ÉTH0D(H.0GIE
dans Tespâce et le temps les objets mêmes par une synthèse uniforme, et en les considérant simplement comme quantités (quanta). Le premier usage, de la raison a lieu par concepts. Dans cet usage nous ne pouvons que soumettre à des concepts des phénomènes, quan^ à leur contenu réel, phénomènes qui ne peuvent être déterminés qu'empiriquement , c*fôtà*dire à posteriori (mais conformément à ces concepts comme règles d'une synthèse empirique). Le second usage de la raison a lieu par la construction des concepts. Par cet usage, ces concepts se rapportant à une intuition à priori^ peuvent par là même être donnés déterminément à priori dans l'intuition pure, et sans données empiriques. Considérer tout ce qui est (une chose dans l'espace ou le temps), pour savoir si et jusqu'à quel point c'est ou non un quantum; s'ildoityavoir dans cette chose uneexistence représentée, ou un défautd'existence; jusqu'à quel point ce quelquechose (qui remplit l'espace ou le temps) est un premier substratum, ou une pure détermination; si son existence a un rapport à quelque chose d'autre comme cause ou effet; enfin s'il est indépendant, ou dans une dépendance mutuelle avec d'autres choses par rapport à Texistence : considérer, en un mot, la possiblité de cette existence, sa réalité et sa nécessité ou ses contraires, — tout cela est du rapport de la cof}naissance rationnelle par concepts, appelée connaissance jpAttosopAtÇMC. Maisdéterminer à priori dans l'es-
TBANSGENDENTALB. 423
pacexiQeinluîtion(unefigure)i diviser letemp8(cluré|^ ou ûmptement connaître l'unÎTersalité de la synthèse d'une seule et même chose dans l'espace, et la quan* tité d'une intuition en général (nombre) qui en résulte; c'est là une opération rationnelle par la con«* struction des concepts , qui s'appelle opération ma*" thématique.
Le grand succès de la raison par le moyen des ma* thématiques fait naturellement présumer que la mé^ thode employée par cette science, partout où la science elle-même ne serait pas possible, devrait également réussir en dehors du champ des quantités, puisqu'elle ramène tous ces concepts à des intuitions, qu'elle peut donner à priori, et par leur moyen se rendre pour ainsi dire maîtresse de la nature, quand au contraire la philosophie pure divague sur la nature avec des concepts discursifs à priori^ sans pouvoir rendre intuitive à priori leur réalité, et par là y faire ajouter fai. Il seqible aussi que la confiance des ma-< thématiciens en eux-mêmes, ainsi que la foi du publie aux prodiges de leur habileté, ne leur a jamais fait défaut pour peu qu'ils aient voulu se mettre à Tœuvre. Car à peine ont-ils essayé de philosopher sur leurs mathématiques (chose difficile), ils n'aperçoivent pas, ne soupçonnent pas même la différence spécifiqued'un usage de la raison et d'un autre. Alors, des règles vulgaires et empiriquement pratiquées, qu'ils tirent de la raison humaine, passent à leurs
yeux pour des axiomes. D'où peuvent leur venir les coneepts d'espace et de temps dont ils s'occupent (comme des seules quantités primitives) : c'est ce qui leur importe peu. Il ne leur semble pas moins inutile de rechercher l'origine des concepts purs de l'entendement, et par là même, l'étendue légitime de l'ap* plication qu'on en peut. faire; il leur suffit de s'en servir. En quoi ils font très-bien, s'ils ne sortent pas des bornes qui leur sont assignées, c'est-à-dire de celle de la nature. Mais en franchissant peu à peu le champ de U sensibilité pour s'étendre sur le sol mobile de leurs eouceptsp^rs et même transcendentaux, où ils manquent d'un point d'appui solide sur lequel ils pùbsent marcher sajis crainte^ et même d'une eau dans laquelle ils puissent nager (instabilis iellus, innabilis unda)^ ils ne laissent par conséquent pas de traces, tandis qu'au contraire leur marche dans les mathématiques forme une grande routé, qui peut encore être suivie par la postérité la plus reculée.
Puisque nous nous sommes fait un devoir de déterminer d'une manière précise et avec certitude les boraesde la raison pure dans l'usage transcendental, et que cette tendance de la raison a cela de particulier, que malgré les avertissements les plus pressants et les plus clairs, plutôt que d'abandonner son dessein, elle se laisse toujours emporter par l'espoir de franchir les bornes de l'expérience, de parvenir dans les régions enchantées de l'intellectuel, il devient néces-
TBANSCENDENTÂLE. 425
saire d'enlever en quelque sorte la dernière ancre d'une espérance fantastique, et de^Qntrer que Tapplication de la méthode mathématique à cette espèce de connaissance ne peut procurer le moindre avantage^ si ce n'estpeut-être celui de faire voir plus clairement que la géométrie et la philosophie sont deux sciences toutes différentes, quoiqu'elles se donnent. la main l'une l'autre dans la physique, et par conséquent que les concepts de Utfne ne peuvent pas êtra ceux de l'autre.
La fondamentalité des^mathématiques repose sur des définitions, des axiomes, des démonstrations. Il me suffira doii^ de démontrer qu'aucune de ces opérations, telle que l'entend lé mathématicien, ne peut avoir lieu en philosophie; que le géomètre, en suivant sa méthode' en philosophie, ne bâtirait que des châteaux de cartes; et que le philosophe, en suivant la sienne dans la partie mathématique, ne pourrait faire que du verbiage. Il faut dire cependant que la philosophie consiste précisément à reconnaître les limites de la science, et que le mathématicien même, si son talent n'est déjà peut-être pas circonscrit par la nature et restreint à sa spécialité, ne peut pas rejeter les avis de la philosophie, ni se mettre au-dessus.
1^ Des DÉFINITIONS. Définir , comme l'expression même l'indique, nedoitsignifierproprementqu'exposer originellement [fondamentalement] dans ses limi-
426 MËTHODOLOGIB
tes le concept détaillé {ausfurlich) d'une chose (1). En conséquence un concept empirique ne peut pas être défini^ mais seulement expliqué. Car, puisque nous n'avons en lui que quelques signes d'une certaine espèce d'objets sensibles, on n'est jamais sûr si par le mot qui désigne l'objet à définir, on ne pense pas tantôt plus, tantôt moins que ses signes. Ainsi, l'un peut penser par le concept d'or^ outre le poids, la couleur, la ténacité, encore la propriété de ne pas contracter la rouille, tandis qu'un autre n'en saura peu t-ètpe rien. On ne se sert de certains signes qu'autant qu'ils sont nécessaires pour établir une distinction ; mais de nouvelles observatiens en font disparaître quelques-uns, en ajoutent d'autres, en ^orte que le concept n'est jamais renfermé dans des bornes certaines. Et à quoi servirait-ilaussi de définir un tel concept, puisque^ s'il est question de l'èau et de ses propriétés par exemple, on ne s'arrête pas à ce que l'on pense par le mot eau, mais qu'on s'élève à des expériences, et que le mot, avec le peu de signes qu'il exprime ne doit former qu'une désignation et non un concept de la chose, et que par con-
(i ) Détail signifie ici la clarté et la suffisance des signes [ou élénientsde concepts]. Le mot limites désigne la précision, de manière à ce quMl n'y ait pas plus de signes qu'il n'y en adans le concept tout entier. Originellement, signifie que cette détermination des bornes n^st pas dérivée d'ailleurs, et que par conséquent elle n'a pas besoin d'une preuve ultérieure ; ce qui empêcherait de mettre la prétendue définition en première ligne dans tous les jugements sur un ol]jet;
TRÂNSGENBENTJU^B. 487
séquent la prétendae définition n'est autre choà^qiie la détermination d'un mot? Ensuite, on ne peut non plus, à parler proprepiei^t^ définir aucun concept • priori, par exemple la substance^ la ca4i«e, le droit, l'équité, etc. Car je ne puis jamais être s&r que la représentation claire d'un concept donné (encore confus) a été parfaitement expliquée, à moins que je ne sache qu'elle est adéquate à l'objet. Mais comme son concept tel qu'il est donné peut contenir beaucoup dereprésentatioi^B obscures que nous avons omises dans l'analyse, quoique nous les employions toujours dans l'application, la perfection de l'analyse de mon QDucept est donc toujours douteuse, et ne peut être renduepro6aMeque parungrand nombred'exempies bien choisis, sans être jamais apodictiquement certaine. Au lieu du moidéfinitiofi, j'emploierais plus volontiers celui à'eœponlionf qui est plus medeste, et que le critique peut accorder jusqu'à un certain de-^ gré, tout en hésitant encore sur la parfaite exactitude de l'opération. Puis donc que ni les concepts empiriques, ni ceux donnés à priori ne peuvent être défi* mSf il n'en reste pas d'autres que ceux qui sont pensés arbitrairement, dans lesquels on puisse tenter cette opération. Je puis toujours, dans ce cas, définir mon concept ; car je dois savoir ce que j'ai voulu . penser, puisque j'ai formé le concept même de propos délibéré, et qu'il ne m'a été donné ni par la na« ture de l'entendement, ni par l'expérience; mais je
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ne puis cepeadant pas dire que j'aie par là défini un Téritable objet. Car si le concept repose sur des conditions empiriques, par exemple le concept d'une horloge marine, l'objet et sa possibilité ne sont pas encore donnés par ce concept arbitraire ; je ne sais pas même par là si ce concept a réellement un objet, et ma définition peut mieux s'appeler une explication [déclaration] (de mon projet) que la définition d'un objet. Il ne reste donc d'autres concepts susceptibles de définition que ceux qui, contenant une synthèse arbitraire, peuvent être construits à priori. Les mathématiques seules ont donc des définitions, car elles exposent à priori en intuition l'objet qu'elles pensent, et cet objet ne peut contenir ni plus ni moins que le concept, parce que le concept de l'objet a été donné primitivement par la définition, c'est-àdire sans dériver la définition d'aucun autre concept. La langue allemande n'a, pour les expressions exposition, explication, déclaration et définition, qu'un mot {Erklcerung) . Nous pourrions donc nous relâcher un peu de notre sévérité à refuser aux définitions philosophiques le titre de définitions, et borner toute cette remarque à dire que lesdéfinitions philosophiques ne sont que des expositions, tandis que les définitions ' mathématiques sont des constructions de concepts primitivement formés. Les premières ne sont faites qu'analytiquement par la décomposition (dont l'in* tégralité n'est pas apodictiquement certaine); les se-
transceKdei^alb. 429
condes sont formées synthétiquement, et par consé* quent constituent le concept mèmey tandis qu'au contraire les premières ne font que l'expliquer. D'oà il suit :
a Qu'en philosophie, on ne peut imiter les mathématiques en commençant pat* des définitions, si ce n'est par forme d'essais [ou d'hypothèses]. Car les définitions n'étant, dans cette première forme, que des décompositions des concepts donnés, ces concepts, jquoique confus encore, précèdent donc, et leur exposition i mparfai te est antérieore à l'exposition parfaite ; de telle sorte que nous pouvons conclure plusieurs choses de quelques concepts élémentaires obtenus par une analyse encore imparfaite, avant d'être parvenus à une analyse intégrale, c'est-à-dirè à une définition. En un mot, dans la philosophiQf la définition, comme clarté reconnue, devrait plutôt suivre le travail que le commencer (j). An contraire, en
(i) La philosophie fourmille de mauvaises définilions, surtout de déûnitioos qui couliennent bien des éléments de déûnitions, mais pas une définition complète. Si donc on ne pouvait se servir d'aucun concept qui ne fût pas défiai, il serai bien difficile de philosopher. Mais comme on peut faire un bon et sûr usage des éléments (de Tanalyse) aussi loin qu'ils s'étendent, on peut donc aussi employer trèsutilement des définitions incomplètes, c'est4i-dire des propositions qui ne sont pas encore des définitions, mais qui du reste sont vraies, et qui par conséquent en sont des approximations. Dans les mathématiques, ta définition appartient à Vesse; dans la philosophie, au meliits esse. Il est beau, mats souvent difficile d'y parvenir. Les jurisconsultes cherchent encore une délinilion pour leur concept de droit.
430 MtirrHODOLOGIB
mathéuHitiques, dodb n'avons aucun concept qui précède la définition; c'est par là que le concept luimême est donné; la définition peut et doit donc être donnée d'abord. On peut et l'on doit toujours commencer par la définition.
b Les définitions mathématiques ne peuvent jamais être erronées ; carie concept étantd'abord donné par ta définition, il ne renferme précisément que ce que la définition yeut que l'on pense par ce concept. Mais quoique rien de faux ne puisse s'y présenter, quant au contenu, cependant il peut être faux quelquefois, quant à la forme, quoique rarement, savoir, par rapport à la précision. Ainsi la définition ordinaire de la ligne circulaire, qu'elle est une ligne courbe dont tous les points sont également distants d'un seul (du centre), renferme ce vice, que la détermination de la courbure s'y est inutilement glissée. Car il doit y avoir un théorème particulier qui découle de la définition, et il peut être facilement démontré que toute ligne dont tous les points sont également distants d'un seul est courbe (qu'aucune de ses parties n'est droite). Les définitions analytiques peuvent au contraire être erronées de beaucoup de manières, soit parce qu'elles mêlent aux concepts des éléments qu'ils ne contiennent réellement pas, soit parce qu'elles manquent de l'exactitude de détail qui constitue l'essence d'une définition, attendu que l'on ne peut être parfaitement certain de la perfec-
TRÂNSCENDSIITALB. 431
lion de sa composition* La n^thode des mathématiques n'est donc pas praticable en philosophie, ï"" Des AxiOMQBs. Les axiomes, en tant qu'ils sont immédiatement certains, sont des principes synthétiques-^j^rtort. Or, nn concept ne peut être uni à un autre synthétiquement, et cependant d'une manière immédiate, parce que, pour que nous puissions soi^ tir d'un concept, dépasser sa sphère, il nouiir faut une connaissance intermédiaire. Or, comme la philosophie n'est simplement que la connaissance rationnelle par concepts, on ne peut trouver en elle aucun principe qui mérite le nom d'un axiome. Les mathématiques , au contraire , sont susceptibles d'axiomes, parce qu'au moyen de la construction des concepts dans l'intuition de l'objet, elles peuvent unir lenrs prédicats à priori immédiatement; par exemple : Il y a tou|Mrs trois points dans un plan* Au contraire, un principe synthétique ne peut ja-^ mais être immédiatement certain par simples concepts, par exemple la proposition : Tout ce qui arrive a sa cause, puisqu'il faut faire attention à une troisième chose, savoir, ici, à la condition de la détermination de temps dans l'expérience, et que je ne puis connaître ni directement ni immédiatement par des concepts un principe de cette nature. Les prin-^ cipes discursifs sont donc tout autre chose que les principes intuitifs, c'est-à-dire que les axiomes. Les premiers ont toujours besoin d'une déduction dont
les seconds peuvent se passer; et comme ceux-ci sont évidents, précisément par cette raison, ce qui ne peut jamais.^tre la prétention de principes philosophiques dans toute leur certitude, il s'en faut beaucoup qu'une .proposition quelconque de la raison pure transcendentdle JM>it aussi visihle (comme on a coutume de le, dire fièrement) que la proposition : deux fois deuœ font quatre. A la vérité, dans TAïialytique, à la table des principes de l'entendement pur, j'.ai fait mention dé certains axiomes de Tintuition; mais le principe que j'y ai introduit n'est par luimême un axiome; il sert seulement à donner la raison de la possibilité des axiomes en général,. et n'est luirmème qu'pn principe par concepts : car la possibilité des mathématiques doit elle-même être montrée dans la philosophie transoendentale. La philosophie n'a donc pas d'axiomes, et il ne lui est jamais permis d'imposer ponment et simplement ses principes à priori, mais elle doit s'appliquer à revendiquer ses droits à leur égard par une déduction profonde.
3"* Des DÉMONSTRATIONS. La preuve apodictiqoe seule, en tant qu'elle est intuitive, peut être appelée démonstration. L'expérience nous apprend bien ce qui est, mais elle ne nous dit pas que ce qui est ne puisse être autrement. Par conséquent aucune preuve apodictique' ne peut résulter de raisonnements empiriques. Mais de concepts à primi (dans la connaissance
TRANSGBNDENTÂLE. 433
discursive), ne peut jamais résulter la certitude iotuitive, c'est-à-dire l'évidence, quelque apodictiquement certain que puisse être d'ailleurs le jugemmt. Les mathématiques seules contiennent des démons* trations, parce qu'elles dérivent leurs connaissances, non de concepts, mais de la construction des concepts, c'est-à-dire de l'intuition correspondante aux concepts qui peut être donnée à priori, ha, méthode algébrique elle-même, avec ses équations, dont elle tire par réduction la vérité avec preuve, n'^st pas> à la vérité, une construction géométrique, mais c'est cependant une construction caractéristique [figurée], dans laquelle les concepts sont proposés en intuition avec des signes, principalement les conceptsdurapport des quantités, et qui, abstraction faite de l'heuristique, garantit toutes les conséquences contre les erreurs, par cela seul que chacune d'elles est rendue sensible aux yeux. La connaissance philosophique, au contraire, doit manquer de cet avantage, pui&* qu'elle doit toujours considérer le général inabstracto (par concepts), tandis que les mathématiques peuvent considérer le général in concrelo (dans l'intuition singulière), et cependant par une représentation pure à priori, dans laquelle toute faute devient sensible. J'appellerais donc plus volontiers les preuves • philosophiques acroamatiques (discursives), parce qu'elles ne peuvent se faire que par des mots seuls (l'objet en pensée), que dimonstratiomp lesquelleS| n. 28
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comme rexpresaion le prouve déjà, pénètrent dam l'intuition de l'objet.
On voit donc par tout cela qu'il ne convient point du tout à la nature de la philosophie, surtout dans le champ de la raison pure, de prendre un air dogmatiqite, et de se décorer des titres et des insignes des mathématique, étrangère qu'elle est à leur ordre, quoiqu'elle ait toute raison de vouloir une union fraternelle avec elles. Ce sont là de vaines prétentions, qui ne pourront jamais se réaliser ; il faut au contraire que la philosophie rétrogade au point de se donner pour but de découvrir les prestiges d'une raison qui méconnaît ses bornes, et de réAuire, à l'aide d'une explication sufiGbsante de nos concepts, les prétentions de la spéculation à la modeste mais solide connaissance de la raison même. La raison, dans ses recherches transcenden taies, ne pourra donc pas regarder devant elle avec sécurité, comme si la route qu'elle tient conduisait tout droit au but, ni se confier si témérairement à ses prémisses, qu'elle croie pouvoir se dispenser de reporter souvent ses regards en arrière, et de voir si par hasard elle ne découvrirait pas dans le cours des raisonnements des fautes qui. lui seraient échappées dans les princi-* pes, et s'il ne serait pas nécessaire de mieux déterminer ou de changer complètement ces principes.
Je divise toutes les propositions apodictiques (soit démontrables, soit immédiatement certaines) en
TR ANSGKNDENTALE . 435
dogmes et en malhème8(inalhemaia). Une proposition directement synthétique par concepts est un dogme. Au contraire^ une proposition synthétique par csonstruction des eonoepts est un mathème. Lee jugements analytiques- ae noua apprennent proprement rien de plus sur l'objet que ce que le concept que nous en avons contient déjà, parce qu'ils n'étendent pas la connaissance au delà du concept du sujet, mais seulement. éclaircissent celui-ci. Us ne peuvent donc être proprement applés dogmes ( mots que l'en pourrait peut-être traduire par celui de sentences) [ Lehrsprikhe]. Mais de ces deux espèces de proposi-^ tiens synthétiques à priorij il n'y a, d'après la ma-nière commune de parler, que celles qui appartiennent à la connaissance philosophique qui puissent prendre ce nom, et l'oa appellerait difficilement dog* mes des propositions arithmétiques ou géométriques. Cet usage confirme. donc l'explication que noub avons donnée, que les seuls jugements par concepts peu** vent s'appeler dogmatiques, et non ceux qui s'obtiennent par la construction des concepts.
Or^ toute la raison pure, dans sou usage simplement spébulatif, ne contient pas un seul jugement direotement synthétique par concepts. Car nous avons montré qu'elle n'est capable, par le moyen des idées, d'aucuss jugements synthétiques ayant une valeur objective, qu'à l'aide des concepts de l'enten^ dément} elle établit à'ia vérité des principes certains.
436 MÉtHODOLOGIB
non pas directement par concepts, mais seulement d'une manière toujours indirecte, parle rapport deces concepts à quelque chose de complètement accidentel, savoir, Veœpérience possible. Et alors, si cette expérience (quelque chose comme objet de l'expérience possible) est supposée, ces principes peuvent sans doute être apodictiquement certains; mais en euxmêmes (directement), ils ne peuvent pas même être connus à priori. Personne, par exemple, ne peut comprendre fondamentalement par le seul concept [ de cause ] donné, la proposition : Tout ce qui arrive a une cause; ce n*est donc pas un dogme, quoiqu'elle puisse très-bien être prouvée, et apodictiquement sous un autre point de vue, à savoir dans le seul champ de son usage possible ou de Texpérience. Hais elle s'appelle un principe et non un théorhmey quoiqu'elle puisse être démontrée, parce qu'elle a la propriété particulière de rendre d'abord possible sa preuve elle-même, l'expérience, et d'y être toujours nécessairement supposée.
