‹ La critique de la raison pure. Tome premier (volume 3)Chapitre 21 sur 28 · CHAPITRE ' IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE ' IV

Histoire de la raison pure.

Ce titre n'est destiné qu'à signaler une lacune daip le système, et qu'il faudra remplir désormais. Je mo contente de jeter d'un point de vue purement transcendental, du point de vue de la nature de la raison pure , un coup d'œil rapide sur l'ensemble de sôû œuvre jusqu'ici ; œuvre qui représente sans doute à meft yeiix un édifice, mais un édifice eu ruines, <

552 HÉTBODOLOGIB

Il est assez retnarquable, quoique la chose ne puisse naturellement pas arriver d'une autre manière, que les hommes, dans Tenfance de la philosophie, ont commencé par où nous finirions volontiers maintenant, savoir, par étudier la connaissance de Dieu et Tespérance ou même la nature d'une autre vie. Malgré l'imperfection jdes concepts religieux introduits par les antiques usages que les peuples avaient encore conservés de leur état de grossièreté , la partie la plus éclairée de la nation se livra cependant à des recherches indépendantes sur ce sujet, et l'on s'aperçut facilement qu'il ne pouvait y avoir aucune manière plus fondamentale et plus certaine de plaire à la puissance invisible qui gonverne le monde, pourpre heureux au moins dans une autre vie, que de se bien conduire dans celle-ci. La théologie et la morale furent donc les deux giobiles , ou plutôt les points aboutissants de toutes tes recherches rationnelles et abstraites auxquelles on ne cessa de se livrer par la suite. La première fut proprement ce qui attira peu à peu la raison purement spéculative à l'œuvre, et ce qui plus tard, sous le nom de Métaphysique, devint si célèbre.

Je ne distinguerai point ici les temps où s'opéra teHe ou telle révolution dans la Métaphysique ; seo- Ismeut j'exposerai en très-peu de mots la différence de ridée qui occasiona les principales révolutions* J'y trouve une triple fin en faveâir de laquelle tes

TfiANSGBNDSNTÂLE. 553

révolutions se sont opérées sur ce champ de bataille.

1^ Quant à rpbjei de toutes nos connaissances rationnelles » les uns furent purement philosophes sen* sualistes, à' Siuires pnrement philosophes rationalistes. Épicure peut être regardé comme le principal philo* sophe du sensualismCi Platon comme celui du rationnalisme. Mais cette différence des écoles , si peu sensible qu'elle soit, avait déjà commencé dans les siècles les plus reculés, et s'est maintenue sans interruption. Ceux de la première école affirmaient qu'il n'y a de réalité que dans les objets des sens, que tout le reste est imagination ; ceux de la seconde disaient au contraire qu'il n'y a qu'apparence dans les sens, que l'entendement seul connaît le vrai. Malgré cela, les premiers ne niaient point une réalité correspondant aux concepts de l'entendement ; mais cette réalité n'était pour eux que logique, tandis que pour les autre» elle était mystique. Ceux-là accordaient des concepts intellectuels y mais ils ne connaissaient que des objets sensibles. Ceux-ci voulaient que les véritables objets fussent simplement intelligibles^ et affirmaient une intuition de l'entendement pur, sans le secours d'aucun sens, mais seulement confuse suivant eux.

2*" Quant à Corigine des connaissances rationnelles pures, si elles sont dérivées de l'expérienee, ou si elles ont leur source dans la raison indépendamment de l'expérience , le» uns furent empiristes^ les autres

noologigtes.Aristotepeixt être considéré comme le'cfaef des empiristes ; Platon comme celui des noologîstes. Ltkcke (^ui, cfaes hs isoderDes, a snjVi'Id^ premlery et Leibwi le second (quoique à une assez grande disUnce de son système mystique), n'oot cependant pu mettre fin à cette controverse. G^ainement Épicure fut dans son sens beauconp plus conséquent dans son système sensualisté (car il ne raisonna jamais en dehors des bornes de l'expérienee) qu'iirts/oto et Locke y que ce dernier surtout , qui, après avoir dérivé de l'expérience tous les concepts et tous les principes , va si loin dans leur usage, qu'il affirme la possibilité de démontrer aussi évidemment Texistence de Dien et l'immortalité de l'âme (quoique ces deux objets soient tout à fait en dehors des bornes de Texpérience possible), qu'un théorème de mathématiques.

3^ Quant à la méthode^ si Ton doit appeler quelque chose méthode, ce doit être un. procédé jMir prin;" cipes/OVy on peut diviser celles^qui tiennent à présent le premier rang dans cette branche de l'investigation de la nature, en méthode naturelle [noftiréifû* tische]j et en méthode menti/ique. Le natttraHrie de la raison pure adopte ce principe^ que par la rài-son commune, sans science (la science n'étant pour lui que le bon sens), il avancera 'plus pa(r rapport aux grandes questions qui constituent les pi^ blêmes de la Métaphysique , que par la spéculation. Il affirme donc que Ton peut détermio^F.plussÛfe-

TBANSGENDENTAI^Q, .555

ment la grandeur et Téloj^Qment de la lune par lé simple coup, d'œii . qu0 par le détour des mathémaliques. Ce n'eat là qu'une pureqiîsoiogie mise [en prii^ cîpe; et,i ce qu'il y a de très-absurde, le. mépris. de tous les moyens .artificiels, ^«commandé eoipine une méthode propre pour éteuidre ses connaiaaances» Car» pour ce qui est des naturalistes par défaut de plu3 grandes connaissances, on ne peut rien l^r imputer justement; ils suivent la raison commune sans proclamer leur ignorance comme une méthode qui devrait contenir le secret de tirer la vérité des profondeurs du puits de Démocrite.

... Quod sapio salis est mihi : non ego euro

Esse quod Arcesflas, aerumnosique Solones (Pwis.),

est leur devise. Avec cela ils peuvent vivre contenta et dignes d^approbation , sans se soucier de la science ni en confondre les œuvres.

