici pour objet des choses en soi, il n'est pas étonnant que nous ne soyons jamais autorisés à passer d'un membre de la série empirique, quel qu'il soit, hors du système du n^qnde sensible, comme s'il existait des choses en soi en dehors de leur principe transcendental, et qu'on pût le^ quitter pour chercher la cause de leur existence hors d'elles ; ce qui devrait certainement arriver enfin avec, des choses contingentes, mais non-avec de sîmples représentations 4é choses dont la contingence naêrne n'est que phénomène, et ne peut conduire à aucune autre régression qu'à celle qui détermine les phénomènes, c'est-à-dire à la régression empirique. Mais concevoir un principe intelligible des phénomènes, c'est-à-dire du monde sensible, et le concevoir affranchi de la contingence de ce monde, c'est ce qui n'est ni contraire à la régression empirique non circonscrite dans la série des phénomènes, ni à leur contingence universelle. Mais c'est aussi la seule chose que nous ayons à faire pour lever l'antinomie apparente, et la seule . manière dont on puisse le faire. Car si toute conditi<m de tout conditionné (quant à
l-tsiktence) est sensible, et appartient par ^ cette rai^ son même à la série, elle est elle-même à son tour conditionnée (comme le prouve l'antithèse de laqnatriëme antinomie). II fallait donc, ou qu'un conflit ayec la raison qui requiert l'inconditionné subsistât, ou que cet inconditionné fût placé en dehors de la série dans rintelligibie, dont la nécessité n'exige ni ne permet aucune condition empii^ique, et, par iîoDséquent, est inconditionnellement nécessaire par rapport aux phénomènes.
L'usage. egipirique de la raison (par rapport aux conditions de l'existence dans le monde sensible) n'est pointjviolé par la.içoocession d'un être purement iioitelligible; il va, suivant le principe de la contingence univeteelle, des conditions empiriques h des conditions plus élevées, qui sont de Ji^ême toujours empiriques. Mais ce principe. régulateur n'empêche pas non plus de son côté de reconnaître une cause intelîigible, qui n'est pas dans la série^ lorsqu'il s'agit de l'usage pur de la raison^ par rapport aux fins. Car alors cette cause ne désigne que la raison, pour nous purement transcendentale et inconnue, de la possibilité de la série sensible en général, raison dont Texistence, indépendante de toutes les conditions de cette série et absolument nécessaire par rapport a elles, ,n'est point opposée à leur contingence illimitée^ et, par conséquent, non plus à la régression sans fin dans la série des conditions empiriques. ,
OBSERVATIOJÏ FINALE
Sur toute rantinomie de la raison pure.
Tant que nos concepts rationnels n*ont pour objet que la simple totalité des conditions dans le monde sensible, et ce qui peut tourner à Tavantage de la raison par rapport à elle^ nos idées sont àia vérité transcendentales; mais cependantcosmo/o^tfw^. Mais aussi* tôt que nous posons Tinconditionoé (dont il é^t toutefois proprement question) dans ce qui est complètement en dehors du monde sensible, et que nous le faisons par conséquent extérieur à toute expérience possible^ alors les idées deviennenC transcendantes; elles servent, non simplement à Faccomplissement de l'usage empirique de la raison (qui reste toujours une idée incomplète, et cependant toujours à suivre), mais elles s'en séparent tout à fait, et se font ellesmêmes des objets dont la manière n'est point prise de l'expérience, et dont la réalité objective ne repose pas non plus sur l'intégralité de la série empirique, mais sur des concepts purs à priori* Ces idées transcendantes ont un objet purement intelligible qui, comme objet transcendental dont nous ne savons rien du reste, peut sans doute être accordé, mais que, d'un autre côté, nous n'avons ni raisons de possibilité (puisqu'il s'agit d'un être indépendant de tout conceptil'expérience), ni même le moindre prétexte de concevoir comme une chose déterminablè par des prédicats distinctifs et internes, et qui est par
H^ LOOiQUE
procher Vanité eiùpirique possible, sans qu elle y parvienne jamais complètement.
Mais ce que je nomme tdéa/ semble encore être plus éloigné de la réalité objective que l'idée. J'entends par idéal, l'idée, non simplement in concretOy mais in individuo, comme une chose unique, exclusivement déterminabie ou déterminée par l'idée.