Si donc il n'y a pas de dogmes dans l'usage spéculatif de la raison pure, même quant à la matière, il suit que toute méthode dogmatique j qu'elle soit prise des mathématiques ou qu'elle ait un caractère qui lui soit propre, n'est point convenable en ellemême, elle ne fait que pallier les fautes et les erreurs, et trompe la philosophie, qui n'a proprement ^onr objet que de mettfedans leurjourleplus par
TftAMSCBNDBirrAU. 437
tous les pas de la raison. Gela n'empêchera jamais la méthode d'être systématique; car notre raison est elle-même subjectivement un système, mais un ijB^ tème de l'usage pur de la raison, par le moyefr>de simples concepts, c'est-à-dire un système d'kivestiigation suivant des principes d'unité, dont Y expérience seule peut fournir la matière. On ne peut rieii^ dire ici de la méthode propre à une philosophie transeendentale , puisque nous ne nous occupons que d'une critique de nos facultés, c'est-à-dire, de savoirs! nous pouvons édifier partout, et à quelle hauteur nous pouvons élever l'édifice avec la matière que nous avons ( les concepts purs à priori).
SEGTIOll II.
DiscipUne de la raison pure par rapport & son usage polémicnie. .
Dans toutes ses entreprises, la raison doit se soumettre àlacritique;elle ne peu t porter atteinte àcette liberté par aucune prohibition sans se nuire à elle>>même et s'attirer des^oupçons défavorables.U n'est rien de si importan t par rappprtà rutilité,rie&desi sacréqui puisse se soustraire à cette investigation critique; elle ne fait acception de personne. Sur cette liberté repose mèoie l'existence de la raison, qui n'a aucune autorité dio^ tatoriale, mais dont la décision n'est toujours que l'accord de dtoyens libres; chacun d'eux doit pou-
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voir atoaer ses doutes, et même exprimer libremeot
Mais quoique la raison ne puisse jamais se refuser à la<îritiqu6, elle n'a cependant pas motif de lareelotiter. Toutefois la raison pure, dans son usage dogmati;que (non pas mathématique), n*a pas tellement oonsoience de l'observation rigoureuse de ses lois suprêmes, qu'elle ne doive pas comparaître avec timidité, et même avec une entière abnégation de toute son autorité dogmatique, en présence de l'œil critique d'une raison supérieure et juridique.
C'est tout le contraire si elle n'a pas affaire a la censure du jbge, mais aux prétentions de ses concitoyens, et qu'elle ait simplement à se défendre. Car, ceux-Kîi voulant aussi être dogmatiques, quoiqu'on niant, comme elle en affirmant, il y a lieu à une jus* tification xar'aydpo>iroy Capable de garantir contre toute entreprise injuste,^ et de donner une possession légitime qui n'ait rien à redouter d'aucune prétention étrangère, quoiqu'elle ne puisse pas être prouvée
Par usage polémique delà raison pure, j'entends la défense de ses propositions contre les négations dog- • matiques. II ne s'agît donc pas de savoir si ses assertions ne pourraient pas aussi être fausses, mais il suffit seulement que personne ne puisse jamais affirmer le contraire avec une certiti de apodiclique (ni même avec une plus grande apparence); car nous ne sommes
TBAKSGENPENTiXK. 439
pas dans uM^ositioD {wécaire si nous avonft un tkre, quoique pas ftui&dant, et a'il est biea certain que pei^ sonne ne pourra jamais démontrer l'illégitimité de cette possession.
C'est quelque chose de triste et d'humiliant qu'il y ait une antithétique de la raison pure, et que la raison y qui cependant doit être le tribunal suprême auquel ressortissent toutes las difficultés, doive tomber en contradictionaYecelle-même. A la vérité^nousaTons considéré précédemment cette anthétique apparente, et nous avons vu qu'elle repose sur un malentendu, puisqu'on conséquence des préjugés vulgaires, on prenait des phénomènes pour des choses en soi, et qu'on demandait une intégralité absolue de leur synthèse, d'une manière ou d'une aiJitré (deux manières également impossibles); ce qui ne pouvait s'atteindre des phénomènes. 11 n'y avait donc aucune controdictÂm réelle de la raison avec elle-même dans les propositions iLa^^ie des phénomènes donnés eti euxmêmes a Mjm egnimencement absoian^en,t preqsiier, et cette série çst absolument et en elle-inime sans commencement; car les deux propositions subsistent très-bien ensemble, puisque, des phénomènes, quant à leur ex:iBtence.(commephénom^nesX nesoxU absolument rien en euay-nkêmes ,- c'est-à-dire qu'ils sont quelque «hose de.contradictoire^ et que pc^r« conséquent leur supposition doit nécessairement estraîner à des conséquences contradicfoires.
Maisun semblable malentenda ne peut être prétexté, ni par conséquent la contradiction imputéeà la raison, si par hasard quelqu'un affirmait théistiquement qu'il y a un être suprême j et qu'un autre , aa contrair0, éffirmât athéistiquement qu't7 n'y a aucun être suprême; ou, en psychologie: que tout ce qui pense est une unité absolue constante, et par conséquent différent de toute unité matérielle périssable, et qu'un autre opposât à cela que l'âme n'est pas une unité immatérielle et ne peut échappera la mort. Car l'objet de I9 question est ici indépendant de toute chose étrangère qui contredirait sa nature, et l'entendément n'a affaire qu'à des choses en soi, et non à des phénomènes. Il n'y aurait doiic une véritable contradiction . qu'autant que la raison pure n'aurait rien à dire que de négatif et qui pût servir^ de fondement à une affirmation. Car, pour ce qui regarde la critique des arguments à l'appui de l'assertion dogmatique, elle peut très-bien s'accorder, sanspoureela qu'on renonce à des propositions que favorise au moins Tintérèt delà raison, intérêt auquel l'adversaire ne peut faire appel.
Je ne suis pas, à la vérité, de l'opinion que des hommes très-habiles, très-profonds (parexemple Sul^ %er), ont si souvent exprimée, lorsqu'ils sentaient la faiblessedes ai^uments usités jusqu'ici, à savoir, que l'on peut espérer de trouver par la suite des démonstrations évidentes de ces deux propositions cardinales
TRANSGBiriHSlfTALB. 441
de notre raiBOB pure: qu*ily a un Dieu', qu'il y a une Tie future, le suis certain au contraire'que cela n'ar^ rivera^jamais. Car où la raison prendrait-elle le principe de ces démonstrations synthétiques, qui ne se rapportent point aux objets de Texpérience et à leur possibilité interne? Mais il est aussi apodictiquement certain que jamais homme ne pourra affirmer le conlraire avec la moindre apparence, loin de pouvoir le faire dogmatiquement. Car, comttie il ne pourrait l'affirmer que par raison pure, il devrait entreprendre de démontrer qu'un être siXjprème, et le sujet pensant en nous comme intelligence pure, sont impo^ sibles. Mais où prendrait-il les connaissance» qui l'autoriseraient à juger ainsi synthétiquemetit de choses qui dépassent toute expérience possible? Nous pottvonsdonc être parfaitement sûrs que jamais per* sonne ne nous prouvei^^' contraire. Nous n'avons par conséquent pas besoin de recourir sur ce point à des arguments d'école, puisque nous pouvons toujours adopter ces propositions qui concordent trèsbien avec l'intérêt spéculatif de notre raison dans l'usage empirique, et sont en outre le seul moyen de le concilier avec l'intérêt pratique. Nous avons donc à noire disposition contre notre adversaire (qui ne doit pas être considéré ici simplement comme critique) notre non iiquet, quidoitinfailHMementle confondre, puisque nous ne craignons pas sa rétorsion, attendu que nous avons constamment en réserve la
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règle suibJectiTe de la raison, qui manque néceseaiiemen t à notre adversaire^ et sous la garantie de laqudle nous pouvons soutenir tranquillement les coops dont il frappe Tair*..
De cette manière, il n'y a proproment aucune antithétique de la raison pure. Car la seule arène pour elle devrait être cherchée dans le champ de la théologie pure et de la psychologie. Mais ce terrain ne supporte aucun champion armé de pied en cap et de traits qui puissent être à craindre. Il peut seulement s'avancer |iar forme de' jeu et de fanfaronnade; ce dont on se moquera comme d'une puérilité. C'est là une observation consolante et qui encourage la raison; car où prendrait-lBlle^ailleun des forces, si, devant seule faire disparaître toutes les erreurs, elle éfmt en dissidence avec elle-même^ 'sans pouvoir espérer une possession tranquille ?.
Tout ce que la nature elle-même établit est bon à quelque fin. Les poisons mêmes servent à chasser d'autres poisons qui s'engendrent dans nos humeurs, et ne doivent par conséquent pas manquer dans une pharmacie complète. Les objections contre les persuasions et les prétentions de notre raison purement spéculative sont données parla nature.mème de cette raison, et doivent en conséquence avoir leur bonne destination, leur bonne fin, qu*il -ne faut pas mépriser. Pourquoi la Providence a-t-elle placé tant d'objets qui ont cependant une liaison si étroite avec
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rintérét de nôtres raison, à une telle hariteur parrappart à nous, qu'il ne noue est gnère permis de lea entrevoir autrement que par une peroeplion obscure et douteuse, Bt que notre curiosité ^t pkrtMi excitée que satisfaite? Il est an moins incertain qu'il y ait quelque utilité peut*-ètre même y a^t-ii dd: danger à prendre des déterminaitioBs kardies par rapport à ces vues de l'esprit. Mais, en ■ tous cas , et sans aucun doute, il est ttfile doidooner uùe pairCaite liberté à la raison investigatrice, afin qu'elle- puisse sans obstacle prendre soin de son intérêt propre ; ce qui exige qu'elle mette des bornes à ses aperçus, et qu'elle les étende : deux choses qui s» font toujours mal, si des mains étrangères' s'en naèlentpour la détourner de sa marche naturelle, par des considéra* tions forcées* ;
Laissez donc votre adversaire parler au nom seul de la raison, et ne le combattez qu'avec les armes de la raison. Du reste, inquiétez-vous peu de la bonne cause (de l'intérêt pratique), car elle n'est jamais en péril dans le combat purement spéculatif. La lutte ne met à découvert qu'une certaine antinomie de la raison, antinomiequi, reposant sur la naturedela raison même, doit nécessairement être en tendue et examinée. Cette lutte estsalutaire à la raison, puisqu'elle en considère Tobjet sous deux points de vue, et qu'elle corrige le jugement en le circonscrivant. Ce qui est litigieux en cela n'est pas la chose, mais le ion. Car il
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doit VOUS suffire de parler le langage d'une fin solide justifiée par la raison la plus sévère, quand même il faudrait abandonner celui de la scieffice.
Si l'on eût demandé à DaM Humcj cet homme grave, capable de garder l'équilibre du jugement, ce qui l'avait engagé, à force de doutes laborieusement amassés, à renverser la persuasion si salutaire et si utile aux hommes, que leur aperçu rationnel suffit à l'affirmation et au concept déterminé d'un être suprême, il aurait sûrement répondu: rien, sinon que je voulais ramener la raison à une plus grande connaissance d'elle-même, et que je voyais avec peine la violence qu'on veut lui faire lorsqu'on s'en glorifie, tout en l'empêchant de faire un aveu loyal des faiblesses qu'elle découvre en s'examinant elle-même. Demandez-vous au contraire à Priestleyj partisan exclusif des principes de l'usage empirique de la raison, et ennemi de toute spéculation transcendentale, qu'est-ce qui Ta amené, lui, si zélé et si pieux docteur de la religion, à renverser la libertéet l'immoralité de l'âme (l'espérance de la vie future n'est pour lui qu'une résurrection miraculeuse), ces deux grandes colonnes de tout l'édifice religieux? il vous répond seulement que c'est l'intérêt de la raison, laquelle perd trop à ce que l'on veuille arracher certains objets aux lois de la nature matérielle, les seules que nous puissions connaître et déterminer avec précision. Userait injuste de blâmer Priestley,
TaANSGSNDttNTJULB. 445
njui sait concilier son assertion paradoxaleavec le but de la religion, de diffamer et d'inquiéter un homme aussi bien pensant^parcequ'il ue peut trouver lechemin dès qu'il a quitté le champ de la physique. Mais Hutne ne mérite pas moins de foveur, ses intentions n'étaient pas moins bonnes et son caractère moral était irréprochable ; seulement il ne put s'arracher à sa spéculation abstraite, pensant avec raison que Tobjet de cette spéculation est tout en dehors des bornes de la science de la nature dans le champ des idées pures. Qu'y a-*t-il donc à faire, surtout par rapport au danger qui semble menacer Tutilité commune? Rien n'est plus naturel, plus équitable que la résolution que vous avez à prendre à ce sujet. Laissez faire : si ces gens-là montrent du talent, une investigation profonde et neuve, en un mot de la raison, la raison y gagnera toujours. Si vous employez d'autres moyens que ceux d'une raison libre, si vous criez au crime
* de haute trahison; si,* comme pour éteindre l'incendie, vous appelez au secours celui-là même qui ne comprend rien à des travaux si subtils, vous vous rendez ridicules. Car il n'est point du tout ici question de savoir ce qui peut être utile ou nuisible au bien commun, mais seulement jusqu'où la raison peut s'avancer dans sa contemplation, indépendamment de toute utilité, et si l'on doit compter sur elle en général, ou si plutôt elle doit être quittée pour la raison pratique. N'employez denc pas la force, et au
44& JlltiB9WllQ0IB
lieu de frapper des coups désespérés, regardez plutôt tranquillement, depuis la position sûre de la critique, un oooxhat qui peut être inquiétant pour les champions, mais qui ne peut risn avoir que d^agréable pour vous, et dont l'issue ne sera certainement pas sanglante, mais en tous cas très-utile à vos connaissances. Car il est par trop absurde d'attendre de la raison des éclaircissements, tout en; lui prescrivant à l'avance le parti qu'elle doit nécessairement embrasser. Au surplus, la raison est assez domptée, contenue dans ses limites par elle-même, pour que vous n'ayez pas besoin d'éveiller lai garde afin d'opposer la force civile au parti dont Uiofluence prépondérante vous, paraîtrait dangereuse; il n'y a dans cette dialectique aucune victoire qui doive vous alarmer. ;
Je vais plus loin, c'est que la raison a grand besoin d'un tel combat, et il serait à soubaiter qu'il se fût engagé plus tôt, et avec une tolérance publique illimitée, car la critique aurait moins tardé à naître, et son t avènement aurait fait cesser d'elles-n^èmes toutes ces querelles, puisqu'elle aurait appris aux combattants à connaître leur illujsion et le& préjugés qui les ont divisés.
Il y a dans la nature humaine je ne sais. quoi de simulé qui doit en définitive, comme tout ce qui vient de la aature, alxmtir à de bonnes fins; je. veux dire, une inclination à cacher ses véritables senti-
TaAKSGBNUBNTALB. 447
mentSi et à faire parade de quelques autres qui sont supposés et que Ton tient pour bons et honorables. Il est certain que, gràee à cette inclination des hommes à se cacher et à prendre une apparence avantageuse , ils ne se sont pas simplement civilisés,- mais encore moralises petit à petit, parce que personne ne pouvant pénétrer a travers le fard deladécence> de Thonnètetéetde la pudeur, oo trouva par conséquent dans les prétendus. bons exemples dont on se voyait envi* ronné, une école d'amélioration pour soi-même. Mais cette disposition à se montrer meilleur que l'on n'est, et à manifester d^ sentiments que l'on n'a pas, ne sert guère qu'à dépouiller en quelque sorte provisoiremeiit l'homme de sa rudesse, et à lui faire prendre d'abord Vapparenee d'un bien qu'il connaît; car, une fois qne les bons principes sont dégagés et qu'ils ont passé dans l'esprit, tttute fausseté^doit être insensiblement combattue avec vigueur^ parce qu'autrement elle corromprait le C9ur, et la bonté des sentiments serait éton£E6e sous l'envdoppe empruntée d'une belle apparence.
Je remarque avec douleur cette simulation et cette hypocrisie jusque dans les expressions mêmes de la pensée spéculative^ où cependant les hommes trouvent bien moins d'obstacles à la franche jnanifestation de leur sentiment, et sont moins intéressés à le cacher « Que peut-il y avoir en effet de plus préjudiciable aux connaissances que de se communiquer réciproque-^
ment des penséesn dénaturées^ falsifiées poor ainsi dire, de cacher les doutes que nous sentons être contraires à nos .assertions, ou de donner la couleur de l'évidence à des arguments qui ne nous satisfont pas nous-mêmes? Tant que la simple vanité personnelle suscite ces artifices secrets (ce qu'on rencontre souvent dans les jugements spéculatifs qui n'ont aucun intérêt particulier, et qui sont difficilement susceptibles d'une certitude apodictique), alors la vanité des autres s'y oppose, aidée qu'elle est en cela de V approbation publique, et les choses en viennent en définitive, quoique beaucoup plus tard, au point où eljes auraient été amenées d'abord par le sentiment le plus sincère et l'intention la plus droite. Mais lorsque le public se persuade que des sophistes ne tendent qu'à ébranler les fondements du bien public, il semble non seulement prudent, mais encoclB permis et même honorable, de venir au secours de la bonne cause, ne fût-ce qu'avec des raisons spécieuses, plutôt que de laisser à ses prétendus adversaires, l'avantage de rabaisser nos paroles au ton d'une persuasion purement pratique, et de nous contraindre d'avouer le manque de certitude spéculative «et apodictiqne. Je penserais cependant que rien au monde n'est plus nuisible au dessein de défendre une bonne cause, que de joindre à de solides raisons les artifices de la spéculation, les pièges et la fraude. Le moins qui puisse être exigé en pareil cas, c'est qu'on s'applique fran-
TBANSGENDBNTALE. 449
chement et sincèrement à peser les raisons, fondamentales d'une simple spéculation. Mais si Ton pouvait compter avec certitude sur ce peu de chose, le )combat de la raison spéculative sur les graves questions de Dieu, de F Immortalité de l'âme et de la Liberté, serait depuis long-temps décidé ou ne tarderait pas à l'être. Mais il arrive souvent que la pureté des sentiments est en raison inverse de la bonté de la cause, et que celle-ci a peut-être un pi us grand nombre d'ad^ versaires loyaux et sincères que de patrons.
Je suppose donc des lecteurs qui ne veuillent pas que l'on défende une cause juste p^jr de mauvaises raisons : il est décidé pour eux que, suivant nos principes de la critique, si Ton ne regarde pas ce qui arrive, maie ce qui devrait arriver ,^il ne doit. y avoir, à proprement parler, aucune polémique de la raison pure. Car comment serait-il possible que deux personnes engageassent un combat sur une chose dont aucune d'elles ne pourrait exposer la réalité dans une expérience réelle ou seulement possible, à moins de réchauffer pour ainsi dire l'idée, pour en tirer quelque chose de plus que l'idée, savoir la réalité de l'objet même? Par quel moyen sortiront-elles de la controverse, puisqu'apcune d'elles ne peut rendre sa cause compréhensible et certaine, mais seulement attaquer et ruiner la cause de son adversaire? Car telle est l'issue de toutes les assertions de la raison pure : sortant de toutes les conditions de l'expérience pos- II. 29
450 aCÉTHODOIiOGIE
^ible, hors desquelles ne peut se trouver aucun document de vérité, étant néanmoins obligées de recourir aux lois de l'entendement destinées au simple usage empirique; sans lesquelles aucun pas dans la pensée synthétique n'est possible, elles se montrent toujours à découvert à leur adversaire, dont à leur tour elles peuvent attaquer le côté faible.
La critique de la rîiison^pure peut être considérée comme le vrai tribunal de toutes les controverses purement rationnelles; car sa juridiction pe s'étend pas aux disputes qui roulent immédiatement sur les objets; elle est établie suivant les principes de son institution pri milite (poui^ définir et juger les: droits de la raison. ' ^
Sans elle la raison est encore en quelque sorte dans son état de nature^ et ne peut accorder ni garantir aucune valeur à ses affirmations et à ses droits que par la guerre. La critique, au contraire, tirant toutes ses décisions des règles fondamentales de sa propire institution^ dont personne ne peut révoquer en doute l'autorité, nous donne la tranquillité d'un état civil dans lequel nous ne devons ti^aiter nos différends que par voie de procédure. Ce qui met fin aux différends dans le premier état, c'est une victoire dont se glorifie les deux partis, et qui est ordinairement suivie d'une paix incertaine, établie par une autorité qui s'interpose. Mais dans l'autre état, c'est la sentence s et cette sentence doit procurer une paix perpétuelle, puisqu'elle
Aau^tJb aftnwa m^pi^da pffoQ^^ Leadiisputeséteroelles d'une r^iisop puf ^iq^A^jd^^gloatique nou&forceraitégalemfipt àçl)ejr^0i;tlf!i?^QP)â«9& pne critique de cetie raiaoa même, et.eçiQpd^n^une^lé^slatioaqui se fqnde
sur elle; comme le dit lifMM^yiUitde na^ore est un état 4'inj^8ticç et de v^olëpce, ^t l'on doit nécessairement Tabandonner pour ae soumettre à la contrainte légale, qui naioetde bornera notre liberté que pour la faire subsiaiter avec la liberté de chacun, et par-là même avec le plu^s gj!and bien de tous.