Pour ce qui regarde les partisans d'une méthode scientifique y ils ont ici le choix de procéder ou dogmatiquement ou sceptiquement ; mais ils doivent en tous cas procéder systématiquement. En mentionnant ici, par rapport aux premiers, le célèbre Wolf, par rapport aux seconds David Hume, je puis me dispenser, pour mon objet actuel, d'en nommer d^aulres. La méthode critique est la seule encore qui soit oùverte avec les deux autres. Si le lecteur a eu la complaisance et la patience de la suivre avec moi, il peut voir maintenant si , dans le cas où il voudrait bien

556 BIÉTHODOLOGIB TRANSCENDBNTALB.

contribuer à convertir ce sentier en route royale, ce qu'un grand nombre de siôcles n'ont pu mener à bonne fin jusqu'ici, ne pourrait pas être accompli avant même que celui où nous vivons soit écoulé , à savoir, de satisfaire complètement la raison humaine, en une matière dont elle s'est constamment occupée avec ardeur jusqu'ici, mais aussi toujours inutilement.

(Page4S.)

La métapl^ysique a pour objet proprp de ses inres-ti gâtions Dieu, la liberté et Y immortalité; de telle ouini^re que le deuxième coac^pt, uni au.premier, àç&U cooduire au troipième comme à udq- KionBéqueafe, nécessaire. Tout ce dojQt cette science e'occupe d'aiW leurs lui sert sio^plemept de.; moyen pour parvenir 4 ces idées et à leur réalité. Elle n'a g^aa besoin de Ip physique, mais seulement de s'éleyer au^^des^us di^ la. nature. La parfaite connaissance d/s ces trois c^: jets rendrait la théologie, ]la morale j et par rnniaii4e l'une et de Tautre, la religion, par conséquent les fins les plus élevées de notre eaistence^ exclusivement dépendantes de la faculté spéculative ratioir nelle. Dans une représentation systématique de om idées, Tordre exposé, comme ordre synlhéUqWf serait le plus convenable; mais daos le fcr^té qui doit né-

558 SUPPLÉBIENTS.

cessairement la précéder, l'ordre analytique^ Tinverse du précédent, sera plus approprié à notre dessein de nous élever de ce que Texpérience nous donne immédiatement^ jc!esèHà-<lije*d& h, psychologie à la œs-mologie, et de là jusqu'à la connaissance de Dieu.

(PageliSe.)

Et d'abord, la remaiif ne générale suiyante peut fortifier notre attention sur cette manière de raisonner, ië eônkiais>uii:ot/j|èt; bon par cela seul* que' je pense, Mais je tae peuiTë Connaître qu'à la condition éb>dé(6rtniner une ihtuitiori donnée relativement à IfMitfâ de I» con^cifoce dàvs Ih^uellè' consicite tonte p^ëée.'Jb'ne me connais' donc pëts bïôî-tnèmé^ parce ^xHé^ suiâ cbns^siéilt dé moi^mèfàië comme èife peââftnt^^màis paroé que j^aila cdn^£iedee<ferintùitiôn di^ uifdi-nièitte 'éomme étant dét'éîîninée par rapport .àlb fokiètiondi^là pensée. Tous'^lestnodesdela'fcondMeluief cle soi dkn» là i^séé, cèdëidérés éti eux-* nlémés; ne soùt dofic pas ènéore dés' concepts întelleotuds ^objets (dès catégories), mais âè! simples febcitiobd lôgiquesi qui ^t donhcbt à connaître aucun objet' 'à dèlui qui pense, et par conséqûelit pac( non pins moi-même comme objet. 'L'objet n*«bt'{>àà la cotisciencè du ditérminant\ mais seulement eellé du

JSXIFPLÉMBNTI^. 559

Même détermmablej c'^t^iMHre cèlledbi mon intuition interne (en tant que ea yariété peut-être liée confwluément à la condition giônérale de Funilé de l'apeiv oeption.dana lapenBée).

. if':Oaiuitouft:leaji]gMMit8,'je suis donctoQjoara le ^et déitmmMi du rapport qui compose le juger* ment. Mais ô'esti une proposition apodictique , et même idenlîfuéqoeiOdle-ci •: Xe mm^ qui pense, doit toujoilra valoir dàna la pensée' t comme «yetet peut être Mûoif sidéré qomme qàelque chose qiii n'est poi nt inJbérent à la. pendie, iquL n'en est pas le prédicat» Gettp proposition Mtsignifie pas ijue je flois,^ comme objet, un âtre tubmiaint par moinnème ou une 9uih stànce. Ce dernier caractère s'étend très-loin; ilexi^ par ic«m^|ient iam^ ^^m.dçmq^siiqul np peuvent ubsolumept paa èbpei trapvées-dapfi 1^ peneée, et peut^ ètre^n tant,qu^ jfl oç^^èi^tsimpl^nMat l!ét(e.pen-* san^ cqnufAttfsi) (f^ Iw. tf!ou,yAri^i-njQ jaa^ ^iti^j^rsiO^p lfii)v,:..[, . i'.-..i •/},■,« ••••,. i ; .. •

2!Le<u3nG9p(494a^pe^pi4^.i|nplîque déjà que le^moi, ^ l^aperceptiçPy OPt^ e^jpséqffent le^n^oîxlan» toutes p^QAée,, e^^q^elq|l|9.y(iho^lde Mtij)iuii^!quinepwt sa ré«oudn(;^,p«^ «l^UipUcit0; il Résigner par wnaéque^t^]hAPjl9^|lc{g^qu^mBBt simples la pcoposition Je,pe^sQ»lestdt|M| i»9^ .propwitiQU aaaljtiqiie* Mai» c^afiP^aijgi^lf^fpW qiie.le<moi^pen«ant^seÂt une sub^ «(^eaimple;ce^pi serait une proposition synthéitiiqu^* I^. concept 4e substaqçe se rapporte, toujours

560 S0PPLÉMfiNTS.

à des intaitioûs qui ne peuvent être que sensibles en moi, et qui par conséquent sont tout à fait hors du champ de l'enteiidement et de sa pensée, deux choses dont cependant il est-exclosiTement question quand on dit que le mot dans la pensée est simple. Il serait étonnant d'ailleut;3 que j'eusse ici comme par révélation, et justeiqent dans la pfus pauvre de toutes les représentations, ce qui . d'ailleurs exige tant de précautions s'il s'agit de distinguer le substantiel et ce qui ne l'est pas d^ns ce qui se présente en intuition, et qui en depiaDde bien plus encore lorsqu'on veut savoiir si cette substance peut être simple (comme pour les parties de la matière).