L'humanité, dans toute sa perfection, ne s'étend pas seulement à toutes les propriétés qui appartiennent essentiellement à cette nature, et qui constituent le concept que nous en avons jusqu'à la parfiîite convenance avec ses fins, ce qui serait notre idée de l'humanité parfaite; mais encore tout ce qui/ outre ce concept, appartient à la détermination universelle de l'idée : car de tous les prédicats opposés un seul s'applique à l'idée de l'homme parfait. Ce ((ai est un idéal pour nous était pour Platon une Idée de t entendement divin^ un objet unique dans son intuition pure, la perfection de chaque espèce d'êtres possibles^ et le prototype de toutes les copies (ectypes) dans le phénomène.
Sans nous élever si haut, nous devons avouer que la raison humaine contient non-seulement des idées, mais aussi des idéaux qui n'ont pas, à la vérité, comme ceux de Platony une force créatrice, mais ils possèdent cependant une force pratique (comme principes régulateurs), et servent de fondement à la possibilité de la perfection de certaines actions. Les
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concepts moraux ne sont pas tout à fait des concepts purs de la raison^ parcequ'ils ont guel<)iie chose d'empirique (plaisir ou peiae) pour principal fondement. Né^^nmoinSy par rapport au principe par lequel la raison met des bornes à une liberté illimitée (par conséquent si Ton ne fait attention qu'à sa forme), ils peuvent très-bien servir d'exemple de concepts purs de la raison. La vertu, et avec elle la- sagesse humaine dans toute sa pureté, sont des idées. Mais le sage (du stoïcien) est un sage idéal, c'est-à-dire un homme qui n'existe que dans la pensée, mais qui B^accorde parfaiteinent avec l'idée de la sagesse* Comme l'idée donne la règle^ de même l'idéal sert en pareil cas de prototype à la détermination i^niverselle de l'ectype ou Cfpie, et nous n'avons aucun autre critérium dé nos actions, que la conduite de cet bomme divin en nous auquel nous nous comparons, d'après lequel nous nous jugeons, et sur lequel nous nous corrigeons, quoique nous ne puissions jamais attein* dresa perfection. Ces idéaux, quoique nous ne leur accordions aueune réalité objective (existence), ne doivent pourtant pas être regardés comme des cbi«- -mères *y. mais ils donnent une unité de mesure indispensable à la raison, qui a besoin du concept de ce qui est parfait dans son espèce pour pouvoir mesurer et apprécier en .conséquence le degré et le défaut de Timperfection. Mais vouloir réaliser l'idéal dans un exemple, c'ost-à*dire dans le phénomène, à peu
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près comme le sage dans un wofBMï^ c'est ce qui eat impraticable. Il y a de plus dans cette entreprise quelque chose de peu sensé et de peu édifiant, puisque les bornes naturelles qui restent continuellement au-dessous de la perfection idéale, rendent toute illusion impossible dans une telle tentative et portent ainsi à suspecter et à regarder comme une fiction le bien même qui est dans l'idée.
Tel est l'idéal de la raison; il doit toujours reposer sur des concepts déterminés, et senrir de règle et de prototype, soit pour agir, soit pour juger. Mais il en est tout autrement des productions de l'imagination, qu'on ne peut définir et dont on ne peut donner aucun concept intelligible : semblable à des mantH grammes, ce ne sont que des traits isolés, quoique déterminés suivant une prétendue règle, ot qui donnent plutôt une sorte de dessin pour ainsi dire flottant devant les yeux, au moyen de di£E6renteB expériences , qu'une image déterminée. Tels doivent être les idéaux que les peintres et les physionomistes prétendent avoir dans la tête; ce sont des fantômes incommunicables de leurs productions on de leurs jugements. Us peuvent être appelés , quoique impr^>rement , des idéaux de la sensibilité, parce qu'ils doivent être le modèle inimitable 4es intuitions empiriques possi* blés, sans coudant donner aucune règle susceptible de définition et d'examen •
hd but de la raison avec son idétU est au contraire
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la détermination univeraelle sttivantdeBrèglea àpriaris elle conçoit donc un objet qai doit être univeriellement déter minable suivant des prindpes , quoique les conditions suffisantes manquent à cet effet dans l'expérience, et que le concept même soit par conséquent transcendant.