C^t éta^ do, liberté comporte donc aussi le djToit de soumettre au jugement public, sans être pour cela réputé citoyen turbulent e,^ dangereux, les pensées et les doutes qu^iTon.ne pçu^t s'éciaircir soinnème; ce gui estdéjf ^ps le 4ro;f,,prin)itif de la raison humaine, .qui ne cc^i^aU d'^utrq juge que la raison générale.mème, dans laqueljle chacun a son suffrage^ Et comme tput per|ectiopnMment dçint notre nature est susceptible doit vepi^ide l^, W tel droites! sacré, et ne peut être abtoU.j)ls?riût peu;$a^ d'appeler dangereuses certai^ies asservons. téç^éraires» ou certaines attaq^ie^ inconsidérées cDnbre de9« choses qui ont pour elles l'af^entimenl de lu majetire et meilleure partie du public; car ce serait leur accorder une importance qu'elles ne doivont pps avoir. Quand j'entends dire que la liberté de. la y.olonté humaine, l'espérance d'une vie future et llexistence de Dieu^ ont été ruinées par le^ raisonnements, d|un esprit peu commun, |e
452 IJÉTHOBOLOGIB
suis alors tenté de lire le livre, car j'attends de sao talent qu'il étende mes connaissances. Je sais déjà très-certainement d'avance qu'il n'aura rien &it de tout cela, non pas que je me croie en possession de preuves invincibles de ces importantes propositions ; mais je suis pleinement convaincu par la critique transcendentale, qui m'a découvert toute la portée de notre raison pure, qu'elle est impuissante à établir des assertions affirmatives dans ce champ, et plus incapable encore d'affirmer quoique ce soit de négatif à cet égard. Car, ou ce prétendu esprit fort auraitil pris sa connaissance qu'il n'y a aucun être suprême? Cette proposition est hors du champ de l'eipérience possible, et par conséquent hors des bornes de toute connaissance humaine. A la vérité, je ne li» rais pas le défenseur dogmatique de la bonne cause contre cet ennemi, parce que je sais d'avance qu'il ne combattra les raisons spécieuses de son adversaire que pour frayer un chemin aux sierines propres ; de plus, un fait journalier n'est pas aussi fécond en nouvelles remarques qu'un fait extraordinaire et ingénieusement imaginé. Ce serait plutôt cet adversaire delà religion dogmatique à safaçon, qui fournirait à ma critique une occupation désirable en me donnant l'occasion d'en perfectionner les principes, sans que j'eusse à craindre pour elle la moindie chose.
Mais la jeunesse qui est confiée à l'endeignemeot académique doit au moins fttre prémunie centre ces
TRAlfSCBNDBNtALB. 453
sortes d'écrits, et la connaissance prématurée de "propositions si dangereuses, lui être dérobée, jusqu'à ée que son jugement soit formé, ou plutôt jusqu'à ce que la dociritie dont on veut la pénétrer ait poussé d^asseji fortes racines pour résister victorieusement à toute opinion contraire, quelle qu'en puisse être la source? S'il était inévitable de s'en tenir à dogmatiser sut des matières de la raison pure, et si la réfutation des adversaires était proprement polémique, c'est-à-dire de telle nature que le combat dût infailliblement s'en^ gager à coupa d'ai^ument pour des assertions contraires; assurément il n'y aurait rien de mieux à faire pour le moment, mais en même tempe rien ne serait plus vain et plus inutile pour Vaûefiir, que de mettie en tutelle pour un temps la raison de la jeunesse, et de la garantir de la séduction, au moins pendant ce temps. Mais si, dans la suite, ou la curiosité ou l'esprit du siècle lui met en main de semblables' éeritsi^" cette éducation du jeune ftge la retiendrait*elle alors? Celui qui ne se présente qu'avec des armes dogmatiques pour repousser les attaques d'une autre opinion et ne sait pas découvrir la dialectique occulte, qui n'est pas moins cachée dansi son propre sein que dans celui de son adversaire, voyant des arguments spécieux,qui ont Pievantage de la nouveauté, ébran* 1er des arguments non moins spécieux, mais, qui n'ont plus cet attrait du nouveau, et qui excitent au contraire . :1e soup^p d'une efédvlité déçue ^a^s la
454 iÉTHODOLOGIB
jeunesse: celur-Ià di8-je,ne croit pas mieux pouvoir niontrer qu'il a passé Tàge de la discipliné de Féducatioù de oa noori*i(^; qu'en mépi^isaint ses sages avertissements ; et, ' accoutumé au dogmatisme, il avale à longs traits le poisôii qui côrrormpt dsignaatiquement ses principes. ^ '
G*est précisément le' contraire ée ce que Ton conseille ici qui doit àvàir Heu daqs l'instruction académique ; mais à la vérité dans l'hypot^èëe seulement d'une instruction soHdeefaMaitièpe de critique de la raison pure. Car, pour ea appliqua les prineipes d'aussi bonne heure que poitôiMe» etpotrrenmomrerla suffisancedans la plus grànnde a ppârence dialectique, il est absolument nécèdsaiire que Ûêb attaqués si redou-^ tables aux dogmatiques soieuf; dirigées tsoatre sa lai«» son, quoique faible «encorèv t^ais éclbirèb par la cri^ tique, et qu'on luKaaéë Msayer' l^xanie« dés .vames assertiofttâ^de'BoU'àdversai^.par lés {irineipes droette critique. Il pourra tadteiieiiiEf le» péâwM*en*{M)u8sièie, et acqueihra une ^tompte cMfianeq dans ^ês fiéopree fbrces pour de gatuMir {^einemeot^^^ees' plwtiges nuisibles, qui devront enfin perdre pour lui toute leur apparence. Et quoique ce» iK^ibes coups qiii rui<nênt l'édifice de l'ennemi dussent ^Cré tout aussi dangereux à sa construction spéculative prtipre, s'il lui prenait jamais fantaisie d'en élever un^, oepèitâant il est fort tranquille à cet égard, puisqu^il n^^ pas besoin d'habiter an ]^il édifice ; 1! a dévtet Itit dans
TRANSGBNDENTALB. 45^
le champ pratique, une échappée où ilpéut eapérer avec raison un terrain plus solide pour y élever son système rationnel et salutaire.
Il n'y a donc aqcune polémique proprement dite
dans le champ de la raison pure. De part et d'au(re
les coups portent à faux, et les combattants n'ont af^*
faire qu'à leur pmbr e, car ils* sortent d/à la .^a^ure et;
passent dans une région où leur dogmatisme n'a pa3
la. moindre prise, où il n'y à rien qui se laisse saisir
et retenir. Quand ils croient lutter avec avantage,
les ombres qu'ils pourfendent se rej^^oduisent en uq
clin d'œil comme les) héroa 4u Walhalla, en sort^
qu'ils peuvent toujours «e.4oi|n^ le plaî^iiç de por«*
ter des coups non sanglants* ' , :.
Toutefois l'usage sceptique de la V^^on pure, que Ton pourrait appeler lepriAcipe de. la a^ralitéâ^nf toutes ses eontronerses, n'est nullement adiDiasU^f EXttt^r I9 raidQn contre el^mime, lui donner des armesdés deux c6téfr et regarder ensuite paisiblemeof . et par foiine de jeu son ardent combat^ n'est pas unç chose réci*ôative au pAÎnt de vue dogmatique ; c'est plutôt là le spectacle d'un esprit jaloux qui se réjouit des maux d^autrui. Mais si cependant Ton considère l'aveuglement et l'orgueil invincible des sophistes, orgueil qui, ne salaiiBO tempérer pas aucune, critique , il ne veste cependant plas-d'autné remèd^^que de laiopposer la jactance de rantagoniste quise fonde sur les mêmes droits, pour qiie da râîioa soit aumoins
456 BfÉTHODOLOGIB
embarrassée par la résistance d'un ennemi, afin de lui faire douter de ses prétentions et prêter l'oreille à la critique. Mais s'en tenir à ces doutes, et dire à l'appui que la persuasion et Taveu de notre ignorance nous sont recommandés, non simplement comme un remële contre la suffisance dogmatique, mais aussi comme la manièi^ç de terminer le combat de la raison avec elle-même; c'est un dessein parfaitement inutile, et qui n'est point propre à procurer du repos à la raison, mais qui est au contraire un excellent moyen de la tirer de son doux rêve dogmatique pour lui faire examiner attentivement son état. Comme cependant cette manière sceptique de se tirer d'un fâcheux procès de Ja faison, semble être en quelque sorte le plus court chemin pour arriver à un repos philosophique constant ; comme elle est du moins la grande route que prennent volontiers ceux qui pensent se donner un air philosophii^U!» par un mépris moqueur de toute recherche de cette nature : je crois qu'il est nécessaire de faire voir celte manière de penser sous un autre jour..
De rûnpossibilité où est la raison pure en désaocord avec elle-même
de se contenter du Scepticisme.
La conscience de mon ignarance (si cette ignorance n'est en même temps reconnue nécessaire), au lieu de mettre an à mes questions, est bi^ plu tôt la cause propre qui les fait soulever. Toute ignorance porte
TBANSGBNDEirrALE. 457
OU sur les choses, oa sup la déterminatien et les bornes de ma connaissance. Si Tignorance est fortuite, elle doit donc , dans le premier cas, ' me porter à étudier dogmaUquemetU les choses, et dans le second cas, à tracer erUiquemmt les bornc^ . de ma connaissance possible. Mais de savoir si mon ignorance est absolument nécessaire, et si je pnis par conséquent me dispenser, de toute recherche ultérieure, c'est eb qai ne peut s'établir empiriquement par l'observation, mais seulement critiquement et eh approfandissant les premières sources de notre connaissance. La détermination des bornes de notre raison ne peut donc se faire qu'à priori suivant des principes ; mais sa circonscription, quoiqu'elle ne soit ^que U connaissance indéterminée d'une ignorance qui' ne peut jamais étre»fliiSBipée, peut aussi être connue à poiteriori par ce qui noiisreste toujours à cecinaître dan&tout savoir. La détermination des bornes de la raison par la, critique de ]sl raison même, seule OQunaissance possible de son ignoranee^ est donc seietice ; la circonscription de la raison n'estqa'unepercepffûn dont l'étendue des conséquences est indéterminable. Lorsque je me repré* sente la surface de la terte (suivant l'apparence sensible) comme un disque, je ne- pnis savoir jusqu'où elle s'étend. Mais rexpérienee m'apprend que partout où je porte mes pas, je me trouve toujours environné d'un espace: d'où je pourrais m'avancer plus loin. Je. connais donc lesborqes dé chacune de mes cou-
458 MÉTHODOLOGIB.
naissances géographiques réelles, et non les bor^ nés de toute géographie possible.. Mais si je me suis avancée ^M»z.\iÀn pour rW^if qm la terre est un globe €( que sa surface est. ^^Jtéiiqoe^ alors je puis connaître âéteroainémeo^t, et ^uifgnt'dio» principes à prtort, d*«prôs une petite j^ie.dei «etfe aiip* iace, par exemple de la Quantité' d'un d^^ le diaibètre, et, par celai-ciy laV complète eircotneription de la terre, c'est-ànlire sa. aurfaieevét' quoique je sois dans rignoraAce^parra^pportapk abjeta qoelroeferme eeUefsfiperficie, oependatit:jedel»8iHi»|)aaà3'égardde l&ciroonscription qui leftcontteUt, de son étend âU'et de ses limites; - !• ♦ • \\.<s'w ' ■ ■ -
L'ensemble de touales dbjeCs' posqîblea dé notre connaissance nous fait i'^eftt d'une aUrfaee plane qui a son horizon apparent^ savoir, ce qoi en embrasse toute la circonseriptioiiy et que noua appelons «enept rationnel de runiversaHtécondrtiônnéej U^estiimptoaibie d'atteindre empimqueiMnt-ceecnioeptyirt Tena tenté vainement jusqu'ici de le déterminer <d prwi suivant un certain principe. 'Cependant^ tontes les qnestione dé notre raison pureise répportentiiGe qoi est hors de cet horison, ou toot aà plus à ce qui peut être sur la ligne qui le détermine. :
Le célèbre IkLvid Borne a été un de ees .^éogrsqiAei de la raison humaine ; il crut ajsrotr suffiMuttment rè* pondu^à toutea ces questions^ en les'lré]éginuiffeaude& de cet horizon de la raîion quHK ne !put oépMdaaltr«i>
TRAHSCENBBNtALE. 450
cer. Il s'arrètasurtout au principe de causalité, €t remarqua très-justement que l'on n'en alppuie la vérité (pas même la valeur objective du concept d'une cauM. efficiente en général) sur aucun aperçu olair, c'est-^ dire sur aucune connaissance à priori j que par eon* fiéquent aussi toute son autorité résulte, non pas àà la nécessité de cette loi, mais de son utilité générale dans le cours de l'expérience, d'où naît une nécessité subjective que Ton appelle habitude et qui fidtrtoute son autorité. De l'impuissance de notre rMâoo deftùre usage à ce principe au^sdelà de toute eipérienee, ^ il oondut la nullité de toute prétention t de la jfaison M général à sortir de l'empirisma.
Une semblable méthode de soumettre Je&faits 4o4|^ raison à l'examen, et s'il lafautau bl&m^^p^uts'apr? peler la censure de la raison. Il est certain que celte eensure/oonduitinévitablemeq ta douter de tout usage transcendant des principes. Mais ce n'est là seulement que le second pas, qui est encore bien loin d'achever l'œuvre* Le premier p^ dans les choses de la raison pure, qui en montre l'enfance y est dogmati^ f tie. Le second pa^, déjà mentionné^ est acepHque^ et montre la circonspection du.jugement redressé par Texpérienoe. Mais il en ftiut encore un troisième^ qui ne peut être fe^it que par un jugement mûr et virîl^ appuyé sur des règles feraiei et d'une universalité oertaiMi afin de. soumettre à Tapprécif^tion^ non les fiadts de la saison, maie la raison dle-^nênie suivant
460 ' HÊtBODOLOGIE.
toute sa faculté et son aptitude pour les connaissances pures à priori. Il ne s'agit pas là de la censure, mais de la critique de la raison ; critique par laquelle des bornes (Schranken), même des limites (Grenzen) déterminées de la raison, son ignorance non-seulement dans telle ou telle partie, mais par rapport à toutes les questions '{possibles d'une certaine espèce, ne sont pas conjecturées, mais établies par principes. Ainsi \ le scepticisme est un lieu de repos pour la raison humaine; là, elle peut se rappeler le chemin dogmatique qu'elle a fait, et décrire le pays où elle est, afin de pouvoir choisir sa route plus sûrement. Slais ce n'est pas une habitation où elle doive rester toujours ; une pareille demeure ne peut se trouver que dans une certitude parfaite, soit de la connaissance des objets mêmes, soit des limites qui circonscrivent toute notre connaissance des objets. ' ; *
Notre raison n'est pas comme une plaine d'une étendue indéfinie, dont on ne connaisse les bornes que d^ine manière générale; elle est plutôt comparable à une sphère . dont le diamètre peut être trouvé par la courbe de l'arc à sa surface (par la nature des propositions synthétiques à priori); ce qui permet aussi é'en déduire avec certitude le contenu et la délimita-* tion. Hors de cette sphère (champ de l'expérience), iî n'y a plus d'objets pour notre raison^ les questions mêmes qui concernent les prétendus objets de cette
HUUfSGSNDBMTALE. 461
nature ne se rapportent qu'à dea principea subjectifs, d'une détermination universelle des rapports possibles parmi les concepts de l'entendement dans les limites de cette sphère.
Nous sommes réellement en possession de connaissances synthétiques à priori, comme le prouvent' les principesde l'entendement qui précèdent [afi^tpiren] l'expérience. Si cependant quelqu'un n'en comprenait pas la possibilité, il pourrait à la vérité douter d'abord si elles sont réellement en nous à priori^ mais il ne pourrait pas en conclure l'impossibilité par les simples &cultésde l'entendement, ni déclarer inutiles tous les pas de la raison suivant la règle qui résulte de ces connaissances. Seulement il pourrait dire : si nous en apercevions l'origine et la vérité, nous pourrions, determiner la circonscription et leef bornes de notre raison, mais auparavant toutes les assertions de Iaraisoi| sont téméraires. De cette manière un doute universel
dans toute philosophie dogmatique, qui va son chemin sans la critique de la raison, serait tout à fait fondé; maison ne pourrait cependant pas absolument contester à la raison un semblable progrès s'il était préparé et assuré par une meilleure constitution. Car enfin, tous les concepts, et môme toutes les questions que nous propose k raison pure, ne sont pas pur hasard de l'expérience ,- ils ne sont même que dans la raison, qui doit pouvoir comprendre la valeur ou la nullité des uns et résoudre les autres. Nous ne som-
M2 . MtnoMDevK .
iike» paa n(m plus autorisés à /rejeter ces questions en prétextant notre faiblesse , ^^ comme si leur solution tenait réellement à la^itiature des choses, et à nous refuser à leur investigation ultérieure ; la raison seule ayant engendné ces idées dans son sein y elle doit se rendre eon^ptè de .leur -^leur ou de leur apparence .dialectique. '
Toute polémique scepti^que n'est proprement dirigée contre le dogmatique qui, sans se défier de ses premiers pritiéipes objectifs , c'est-à-dire sans critique, pouriBuit gravement eoD 'Chemin, > que pour dérangée ses plan» et le ramener à la conilaissance de lui-onème. Elle qe déctdo' abfiolcvment rien par rapport à ce que nous pouvons savoir ou ne pas savoir. Toutes les vaines teQtatives'dogmatiques delà raison sont des faits qu'il est toujours utile de soumettre à la censure. Mais ceci ne pent rien décider sur l'attente de la raison relativement à un meilleur succès de. ses efforts future, et à'ses prétentions à cet égard. La simple censure ne peut d^nc pas terminer la querelle sur les droits de-la>paiison humaine.
Hume étant peut^^ètre de tous les sceptiques le plus ingénieux, mais étant sans contredit le plus remarquablepar rinfluenee que* la méthode sceptique peut avoir poor provoquer u«i examen fondamentel de la raison, il vaut la peine d'exposer, autant qu'il entre datiB mon plan de le faire, la marche de ses raisonnements, et les erreurs d'un homme si habile et si
TRAMGBNfiBRALB. 463
estimaUe, elrevn qoi ont cependant pris naissance âur le. sentier de la.yérité.
fiame pensaît peat-ètre^ quoiqu'il ne s'en soit jajoais: expliqué clairetnent, que nous sortons, dans certains de nos jugements, hors de notre concept de Tobjeti J'ai appelé œtte espèce de jugements , jugemento synthétiqms. Un fait qui ne souffre p^ la moind^ difficulté^ c'est que je puis^ parle moyen de l'expérience, sortir du concept que j'ai déjà des objets. L'expérience est . même une semblable synthèse des perceptions, qui augmente le concept résultant d'une perception par d'autres perceptions qui s'y ajoutent. Mais nous croyons anssi pouvoir à priori sortir de notre concept, et étendre ainsi notre connaissance. Nous tentons de le £aire, ou par l'entendement pur, dans ce qui, peut être au moins un objet de Veoopérience, ou par la raison pure à l'égard des quatités sensibles des choses^ ou même de l'existence d'objets qui ne peu- •Tcnt jamais se présenter dans l'expérience. Notre sceptique ne distingua pas ces- deux sortes de jugements comme il aurait cependant dû le faire; et il regarda comme impossible, sans expérience antérieure, cette augmentation des concepts par des concepts, et, si je puis aussi dire l'enfantement spontané de notre entendement même (et de la raison). D'où il conclut que tout ces prétendus principes à priori n'étaient que des rêves. Il crut trouver qu'ils n'étaient que l'habitude résultait de l'expérience et de ses lois, par
4fi4 MÉTHODOUKSIE
conséquent que. ç|^.n«'ékaieat que des règles parement empiriques, c'est-à-direcontingentes par elles-mêmes, auxquelles, no.us accordons faussement la néoessiCéet runiversalité* A l'appui de cette étrange assertion, il en appelle, au principe universellement reconnu du rapport de la cause et de FefFet. Gomme aucune faculté inteflectuelle ne peut nous conduire du concept d'une chose à Texistencede quelque autre chose qui soit par-là donné universellement et nécessairement, il crut pouvoir. en conclure qu'il n'y a rien en nous qui soit capable sans expérience d'augmenter notre concept, etqui nous autorise à porter un jugement qui ait une valeur matérielle àpriori. Que la lumière so* laire fonde la cire qu'elle éclaire, en même temps qu^elle durcit l'argiie, c'est ce qu'aucune intelligence n'aurait pu deviner, loin de le conclure régulièrement en partant des concepts que nous avions déjà de ces choses; l'expérience seule pQuvait nous apprendre cette ioi« Nous avons vu, au contraire,;. dans la legique transcendentale, que, tput en ne pouvant jamais immédicUemerU sortir de la matière du concept qui nous est donné, nous pouvons cependant connaître parfaitement à priori la loi de liaison avec d autres choses, mais par rapport à une troisième chose^ savoir, à une expérience possible. En conséquence si la cire qui auparavant était solide se fond, je puis connaître à priori, que quelque chose a dû précéder (par exemple, la chaleur solaire), ensuite de quoi la
TaAMSGBNDESTAU. 466
fusion s'est opérée suivaot une loi constante; quoique, sans expérience, je ne puisse connaître à priori d'une manière déterminée, et sans renseignement de l'expérience, ni la cause par Teffet ni Tefibt par la cause. Hume conclut donc faussement de la cootingence de notre détermination suivant la loi, khi coiH tingence de la loi même, et il confondit le fait de passer du concept d'une chose à inexpérience possible (ce qui arrive à priori et constitue la rteiité objective de ce concept), avec la synthèse des objets de l'expérience réelle, qui est toujours empirique. Il fit donc d'un principe de l'affinité, qui a son siège dans l'entendement et énonce une liaison nécessaire, uae {ègle de l'association qui n'a Ueu que dans l'imagination imitative, et ne peut -exposerque des liaisons fortuites et non objectives.