3^ La proposition de mon identité même dans toutediversité dont j'ai conscience est justement aussi une proposition renfermée dans le concept même, par conséquMit une proposition analytique; mais cette identité du sujet, identité dont je puis avoir conscience dans toutes les représentations, ne concerne pas l'intuition du sujet, celle par laquelle il est donné comme objet, et ne peut par conséquent pas non plus signifier l'identité de la personne, au moyen de laquelle la conscience de l'identité de sa propre substance, comme être pensant, est entendue dans tout changement d'état. On ne pourrait démontrer cette idéalité par la simple analyse de la proposition Je pense; il faudrait au contraire à cet effet

différente jugemente synthétiques fondés sur Tintuition donnée. *

4' Quand je distingue ma propre txietettce, o^aime existence d'nn être pensant^ des autres choses extérieures à moi (et dont mon corps £ait p^urtie)» je fats aussi une proposition analytique; .«car les auttes choses sont celles que je conçois ooiïime différentes de moi. Mais je ne saia point du toulr par là si cette conscience de moi-même sans cho^ hors de moi, par lesquelles les représentations me sont offertes, ^t possible, et si par conséquent je puis ^ster simpleniejut comme être pensant (sans être homnto).

On ne gagne donc rien pit l'unalyse de la coo*science du moi dans la pensée ettgénéral^parrappiort à la connaissance du moi lul^0i6iBe edwâie objet. L'exposition logi^^ de Ip pensée en général est j^rise mal à propos poer une détermination {tfaysique de l'objet. * .

Go eeraii une grande, et même la seule pierre d'achoppement contre toute notre critique, s'il était pos* siblede démontrer à prtan que tous les êtres pensants sont en soi des substances simples, qui, comme telles par conséquent (ce qui est une suite do mêniie argument), emportent nécessairement la personnalité, et qui ont coneaience de leur existence séparée de toute matière; car, de cette manière, noue aurions fait ua pas en dehors du monde sensible, nous serions entrés dans le champ des noumènesj et perAonne ne n. 36

nous ooatesterait pins le droit de défricher ee fond, d'y bâtir, et d'en prendre possession, suivant que le penoeUrait la bonne fortune de chacun. Car la profX)sitrQn : Tout être pensant, comme tel, est une substance simple, — est nne proposition synthétique^ à prioriy d'abord parce qu'elle dépasse le concept qui lui sertda fondement et ajoute le mode (T existence à la pensée ext général ; secondement , parce qu'elle ajoute à ceconqept nn prédicat (celui de lasimplicttè), qui ne peutrètfce donné dans aucune expérience. Ees propositions s j^hétiques djpnorv ne seraient donet^s simplemept possîblçset licites par rapport aux objets de Texpérience possible^ et, mèmecomme pnnçipesde la po8»bilité de cette expérience, ainsi que nous l'avons enseigné; mais^es pourrCdent aussi se rapporter aux choses en général et^a^soi, ^oo&séquencequi porterait un coup i||ortel à toute cette* critiqua , et qni donnerait raison à l'ancienne méthode. Vaiis, en regardant la chose, de plus près on aperçoit que le péril n'est pas si^rwd.

Dans 1» procédé de la psychologie rationnelle rè^e un pvalogismeexpoÉé dans le raisonnement qui suit :

Ce qui ne petit Ar« conçu que comme sujel n^eoriste non plus que commesujet, et par conséquent est substance.

Or, un être pensant, considéré simplementcomme iâl, ne peut être pensé que comme sufst.

Il n'eanste donc aussi que comme tel c'est-à-dire , comme substance^

Il est question, dans la majeure^ d'un être qui en général peut être conçu sous tous les rapports, par conséquent aussi tel qu'il peut être donné en intnvtion. Dans la mineure, ilne s'agitdu mémeêtre qu'autant qu'il se considère lui-même copime sujet et uniquement par rapport à la pensée et à l'unité de la conscience, mais pas en même temps par rapport à l'intuition par laquelle l'unité serait donnée comme objet à la pensée. Par conséquent, la conclusion est déduite />er sophisma figurœ diciiams, ou par un faux raisonnement (').

Cet argument si vanté se résout donc en un paralogisme. C'est ce qui devient évident quand on fait attention à l'observation générale sur l'exposlttom systématique d^s principes, et à la section des nou-

(1)La pensée présente dans les deux prémisses un sens totale- Bieni diflérenU Dan^ h migeuredle est considérée comme se rapportant k un objet en général (par conséquent telqu'il peut être donné en intuition] ; mais dans la mineure, elle ne consiste plus que dans le rapport à la conseienee de soi, où par conséquent on ne pense aucun objet, mais^ où se retrouve seulement représentée rapport h soi comme sujet (comme la forme delà pensée). Dans le premier cas, ii est question de choses qui ne peuvent être pensées quer comme siûet ; dans le second, au contraire, il n'est plus question de choses, mais de la pensée (puisque Ton fait abstraction de toat objet) dans laquelle le moi sert toujours de sujet pour la confidence. On ne péat donc avoir dans la conclusion: Je ne puis exister que comme sujet; — on n*a au contraire que ceci : Je ae puiSy dans la pensée de mon existence, me servir de moi que pour sojet du jugement; — proposition identique qui ne dit absolument rien sur le mode de mon ^istence.

mènes, où nous avons démontré que le concept d*une chose qui peut exister en soi comme sujet, mais non comme simple attribut, n'emporte avec lui aucune réalité objective. Ce qui veut dire qu'on ne peut savoir si quelque objet peut lui correspondre quelque part, puisqu'on n'aperçoit pas la possibilité d'une telle manière d'exister; c'est-à-dire par conséquent qu'il n'en résulte aucune connaissance. Donc, pour que ce concept puisse désigner, sous la dénomination de substance, uà objet qui puisse être donné, qui puisse devenir une connaissance, il faut qu'une intuition constante, comme condition indispensable de la réalité objective d*un concept, à savoir, ce par quoi seul l'objet est donné, soit posé comme fondemeqt. Or, nous n'avons absolument rien de permanent dans une intuition interne, car le moi n'est que la conscince de ma pensée. Si donc nous nous arrêtons à la pensée seule, il nous qianque ainsi la condition nécessaire pour appliquer le concept de substance, c'est-à-dire d'un sujet existant en soi, à lui-môme comme êlie pensant. Et, dès lors c'en est fait aussi de la simplicité de lasubstance rattachée à ce sujet; elle s'évanouit co(aplètement avec la réalité objective du concept, et se résout en une unité qualitative purement logiqne de la conscience dans la pensée en général, qae le sujet soit ou non composé.