Mais les erreurs sceptiques de cet homme, d'ailleurs très-pénétrant, résultèrent principalement d'un défaut qu'il eut cependant de commun avec tous les dogmatiques, savoir, de ce qu'il ne considérait pas systématiquement à priori toutes les espèces de synthèses de l'entendement. Car il aurait trouvé, par exemple, pour ne pas parler ici du reste, que lepriri' cipe de la permanence, tout aussi bien que celui de la causalité, précède l'expérience, fie cette manière il aurait pu prescrire à l'entendement s'étendant à priori, et à la raison pure, certaines limites. Mais lorsqu'il se contente de circoMcrire notre entendement sansea II. 30
-poser les borhêSj et qu'en établiMant une défiance gé- ^ttérale, il ne donne auQutft connaissanpe déterminée de • l'ignorance qui noue est invincible; lonqn^il "oenrare quelqueis principes de l'entendement, sans lë'ëéwnettre à l'épreuve de la critique, dans toute *tKm étendue , et qu'il accuse cette faculté de refuser oe qn'eile ne peut réellement accorder, alors il Ta trop lojn, puisque sans Pavoir soumise tout entière à l'examen, il lui cofiteàte tout pouvoir de e'étendre à ^rtofi. Il luv arrive donc ce qui ruinç toujours le scepticisme; c'est que le scepticisme lui-même ne msnque jamais d'être mis en doute, parce quesesobjections ne reposent que sur des faits accidentels , au lieu d^ porter sur de^ priaclpes capables^de faire renoncçr
nécessairehiMft cua droit d'affirmer dogmatiquement.
: €omme il ne connaît non plus aucune difEârence entre les droi^ fondés de l'entendement et les prétehtiens dialectiques de la raisiÀ, cpntre lesquelles cepepdànt sont surtout dirigées ses attaques; ja raison, dont Télan propre n'est pas le. moins du monde ici troublé, mais entravé seulement, ne s'aperçoit pas quelle champ de ses! excursions est enti^meof fermé, et ne peutjamais être complètement détourné de ses efforts; et, quoiqu'elle soit attaqiiée ça et là dansées tentatives^, elle n'est jamais parfaitement re* poussée ; ca^ ellé^ s'arme pour résister anr attaques,
ets'opiniàtra é'antanvplus à établir ses prétentions.
Of:
TRANSCBifbEN'Ilil.B* 4B7
Mais HBê'ïfevttfe pigourense ée 4oqs ir€l nflF^end, et hi persuasion qui en résulte de la^uissance asstirée d'une petite possession, fait disparaître tout litige, malgré la vanité de pl^étèntions plus élevées , e( porte à se contenter d^une propriété restreirite, mais incontestable.
Le dogmatique sans critique, qui n^a point mesuré la sphère de son entendement, qui, par conséquent, n'a pas déterminé suivant des principes les bornes de la connaissance possible/ et qui ne sait pas d'avance ce qu'il peut, mais qui pense s'en assurer en l'essayant^ doit courir plus que du danger à être en butte à ces attaques sceptiques; il doit en essuyer un vrai |)réjirdidev Cai' b'il affirmé une seule chose dont il tle puisse rendre raison, mais sans pouvoir en expliquer l'apparence par des principes, alors son soupçon tombe sur toutes les assertions, quelque persuasives qu'elles puissent être d'ailleurs.
c'est ainsi que le sceptique corrige le disputeur dogmatique, et le conduit à une saine critique de rentendemént et de la raison même. Dès qu'il y est parvenu, il n'a plus rien à craindre; car il distingue alors sa possession de tout ce qui n'^est pas elle; il ne d'afrrôgeaucuû' droit sut* ce qui ne lui appartient pas, ^évit^ àîn#î les cbiïtéstatiônà.' A la Vérité, !â méthode «eeptiqne Ile ktitisfirit pas pai* efle-méme aut' questions dé W'i^aîfeabi ôiali^ \iepëM^ùi eW prépare ]& raidon eii TèltèlrçttHt, èidte sa vigilance, et la conduit aux
468 ^KtâDouoaifi
moyeM ;iàiidaiiwtaux qui peuvent loi garantir sa possession légitime.
SECTION III
Discipline de la raison pure par rapport aus hypothèses.
Puisqu'enfin nous savons par la critique de notre raison' qu'en fait, dans son usage pur et spécalatif, nous ne pouvons rien savoir, ne devrait-elle pas ouvrir un champ d'autant plus vaste aux hypothèses ^ puisqu^'il nous est du moins permis d'inventer et d'opiber, sinon d'affirmer?
Si rimagination ne doit pas délirer, mais feindre, soi^ la censure sévère de la raison, quelque chose de parfaitement certain, de non fictif, et qui ne soit point de simple opinion, doit toujours précéder; et ce quelque chose est la possibilité de l'objet même. Alors il est bien permis, par rapport à sa réalité, de recourir à l'opinion. Mais, pour que cette opinion ne soit pas vaine, elle doit être employée comme principe d'explication, conjointement avec ce qui est vraiment donné, et qui est par conséquent certain; et alors l'opinion s'appelle hypothèse.
Mais comme nous ne pouvons nous faire la moindre notion de la possibilité de l'union dynamique a priori, et que la catégorie de l'entendement pur ne sert point à la penser, mais seulement à la comprendre partout oik elle se trouve dans Texpérience; noas ne pouvons
TRANSGEm>B!ftiA.E. 469
pas imaginer originellement, d*aocof^ avec ces catégories, ni donner pour fondement à aucune hypo* thèse licite, un seul objet d'après une qualité nouvelle et qui ne peut être donnée empiriquement; ce serait simplement soumettre à la raison de vaines chimères, au lien de concepts de choses. Ainsi, il n'est pas permis d'imaginer de nouvelles facultés primitives, par exemple un entendement capabfe de percevoir son objet sans le secours des sens, — ou une force attractive sans contact, — ou une nouvelle espèce de substance^ qui, par exemple, soit présente dans l'espace sans impénétrabilité, — ni par conséquent aucun commerce des substances différent du commerce universel que présente l'expérience, — aucune durée si ce n'est simplement dans le temps. En un mot, notre raison peut seulement faire servir les conditions de Texpé* rience possible, comme conditions de la possibilité des chos^, mais pas du tout se créer à elle-même des choses indépendamment de ces conditions, parce que des concepts de cette nature, quoique saus contradiction, seraient toujours sansDbjet.
Les concepts rationnels sont, comme nous l'avons dit, de simples idées, et n'ont aucun objet dans une expérience quelconque* Mais ce n'est pas à dire ponr "eela qu'ils indiquent des objets fictifs et qui soient par I& même regardés comme possibles. Ils sont simplement pensés problématiquement pour fonder dans le champ de Texpérience à leur é^ard (comme fictions
4T0 «|^»QD0LOGIE^
euristiques) des pr^incipe^ r^uialieiQr^ dp. TuBage fiy^téoiatique de Veateodemeiit** SoM^-on* dô Tezpérjeopa ; ce ne soQt plus qa« de .simple êtoes ^e T9ir soti, doDt.Ia poBsibiiité bc pe^t éi;re4tabtiet> etiqui par coDâéqpéDL^,,p6ayjeat' ètreibypotti^tiqyQaieat posés pçkur fQjidement à l'eitpUeatioii des pbénamètiefiféels. \l e^t bien permiside conceootr l!âme eoiniiie fiimple, aân, suivant cette idée^ de donoer pour principe de notre jugement sur les phénomènes internes une parfaite et nécessaire unité à toutes les facultés de l'âme, quoiqu'on ne puisse les apercevoir en mèaie temps in concreto. Mais admettre l'tmQ comme substance simple (ce qui est un concept transcendant) serait une proposition qui, non-seulement ne pourrait être prouvée (ce qui est le cas de plusieurs, hypothèses physiques), mais qui serait de plus tout apbitraire et aveugle, parce que le simple ne peut se . préseater dans aneune expérience, «t quq^ s\ Vcax comprend ici S0iis le mot substance l'objet permanent de l'intuition sensible, la possibilité d'un ph4nomène simple ne peut absolu ment pas ètreaperçue. La raisqn a le droit de regarder comme une opinion U notion d'êtres purement intelligibles ou les qualités simplement intelligible deschosesdu mondesensible, quoique(parcequ'onn'a aueiin concept de leur possibilité ni dç leur im^possibir lité) ces choses ne puissen tnon plus être niées dogmatiquement ^ par suke d'une vue de l'esprit prétendoe meilleure» i
Pouf expliquer d«9 phéoamèii^8<doi)uléft);m oef^lit eulployer d'autres cho«eS| comme ][N*iAa)pe& d'es^p^ir catioa, que celles qui ont été aoieâ a^i^ttes choses doDoéesy suivant des lois des phénomines déjà r^ connues. Une hypothèse transcetulentale , Ams laquelle une simple idée delà raison serait employée à Fexplieation dû la nature des choses, serait par le fait une explication nulle, par le fait que ce qui ne serait pas suCBsamment compris par des principes empiriques reconnus, serait expliqué par quelque chose qu'on ne comprend pas du tout. Le priaeipe d'une telle hypothèse ne servirait proprement qu's^ traur quiliiser la raison, mais p^B du tout à Tavancement de l'usage de Ventendement par rapport aux objeta. L'ordre et la finalité dans la nature ne doivent à leur tx)ur s'expliquer que par des causas physiques et suivant des lois physiques ; et- les hypothèses les plus andwis^qg» si toutefois elles ne sont que physiques^ y sont plus tolérables encore que l'hypothèse méUr physique; «'ôstrà^dire que l'appel ta' Un auteur divin que Ton suppose .à cet effet. Ce principe serait en effet celui de la raison paresseuse {ignava raUù)^ qui permettrait d'admettre d'un seul coup toutes les causes daot on peut encore conqaî/yre, par une expérience progressive, la réalité ot^eeti^^ du moins quant à la possibilité, pour se reposer dans une simple idée qui est tràs-commo^e à ta raisoite Mais pour ce qui est de la totalité absolue du principe d'explication
472 MÉTHODOLOGIB
diWis la fiCrie des causes, ce ne peut être un obstacle par rapport ann objets cosmiques, parce qae ces objets n'étant que des phénomènes, jamais rien de parfait [d'absolu] ne peut y être espéré dans la synthèse de la série dès conditions.
On ne peut recourir à des hypothèses transcendentales de l'usage spéculatif de la raison, ni à la liberté de se servir de principes métaphysiques, pour sup* pléer au défaut -de principes physiques d'explication, soit parce que la raison n'avancerait point par là, mais plutôt verrait tout le progrès de son usage interrompu, soit parce que cette licence la priverait de tout le fruit de la culture de son terrain propre, savoir l'expérience. Car si l'explication de la nature nous devient id ou là difficile, alors nous avons tout de suite sous la main un* principe d'explication transcendant qui -nous dispense de toute recherche, et notre iuvesti^tion se termine, non par une connaissance, mais par l'entière incompréhensibîKté d'un principe déjà tellement préconçu qu'il devait contenir le concept de rabsolument Premier.
La deuxième condition requise pour^iu'iine hypothèse puisse être admise, c'est qu'elle suffise pour déterminer à priori les conséquences qui sont données. S'il fant, à cet effet, reconrir à des hypothèses subsidiaires, elles font soupçonner qu'elhn-ne sont qu'une simple fiction ; chacune d'elles, ayant besoin de la même justification que requérait déjà la pensée fon-
TRANSGBIlDBirrALE. 473
damentale ou première, ne peut, par conséquent, donner un témoignage idoine. Si, dan3 la supposition d'une eause inûniment parfaite, on ne •ffianque pas de principe d'explication de toute la régularité, de tout Tordre et de toute la grandeùi: qui seremar que dans le monde, cette supposition a.gependant besoin, dana les aberrations et les maux qui se présentent, du moins suivant nos concepts, de nouvelles hypothèses pour dkre à l'abri des doutes qui pourraient naître de la vue de ces maux. Si la substantialité simpltdQ l'àme humaine, qui est posée comme fondement de ses phénomènes, est attaquée par les difficultés qui naissent de la ressemblance de ses phénomènes avec les changements qu'éproavë ta matière (raccroissement .et le décroissèmeril), de nouvelles hypothèses doivent étre^ rovoquéés; hypothèses à la Yêtiiày qui ne sont pas s^Ln» apparence [Schein], mais qni, cependant, manqueatde toute confiance, excepté celle que leur accorde Topinion, prise pour principe fondamental, à laquelle elles doivent cependant servir d^apppi.
Si les affirmations de la raison, données ici pour exemples (l'unité incorporelle de Tâme et l'exlsiente d'un Être suprême), ne doiveût pas valoir comme hypothèses, mais comme dogmes prouvés à priori^ alors il n'est plus question d'hypothèsiss. Mais aussi, la preuve, doit avoir la certitude apodictique d'une démoDStration.Gar si l'on veut rendre simplement
474 «ÉnoMUMa
vrixisenMable h TéalUé de cea idéw, c'est uile prise auflsi absurde que si Ton pensait dénumlrer seulement comme probable une proposition géométrique* La raison séparée de toute expérience ne peut rien connaître qu*à prirn et nécessairement, à moioM 4e ne rien connaître du tout; par conséquent son jn«gement n'es> jamais opinion, mais c'est ou une abstention de tout jugement, ou nne certitode âpodietique. Des opinions et des jugements vraisemblableB sur ce qui compète.aux choses, ne sont possibles qu'à titre de principes d'explication de ce qui est réelle* ment donné, ou comme conséqnen^es, suivant des lois empiriques, de ce qui est fondamental et réel, par conséquent dans la série des objets de l'expérience seulement. Opiner, hors de ce champ, c'est jouer avec des pensées, à moins que l'on ne croie simplement pouvoir trouver par hasard la vérité sur une voie 'incertaine du jugements.
Mais quoique dans les queelions simplement spe^*^ culatives de la raison pure, il li'y ait pas lieu de &ire des hypothèses pour fonder des propositions,* elles j sont cependant trés^admissibles poursedéCeodreseu* lement, c'estnàrdire non dans l'usage dogmatique, mais dans l'usage polémique. J'entends, par le mot défense^ non l'augmentation des arguments en &Tenr d^une proposition, mais simplement f anéantisseméat des vues apparentes d'un adver8Bi#e, destinées par lui à ruiner notre assertion. Or, toutes les pro*
poâtiops flyuthéUcfueB par. raison flûre .ontioekidc)
propre, qU|3, ei <)6lui.(^i affirme la réaUtédboertaioM
idées, n'^^ait^Jamaifl asaei pouf readre ^proposir
tio^ (Wrtaiae» d'ua autre côté son adver9atre ep «ât
tout aussi peu pour afi&rmer le contraire^- Cette éga^
litéda sont de la taisoa humàiBe ne favorise^ à la \&i
rite, aucun des deux partis dans les connaissanbes
spéculatives; noajs elle devient par là même le théâtre
naturel de cQnihats saris fin» Mais cependant on v«rra
clairement pac-k'Bnita que, pat rapporta l'uaage prar
tique, la rai^o a le droit de suifioseï! qudque chbds
qu'elle tie peut légitimement admeitre dans lechaoB^
âa la simple ^culatiop, sans des pneures suffisantes
parce que» d'un, côté, toutes ces suppositions nuisent
à la perfection de la spéculation, et que, de TautrCi
l'intérêt pratLqti^eijBi'a point às'oecuperde spéculation»
Eii moralei la raison est done^i possession^ sans
avoir besoin.'de démontrer la légitimité du fait : oe
que d'ailieuteelle ne pourrait faire. C'est done.à l'adr
versaire à prouver. Mais, comme oeluinn sait aussi
peu, touchant l'objet en question, pour affirmer qu*il
a'est paa, que le preibierqbi en affirme l'etistenoei
il y a évidemment ici un avantage de la part dé celui
qui affirme quelque chose comme supposition prkfî*
quecoent néoessaire {melior estcanditiopo8sidmtis)^ie,
dis donc qu'il lui est libre, pressé qu'il est en queV
que sorte par la nécesèité, de se servir pour défendra
«a cause, des mâoieamoyeQs qne l'adversaiias em^
n% VtTHODOLOGlB
ploie contre elle; «c'est-à-dire d'hypothèses. Hais ees hypothèses ne doivent pas servir à fortifier la preuve de la proposition attaquée ; elles ne sont destinées qu'à faire voir que l'adversaire connaît trop pea l'objet de la difficulté pour que, par rapport à nous, il puisse se flatter de l'avantage d'une vue spéculative.
Les hypothèses ne sont donc permises dans lechamp de la raison pure que comme des armes, c'est-à-dire non pbyr fonder un droit; mais uniquement pour le défendre* MjÀs ici nous devons toujours chercher l'adversaire en nous-mêmes, caria raison spéculative est essenlielleffient dialectique dans son usage transcendental , et les objections qui pourraient être à craindre sont au dedans de nous-mêmes.. Nous devons les exhumer comme des prétentions ancien nes/mais im* prescriptibles (v^ahrenden) , afin dé fonder une paix éternielle sur leur abolition. Un repos extérieur n'est qu'apparent; il faut extirper le germe des hostilités qui se trouve dans la nature de la raison humaine. Mais comment en pourrons-nous venir à bout, si nous pe lui donnons pas la liberté de se développer, de se nourrir pour qu'il se montre, afin de le d^ruire ensuite radicalement? Imaginez donc vous-mêmes des , objections qui ne sont encore venues à la pensée de , pèrèonoe, donnez des armes à votre adversaire , ou . mettéz-le sur le terrain le plus favorable. Rien à craindre , mais tout à espérer en cela ; vôu» prendrez
TRANSGENDJBIITÀÙ. 477
ainsi une poseessicm qui ne ponrrlfc plos vous être enlevée par la sui te •
Une parfaite armure a donc aussi besoin des hypothèses de la raison pure, hypothèses qui, bien qu'elles ne soient que des armes de plomb (pafce qu'elles ne sont acérées par aucune loi de rexpérienee), seront cependant toujours aussi bonnes que celles dont un adversaire peut se servir contre vous. Si donc vous êtes pressés par une objection (sous un autre rapport non spéculatif) contrôla nature de l'âme supposée immatérielle, et à l'abri de tout changement corporel, sous prétexte que Texpérience semble prouver soit Taccroissement, soit le décroissement des facultés de l'âme, tout comme si elles n'étaient que diSSrentes xDodifications de nos organes; vous pouvez infirmer la force de cet argument en supposant que notre corps n'est que le phénomène fondamental auquel, comme condition, se rapporte, dans Tétat actuel (la vie), toute la capacité de sentir, et avec elle toute la pensée; en supposant que la séparation du corps est la fin de cet ' usage sensible de notre faculté de connaître, et le commencement de son usage intellectuel. Le corps ne serait donc pas la cause de la pensée, il en serait^ simplement la condition restrictive, et par conséquent devrait être considéré comme auxiliaire de la vie sensible et animale, et à plus forte raison encore, comme un obstacle à la vie pure et spirituelle. En sorte que là-dépendance où est la vie sensible de la constitution
I7S * irtlHODOLOGIB
eorpMdte^ de.prouveraôtiriisq'pMr^a dépeadance où serait toute la vie de l'état de nos- organes. Tous paavez manie- aller plusloÎD-et êhv^v des doutes nouveaux, om qui n'ont' poiiKt encore surgi, ou qui n'ont pas été poussas MSéL loin.
La contingenpo des générations qui, dân^les hooimes ootnmâidans les brutes, dépendent deroccasion, et trouvait en outre des aliments, de U conduite, des caprîees et dea fantaisies, trop Bouventmème du vtee', formé une grande difficulté contre l'opinion ^e l'éternité, à venir d'une créature, dont la vie commence d'abord dans* des circotistanrces si peu importantes , et si entièrement abandonnées à notre disposition.' Pour ce qui est delà perpétuité de toute l'espèce (sur la terre), la difficulté a peu de poids, paroe^iue l'accident individuel n'est soumise aucune loi-dans l'espèce. Mais par rapport à tout individu, c'est une chose sans doute trës*remarquable que: l^on ne peut attendre un si grand effet d'une si pttile cause. Vous pouvez de plus former cette hypothèlNi transoendentale, que toute la vie n'est proprement qa'inialligible, exempte des révolutions du temps, qu'elle- n'a point comraeiieé par la naissance et qi^'ieUe no doit point finir par la mort; que cette vie n^'est qu'on simple {^énomdne, c'est-à-dire une représentation sensible dé la yie spirituelle pure, et quv^lft'fliDidË sensible tout entier n'e»t qu'une pure im^ge, qfui se piiésente à notre manière de connaître
aiîtiielle, etupi, comme un songe, n'ar.aimiie'réalitjS
<dajebti^e m soi ; qûè s^nouà^ dcrviAfinenfaora apetcevoîr
Douft^mémeS'CommenouseomineB, et 4e» choses comme
elles sont^ nous nmis verrions dam an monde de na^
tures spirHoelle^ a^ee lequel notre u^iique et vrai
commerce n'a pas commencé à la naissanoeyetnedoit
point finir à la mort, qui n'est qu'on ^phénomène, ete^
Quoique nous ne sachions pas la moindre chose de
tout ce que nous avons ici prétexté hypodyêtique-
ment contre l'attaque, et que nous ne Tafilfmions
pas sérieusement ; quoique tout cela ne sait pas même
des idées de raison, mais simplement des conceptions
imaginées pour la résistance; cependant nous nous
conduisons ici d'une manière raisonnable, parce que
nous faisons seulenvsnt voir à notre adversaire, qui
pense avoir épuisé toute possibilité en présentant mal
à propos le défaiit de conditions empiriques de cette
possibilité pour une preuve de l'impossibilité uni*
Terselle de tout ee que nous croyons, qu'il ne peut
pas plus embrasser par les simples lois de l'expé*
rience tout le cha^mp des^ choses possibles en soi, que
tious n« pouvqna acquérir fondamentalement par la
raison la connaiqsancjie de quoi que ce soitaudelà des
bornes de l'expérience* Celui qui emploie ces moyens
hypothétiques Centre les préteii^ions audacieuçement
négatives d'un adversaire, ne doit pas être jxmr cela
considéré eomipe voulant en. faire ses prppres et
vraies opinions f il le^ abandonne aussitôt qu'il a re-
490 MÉTHODOLOGIB
poufsé la kuffisance dogmatique de son antagoniste; car sMl y a ibodératiôn et modestie à he point admettre les assertions hasardées des autres, il n'y a cependant pas moins de prétention orgueilleuse à vouloir faire passer ses propres négations et objections comme des preuves du contraire, que si Ton avait pris 'le parti affirmatîf et le rôle de l'asser^ tion.
On voit donc par là que, dans Tusage spéculatif de la raison, des hypothèses n'ont par elles-mêmes aucune valeur comme opinions, mais seulement par rapport à des prétentions transcendantes opposées. Car l'extension des principes de Texpérience possible à la possibilité des choses en général, est aussi transcendante que l'affirmation de la réalité objective de concepts qui ne peuvent trouver.leur objet qu'en dehors des bornes de toute expérience possible. Ce que la raison pure juge assertoriquement doit (comme tout ce qu'elle connaît) être nécessisiirei à moins de n'être absolument rien. Elle ne renferme donc réellement aucune opinion. Mais ces hypothèses ne sont que des jugements problématiques qui ne peuvent pas du moins être contredits, quoique sans doute ils ne puissent être démontrés par rien* Ce ne sont par conséquent pas des opinions privées, bien qu'elles ne puissent pas être facilement exemptes de doute (même par rapport à la tranquillité interne). Mais on doit les maintenir telles, et faire grandement attention
TRANSGBMDBNTAUU 481
qu*elleft ne croient pas à elleannêmes, qu'ellee ne prétendent pas à une valeur absolue, et qu'elles n'étouffent pas la raison sous des fictions et des illusions»
SECTION IV
Discipline de la raîBon pure par rapport à ses preuves.
Les preuves de propositions tranicendentales et synthétiques ont cela de propre, entre toutes les preuves jd'une connaissance synthétique à priori, que la raison par le moyen de ses concepts n'y doit pas s'appliquer immédiatement à l'objet; la valeur oh^ jective des concepts et la possibilité de leur synthèse doivent d'abord être prouvées a priori. Il nes'a^t pas là simplement d'une règle de prudence nécessaire, mais encore de la nature et de la possibilité des preuves mêmes. Si je dois dépasser à priori le concept d'un objet, je ne pourrai le faire sans un fil conducteur particulier et étranger à ce concept. Dans les mathématiques, ce fil est l'intuition à priori qui dirige ma synthèse; toutes les conséquences peuvent y être déduites immédiatement de l'intuition pure. Dans la connaissance transcendentale, qui n'a d'objet que les concepts de l'entendement, cette règle consiste dans l'expérience possible. La preuve ne fait donc pas voir que le concept donné (par exemple le concept de ce qui arrive) conduise directement à un autre concept n. 31
iSS 1IÉTH0D0L06IB *
(celui d'tine oause); car ce passage serait un saut qu'on ne pourrait justifier: mais elle montre que Texpérience elle-même, par conséquent Tobjet de l'ex-périencCi serait ipapossible sans cette liaison. La preuve devait dbnciaire voir en même temps la possibilité d'arriver s^rithétiquement et à priori à une certaine coonaissaiice des choses qui n'était pas comprise dansJeur concep^. Sans cette attention, les arguments se précipitent comme des eaux qui débordent tivec impétuosité et se répandent àiravers la campagne, partout où la pente d'une associatimi cackée lea dirige fortuitement. L'âpparenfee^de )a per-
snasien, apparence qui r^ose sur des causes subjectives dl^*rassociatioti,' et qui passe pour la connaissanee 4'une affinité naturelle, ne peut absolument pas contre-balancer l'ambiguïté qui doit naturaUement se rencontrer dans une marche aussi hasardée. Toutes les tentatives pour prouver la proposition du principe suffisant ont donc été vaines, de l'avis unanimedesdocteurs; et avant que lacritique transcendentale n'eût paru, on s'en rapportait obstinément, puisqu'on' ne pouvait pas abandonner ce principe, au sens commtiB de l'humanité (appel qui montre tonjours que la cause de la raison est désespérée), plutôt que de conslentir à chercher de nouveaux argun^nts dogmatiques.
Mais si la proposition qui doit être prouvée est une assertion de la raison pure, et si je veux m'élever
par le moyen de simples idées au-de83i}s de mqs concepts empiriques , œUe proposition doit, h phis forte raison, contenir tin elle. la juBVlficatioA 4'tHi^ pareille progressÎQn syoLhétique.(8i cette progiessioa était d'ailleurs possible) , comme une cjondition nér oeataire de sa for/ce démonstrative. Ainsi , quelque spécieuse que soit la prétendre preuve de la simpli-^ cité de la nature de notre substance penss^nte, tirée de Tunité de la perception, j'y rencontre cependant une difficulté incontestable; c'est que la simpdiciCé absolue n'étant pas un concept susceptible d'être immédiatement rapporté à une perception, mais un con?* cept qui doit être simplement conclu comme idée | on ne voit pas comment la simple conscience, COÇI7 tenue daosfotii acte, de la pensée, ou du moins qui peut y être contenue , devrait , toute représentation simple qu'elle est, me conduire à la conscience et à ht connaissance d'une chose dans laqueUe seule la pensée peut êti^ contenue. Car si je me représente en mouvement la forée de mon eoi^, il sera pour mol une unité absolue , et la représentation que je m'en fais sera simple* ^e puis donc exprimer cette force représentative par le mouvement d'un point, attendu ((ue le volume ne fait rien ici, et que je puis me le FS|»résenter sans aucune diminution de la forc^, qiielqne petit qu'il sgit supposé >.dât-*il se trouver réduit à.un point» Je ne conclurai cependant pas de 4à que, ai rien naw'élait doimé €|He la force motrioe
484 HfTfiOIfbLOGIB
d'un corps , je pusse concevoir le corps comme substance simple, par la raison que sa représenfatioD est abstraite de toute quantité du, contenu dans Tespace,et par conséquent est simple. Par là même donc que le simple dans Tabstraction est tout à fait diflTérent du simple dans l'objet, et que le moi, qui dans le premier sens ne comprend aucune diversité, peut, dans le second seps , lorsqu'il signifie Tâme même, être un, concept très-complexe, ou contenir sous hi et désigner beaucoup de choses , par là même , je découvre un paralogisme. Mais, pour le pressentir (car sans une telle conjecture préalable jamais cet argument n'aurait été suspecté), il est absolument nécessaire d'être constamment armé d'un critérium permanent de la possibilité de ces propositions synthétiques, qui doivent toujours plus prouver qjie l'expérience *ne peut donner. Or, ce critérium consiste en ce que la preuve ne soit pas directement conduite à l'attribut désiré , mais par le moyen d'un principe de la possibilité d'étendre un oonceptdprtori jusqu'à des idées, et de les réaliser ensuite. Si l'on usait toujours de cette précaution; si, avant de chercher une preuve,- on examinait d'abord sagement en soi-même comment et avec quel motif d'espoir on peut se promettre une telle extension parla raisMi pure, et d'où l'on veut tirer en pareil cas ces vues qui ne peuvent être dérivées de concepts, ni être anticipées par le rapport à l'expérience possible, oé a'é-
TRAMQtSmlÊtnMMk 48i
pargAerait beauocmp d'^Bnrto péDÎ^léB et toyjours iof rnctueax, car Ton n'acoorderait pas à la raison #e qui surpasse manifestement sa forée; ou plu^ oii mettrait un frein à ses élans vers Teitension spéeiiti» tive, qu'il est si difficile de modérer.
La première règle est donc de n'essayer aucune preuve transoendentale sans avoir auparavant réfléchi, et sans s'être rendu compte préalablement de la source où Ton puisera les principes sur leiqads eo pense établir ces arguments, ainsi que du droit qu'on
a d'attendre de ces principes de justes conséquences* Si œ sont des principes de l'entendement (par exem-> pie de la causalité), en vain l'on s'efforcera d'arriYer par leur moyen aux idées de la raison pore | car ils ne valent que pour des objets de l'expérience possible^) Si ce sont des principes de la raison pure,. alors toale peine est également perdue, lis sont & la vérité dans la raison ; mais, comme principes objectifs, ils sont tous dialectiques, et ne peuvent en tout cas valiMr que comme des principes régulateurs de Tusage empîritè eoordooné systématiquement. Mais si ces pré* tendus arguments se présentent, opposez a la fausse persuasion le mm^liçK^t d'un jugement par la réflexion; et, quoique vous ne puissiez pas encore pénéti*er leur prestige, vous avez néanmoins le plein droit de demander la déduction des principes employés dans ce cas, déduction qui, si ces principes doivent 6ta*e tirés de la ûmple raison , ne peut jamais vous èti^
MA MÉfllUPOLOOBI •
feite. £t ainsi Vbos n'areff pas même besoin d-entreppendre letdénoûiiient ètlft réfoUtion de ckacune de tes auptrenees' sans fondement, . maïs fw» pouvez MùvojTBr toute Mtte dtaleotique, iaépoisable en artifices, devant le tribubat delaraièon critique, qui denande des lois.;
- Cjs second caractère des preuves transcenden taies «it que, pour chaque proposition tràBseeadentale, on ne peut trouver qu'un ^tii- argumenta Si je ne dois pas conclure des' concepts, mais de l'intuition qui correspond à un concept, que ee soit une intuitioirpure, comme dans- les mathématiques ou une intuition empirique, comme dans la physique. Tintnition posée en priacipe me donne alore une matière diverse de propositions' synthétiques, matière que je jMiis unir de pltls d'une manière; et, pouvant partir aussi de plusieurs points, je puis arrivw par difié* rfinf es voies à la même proposition.
Mais toute proposition transcendentale part sim* plement d'un concept unique, eC pose la condition synthétique de là possibilité de l'objet d'après ce concept. Il ne peut donc y avoir qu'un seul argument, parce que, à Texception de ce concept, il n'y a plus rien par quoi l'objet puisse être déterminé. La preuve ne peut donc contenir que la détermination d^un objet en général suivant ce concept, qn! est aussi seul et unique. Par exemple, dans l'Analytique transcendentale , nous avons tiré la proposition :
TRAliaCBNDBMTALE. M7
Tout 06 qui arrive a uD6C«ii8e> àelamui^ conditiim de la poBsibiUté objective d*un coDcept de ce quîanrive en général; si biea que la défermination d'un évéoemeot dans le temps, par cooséqueot cet évéflé* meut lui-même comme apparteoautià IWxp^ieuee ^ serait impoesible, s'il n'était soumij^ à cette rè^ dy« namique. Tel est donc aussi le seul argument possible; c{ir, par cela seul qu'un objet est destiné au concept par le moyen de la loi de la^causalité^ Tévénement représenté vaut objectivement, c'èst-è-t dire est vrai. A la vérité, on a ei|core cherché d'au* très preuves de celte proposition, en essayanide les tirer, par exemple, delà eontingence; mais ^a consir dérant cette proposition de plus près , on ne peut trouver aucun autre signe de la contingence qtie le lait à'(trriver, c'est-à-dire rexistencf^ .précédée du non-étre de l'objet, et l'on revient par conséquent tou)<Hi»^n même argument. S'il â^agit de prouver la proposition : ^outce qui peuae est simple, on ne s'arrête pas à la diversité de la pensée, mais^on tient fermement au concept du moi, concept simple et auquel se rapporte toute pensée. Il en est de m^me de la preuve transcendentale de l'existence de Dieu, qui repose simplement sur la réeiprocité des concepts d'un être trés-réel et nécessaire, et qui ne peut être tentée autrement*
C^tte observation préventive réduit singulièrement I4 critique des assertions de la raison. Dès que la rai-
488 MtTHODOLOGIB
flOB traite dé simples ooocepts, il n'y a qu'âne preuve de poe«ble , si toutefois il y en a une. Par ttnséqueat, si Ton voit le dogmatique se présenter l^vec dix preuves, on peut être sûr alors qu'il n*en a aittune. Calr s'il en avait une, qui (comme cela doit être en matière de raison pure) prouvât apodicti* quement, qu'aurait-il besoin des autres? Son but n'est donc pas différent de celui de cet avocat au parlement, qui avait des arguments divers pour tous les juges, et qui faisait tourner à son profit la fai« blesse de chacun d'eux. Car, sans se donner la peine d'approfondir Une afikire, et pour se débarrasser bien vite de ht besogne, ils saisissaient la première raison qui leur semblait la meilleure, et décidaient en conséquence.
La troisième règle propre à la raison pure, quand par rapport aux preuves transcenden taies elle est soumise à une discipline, c'est que lès preuves ne doivent Jamais être aptigogiques, mais toujours os/msives. La preuve directe ou ostensive est, dans toute espèce de connaissance , celle qui unit en mkoe temps la persuasion de la vérité et la connaissance de ses sourdes. La preuve apagogique, au contraire, peut à la vérité produire la certitude, mais pas rintelligence de la vérité , par rapport à renchaînemeot des raisons de sa possibilité. Par conséquent les preuves npagogiques sont plutôt des procédés utiles en cer^ tains cas, qu'une méthode qui satisfasse à toutes les
TKANSCniDlIRTALB* 48^
TQeB de la nûtoOé Elles ont cependanuraTaotage de révideoce rar les preuves direciesi en ce que la contradiction emporte toujours avec elle plus de clarté dans la représentation que la meilleure synthèse, et approche de plus près de l'intuitif d'une démonstration* ^' ;
Ce qui fait sans doute que l'on emploie les preuves apagogiques dans les différentes sciences, c'est qna^ quand les principes d'où une certaine connaissance doit être dérivée sont trop variés ^et trop profonds, alors on cherche si l'on peut l'atteindre par ses conséquences. Mais le modtis panens (1), qui consiste à conclure la vérité d'nne connaissance de la vérité de ses conséquences, n'est permis qu'autant que toutes ses conséquences possibles *^ont vraies; dftr alors elles ne peuvent avoir qif^un seul principe possiUe, qui par conséquent est aussi le vrai. Mais cette méthode est impraticable, parce qu'elle surpasse notre. foAse, puisque nous ne pouvons apercevoir toutes les conséquences possibles d'une propostftîoQ donnée. On emploie néanmoins cette manière de raisonner, qooique sans doute avec une certaine M-* dulgenee, lorsqu'il s'agit de prouver qudqoe ebœe simplement comme hypothèse, permettant .€etaisoonement par analogie, que, si toutes les conséquences que l'on a cherchées s'accordent parfaite-
(i)V. Logique de Kant, trad. fr., p. 76-7S, 2i5-2iS. T.
490 MinoDOUMiiB .
ment avec nn priaeîpe reooniia^ toatea 1» autres doiveat auflBt se troaver d*acGord avec luié UsekypothèBenepeut dooc jamais être par là:oQ&vertia en vérité démontrée. La modu$ toUem des raisoooements qui coDoluent des cooséquencta aux principes, prouve non-seulement très-strictement, mais aussi trè&-£icilement. Car si même une seule conséquence fausse peut être tirée d'une proposition , cette proposition elle-même est fausse. Au lieu donc de parcourir toute la série des prindpes dans une preuve ostensive, série qui peut conduire à la vérité d'une connaissance par le moyen de la vue complète de. sa possi- MJité) il suffit seulement de trouver une seule eonséquence fausse parmi toutes celles qui découlent du {tfincipe contraire; alors -ce contraire est Clément £aui; par conséquent la connaissance à démontrer e3t vr^ie.
Mais Targumentatiott apagogique ne peut être permise que dans les sciences où il est impossible de iubziituer le subjectif de notre représentation à l'objectif, c'estrà^ire à la connaissance de ce qui est dans l'objet. Mais si l'élénient objectif prédomine, il dpit arriver fréquemment que le cobtrairè d'une certaine proposition , ou répugne aux lois purement subjectives de la pensée, mais non à l'objet , ou que deux propositione faussement regardées comme objectives ne soient réputées contradictoires entre elles que sous la condition subjective ; et alors, comme
kl condition eM iauaaey toutes deux doimot être &uste8, flans.€(aede la faiid8eléde4'uo6 oapuHM eoDcIure :1a Vérité de rautro.
Dans les mathématiqaes, cette suhreption eak im** possible* Les mathématiques sont done le domaine propre de ees sortes de preuves. Ea physique, où tant 86 fondé MT rintoition empirique, cette snbreptiefk peut le pluseoufyent âtrepréreDue par un graoïd non^ bre d'observations comparées; cependant eetleespèoe de preu¥0 y; eit en générai de nulle valenn Mais*'leB recherches transceiidentales de. bi raison pure partent toutes éufoyer [Médium^ propre de l'apparence diar* lactique, o'est-à-dire do subjectif, quiseprésente^^a e'impose à la raison 4aiïs ses prémisses eomme (Ah jeètif. Dans liss propesitions synthétiques de cettd nature, il ne peûi donc éire pei^mis de juatiûer ses
aésertioda par la seule réfutation du contraire^ Car, on cette réfutation n'est autre chose que la simple rfr> préseotatioD du rejet de Topinion contraire ainsi que des conditions sùfageetiyes de la compréhensibilité par noire raison*, ce qni n'est assurément pas un motif pour nier la chose même (c'est ainsi par exempte )que la nécessité absolue d«is l'existence d'un être ne peut tout simplement pas être comprise par nous^ et' que far oonséquent cette impossibilité s'oppdèe avec droit à4ottté preute st^eetioeà^jM être suprédiie néceseaire, sans s'opposer avec raison à la pos8ibili# d'un^ téi'ètreprimilîf' en k$i^m0me)^ «*- on les deum
parties, tant celfo* qui affirme que celle qui nie, troin- ^jSee par Tapparenoe traneeendentalei mettent en prineipe'un concept impossible d*un objet : et alors il y a lieu à la règle non entis nuUa sunt pnBdicaia, c'est-à-dire que ceux qu'on affirme et ceux qu*on nie d'un objet sont également faux, et Ton ne peut apagogîquement parvenir à la connaissance de la yérité par la réfutation de l'opposé. Soit, par exemple, la suppositioB- que le monde sensible en kdr-méme est donnée quant à sa totalité; alors il est faux, ou qu'il s«U infini'quant à l'^paee, ou qu'il doive être fini et bwné^ pâr^ que les deux cas sont faux. Car des phénomènes (comme simpfes représentations), qui cependant seraient donnés etanmoMii^mes (comme objets), sont quelque chose dHmpibssible, et l'infinité de ce tout imafiilé serait à la vérité iiitondilionnée, mais Contredirait (parce que tout dans les phénomè* Ms est conditionna) la détermination quantitative absolue^ qui est cependant supposée dans le Concept. La preuve apagogique est ainsi l'illusion propre qui a toujours attiré les admirateurs de la* solidité de nés raisonneurs dogmatiques : elle est en quelque sorte le champion qui veut démontrer l'honneur et le droit incontestable du parti dont ilé'est chargé, par fsAsL seul qu'il s'engage à se battre avee qaicoiiqnee& tondrait douter, quoique cette fiinfàronnade ne dé*(- $ide absolument rien de ce qu'il affirme; elle ne sert qu'à faire voir ^ force reipeetive des adversaires, et
TRAJéOBNMlITAU. 4tt
encore seulement du côté de l'agrëvete* Ufe ^eeMtteura, en voyant que chacun dans son rang a faintôt le dessus, tantôt le dessous, prennent farep souvent de là Toccasion de douter sceptiquement de l'objet même qui est Toocasion du combat. Mais e^eM^à^toit; et il suffit de leur rappeler le non defensatrAuê ittis iempus eget. Chacun doit directement établirsa cause par le moyen d'une preuve légitimement qj^nue par déduction transcendentale des arguments, Q*estp<àrdire directement, afin que l'on voie ce que .chacun peut alléguer en faveur de ses prétentions rationaelles. Car si un adversaire s'appuie sur des principes euh* jectifs, il est assurément facile de le réfuter^ mais sans avantage pour le dogmatique, qui dr'ordinaire s*atta- . che aussi à des causes subjectives d u j ugemen t, et qoî peut être également poussé à bouipar son adveiMàce- Mais si les deux parties agissent d'une manière toitfe directe, Ou elles seisftiront d^ellearmèmes la difficulté, rimpossihiUté même de trouver le titre de leurs assertions, et pourront enfin ne s'en rapporter^ qu'à la prescription; ou bien la critique découvrira £ici)9ment l'apparence dogmatique, et forcera la raison pure à abdiquerses prétentions exagérées dans l'usage spjéculatif, et à rentner dans les bornes de son territoire propre, savoir les principes pratiques.