Réfutation de Targument de Ifenddssohn en fayeur de la.permaDettGe

de Tàme.

Ce philosophe subtil aperçât facilement qu'il y a un vice dans Targument par lequel on dënrontreordinairement que Tàme (si on accorde qu'elle est un être simple) ne peut périr par la décompositianj et qu*il n'en démontre point nécessairement la permanence puisque. Ton pourrait encore trouver la fin de son existence dans V extinction. II cherche donc dans son Phédon^ à prouver que Tàme est à Tabri de cette extinction , qui serait un véritable anéantisse* ment, en essayant de démontrer qu'un être simple ne peut absolument pas périr^ jpar la raison que, comme il ne peut pas être diminué, ni rien perdre insensiblement de son existence de manière à être enfin réduit à rien (puisque! ne renferme aucune partie, et par conséquent aussi aucune multiplicité} , il faudrait trouver un instant entre le moment où il est et celui où il ne serait plus, ce qui est impossible. Mais il ne faisait pas attention que, quand même nous accorderions à Tâmtf cette nature simple, comme ne contenant aucune diversité en dehors^ d'elle-même, par conséquent aucune quantité exté'* rieure, on ne peut cependant pas plus hii refuser qu'à tout autre être existant une quantité intensive, c'est-à-dire un degré de réalité par rapport à toutes ses facultés, et même en général à tout ce qui

compose Texistence, degré qui peut décroître insensiblementjusqu'à l'infini, de telle sorte que la prétendue substance (la chose dont la permanence n'est pas assurée d'ailleurs) peut se réduire à rien, quoiqu'il n'y ait pas en elle décomposition, mais bien par une perte insensible [remissio) de ses facultés (par conséquent par suite d'un dépérissement [Elanguescenz] y s'il est permis d'employer cette expression); car la conscience elle-niéroe a toujours un degré qui peut être diminué (1); par conséquent aussi la faculté d'être conscient de soi et ainsi des autres facultés. La permanence de l'àrae, comme objet du sens intime, res(te donc à démontrer, et même est indémontrable, quoique eôtte permanence dans la vie soit claire en elle-même, puisque l'être pensant (tel que rhomme) est en'même temps un objet des sens

(i) La clarté n'est pas, comme disent les logiciens, la conscience d*mie représentation ; car un certain de^ de conscience, mais qui ne suffit pas au nouvènir, doit se trouver jusque dans les lepréseû talions obscures, puisque sans conscience nous ne ferions aucune différence dans la liaison de représentations obscures, ce que nous pouvons cependant faire dans les éléments de plusieurs concepts (comme ceux du juste et de Pinjuste, et même dans ceux do musicien qui touche plusieurs notes en même temps dans un morceau d'improvisation). Mais une représentation claire est celle dans laquelle la conscience suCfii pour donner consciencb de la d(^<ér6nr« de cette représentation avec d^autres. Mais si cette conscience suffit pour la différence, sans suffire pour le sentiment de la différence, «Ion la représentation doit encore être dite obscure. D y a donc une infinité de degrés de conscience, depuis la eooscience la plus claire jusqu'à son entière disparition!

SUPPLÉHDITS* : 567

extérieurs. Mais cela ne saffit point au psychologue rationnel, qui entreprend de prouver par de purs concepts la permanence absolue au delà de la vie actuelle (1).

(d) Ceux qui, pour établir une nouvelle* possibilité,- «croient avoir assez fait en défiant de montrer aucune c0Ati:à4iction dans leufs suppositions (con!ime font tous ceux qui croient ponvoir apercevoir la possibilité dé la pensée, même* après la fin dé ^édéti^, possibi» lité dçnt ils n^Qnt cependant d'exemples que dans les^'ioluitions en»pinques de la vie actuelle) peuvent être mis dans un irès-grand embatras par d^autres possibilités qui ne sont pas moins bardies. Telle est celle de ladivisioo d'une «tt^^ànce^imjp/éLenplusifurg sobstan* ces, et réciproquement de l'agrégation [eoalUkm] de plusieurs substances en une seule. Car, quoique la divisibilité suppose un composé i^elle n'exige cependant pas un composé de apbttances, mais seulement un composé 4c degréfr(des diverses {Bieultés) d'une seule et même substance. Or, de même que Ton peu^ concevoir toutes les facultés de Vàme, celle même de la conscience, affaiblies de moitié, de telle sorte néanmoins qu'il reste toiijoufs'ifaelque substance i de même aussi Ton peut concevoir sans^coiitradiction cette moitié éteinte, non.dans la substance mais hortf d'elle, tout aussi bien qu'on l'y conçoit conservé. Seulemeni, «omihé tout ce qui est ea elle n'est jamais que réel, et par -cto&équent possède ub degré, et que son e xistence entière a^éjlé diminuée de moitié .sans cependant que rien ne manque, il en résulterait alors une substance particulière bors d'elle , car la multiplicité qui a été divisée était étik auparavant, non h titre de muUiplicHé de substances, vmiM bien d0 cbaque réalité, comme quantum de l'existence en elle. L'unité dOv la substance n'était donc qu'une manière d'exister qui ne pouvait être changée en une pluralité de la subsistance (i) que par cette-division. Par la même raison aussi, plusieurs substances simples peuvent confluer en une seule, dans laquelle rien ne périrait sicen'ed la pluralité de la subsistance, puisqu'une seule renfermerait en elle*

(I) La subsliteiioe {SnbtiiknM) est reiittence de la tabMBce, comme rinhéreneer etl eelle de l'aeddent. T.