CHAPITBB II.. 1
Canon de . la raison pure.
Il est humiliant pour la- raison humaine qu'elle ne produire rien dans son usage pur, et qu'elle ait de plus besotn d'une discipline afin de répritner ses extravagances et d'éviter les prestiges qui en résultent pour elle. Mais, d'un -auti^ côté, 6ela VélèTS et lui donne une telle confiance, qu'elle peut et doit exereef eette discipline sans permettre une autre censure sur dlë-même. Les bornes qu'elle est forcée de mettre è son usage spéculatif limitent également les prétentions argu lieuses de tout adversaire, et par conséquent tout ce qui lui reste encore de ses exigences excessives d'autrefois peut être ainsi garanti contre toute attaque. La plus grande et peut-être l'unique utilité de la ; philosophie de la nation pure peut doue bien être négative, puisqu'elle sert, non d'organe à Fextension, mais de discipline pour la détermination des bornes de la connaissance, et qu'au lieu de découvrir la vérité, elle a le mérite modeste de préserver de l'erreur.
Il faut bien cependant qu'il y' ait une source de ces connaissances positives qui font partie du domaine de la raison pure, et qui peut-être ne sont une occasion d'erreur que par malentendu seulement, quand en réalité elles assignent un terne à
TRAJXSCKmiBIttÀlM. 495
Tardenrde la raison. Car autrement^ à quelle^cause faudrait-il rapporter ce désir, qu'il ne faut pas étouffer, de poser quelque part ud pied ferme hors des bornes de Texpérience? Elle pressent des ekeses qui ont pour elle un grand intérêt. Elle entre dans le clîemin de la pure spéculation pour approcher plus près de ces objets; mais ils fuient devant elle. Sans doute qu^elle aura lieu d'espérer plus de succès sur la seule route qu'il lui reste à tenir, celle de l'usage pratique.
J'entends par Canon, Tensemble des principes à priori de T usage légitime de certaines facultés de connaître en général. Ainsi la logique générale, dans sa partie analytique, est un canon pour l'intelligence et la raison en général, mais seulement quant à la forme, car elle fait abstraction de tout contenu. Ainsi l'Analytique transcendentale est le canon de V entendement pur. Car il n'est capable que de véritables connaissances synthétiques à priori. Mais il n'y a pas de canon là où nul usage légitime d'une faculté de connaître n'est possible. Or toute connaissance synthétique de la raison pure dans son usage spéculatif est tout à fait impossible, par toutes les raisons rapportées jusqu'ici. Il n'y a donc aucun canon de son usage spéculatif (car cet usage est tout à fait dialectique); mais toute logique transcendentale n'est à cet égard que discipline. Si donc il y a un usage parfaitement légitime de la raison pure, cas
406 MÉraODOLOGIB
auqiid il doit y avoir aussi son canon, ce canon ne concerne ps^s Vu$a^> spéculatif de la raison^ mais son usage pra(t9tia,,:c|u'il s*^it maiptenaut de rechercher.
SBGTION i<«.
De la fin suprême de Tusage pur de notre raison.
La raison est portée par un penchant de sa nature à sortir de l'usage empirique et à s'élever dans un usage pur^ à l'aide de simples idées ^jusqu'aux confins les plus reculés de toute connaissance. Elle ne peut trouver de repos qu'après avoir parcouru toute sa sphère dans un tout systématique subsistant par lui-même. Cette tendance est-elle donc purement fondée sur son intérêt spéculatif, ou plutôt uniquement sur son intérêt pratique?
Je ne (n'occuperai pas ici du succès que peut avoir la raison j)ure sous le rapport spéculatif, mais seulement des questions dont la solution constitue sa dernière fin, qu'elle puisse ou non l'atteindre, et par rapport à laquelle toutes les autres ne valent que comme moyens. Ces fins dernières, quant à la nature de la raison, doivent avoiç à leur tour une unité, pour présenter en un tout à l'humanité un intérêt qui ne soit subordonné à aucun autre plus élevé.
TRANSGBIIDENTALE. 497
La fin dernière à laquelle se rapporte maintenant la spéculation de la raison dans l'usage transcendental a trois objets: le libre arbitre, Timmortalité de rame et l'existence de Dieu. L'intérêt purement spé* culatif de la raison est très-faible p^r rapport à tous les trois, et il serait bien difficile qu'un intérêt ai faible fît affronter les fatigues d*une investigation transcendentale et lutter contre des obstacles sans cesse renaissants. On ne peut faire en effet aucun usage de toutes les découvertes qui pourraient être faites dans ce champ , de manière à pouvoir en établir Tutilité in concretOy oo en physique. La volonté peut aussi être libre; mais cependant rien qu'en ce qui concerne la cause intelligible de notre 'volonté. Car pour ce qui est des phénomènes, des expiessiona de cette volonté, c'est-à-dire des actions, nous ne pouvons pas les expliquer autrement que le res4e des phénomènes de la nature, c'est-à-dire d'après leurs lois immuables, suivant une maxime fondamentale inviolable, sans laquelle nous ne pouvons faire aucun usage de notre raison dans l'ordre empirique. Accordons en second lieu que la nature spirituelle de l'âme (et avec elle son immortalité) puisse être aperçue, on n'en peut cependant r^ conclure ni par rapport aux phénomènes de cette vie, ni par rapport à la nature particulière d'un état futur, parce que notre concept d'un être incorporel est simplement négatif : il n'augmente donc en rien du tout n. 32
498 MÉTHODOLOGIB
notre connaissanee, et ne fournit aucune matière propre à des conaéquencee : ces conaéquenoee ne pourraient donc valoir que comme des fictionS| sans pouvoir être avouées par la philosophie. Si, en troisîème lieu, l'existence d'un être suprême éùlt démontrée, nous pourrions comprendre par là même la convenance dans la constitution du monde et Tordre dans runifmsi mais nous ne serions nullement autorisés à en dériver un arrangement et un ordre particulier, ni à l'y conclure sans crainte partout où noue ne l'observerions pas, puisque c'est une loi nécessaire de l'usage spéculatif de la raison, de ne pas dépasser les causes physiques et de ne pas négliger ce que nous pouvoas apprendre par l'expérience, p{mr dériver quelque chose que nous connaissons de ce qui surpasse entièrement notre connaissance. En un mot, ces trois propositions restent toujours transcendantes pour la raison spéculative, et n'ont aucun usage immanent ou d'accord avec l'expérience, c'està-dire un usage qui nous soit utile de quelque manière; elles sont, au contraire, considérées en ellesmêmes, tout à' fait oiseuses, et comme de pénibles efforts 4^ nétre raison.
Si donc œs trois propositions cardinales ne nous sont pas nécessaires pour la science, et si néanmoins elles nous sont instamment recommandées par notre raison, leur importance ne peut proprement appartenir alors qu'à la pratique.
Est pmtiqae tout ce qui OBt possible par liberté* Sii les cooditioDS de Texercice de notre libre axbitce sont empiriques, la raison ne peut avoir efa ceU.d'autre usage qu'un usage régulateur, et servir senleo^nt à produire Tunité des lois empiriques: c'est ainsîi par exemple, que, dans la théorie de la prudence^ la réunion de toutes les fins qui nous sont données par nos inclinations en une seule fin, le bonheur $1 l'accord des moyens pour y arriver, constituent tout* Tœuvre.de la raison, laquelle ne peut à ceteffetdon^ ner que des lois pragmatiques de l'action libre peW atteindre les fins que nous recommandent les sens^ par conséquent aucunes lois pures parfaiteioent déterminées à priori. Au contraire, des lois pratiques pures dont la fin est donnée à priori par la raison, et qui ne commandent pas d*une manière empiriquement conditionnée , mais absolument, sont des produits de la raison pure. Telles sont les lois morales; seules, elles appartiennent donc à l'usage pratique de la raison pure, et sont seules susceptibles d'an canon*
Tout l'appareil delà raison dans le traité qu'on peut appeler philosophie pure, n'a dope pour but en réarlité que les trois problèmes précédents; mais ils ont à leur tour leur fin plus éloignée, ^voir ce qu'il faut faire si la volonté est libre, s'il y a un Dieu et s'il existe une vie à venir. Et comme il s'agit ici de notre conduite par rapport à la fin suprême, la dernièf^
500' ; «ÉTHObOLOGlB
fhi d'uae nature qni s'occupe sagement de nous n'appartient proprement, dans la constitution de notre raison, qu'à la morale.
Mais it faut beaucoup de précautions lorsque nous étudions un objet qui est étranger à la philosophie transcendentale (1), pour ne pas se jeter dans les épisodes^ at ne pas violer l'unité systématique, comme aussi, d'un autre côté, pour ne rien ôter à la clarté et à la persuasion en disant trop peu sur cette nouvéWe matière. J'espère m'acquitter de ces deux tâches, en me tenant aussi près que possible de la raison transcendentale, et en évitant complètement ce qu'il jpourrait y avoir de psychologique ou d'empirique.
Et d'abord, il faut remarquer que je ne me servirai quant à présent du concept de liberté que dans le sens pratique, et que le sens transcen dental de ce concept, qui ne peut être supposé empiriquement comme l'explication des phénomènes, mais qui est lui-même un problème pour la raison, ne m'occu-
(i) Tous les concepts pratiques se rapportent k des objets du bien-êlre ou du mal-être, c*esl-k- dire du plaisir ou de la peine, par coQséquent, au moins indirectement, k des objets de notre sentiment Mais comme le sentiment n'est pas une faculté représentaliye des choses, et qu'il est en dehors de toute faculté cognitive, les déments de nos jugements, en tant qu'ils se rapportent au plaisir oii k la douleur, appartiennent donc à la philosophie pratique, et ne font pas partie de l'ensemble de la philosophie transceudenlale, (^ ne s'occupe que des connaissances pures à prton.
• transgeumkiale* SOI
pera pas ici, attendu qu'il en a éie{iarlé pi^^eédeairnient* Un arbitre est simplement nnimal (arfrtdium brutum)^ lorsqu'il ne peut être déterminé que par des ressorts sensibles, c'estrà-dire pathologiquemfn^. Hais l'arbitre qui peut être déterminé indépendaminent de mobiles sensibles, par conséquent par des eaoaes motrices qui ne peuvent être représentées que par la raison^ s'appelle arbitre libre {arbilrium Uberum\ et tout ce qui s'y rattache comme principe ou conséquence s'appelle pratique. La liberté pratique |i#ut être prouvée par l'expérience : car ce qui attirei» c'està-dire ce qui affecte immédiatement les sens^ ne dé* termine pas seul l'arbitre humain; mais nous avons de plus le pouvoir de surmonter les impressions faites sur notre faculté appétitive sensible, en nous rcH présentant ce qui nous esLiltile ou nuisible, même d'une manière éloignée. Or ces réflexions sur ce qui efit désirable par rapport à tout notre état, c*e8t-à-dire sur ce qui est bon et utile, reposent sur la raison. Elle prescrit donc aussi des lois qui sont impératives, c'est-à-dire leaioîs objectives de la Ubm-iéy qui proclament ce qui doit être fait, quoique peut-être il ne le soit jamais, el se distinguent ainsi des lois de la nature ou lois physiques, qui traitent seulement de ce qui arrives ce qtii £ait qu'elles sont appelées lois pr^^iques,
<'^ Nous pouvons nous dispenser de recherchersi la . raisoi[iy même ^daas e«s actions au moyen desquelles
SOft «tTHODOLOGIB
elle prescrit des lôi^, n'est pas à son tour déterminée par d'autres influences éloignées, et si ce qui s'appelle libëiiépar ra{)port aux impulsions sensibles ne de- ▼nit pas aussi être appelé naturel par rapport à des eanses eAcîentes plus élevées et plus éloignées. Cela ne touché effectivement en rien le point de vue pratiquC) puisque nous n'y demandons immédiatement à la raison que la règle de la conduite: c'est donc là nne question purement spéculative que nous pouvons néf^iger tant que nous considérons ce qu'il nous fout faire ou omettre* Nous connaissons donc la liberté pratique- par l'expérience, savoir, comme une des causes physiques, c'est^à*-dire comme une causalité de la raison dans la détermination de la volonté, tandis que la liberté transcendentale requiert l'indépendance de cette même raison (par rapport à sa causalité, pour commencer une série de pbénomè*nés) à l'égard de toutes causes déterminantes appartenant au monde sensible, et en tant qu'elle semble être contraire aux lois de la nature, par conséquent à toute expérience possible, fin ce sens, elle est donc un problème* Mais, pour ce qui concerne la raison dans Tosage pratique, ce problème ne la regardais. Il ne s'agit doue que de deux questions dans on canon de la raifcn pure, questions qui ee rattadient à l'intérêt pratique de la raison pure, et par rapport auxquelles un canon de son usage doit être possible^ savoir : Y a-t-il un Dieu ? Y a»tril use vie à ve-
TQAifsamiiinAuSt ^. ^' ' BIS
nirIJUi question delà liberté transcendentale d^^^m Tfitt«i^.q0!& k>8]mpbfscieiiee apécnlfrtive^ et qqm pouvons la négliger comme complètement indifii^ rente, lorsqu'il est question de la pratique. Nous en avons d* ailleurs suffisamment parlédans les antinomies de la raison pure.
SECTION II
^De ridéal éa souverain bien, comme prindpe de détermioation de la
fin suprême de la raison purç.
j La raison nous a conduits dans son usage s^ulatif à travers le champ de Uexpérienise; et| n'y ayant pu trouver un contentement parfait, elle nooa a iMg^à/^lk vers des idées spéeuktives , qui nous ont à la £n ramenés à l'expériencei et qui ont par conséquent rempU leur but d'une manière utile » il est vrai, mais pas tout i fait d'accord avec notre attente. Il nous reste encore àsavoir si une raison puM se rencontre aussi dans l'usage pratique, ai dans cet usage elle conduit aux idé^s qui atteignent les fiijs* suprêmes de la raison pure, fins que noua avtoain^ diqnées plus haut» et si par conséquent la raison* ne pourrait noos donner, du point de vue de soft iolér^ pratique, ce qu'elle nous refuse au point de vupspéenlatif»
991 MÉTHODOLOGIB
fout intérêt de ma raison (tant le spéculatif que lé pratique) eet compris dans les trois questions soi- Tantes:
4* Que puis-je savoir?
2** Que dois-^e faire?
3? Que tnest-il permis dC espérer?
La première question est purement spéculative.
Nous avons (comme je m'en flatte) épuisé toutes les réponses qu'on peut y faire, et trouvé enfin celle doni la raison peut se contenter; et si elle ne considèn^ pas la pratique, elle a en efiet de quoi être satisfaite. Mais nous sommes restés tout auser éloignés des deux grandes fins auxquelles tendent proprement tous les efforts de la raison pure, que si d*ns le principe nous avions évité ce travail par paresse. Si donc il s'agit du savoifi par rapport à ces deux questions, il est do moins certain et dédidé qu'il ne sera jamais notre partage.
La seconde question est purement pratique. Comme telle, elle peut très-bien appartenir à la raison pore; toutefois elle n'est pas alors transcendentale, mars morale ; elle ne peut par coiTséqu^t pas d'elle- Âiêmé être la matière de notre critique.
Enfin, la troisième question, savoir: en faisant ce que je dois, que puis-je espérer? est tout à la fois
ihéorétique et pratique; de telle sorte que la prati-^ que eouduit, comme un fil directeur seulement, à la réponse à la question théorétique, et quand celle-ci s'élève, la pratique mène à la solution de la question spéculative. Car toute espératice tend au bonheur, et la loi morale est la même chose que le savoir et la loi physique par rapport à la con*naissance théorétique des choses. L'espérance revient en dernière analyse à la conclusion qu'il y a quelque chose (qui détermine le dernier but possible), parc0 que quelque chose doit arriver; le savoir revient à conclure qu'il y a quelque chose (qui agit comme cause suprême), parce que quelque chose
arrive. >
Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (tant exlensivement^ quant. à leur variété, qu intensivement j suivant le- degré; comme aussi pfptensivementj quant à la durée.) J'appelle pragmatique (règle de prudence), la loi pratique qui a son mobile dans le bonheur; mais j'appelle morale (loi des mœurs), celle qui n'a pour principe moteur que le mérite d'être heureux. La première dit ce qu'il faut faire si nous voulons participer au bonheur, la seconde commande ce que nous devons faire pour mériter d'être heureux. La première se fonde sur des principes empiriques; car je ne puis savoir que par le moyen de l'expérience quelles sont les inclinations qui doivent être satisfaites, et quelles sont les causes
606 mtTBOiÈOÏJOQSM
phyiiqae» qni pravent opérpr cette psItûiAtolion. La aeeoDcle fait abstraotioD des indinations aimi que des moyens naturels de les satisfaire, et ooneidère seulement la liberté d'un être raisonnable en général, et les conditions nécessaires sous lesquelles elle p«Dtt être mise en harmonie, suivant des principes, avec la distribution de la félicité; elle peut par conséquent reposer an moins sur de simples idées de la rakon pure, et être connue à priori.
Je mets en fait qu'il n'y a réellement que des lois morales' pures qui déterminent > parfaitement (sans égard à des mobiles empiriques, c'est*a-dire à la fi^ licite) le faire et l'omettre, c'est-à-dire l'usage de la liberté d'un être raisonnable en général, et que ces lois ordonnent absolume/U (non d'une manière purement hypothétique, sous la supposition d'aa<très fins empiriques) y et par conséquent sont nécessaires sous tous les raj^orts* Je puis préposer avec droit cette proposition , non-seulement en m'appuyant sur les preuves des moralistes les plus célèbres, mais encore sur le jugement moral de tout homme qui veut concevoir clairement une telle loi.
La raison pure contient donc, non pas à la vérité dans son usage spéculatif, mais bien dans un certain nsage pratique, savoir, l'usage moral, des principes de la posribiUié de Veœpérienee, a'est-à-dire des principes des actions qui pourraient, dans l'histoire de l'humanité, se trouver d'accord avec les préceptes
TMAsacaMDEmMUi. BOT
mpraur; càr^ powqu'îls' portent que cee aetimiB
doivent 66 fairoy il faut koeri qu'ellee soient possibles,
et par cooaéqoent une* espèee particulfère d*n«it§
systématique, l'unité morale, doit être possiUe^
tandis que Tunité systématique de la nature ne peut
être démontrée par des.prinetpes spécukuifê de la rai-^
son • La oause de cette diffi^nee, c'est que la raison a
causalité par rapport à la liberté en général , mais
non par rapport à toute la nature, et que les principes
moraux de la raison peuvent produire des actions li-
bres, mais non des lois physiques. Les jH'incipes de
la raison pure ont donc une Yfelité ob)eetive dans
leur usage pratique, principalement dans l'usage
moral.
J'appelle le monde, en tant qu'il swait conforme
à toutes les lois morales (ce qu'il peut être quant à
la liberté des êtres raisonnables, et ce qu'il doit être
quant aux lois nécessaires de la fnaraUté)^ un monde
moral. Ce monde est conçu simplement comme
monde intelligible, parce qu'on y lût abstraction de
toutes les conditions (fins) de la moralité et même de
tous les obstacles qu'elle peut y rencontrer (la fai-*
blesse ou la corruption de la nature humaine). Ce
monde [moral] n'est donc qu'une simple idée, mais
cependant une idée pratique, qui peut et doit zvfAr
une influence réelle sur le monde sensible, pour
rendre autant que possible celui-ci conforme à cette
iSêe. L'idée d'un monde moral a donc une
908 MÉTHODOLOGIB
objeotive, non comme s'il se rapportait à on oliget A'une intaition intelligible (que nous ne ponTcms concevoir) mais au monde sensible^ comme objet de la raison pure dans son usage pratique, et au corpus mysticum des êtres raisonnables qui l'habitent, en tant que leur libre arbitre a en soi une nnité systématique universelle et subordonnée à des lois morales, tant avec lui*mème qu'avec la liberté de chacun.
La réponse à la prêpiière des deux questions de la raison pore concernant l'intérêt pratique a été celleci : fais ce qid té rendra digne d'être heureuœ. Mainte-
nant la seconde questiop est ainsi conçue: Comment^ si je me comporte de telle^ sprte que je ne sois pas indigne du bonheur, m'eB€»^t( permis d'espérer de pouvoir y participer? Il s'agit ae savoir, pour répondre à cette question, si les principes de la raison pure, qui prescrivent la loi à priorij y rattachent aussi nécessairement cette espérance.
Je dis donc que, de même que les principes moraux sont nécessaires suivant la raison dans son usage pratique j il est de même nécessaire d*admettre suivant la raison, dans son usage théorétique, que tout homme a lieu d'espérer le bonheur dans la même ^ proportion qu'il s'en est rendu digne par sa conduite, et que par conséquent le système de la moralité est étroitement lié, mais seulement dans l'idée de la raison pure, avec le système du bonheur.
THÂI^GBNBEirrALB. 509
Or, dans un inonde intelligible, c'eèt^-dire dans le monde moral, dans le concept duquel noqiâ faisons abstraction de tous les obstacles à la mojralité (des inclinations), un tel système de félicité, proportionnellement lié avec la moralité, peut être conçii^ mênote comme nécessaire, parce que la liberté, en partie excitée, en partie retenue par les lois morales, serait elle-même la cause de la félicité générale; par conséquent les êtres raisonnables eux-mêmes, sous la direction de ces principes, seraient auteurs de leur bien-être constant, et en même temps de celui des autres. Mais ce système d'une vertu qui est à ellemême sa propre récompense n'est qu'une idée dont l'exécution repose sur la condition (|ue chacun ifasse oe qu'il doit, c'est-à-dire que toutes les actions de^ êtres raisonnables s'opèrent comme si elles résultaient d'une volonté suprême quf" renfermât en elle tous les arbitres privés. Mais Toblrgation de la loi morale étant valabte pour tout usage particulier de ][a liberté, quoique d'autres ne se conduisent pasconformémentà cette loi, alors ni la nature des choses du monde, ni la causalité des actions mêmes et de leur rapport à la moralité^ ne déterminent la manière dont leurs conséquences se rapportent au bonheur, et l'union nécessaire dont il a été question, celle de l'espérance d'être heureux avec la tendance infatigable à se rendre digne du bonheur, ne peut être connue par la raison, si l'on met en principe la nature seule :
&M MiWODOLMIA r
on ne pent au conlraire Teapérer qa'en admettant une raison Mj»réme, qui ordonne suivant des lois morales ^ en mêmfi t^n^pa qu*on la reconnaît comme cause de la nature.
J appelle ûi^/du souverainbien, l'idée d'une pareille intelligence dans laquelle une volonté morale par- £atite est unie à la souveraine béatitude^ et qui est la cause de toute félicité dans le monde , en tant que cette félicité est en rapport étroit avec la moralité (comme mérite d'être heureux). Ce n'est donc que dans Tidéal du bien suprême originel que la raison peut trouver le fondement de Tunion pratiquement nécessaire des deux éléments du souverain bien dérivé^ savoir, d'iin monde intelligible ou moraL Mais, puisque nous devons nécessairement nous concevoir nous-mêmes par. la raison comme appartenant à un tel monde ,. bien que les sens ne nous présentent que comme un monde de phénomènes; nons devrons donc admettre ce premier monde comme un monde futur pour nous, dans lequel nous recueillerons le fruit de nos œuvres dans celuin^i^où nous n^ voyons point cette liaison. Par conséquent Dieu et une vie à venir sont, suivant des principes de ia raison, deux suppositions inséparables de l'obligation que nous impose cette même raison.
La moralité en elle-même constitue un système; mais il n'en est pas de même du bonheur, à moins qu'il ne soit distribué proportionnellement à la vertu.
Cette distinction n'est possible que dans un monde intelligible sous un créateur et un régulateur sage. Nous sommes forcés par la raison d'admettre ce créateori ainsi que la vie dans un monde que nous devons considérer comme avenir,, à moins de regarder lea lois. «lorales comme de vaines chimères, parce que leur coDséquetfce nécessaire, que la raison elle» même y rattache, s'évanouirait forcément sans cette supposition» C'est ce qui fait aussi que chacun regarde les lois morales comme des préceptes; ce qu'elles ne pourraient être cependant , si elles n'avaient à priori des- conséquences d'accord avec leurs règles, et si elles ne renfermaient par conséquent pas des promes^e^ et des mencuies. Mais, d'un autre côté, il n'en pourrait être ainsi , si ces lois n'étaient «pas dans un être nécessaire comme souverain bien, lequel peut seul rendre possible une telle * unité pro-^ portionnelle*
Leibnitz a appelé le monde, en tant qu'on n'y fait attention qu'aux êtres raisopnables et à leur accord suivant des lois morales sous le règne du souverain bien, le royaume de la grâce, et Ta distingué du royaume de la nature , où ces êtres sont à la*vérité soumis aux lois morales , mais n'attendent aucune autre conséquence de leur conduite.que celles qui résultent du cours de la nature de notre oionde sensible. C'est donc une idée pratiquement nécessaire, de se considérer dans le royaume de la grâce, où tout
bonhear nous attend , à moins que nous ne restreignions-nous-mêmes notre part de félicité, en nous rendant indignes (l'étrè heureux.
Les lois pratiqi}es , en tant qu'elles sont en même temps les causes subjectives des actions, c'est-à-dire des principes subjectifs, s'appellent maximes. Le jugement critique de la moralité, cfuant à sa pureté et à ses conséquences , a lieu suivant des idées , mais Yobservance de ses lois s'accomplit suivant des maantnes.
H est nécessaire que toute notre vie soit subordonnée à des jnaximes morales; mais il est impossible en même temps qu'il en soit ainsi, à moins que la raison ne rattache à la loi morale, qui est une simple idée, une cause efficiente qui détermine, en conséquence de notre conduite par rapport à cette loi, notre fin dernière en ce monde ou en l'autre. Par conséquent sans un Dieu, ou sans un monde qui ne nous est pas connu maintenant, mais que nous espérons, les idées pompeuses de vertu sont à la vérité dignes d'approbation et d'admiration, mais elles ne sont pas des motifs d'intention et d'exécution , puisqu'elles n'atteignent pas tout le but qui est naturel à tout être raisonnable, et qui est déterminé à priori et nécessairement par cette même raison pure.
Il s'en faut beaucoup que le bonheur soit pour notre raison le souverain bien. La raison ne l'approuve pas (quelque fort que l'appétit puisse le désirer) s'il
n'est uoi au mérite d'être heureux ,- c'est-à-dire à FoliéiBsance morale. La moralité seule, et avec elle le simple mérite d'être heureux, n'etit point non plus le souverain bien. Pour que le bien soit parfait, H faut que celui qui ne s'est pas comporté de manière à se rendre indigne du bonheur, puisse espérer d'y participer. La raison même, libre de toute considération personnelle , lorsque, sans égard a son intérêt propre,. elle se met à la place d'un être qui pourrait départir toute félicité, ne peut pas juger autrement; car^^dans Tidée pratique, deux choses sont nécessai* rement liées, de tetle manière, cependant que l'intention morale, comme condition', rende d'abord possi«> ble la participation à la félicité, mais pas récipmquement, c'est-à-dire pas dô telle sorte que l'espérance de la félicité rende possible l'intention morale. Car dans le dernier- cas il n'y aurait pas d'intention morale, et par conséquent pas de mérite d^être heureux d'un bonheur qui , suivant la raison , ne connaît d'autres bornes que celles qui dépendent de notre mauvaise conduite morale.
La félicité, dans une juste proportion avec la vertu des êtres raisonnables qui s'en rendent dignes, constitue donc seule le souverain bien du monde dans lequel, suivant les préceptes de la raison pure mais pratique i nous «devonsT nécessairement nous placer, et qui n'est assurément qu'un monde intelligible. Le monde sensible ne promet pas, en effet, touchant la n. 33
Qatqre^deBdiAJfèB, «ae; telle unité sjyptémaitiqtte de ins, doatla réj^lfté ne peut d'aiUeuro l^iffe fondée que spr h W9ppmtim d'un bien sppi^me primitif. Car «ne faisoa ^ubrâtaût par elle-même , ayant un ca- «aetèf<ide cauae prëmièFe , crée.^ : entretient , i^éalisd Rivant la finatité^ la plus par&ite, Uordm$iiiiverad de9 choses, quitMlae souvent cet ordre nous, reste profcindément inbcvmu.dans le o^nde sensible.
Cette théologie morale a donc cet avantage p^urticulier wr la spéculative, qu'elle conduit infailliblement au ooiieqrt d'un freimer être, umqfie^ so^vtrùin^ment p^Êfait et rtMonnable, que la théologie apiaeiilatiTe ne nous indique mème^pïua^ par ses principes objectifs, bin de pouvoir novs en persuader. Car nous ne trouvoue, ni .dani^ la théologie/transopndentale, ni dans la théologien n&turelle, qu^ue loin que la raison puisse aller, a^ouii motif suffisant de n'a^niettre qu'un seul ètce oapaèle d'âtre préposé avec droit i^^^utes les causes QatureUes, et dont nous puissiopsTçuaméme temps 1« faire dépendra entiêiremen t. A.o.«omi9dre, si nous considérons du point de vue de Timité* morale, comme (l*jane loi qécessaiire du mipnde, la oause seule capable. de,,dopner. un effet d'accord avec cette loi, et par.couBéqueqt d'attaclier à cet effet une foi^decoac-tive.pour nous, ce doit être une volonté uàlque 40prème qui ^[lentermp toutes ces lois* Car cei^mjent trouveripna-nqps dans des volontés différentes une parfaite unité d'intentions et de fins ? Cette volonté
TBANSCBNDBlITAIdL SIS
Loit être toute-puifisante, afin que tout être et tes rap* )orts à la moralité daos le monde lui Mtentsemiiis;.' ûl^^ doit tout savoir, afin que Tintérieur dea«enti<* aaents et leur .pâleur morale lui soient connus; elle loit être présente en tout lieu^ afin de prêter immé» dîatement l'assistance que le meilleur des mondes* réclame ; éternelle, afin qu'en aucun temps cette ad» mirable harmonie de la nature et de liberté ne vienne à cesser; etc.
Mais cette unité systématique des fins dans e» monde des intelligences, — monde qui, dès qu'on l^esy^ • \isage comme simple nature, ne peut être appelé que moqde sensible, mais qui, à titre de système de la liberté, peut s'appeler monde intelligible, c'est-à-dire monde moral {regnum graliœ)^ — cette unité, dis-je, nous conduit inévitablement aussi à Tunité dernière de toutes les, choses qui composent ce grand tout, suivant des lois physiques générales, de même que la première nous conduit à la même unité suivant des lois morales, universelles et nécessaires , et rattache ainsi la raison pratique à la raison spéculative. Si le monde doit conspirer avec cet usage de la raison, sans lequel oous nous regarderions noas-mèmes comme indignes de la raison, savoir, avec le monde moral qui repose sur l'idée du souverain bien, il doit être conçu comme sorti d'une idée. Toute recherche physique est donc susceptible d'une direction suivant la forme d'un système des fins, et devient, dans son plus granddéve- .
5ijB^ itfTHODOLOGIE
loppement, Physique théologique. Mais cette Physique^ partant deFord re moral comme d' une uni té fondée sur ressente de la liberté, et non établie fortuitement «D vertu d*ôrdres extérieurs, ramène la finalité de la nilore à des principes qui doivent être indissolublement liés à jvrtori à la possibilité intime des choses, et par là à une théologie tran$cendenlale qui prend l'idéal dé la souveraine perfection ontologique pour un principe de l'unité systématique, idéal qui unit toutes les choses suivant des lois physiques générales et né- Mssaires, parce que toutes ont leur origine dans la nécessité absolue d'un seul être primitif.
Quel usage pourrions-nous' faire de notre enten- ^ dément^ même par rapport à Texpérience, si nous 06 nous proposions pas de fins? Mais les fins suprêmes sont celles de la moralité , et ces fins, la raison pure seule peut nous les faire connaître. A Taide de ces fins, et sous leur conduite, nous ne pouvons cependant faire aucun usage finalier de la connaissance de la nature 9 par rapport à la science, dans le cas où la nature n'a pas posé elle-même d'unité finale; car sans cette unité nous manquerions même de raison, parce que nous n'apprendrions pas de la nature à cultiver cette raison , par le moyen d'objets qui nous fourniraient la matière de semblables concepts. Mais si cette unité finale est nécessaire, et fondée sur la nature de l'arbitre même, cet arbitre, qui contient la condition de l'application de cette unité m concrète.
TRANSCBNDBIITALE. 517
doi t être également néeessaire. En sorte qoe cet accroissement tranacendental de notre connaissance rationnelle ne serait pas la cause , mais simplement f effet de la finalité pratique que nous enseigne la raison pure.
Aussi trouvons-nous dans l'histoire de la raison
humaine, qu'avant que les concepts morauxeussentété
suffisamment épurés et déterminés, avant que l'unité
systématique des fins eût été considérée diaprés ces
mêmes concepts, et même au point de vue de principes
nécessaires, la connaissance de la nature n'avait pu
produire que des concepts grossiers et vagues de la
Divinité ; la raison cultivée à un haut degré, dans
plusieurs autres sciences, était même restée dans une
indifférence étonnante par rapport à cette question.
La loi morale infiniment pure- <}e notre religion, en
nous obligeant à faire un plus grand travail sur les
idées morales, a donné plus de prise à la raison sur
cet objet, par l'intérêt qu'elle forçait d'y prendre,
et sans que des connaissances physiques étendues, ni
des vues transcenden taies vraies et certaines y aient
contribué. De pareilles vues ont manqué dans tous
les temps. Ces idées morales produisirent donc près*
que à elles seules un concept de la nature divine^,
que nous croyons juste maintenant, non parce que
laraison spéculative de sa justesse nous le persuade,
mais parce qu'il est parfaitement d'accord avec les
principes moraux de la raison ^ C^est ainsi enfin qu'à
818 artTHODOLOG»
la seule raison pure^ mais seuleitient dans Tusage pratique^ rerient oepenâant Thonneur de rattacher à notre intérêt sopréBseane connaissance qtie la seule spéeulation peut imaginer , ;mais non faire valoir, et de la convertir par là , sinon en dogme démontré, da moinq en une hypothèse absolument nécessaire pour ses fins les plus essentielles.
Mais quand la raison pratique est parrenue à oe point élevé, savoir, au concept d'un fttre priteitif unique^ comme souverain bien, elle n'a pas le droit, comme si elle était au-dessus de tontes les conditions empiriques de son application, et qu'elle fût parvenue à la connaissance immédiate de nbuteaux objets, elle n'a pas le droit, dis-je, de partir de Ce concept et d'en dériver les lois morales mêmes. Car elles sont précisément cedont la nécessité pratique interne nous conduit à la supposition d'une cause subsistant par elle-même, ou d'un sage régulateur du monde, pour donner effet à ses lois; nous ne pouvons donc pas les regarder par m^port à cet être comme fortuites et dérivées de sa simple volonté, surtout d'une volonté dont nous n'aurions aucun concept si nous ne nous l'étions fait conformément à ces lois. Quelque loin gue la raison pratique ait droit de nous conduire, nous ne tiendronsjamais des actions pour obligatoires par la raison qu'elles sont des ordres de Dieu; elles nous paraissent au contraire des ordres de Dieu, fA4?ee que noua y sommes tenus intérieurenéat. Mous
ètoifiéMtifflla'lAereS'Soaklà coûdition de runit6.fî*nftléi toittUit dèb {irïiicfpetf ratibnôlefe, et ilbtfs Wii croirons dîàcbôrd avec la volonté divine qu'autant qiiSnous 'tienérons pour 'sainte U loi morale que la raison 'inftinè nous ehseigne par la nature des aeticms, et nous ne croirons nous confortnér'& cette voloiité qu^en nous liendant, nous et les autres, les meilleurs j^ssibles; Lb théologie morale n'est donc que d'un usage immanent, à savoir,' pour accomplir notre défitiiiéè en ce monde, en nous mettant d^accord avec le système de toutes les fitfs^ et non pour abandonner mystiquement et témérairement le ftl eondnëteur d^une raison morale législative dans un bon mdtîVement de la vte, afin de le rattacher immédiatement à Tidée de Têtre suprême; ^e qui .donnerait ttn iasage transcendental, de la raison, usage qui, comme celui de la raison spéculative, doit en pervertir et reiidre vaines les dernières fins.
SHGTIOH IH.
De ropinion , 4e là acience et de la loi.
La croyance {Fùrvoahrhalieri) est un fait, unévénement intellectuel qui peut reposer sur des raisons objectives, mais qui requiert aussi des causes subjectives dans Vesprh de celui qui juge. Si la croyance
520 MtraODOUMHE
im valable pour tout le monde, en tant qu'elle n^eat pour chacun que la raiaon, 9on principe eat alon objectivement toffiBant, et la croyance s'appelle con^ tktion. Si la ccojance n'a sa raison que dans la qualité particulière du sujet, on Fappelle alors persuor' Itou,
La persuasion est une simple apparence, puisque la eause du jugement, quoique purement subjective, est. réputée .objective. Un semblable jugement n'a donc aussi qu'une valeur individuelle, et la croyaiioe n'est pas communicable. Mais la vérité repose sur la convenance avec l'objet, par rapport auquel les jugements de chaque esprit doivent en conséquence se trouver d^accord entre eux (cmsenti0fUia uni t^tio cofisenRunt inter se). La pierre de touche extérieure de la croyance, pour savoir si c'est une convintion ou simplement une persuasion, est donc la possibilité d'être communiquée, et d'être trouvée valable par la raison de tout homme^ car il est au mo^ns présumable alors que la cause de tous les jugements, malgré la diversité des sujets entre eux, doit reposer sur une base commune, à savoir l'objet avec lequel par conséquent tous [les sujets] s'accordent, et prouvent par là même la vérité du jugement.
La persuasion ne peut donc à la vérité se distinguer subjectivement de la conviction, tant que le sujet n'a devant les yeux la croyance que comme phénomèfia de son propre esprit. Mais l'expérience que
railfSCBlfDBNTALB. 5fti
l'on fait sur riatelligence d'autroi avec les motifs de cette croyance, qui sont valables poor nous, afin de savoir si ces moti& produisent sur cette raison étraiH* gère le même effet que sur la nôtre, est cependant un moyen, quoique purement subjectif, non pas d'o-pérer la conviction, mais cependant de découvrir la valeur purement personnelle du jugement, c'est-àdire de révéler ce qui n'est en lui que simple persuasion.
Si, de plus, on peut expliquer les causes subjectives du jugement, que nous prenons pour des raisons objective8,*et par conséquent la croyance trompeuse, comme un certain événement dans notre esprit, sâps avoir besoin pour cela de la qualité de Tobjet, alors on met à nu l'apparence, et l'on n'é^tpl^ trompé par elle, quoique nous soyons toi49ur6 portés jusqu'à un certain point à Terreur, ii la cause subjective de Tapparence tient à notre nature.
Je ne puis rien a/)irmi?ry.o*e8t-à-dire rien énoncer commejugementnécessairemeDtvalablepourchacttn^ quece qui produit en moi la conviction. Je puisgarder ma persuasion, si je m'y trouve bien ; mais je ne puis pour moi ni ne dois la faire valoir bors de moi.
La croyance ou la valeur subjective du jugement, par rapport à la conviction (qui vaut en même temps objeetivement) , présente les trois degrés suivants : l'opmton, la/bi et lascience. VopiniQuesi une croyance jugée insuffisante [Bewusstsein'] tant subjective-*
sas * MttriOlMk^Mlt
iûeDtii]il'obSec(iirefxi(Bhiti ^Si Ift «royàùée tt^eèt ânlRsirnte' que «abjeetifemetrt, el qu'elle ëoit éti même temps regardée eomtne objectimBmetrt insaffisante, alorb^elle s'appelle fài. Enfin, tà la cJ^jrancé'vaut et sobjeetivetnent- et .olijeetitement ,' elle sVtppelle MtMce.La^ 'suffisance subjective sl^appelle conviction (pour moi^mêBie); la suffisance objective, certitude (pour tout le monde). Je ne m'arrêterai pas à expliquer des concepts si faciles à saisir.