568 SWPLÉMBNTS.

Si dôme nous prenons nos propositions précédentes dânH un enchainement synthétique^ de la même manière qu'elles ont dû former déjà un système en psychologie rationnelle, attendu leur yaleur pour tous les êtres pensants, etsi^ partant de la catégorie de la relatio&i par la .proposition : Tous les êtres pensants sont comme tels des substances , nous parcourons à rebours la série des catégories, jusqu'à ce que le cercle e^ soit révolu-, nous rencontrons enfin l'existence de ces substances (i). Dans ce système, elles sont non-

le degré de réalité de toutes les substances précédentes ensemble. Paul-être même que les substances simples qui nous donnent le phénomène de la matière (non sans-doute par une influence mécanique ou chimique réciproque, mais cependant par une influence à nous inconnue et dont le degré selA formerait le 'phénomène de la matière) proêuisent les &mes des enfants par une semblable division dynamique des âmes de leurs parents comme de quaniUés intensives, deîi|)oii que celles-ci réparent leur perte parleur union a?ec une noufel^ matière de la même espèce. Je suis trèfi-éloigné d'étocorder èk ces fictions la moindre valeur; les principes précédents de rAnaI;ftîque ont suffisamment convaincu de la nécessité de ne fiiire des oalégories (comme de la substance) qu*un usage empirique. Mais si le rationaliste, par ta sltnple faculté de penser, sans une intuition constante par laquelle un objet serait donné, est asset hardi potir en faire un être subsistant par lui-même, uniquement pM! la raison que f unité de Paperception ne lui permet dansk pensée aucune explication par le composé, tandis qu'il ferait mieux d'avouer ingénument son impuissance à expliquer la possibilité de la nature pensante; pourquoi le métérialiste^ quoique ne paisse pas phss se fonder sur Texpérience pour établir ses possibilités hypothétiques, ne seraiv*il pas autorisé à se servir de ce même principe pour un usage opposé, en conservant Tunité formelle de son adversaire?

(1) La phrase précédente est diversement ponctuée, suivEiillesédi-

seolement conscientes de leur existence, dans ee système, indépendamment des choses extérieures ; mais elles peuvent même la déterminer en vertu de leur propre nature (par rapport & la permanence qui appartient nécessairement au caractère de la substance). Mais il suit de là que Yidéalisme (du moins le problématique) est inévitable dans ce système rationnel, et que si l'existence des choses extérieures n'est pas requise pour la détermination de la sienne propre dans le temps, elle ne sera admise que gratuitement, sansjamaîs et re susceptible de preuve.

Si au* contraire nous suivons la méthode analyti^

tions.MaisIe seos revient au même, n ne faudrait donc pas s^élonner de trouver une différence dans les traductions. Tai de plus coupé en deux» avec la traduction Italienne, la phrase entière du tezteallemand. Voici, au surplus, les traductions anglaise et italienne de tout le passage.-^Now if we take our foregoing propositions in tyh^ tketîeal connexion, and as they must be ^ken as valid for ail thinking beings in rati<MMl p^chology as a^ysicm» and if we proceed from the category of relation in the pioposition, <all thinking beings are as suche substances », througb the séries of tiiese baekwards, imlil the circle is concluded, we Ihus stumble at las^ opon Iheir existence, of wbich ihey tbemselves(^Ae ihkMng beings) in this System, independent of eilernal things, are not only eonscions, but aiealso able from themselvesfo détermine such (in respect, etc ). — Ont seprindiamo, ridotle ad un insieme sintetico, le nostre pro* posizioni antecedenti ( in quai modo , in che gia le si deggiono pendere nella psicologia razionale sistematica), siccome aventi tolofeper initi gli eeseri peuaoti ; e se, incomminctuido per la categmâa dei rapponi, ootla proposizione : Tutti gli esseri peosaniî , cove. trii, soBOsostanze ; peroorriamo a ritrorso la série délie categoriœ, sino dla ohiusa dël ceroolo , ci abbateremo finalmente alla

570 sDPPLÉMBirrs.

que^ plîeque le cegiêo, à titre de proportion qui comprend dé}à une exirtônce en soi comme donnée, et par conséquent la modalité, eBtmiBen principe, et que nous le décomposions pour «n connaître le contenu, pour savoir si et comment ce moi détermine par là son existence dans l'espace on le temps, alors les propositions de la psychologie rationnelle ne com-^ menceraient pas par le concept d'un être pensant en général, mais par une réalité ; etce qui convient à un être pensant en général se conclurait, comme on le voit dans la table suivante, de la manière dont cette réalité est pensée après que tout ce qu'il j a d'empirique en aurait été séparé.

Je pense;

Càmme sujet j Comme sujet simple ;

Omme sujet identique^

dans tout état de ma pensée.

'Or, comme on ne décide pas ici, dans la seconde proposition, si je ne puis exister et être pensé qae comme sujet, et non aussi comme prédicat d'un an-

esiâteoza deUe medesime. Délia quai eaistenza» iaootesto tytiUmM^ sono consapevoli a se medesime^ independentemeale dall^esioc&e cose, ma sono in sndo euandio di per se sieasa detemûnaila ( rispeUo, etc.}* !•

tre sujet, le concept d'un sujet n'y est doue pris que^ logiquement, et il reste à savoir si par là on doit ou Ton ne doit pas entendre une substance. Mais, dans la troisième proposition, l'unité absolue de Taper-*' ception, le moi simple, dans la représentation à lar' quelle se rapporte toute liaison ou séparation qui constitue la pensée, devient importante en soi, quoique je n'aie encore rien déterminé sur la qualité ou > la subsistenee *du* sujet. L'aperception est quelque ' clisse de lîéel, et sa simplicité est* déjà dans sa poe** sibilité* Or, il n'est rien de réel dans l'espace qui soif simple, car des points (qui sont )à seule chose qu'il y ait de simple dan^Tespaoe) ne sont que des limites; ce n'est pas même quelque chose qui serve, comme parties;' à constituer l'espace. De là, par conséquent, l'impossibilité de me définir comme sujet simplement petfsknt,' en partant des principes du materiez lisme. Mais, mon existence considérée dans la première proposition oomine donnée, ne signifiant pas tout être pensant existe (ce qui indiquerait en même temps une nécessité absolue de ces ètros, en quoi par conséquent l'on dirait beaucoup trop), mais seule»* ment f existe pensant ; cette proposition est donc empirique et ne renferme que là déterminabilité de aM& existence par rapport à mes représentations dans te temps. De plut, comme j'ai besoin à cet effet de* quelque chose de permanent, et que rien de semUftp^ bleue m'est éonnérdans Kîntuition iiKerne en tant

&T2i SUPPLÉMENTS.

^e je me pense, il est impossible alors de déterminer par cette simple conscience de moi-même mon mode d'existencci c'est-à-dire si j'existe comme substance ou comme accident. Si donc le matérialisme est inutile poqur expliquer mon mode d'existence, le j^riftmiî^fW n'est pas moins insuffisant. D'où la conséquence que nous ne pouvons connaître d'aueune mani^ que ce soit la qualité de notre âme touchant la pe3sibilité de son existence prise isolément.

£t comment seraft-il possible, en vertu de l'unité de la conscienée, que nous ne connaissons d'ailleurs que parle besoin -que nous en ayons pour la possibilité de rel;périence, de sortir de l'expérience (de notre existeneèdan»' la vie), et d'étendre ainsi notre connaissance à la nature de tous les êtres péna^ntsen général par la proposition empirique, ûirîs indéterminée par rapport à toute espàee d'ii^iiition : je pense?

La psychologie rationnelle n'existe donc pas comme doctrisie^ en ce sens qu'elle ajoute quelque chose à la connaissance de nous-mêmes. Mais comme discipline, elle met dans le champ de la connaissance des bornes infranchissables à la raison spéculative, pour Tempêcher, d'une part, de se livrer au matérialisme pittr, d'autre part, de se laisser entraîner à un spiritualisme sans fondement pour nous dans la vie. Cette diaeipUne nous avertit donc de donner cette incompétence de notre raison |>omr réponse satisfaisante à

ces questions carieuses qui portent sur une sphère étrangère à celle de la vie actuelle. C'est un signe en effet par lequel elle nous engage à foir dans la connaissance de nous-mêmes, toute spéculation ior utile, et à nous appliquer à l'usage pratique 'toujours utile. Cette méthode, quoique exclusivement dirigée vers des objets d'expérience, prend cependant - ses principes de plus haut et régie la conduite tipmme si notre destinée s'étendait infiniment au delà de l'ei:^ périence, et par conséquent au-delà de cette vie.

' On voit par tout cela que la psychologie rationnelle tire son origine d'une simple confusion. L'unité dé la conscience, qui sert de fondement aux catégories, est prise ici pour l'intuition du sujet comme objet, et la ti&tégorie de la substance y est appliqofe* Mais cette unité n'est que celle de la pensée, par laquelle seule 4UCUI1 objet n'estdon9é,.à laquelle pïtr conséquent la catégorie de la substance, toujoifirs supposée donnée par l'intuition, ne peut s'appliquer; par conséquent ce sujet i\e peutfttre cotmp. Le sujet des catégories, par te &it qu'il les penseï, ne peut donc pas acquérir un concept de lui-même comme d'un objet des catégories; car, pour les penser, il doit mettre en principe la conscience pufe de lui-même; ce qui cependant devait être expliqué. De même, le sujet, dans lequel la représentation du temps a son principe originel^ ne peut déterminer par là^ SA prof»^ existraee è&u le temps; et si ce

924 SQPPLÉiiEivrs.

dernier fait n*est pas poasible par les catégories, il en est de même do premier, comme déterminatiim de soi-même (entant qu'être pensant en général) (1).

Tk ik ik^

Voilà donc, une connaissance des plus intéreasaa- .tes pour le gj^are Humain qui se résout en une vaine espérance lorsqu'elle est cherchée au delà des bornes de Texpérience possible, lorsqu'elle est le frait delà philosophie spéculative. La critique, quoique sévère,

(f^ LecogUo est, comme on l'a déjà dit, une proposUîon empirique, et contient la proposition/ei:iste. Mais je ne pois pfe» dire: Tout ce qui pense existe; car alors la propriété de penser ferait de tous les êtres qui la possèdent des êtres nécessaire^ Par conséquent mon existence ne peut iion plus être conclue de la proposition le pense, comme De^rtes Ta cru (parce qu^aoftement la mineure, toat ce qui pense existe, devrait précéder], mais mon existence est identique au co^to. Cette proposition exprime une intuition empirique indéterminée, c'est-k-dire une perception (et par conséquent déipontre que déjk la sensation, qui appartient à la sen|ribilité , serlde fondemcntk cette proposition énonciative de Texistence); mais elle précède l'expérience, quidoil terminer Fdbjetde la perception, par xtpport au temps, au moyen des ca&égories. L*existenc6 u'est donc plus ici une catégorie qui se rapporte, non k un objet indéterminément donné, nuiisk un objet dont on a un concept, et dont on veut savoir s'il existe ou n'existe pas aussi en dehors, de ee concept. Une perception indéterminée ne signifie ici que quelque dbose de réel qui est donné, quoique k la vérité pour la pensée en général, -par conséquent pas comme phénomène ni comme chose en soi (noumèoe) , mais oomme quelque chose d'existant réellement » et qui dans la proposition fepense^ est désigné comme te); car il esta remarquer que, si j^i appelé la propoèitionje/iense une proposition empirique, je n'ai pas if ^hi diit par MiqUe le^, dans-cette prspo-

SOPPLÉVENTi;. 575

en ce qu'elle montre l'imposBibilité, de décider, dogmatiquement quelque chose sur nn /^jet de Texpérience au delà des bornes de l'expérience, rend néanmoins par là même un. grand service à la raison, en la prémunissant conire toutes les assertions possibles du contraire; service qui ne peut avoir lieu que de Tune de ces deux manières : soit en démontrant sa proposition apodictiquement, ou, si cela ne réussit pas, en (Perchant les raisons de cette impuissance; raisons qui, si elles tiennent aux bornes nécessaires de notre intelligence, doivent alors soumettre tout adversaire à la loi même de renoncer à toute prétention d'affirmer dogmatiquement.

Cependant le droit, et même la nécessité d'admettre une vie avenir, n'est pas le moins du monde psvàuj suivant les principes de l'usage pratique de la ration, uni à l'usage spéculatif; car la preuve purement spéculative n'a jamais pu exercer aucune influence sur la raison humaine. Elle est si bien fondée sur la pointe d'un cheveu, que l'école n'a pu l'y maintenir si longtemps qu'en la tournant sans cesse sur elle-*même comme une toupie, et qu'elle n'y a jamais rien apevçu qui puisse servir de base à quoi

sition, soii une représentation empirique : c'est bien plutôt une représentation intdleeiQelle, parce qu'elfe appartient à la pensée en général. Mais, sans unerenréseBtatian empirique, qui donne matière k la pensée, l'acte Je petue n'aurait cependant pas lieu, et l'empirique n'est que la condition de l'application ou de l'usage de la faculté intellectuelle pure. . , •

576 flUWLÊOTNTS,

que ce soit. Toutes les preuves qui sont à l'usage du moude, resteàt au contraire à cet égard dans leur force entière, et gagnent plutôt en clarté et en persuasion naturelles, à proportion qu'elles rejettent dayantage toute prétention dogmatique, en plaçant la raison dans sa propre sphère, savoir, dans Tordre des fins, qui est en même temps Tordre de la nature. Mais alors aussi la raison, comme faculté pratique en soi, sans être bornée aux conditions de la nature, est fondée à étendre Tordre des fins, et avec lui notre propre existence, au delà des bornes de Tezpérience et de la vie. Suivant V analogie avec la nature des êtres vivants dans ce monde, au sujet desquels la raison doit nécessairement supposer qu'aucun organe, aucune faculté, aucun appétit n'est inutile, indispensable ou disproportionné avec son usage, que rien par conséquent n'jf ^t sans but, mais que tout an eontraire est parfaitement conforme à leur destinée dans la vie ; suivant cette analogie, l'homme, qui peut cependant renfermer à lui seul le but final de toutes ces choses, devrait être la seule créature qui fît exceptiim; car les dons de sa nature, non pas seulement ceux qui tiennent aux talents pratiques et aux inclinations, mais ceux surtout qui regardent la loi morale en lui, sont tellement au-dessus des avantages qu'il en pourrait tirer dans cette vie, — qiie. cette loi enseigne à estimer avant tout la simple conscience de Thonnêteté des sentiments au préjudice de tous les biens,

même de cette ombre de vaine gloire qui doit passer à la postérité, — et que Thomme se sent intéileurement appelé à devenir citoyen d'un meilleur monde dont il a Tidée, en agissant conformément à la rai-^ son dans cette vie, sans égard aux intérêts sensibles. Cet argument puissant, irrésistible, accompagné de la connaissance de la finalité, connaissance qui s'étend toujours davantage, à mesure que nous comprenons tout ce qui frappe nos sens, et que nous pénétrons plus avant dans l'immensité 4e la créiBLtiou) cet argument, accompagné par couséquent de la oon^ science d'une certaine illimitation dans l'extension possible de nos connaissances, jointe au penchant qui y correspond, restei^it toujours, quand même nous devrions désespérer d'apwcevoir, par la con*naissance simplement théorique^ la durée nécessairede notre existence.

Conclusion de la solution du paralogisme psychologique.

L'apparence dialectique dans la psychologie rationnelle est fondée sur la confusion d'une idée delà raison (celle d'une pure intelligence) avec le concept parfailettient Indéterminé d'un être pensant en général. Je me pense moi-même au moyen d'une expérience possible, tout en faisant encore abstraction de toute expérience réelle ; d'où je conclus que je puis avoir conscience de mon existence, même en dehors n. 37

579 SUPPLÉMKlfTS.

de TexpérieDoe et de ses oondiiioiis empiriques. Je confonds par conséquent V abstraction ipossihh de mon existence empiriquement déterminée avec la prétendue conscience d'une existence possible de moi^^mème pensant, considérée abstraitement (4)^ et je crois connaître en moi le substantiel comme le sujet transcendental, lorsque j'ai simplement en pensée l'unité de conscience, qui sert de fondement à tout acte dcdétermination comme simple forme de la cbnbaissaticfa.

La question du commerce de l'âme avec le corps n'appartient pas'propremeikt à la psychologie dont il est ici question, psychologie qui a pour objet de démontrer la. personnalité de l'âme, même hors de ce ' commerce (après la mort), et qui est par conséquent ttanseendantê dans le %eni propre «lu mot, qqot<fn'elle s'occupe d'un objet de l'expérience, mais seulement en tant que cet* objet cesse d'être soumis à l'expérience. Cependant on peut donner à cette question une réponse satisfaisante d'après notre doctrine. La difficulté que cette question a présentée consiste, cooime on sait, dana la disaimiUtude supposée entre un objet du sens îaterne (de l'âme) et les ol)|ets des sens externesi nuisatte la nremière de ces choses n'a

{i ) Folgllch verwechsle ich die nuEfUche Abttrandon von meiner empirisch bestimmten Existenz mit dem venneoten Bewusstseyn einer abgesondert moeglichea Existenz meines denkénden Seibst, lud, etc* T.

que le temrps pour conditioD foroielle de &oo intuition, et ^e le& seconds ont de plus l'espace. Si oependaBl l'on fait attention que ces deux espèees d'objets ae diffèreot pa» Fvn de l'autre intrinsécfiieimnt, mais seulement en tant que Ton sewAle etténem à l'an-tre, et queparcoMéquent ce qui sert de fondement au phénomène de la matière eenme chose en sot pourrait bien n'être pas si diflérent, alofs ladifiBcuttédisparaît) et il n'en reste pas d'autre que celle-ci ; comment en général un commerce entre sabstanees eet-il possible? question dont la solotion est ^ut à fait hors du champ de la psychologie, et qui, comme le lecteur en }uga^ facilement par ce qui a été dit dans l'Analytique des capacités et des facultés, est sans aucun âonle hors du champ de toute connaissanw humafne*

OBSERYAliON <SÉnÉRALB«

Concernant la transition de la Psycb^o^ satiooAQe k la Gûemologie. %

La proposition lé pense, ou f existe pensant, est une proposition empirique. Mais une proposition de cette espèèe a pour fondement une intuition empirique, par conséquent aussi un objet pensé comme phénomène* lyoûâ semble que, d'après notre théorie^ 'AiM, même dnnrlVrefe^e ta pensée, serait entière-

580 SUPKJÛHBNTS.

ment convertie en un phénomèoe, et que, de cette manière, notre canscience même, comme pure apparence, ne devrait aboutir à rien.

La pendée, prise en soi, n'est que la fonction logique, par conséquent la simple spontanéité de la liaison delà diversité d'une intuition purement possible, et ne présente d'aucune manière, corn me phénomène, le sujet de là conscience, uniquement par la raison qu'elle n'a aucun égard à l'espèce d'intuition, que cette intuition soit sensible ou intellectuelle. Je ne me regrésente'dè cette manièreà moi-même ni comme je suis, ni conime je m'apparais ; je ne me pense au contraire que comme tout objet en général, abstraction faite de l'espèce d'intuition de cet objet. Si je me représente ici (tomme, sujet des pensées, ou même comme principe de la pensée, ces espèces de représentations ne désignent pas le^ catégories de la substance ou de la canse^^oar tes ÇAlé^ries sont des fonctions de la pensée (du jugement) déjà appliquées i notre intuition sensible, et dont j'aurais assurément besoin si je voulais me connaître* Mais si je ne veux avoir conscience de moi que comme être pensant, et si je ne m'occupe point comment mon propre [moi ] Même est donné en intuition, alors il pourrait bien n'être qu'un simple phénomène pour lemoi qui pense, mais non en tant qu'il pense. Dans la conscience de moi-même, en tant que je pense purement et sim-. plement, Je suis Vêtre tnirm^ mai8.,aasnréi&eia rîen

par-là de cet être ne m'est encore donné que je puisse penser.

Mais la proposition je pense, en tant qu'elle signifie yeœiste pensant , n'est pas simplement une fonction logique : elle détermine encore le sujet (qui est aussi en même temps objet) par rapport à Texistence, et ne peut avoir lieu sans le sens intime, dont l'intuition donne toujours l'objet, non comme chose en soi^ mais simplement comme phénomène. Dans le sens intime n'est donc déjà pins la simple spontanéité de la pensée, il y a de plus la réceptivité de l'intuition, c'est^-dire ma pensée, la pensée de moimême, appliquée à l'intuition empirique du même sujet. Le Même pensant devait donc chercher dans cette intuition les conditions de l'usage de ses propres fonctions logiques dans les catégories de la substance, de la cause, etc. Et cèk , non pas pour se désigner uniquement par le moi-; comme objet en soi mais aussi pour déterminer le mode de son existence, . e'est-à-dire pour se connaître comme noumène. Mais la chose est impossible , puisque Intuition em.pirique interne est sensible ; elle ne fournit donc que des données du phénomène qui n'apportent rien à l'objet de la conscience pure pour la connaissance . de son existence isolée, et ne peut simplement ser- ' ?ir qu'à son expérience.

Mais à supposer que nous trouvions par la suite, non pas dans l'expérience, mais dans de cediaines

582 suppi^Msincs*

lois établies à priori (qui ne seraient pas des règles purement logiques) de l'usage de la raison pure coureernant notra existence, l'oecasion de nous supposer absolument à frîon par rapport à notre propre eoM* ience, cocusie réglant et déterminant «âme cette ezis- 4ence; on découvrirait alors une spontanéité qui servirait à déterminer noii^ réalité (1), sans qu'on fût pour oelaobligéde passer par les conditions de l'intuition empirique, e§ nous Terrions qu'il y a, dans la conscience de notre e&istence à jtM^iori q,uelquechose(2) qui peut servir à déteitainer cette existence (laquelle •n'est absolument déterminabie que d^une manière sensible), mais cependant relativement à une certaine &culté interne en rapport avec ua monde intelligible (qui serait simplement conçu).

NéanmoinSi cola ne favoriserait pas du tout les tentatives de la psychologie rationnelle. Car j'auraie, à la vérité, par celte faculté merveillenaa que iacon-

(I) ff^irUiehkeit. ' T.

unseres Daseyus a priori etwas enihalten sey^ etc.

Ce qui précède semblerait indiquer que Ta pn'ort porte sur ime masière de news conoeforr, domânt des règles et même des délarjainatioQs à notre existence , manière qui senit prise» non pas de notre existence même à priori^ mais de certaines lois à priori de laiaison, lois qui se manifestent dans la conscience. La grammaire ne s'oppose pas absolument à cette. iiMerprMiio&yCAr les mola qui suÎTeDt à priori^ peuvent être regardés conune une locution adjcctîve où V Etwas dispâratt devant la qualité d'être contenu, etUhai^

supplAbibmts. 583

science de la loi morale seule me révèle, un principe purement intellectuel de la détermination de mon existence ; mais par quels attributs? Uniquement par ceux qui doivent m'ètre donnés dans Tintuition sensible; en sorte que j'en serais toujours au même point dans la psychologie rationnelle, c'est-à-dire que j'aurais toujours besoin d'intuitions sensibles pour donner une valeur à des concepts intellectuels de substance, de cause, etc., par lesquels seuls je puis avoir connaissance de moi-même. Mais ces intuitions ne pourront jamais me faire sortir du champ de Texpérience. Cependant, pour ce qui est de l'usage pratique de ces concepts, usage qui n'a jamais d'autre but que des objets de l'expérience, j'aurais le droit, en suivant l'analogie de l'usage théorique, d'appliquer ces concepts à la liberté et à son sujet. Je n'entends en effet par là que la fonction logique du sujet et du prédicat (i) du principe et de la conséquence, fonctions d'après lesquelles les actes, les faits sont déterminés suivant ces }ois,.de faççn à pouvoir .toujours êtM expliqués , ainsi que les lois de la nature, d'après les catégories de substance et de cause, quoiqu'ils résultent d'un principe tout différent. Cette observation n'a d'autre but que de pré-

(i) JDe« édition», imlt ezample, c^Ue 4$ MM* BoMoknuu «l Schubert, ne metteat pas de virgule entre prédicat et principe. D'autres ,, Y. g. celle d« M. Bartenstein » en mettent une. Nous avous suivi cette dernière ponctuation. T.

584 suppiitHBifTS.

munir contre Terrear à laquelle la doctrine de Fin* tuition de nous-mêmes, comme phénomènes, est si facilement sujette. On aura par la suite occasion d'en faire usage.

(Page 490.)

Quelquefois je Tai aussi appelé idéalisme formel, pour le distinguer de l'idéalisme matériel, c'est-à-dire de l'idéalisme ordinaire, qui doute de l'existence des choses extérieures mêmes, ou les nie. Dans plusieurs cas, il paraît convenable de se servir plutôt de ces dernières expressions que des premières, pour éviter toute équivoquée.

(T. I, p. 48 et 357.)

EpiaRAPBB T. 1 3Î3

DÉDIOACB T. I....« • I

PAivACB • • . . . 3s4

[PaBr4CB].(>) 3

[Tabm] 44

IvTRODUCsxov. — I. Différence entre la connaîjsanoe pore et U

(1) GeuetaMepennellra délira de tuile la MeondeMitieii,teiiteoniiM ri no« FafloMraprodaite.

(S) Noot mettoDf entre crodieU ee qui D'tpparUent qu'à la Moeade édlHea. A rtide de cette précaution, il sera belle de voir de §oile dans eette table céoèrale tout ee qui a éi6 ratranebé par rantear dans la seeonde édition.

BtPPLtlIElfT. 585

oonnaiiMnee empînqae *:.... 357

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