' le n'af jamais^Ie droit d'optnir^ sans savoir an moins quelque chose par le moyen de quoi le jugement pu* rement problématique en soi revive nne^aison avec la vérité; liaison qui, quoique imparfaite, est cependant plus qu'une fiction arbitraire. De plus, la loi d'une telle liaison doit être certaine. Car si je n'ai^ par rapport à cette loi, qu'une opinion encore, tout n'est plus qu'un jeu de l'imagination sans le moin* dre rapport à la vérité. Il n'est pas permis d'opiner dans les jugements par raison pure. Car ces jugements n'étant point appuyés sur des raisons empiriques, tout au contraire devant être connu ^ipnort où tOBt est nécessaire, le principe de la liaison exige universalité et nécessité, par conséquent icertitude parfaite; autrement il n^'y aurait pas de voie ouverte à la vérité. Il est donc absurde d'opiner en mathématiques pures; il faut savoir, ou s'abstenir de tout jugement. Il en est de même avec les principes de la morale, puisque l'on ne doit point, sur la simple opi-
TRAMBCBNDBffPâliB. tÊH
nioii q«e. qMlqne dloM^ est jMHnt9, tenter une oMlon; il faut Bavoir s'il Test réellement. . •
Dans Tusaf^ ifaneoeDdental de la raifion^ opitfer est au contraire trop peu ; mais aussi savoir est beau* coup trop. Noua ne pouvon» done pas juger en pareil cas aoua le simple rapport spéculatif > parée qtse des motifs' BÙbjectifs de la croyance^ comme motife capables d'opérer la foi, ne méritent aucun assentiment dans les questions spécalatîvies, puisqu'ils nepen** vent être dispensés de tout secours empirique, • ni être communiqués aux autres à mésureégale.
Maison général la croyance théoréttquement insuffisante ne peut être appelée foi que sous le rappêrt pratique. Or le but pratique est celui de YhaHleié ou de la moralité,' le preniier pour des fins arbitraires et fortuites, et la second pour des fins absolument né« cessaires.
Quand une fois un bot est proposé, les conditions pour l'atteindre sont hypotbétiquement nécessaires. La nécessité est subjective, mais néanmoins compa«* rativement suffisante, si je ne sais absolument pas d'autres conditions sous lesquelles le but pourtant être atteint ; mais elle est suffisante absolument et pour chacun, si je suis sûr que personne ne peot coii^ naître d'autres conditions qui conduisent au but proposé. Dans le premier cas, ma supposition et & croyance à certaines conditions est une foi purement contingente; dans le second cas, c'est une foi
SM MÉnODOLOQIB
néoesiaire. Si le médaein doit fiûre qaelqae chose pour un malade qui eet en danger, mais qu'il ne connaiflse pas la maladie, il examine les phéDomènea, et juge, parce qu'il ne sait rien de mieux, qae c'est une phthisie. Sa foi, suivant son propre jugement Utoie, est purement fortuite; un antre aurait peotêtre mieux rencontré. J'appelle foi pragmatique, ane foi fortuite, mais qui sert de fondement à l'usage réel des moyens pour certaines actions.
Là pierre de touche, ordinaire pour savoir si ce qu'affirme quelqu'un est simplement une persuasion, ou du moins une conviiiion subjective, c'est-ànlire
une foi ferme, c'est le pari. Souvent il arrive que quel-
qu'un affirme ce qu'il dit, d^.ij^ ton si confiant et si imperturbable, qu'il semble aVeir déposé tout^ crainte d'erreur. Un pari cependant remb^rrtfsse. J^uelquefois, à la vérité, il montre assez de '^persuasion pour qu'on, puisse l'estinier un ducai, mais non pas dix. Car il en mettra bien un en jeu, mais s'il s'agit d'en mettre dix, il remarquera à la fin ce qu'il n'avait pas remarqué d'abord, savoir qu'il est cependant possible qu'il ait tort. Si l'on s'imaginait qu'il s'agit de parier le bonheur de toute la vie, alors notre suffisance diitoinuerait très-sensiblement; alor^ on serait rempli^de crainte, et l'on trouverait enfin que notre foi né va pas si loin. La foi pragmatique n'a donc qu'un degré, qui, suivant la différence de l'intérêt qui est en jeu, peut être gràndon petite
TBAmcnronriàLB. S35
Bien que nous ne puisBions rien eaiveprendre par rapport à un objet, et que par oonséquent la croyance soit simplement ihéorétique, cependant , comme nous pouvons dans beaucoup de cas imaginer une entreprise pour laquelle npus présumons avoir des raisons suffisantes, s'il y avait un moyen de donner de la certitude à rafTaire, il y a dans des jugements pu-«. remeni tbéorétiques quelque chose d'anahgue au ju^gemeiki pratique j à, la croyance desquels convient le mot ftri et que nous pouvons appelés^, foi dogmatique [docttinalen]. S il était possible de décider la chose par quelque expérience, je pourrais bien parier toute ma fortune qu'au moins, quelqu'une des planètes que àons apercevons est habitée. C'est pourquoi je dis que ce n'est pas simplement ude opinion, mais una^^ foi ferme (sur la vérité de laqueUe^ je hasarderais nombre d'avantagés de la vie) qu'ily a aussi d'autres^ mondes habités. uH
Or, nous devona avouer que la doctrine de l'existence de Dieu appartient à la foi dogmatique. Car, quoique par rapport à la connaissance théorétique du monde je n'aie rien à établir qui présuppose nécessairement cette pensée comme condition de mon explication des phénomènes cosmiques, et que je sois plutôt obligé de me servir de ma raison comme si tout était simplement physique; cependant l'unité finale est une si grande condition de l'application de la raison à la nature, que ]e ne puis pas la mécon-
SAS MÉMOIIOLOO»
naitie qoaadl^aqpérienee m'eà donne de si nombreux exemples* Mais je ne connais aucune condition ^ cette unité qu'elle me donne pouc . fil . eopdactebr dans mon investigpition ^^ la nature» à moins de supposer qu'une intelligence suprême a tout coordonné suivant des fins très-sages. C'est donc une condition d'un dessein à la vérité accessoire, mais cependant pas sans importance (celui d'avoir un fil conducteur dans la reehercbe de la nature), que de. supposer un sagjB créateur do monde. Le résultat de mes recherches confirme si souvent aussi Futilité de cette suppositiondontrien ne démontre clairement la fausseté, que je dis beaucoup trop peu quuid j'appelle ma croyance une simple opinion ; je puis même aller jusqu'à dire, sous ce rapport théorétique, que je crois fermement à un Dieu. Cependant cette foi n'est pas pratique dans le^sens strict; elle doit être appelée une foi dogmatique, foi que la théologie de la nature (la théologie physique) doit nécessairement opérer partout. Pour ce qui est de la sagesse divine, si nous réfléchissons aux qualités brillantes dont la nature humaine est dotée, et à la brièveté de la vie, brièveté st peu conforme à cette riche nature, nous aurons aussi une raison sufi&sante d'une foi dogmatique à la vie future de l'âme humaine.
Le mot foi est en pareil cas une expression de modestie, sous le rapport objectif: mais il indique en même temps une ferme confiance sous le rapport iufr-
tàsfi. San
jectif. Si je ne voulnis appeler^pi qM in bom^d'hy-: pothèse admissible la croyance purement théorétique» je donnerais déjà àentendre^p^f làî^e jlui 4ib ecin-cept plus par&it de la nature l'upe cause du monde^ et du .monde à yepifMque je ne puis réellement le justifier ; car ce que je ii'admets même qu'hypothétiqviement de^ être siuffisanuoent connu de nnû, du zaoins quant à ses propriétés, pour que je n'oie pas besoin d'en examiner leeoncepl, mais seuiemet^ l'eam^ tence. Le mot foi concerjie seulement la direction que me adonne une idée, et rinfluenoe subjective qu'elle e^^erce sur le progrès dcis actes de ma raison, influence par laquelle je suis retenp d^ns cette direction , quoique je ne sois pas en état d'en rendre compte sous le rapport spéculatif.
Mais la simple foi dpgmatique renferme quelque chose de chancelant ; ce qui fait que souvent on s'en sépare par suite de difficultés qui se présentent dans la spéculation ^ quoique à la vérité cm y revienne nécessairement toujourfi^ . ^ t.
Il en est tout autrement de la foimêraki car il est absolument nf&cessai^ ici que quëlqueicbose soit fait, savoir, que j'obéisse de ^us: pqinta à la loi mocale. Ici, la fin est indispensablement fixée^ et toutes mes lumières ne me laissent aperc<iivoir qu'une seule conditipn possible sous laquelle cetjte .fin soit d'accord avec toutes les autres. ,.{ et possède ainsi une valeur pratique, savoir, qu'il y ait un Dieu et une vie fo-
5i8 itfTHODOLOGIB
tare. Je suis aussi trèe-4(ûr qu'il n'y a personne qoi connaisse d'autres conditions aboutissant à la même unité des fins sous la loi morale. Mais puisque le précepte moral est par conséquent aussi ma maxime (la raison voulant qu il doive rètre)\ je croirai inévitablement à l'existence de Dieu et à la vie à venir, et je suis sûr que personne ne peut ébranler cette foi, parce qu'autrement mes principes moraux mêmes, auxquels je ne puis renoncer sans être détestable à mes propres yeux, s'écrouleraient.
De cette mapièrey il oous reste encore assez, même après avoir abandonné toutes les prétentions ambitieuses d'une raison vaguant an delà des bornes de toute expérience, pour avoir lieu d'être contents soos le rapport pratique. A la vérité, personne assurément ne pourra se flatter de savoir qu'il y a un Dieu et une vie à venir ; car, s*il le savait^ il serait précisément l'homme que je cherche depuis si longtemps. Tout savoir (s'il concerne un objet de la raison pure) peut être communiqué aux autres, et par conséquent je pourrais espérer de voir ma science s'étendre merveilleusement par l'instruction que je recevrais d'un tel homme. Mais non, la conviction n'est pas ici une certitude logique, c'est une certitude morale; et comme elle repose sur des principes subjectifs (le sens moral), je ne puis pas même dire : il est moralement certain qu'il y ait un Dieu, etc.; mais seulement :;> suis moralement certain, etc. C'est-à-dire que la foi
TEANSCBNDBtrrALB. 529
en un Dieu et en uoe autre vie est tritendent liée à mon sens moral^ que je ne cours (m pluB risque de la perdre, que je ne crains pas plus qu'eUe me soit ravie jamais, que je n'appr^ende de perdre le sentiment moral lui-même*
La seule difficulté qu^il y ait m cela, c'est que cette foi rationnelle se fonde sur la supposition des sentiments moraux. Si nous rononciotis à cette supposition et gue nous admissions une foi qui fût indifférente par rapport aux lois morales, la question que propose la raison serait simplement spëculative, et pourrait encore alors être appuyée de solides raisonsy prises de Tanalogie , mais non de raisons telles qu'un doute très-obstiné dût s'y rendre l(i)« Dans ces questions, nul bopime n'est affranchi de tout intérêt; car, à supposer qu'il fût privé de l'intérêt moral| par défiiut de bons sentiments, îl lui en resterait encore assez pour lui faire craindre l'existenee de Dieu et tme vie à venir. Car il suffit pour cela qu'au moins il ne prittoe pas acquérir la certitude qu'il n'y a aucun être de cette nature, ni aucune vie à venir ;
(i) L'esprit Immain prend (eomme je crois tpiMl «rrive néoessairement dans tout élre raisonnable] un intérêt naturel à la moralilé, quoique cet intérêt ne soit ni indivisible [pas pur) ni pratiquement prépondérant. Affermissez et augmentez eet intérêt, et tous troHYierez la raison tout à iàit docile etassez sage pour unir à ïiatérêt pratique Tintérêt spéculatif. Mais si au contraire rotre premier ou, du moins, votre second soin n'est pas de rendre les hommes bons, tous ne les tendres jamids sincèremeDi croyants.
530 |ftTB(U>OM>«DI *
certitude quHl ne peut acquérir, eh effets à molnft de prouver l'impossibilité de :ce8 deipi^ shof^m; «^se qui devrait é|re prouvé par la raison seii^le, et par conséquent apodictiqûement. Or, cette pi^ve,,. aucun homme raisonà^^ile ne peut assurément ll^ntreprendre. Ceserait donc là une foi nigatifte, qui . ^'engendrerait paS| il est vrai, moralité, ettbqassAntiments, mais cependant quelque chose d!9^Q«>logae,.6n ce sens qu'elle pourntit coîi tenir les méchaptA* ,
Mais, dira-t-on, est-ce là toute rœm vr() d^ la raison, quand elle s^nd ^au delà dâs'bdmeb ie l'expérience? N^a^'t-elle donc que ces depz articles 4e foi? Le sens cçnimun eir aurait ffa faire autant ,^'8an8 avoir besoitf.de consulter tà-dessus lea phîlosoj^eel
Je ne rapporterai pas ici les services que la philosophie a readuaà iaraison humaine, par la,recfaerche pénible de sa-critique, quoique ces serniw pusr sent se trouver par te fait purement négatife; ceitent il sera.QftiCOBe question dans le chapitre suivant. Rbis exiges-vbite donc qu'une connaissance qui, aux yeux de tous les hommes, surpasse le sens commun, doive vous être découverte par les philosophes seuls? Ce reproche est la meilleure preuve de la vérité de ce que nous avons dit jusqu'ici y puisqu'il fait voir ce l'on n'aurait pea pu |Hrévoir dans le principe, savoir, que la nature, dans ce qui intéresse tous les hommes, sansdistiaotioB, n'est coopaUe d'aucune distribu-
TKAJVCBNinilTJ^I. 531
tion partiale de ses dons, et que la phikeophie la plus élevée par rapport aux fins esseûtielles de la nature liumaiopy ne peut pas conduire plus loin que la direction par elle départie à rintelligence même la plus Yulgairp.
CHAPITHE III.
Architectonique de la raison pure.
J'euteude pwrAac^nr^cTOiaQuv l'art des systèmes. GoDEune l'unité, systétnat^ue est ce qui convertit la connaissance :yulgaire en .science, c'est-à-^ire ce qui forçde un «ystème d'un simjde agrégat de connaisr-' san^S; l'architeetiobique est. donc la théorie de ce qu'il y a de scientifique dans notre connaissance en g^éiMj elle appartfent d<me nécessairement à la
NQBteonnùfâances en gâtf^mi uè peuvent è<re, sous l'empire de: la raîsçpi dtv rapsedi«9 ; elles cbnvent au contraire formèf un sysf èfene^ . seule forme «ous laquelle.elles peuvent soutenir et £ûfre avancer les fins 6S9Bntiqlies delà raison. Mais j'entends par système l'unité de&' diverses connaissances sons une idée. Cakte idée est le concept rationnel de la forme d'un touti en tant que l'étendue de la variété et la place réactive des parties est déterminée à priori y$at ee
môme eoiioept. Le concept rationnel scientifique côlHient donc la fin et la forme du tout qai cadre avec lui. L'nnité du but auquel se rapportent toates les parties, en même temps qu'elles se rapportent les unes aux autres dans l'idée de cette fin, rend chaque partie dépendante de la connaissance de toates les antres, et il n'y a lieu à aucune addition accidentelle, à aucune grandeur indéterminée de la perfection, qui n'ait pas ses limites tracées à priori. Le tout est donc composé, articulé (articulalio)^ et non entassé (coacervatio); semblable au corps d'un animal, dont l'ac- 4Foi9sement ne lui donne aucun membre, mais qui, sans rien changer aux proportions, rend chacun de ses membres plus fort et plus approprié à ses fins, il peut croître par intussusception (per intussusceptùh nern)j mais non par juxta- position (per appçsiiionem).
L'idée a besoin d'un schème qui lui serve d'expression , c'est-à-dire d'une diversité et d'une ordonnance des parties déterminées à priori par le principe de la fin. Le schème qui. n'est pas esquissé suivant une idée ou d'après une deà fins capitales de la raison, mais empiriquement ou suivant des considérations qui se présentent accidentellement (dont le nombre ne peut être su d'avance), donne une idée technique; mais celui qui ne résulte que d'une idée (où la raison donne des fins à priori et ne les attend ^as empiriquement), fonde une unité urUkifectùmfiie.
TRAKSGBNDBNTâU. 533
Ce qu'on appelle science ne peut se former techniquementy eu égard à la ressemblance du divers, ou à cause de l'emploi fortuit de la connaissance ir» ûorh creto à toutes sortes de fins extérieures arbitiraites'; mais il peut se former architectoniquement ep partant du point de vue de l'affinité et de la dérivation d'une seule fin suprême et interne, qui seule rend le tout possible. De plus, le schème de la science doit contenir, en conséquence de l'idée, c'est-à^ilte . li priori, l'esquisse (monogramma) et la distribution du tout en ses parties, et doit être distingué avec oerti* tude et par principe de tous autres schèmes.
Personne ne cherche à établir une science s^ns lui donner une idée pour fondement. Mais dana Texécution de cette science , le schèipé^ jf^t même la définition qu'on donne au commenceq^ent de la science, répond très-rarement à l'idée qu'on s'en fait ; car cette idée est dans la raison connue un germe dans lequel toutes les parties sont encore très-enveleppées, très-cachées, et à peine reconnaissables a l'inspection microscopique. Les sciences, étant toutes conçues du point de vue d'un certain intérêt général, ne doivent doue pas être expliquées ni définies d'après la description que leur auteur en donne, mais suivant ridée que l'on trouve fondée dans la raison même en partant de l'unité naturelle des parties que Tauteur a rassemUées. Car alors on trouve que l'auteur, et souvenj^iBiêlue ses derniers sectateurs , se trompent à
roccâsion d'une idée qu'ils n'ont pu eux-mêmes s'éctairciri ce qui lésa empêchés dé déterminer le contenu prope^ Tàrticulatioà (une ùniti6 systématique) et les limites de la science. -^ ...;^.
Il est malheureux que ce nesoitqu'dprès avoir longtemps rassemblé rapsodiquëment , suivant Findica-* tion d'une idée c^héeau fond de nôtre raison, beaucoup de connaissances relatives à cette idée', comme autant dé matériau! pour un édifice^ que ce ne soit mêmequ'aprèslesavbirlongtempsdisposésteebhiqtièment, quHl nous stnt' enfin devenu possible d'apercevoir l'idée sous un jouir plus clair, et d'ésqaisser architectoniquementxmtc/utd'aprèB les fins delà raistfn. Les systèmes , sextiblables aux vers^ fohnés d'abord imparfaitement par ufié génération équivoque du simple cenooufsdéETconceptsr réunis, panmsenfcQ'êCfe parfaitement formés qu'aviac le tempr, quoiqu'ils aient toud leur schème, commof^rme primitif, dins la raison qui se développe d'eUe-mSfmep Cette dernière circottstaface fait nôn^^seulement que *chaeûn d'ebx est elf soi cdmitosé suivant une i^e, màii» encom que touôtormententre^eux cbmine ded membres d'tiU'sedl tout, Cdnfbrm^fflèht à' une'fiti, uitidyslàtt^ unique de la connaissance hùmaitieV et penUbftent 'ûnè' architéctoriiqùè de tdtlt le savoir hui!diaiâ,'<îuî, à pbéseiit qbe tàM de mlâtériftùi'tiôiït 'Mâsbiriblé» du peuvent être tirés Sfe ruines d'anciens édifiëèéVnotiseuleméiit «erftit {Msitblè, tuais iie senit j^'ittéÎDé
TRJJn€MI99ÊBtÀiM, 585
I. Nous noDS eoatea^rcmB ici d'aelievmr notre œoyre, en esquissimt simplement VarchitetfmU"
que de* tonte- eMiflaifesanoe* par rotMmjiure} 9t bous ne pai'titovi^ que êu point où ta racine cotaiiiMibe de notre faouHé'dè oéivmUfe^e'patrta^éii dotix bmncbes, dëht rnnë est hraiêtiit J^enfends id par toison toute la faeùlté de ' tùHnéAtife super ietire, et j -oppose parcQtafaéqTlentleilitiOnoelà rempirktu^i' ^ '
S\ je faiôabfitVAetiou de toute mattâc?^ jdie la connlkissanée,' eonsidi^rée objeetivement, toutes eonnalhsaucé est' al<6.rs subjectitemeHÏ ou' historique ou ra*' tiondëllè. ËKl'^hbait^anee hintorique eAï'éogniîio' eu) daiis\^ Itf'eoDiiéiAsiaiiee raliontielle est cognitioewprtn'^ cipiù^V^e cbnhaiëéancef, quelle qt'eo puisse être rorigitie^'eét^ncdrb Mètorique dans celui qui la possède^ s'il n'en connaît que ce qui Im a été transmis d'ailleurs;) qoë <dti<reste' il aiti^^pris soit par esipériénfce'iiioi médiate; soit* eci^ eâCendant racMiter, soit pjri'éducatiiitt (dés coanè;issaace8)géBéralee)i €e» Iôi-Ià*d6t)c ^i, i' parler proprement, a appris un* , systèiîië'dëf philWbpliie; par otemple; celui ie)Wolfj eût-il dank la lête^todtes les propoéitiotis/ dAfinitvdns: etpreu^éëVisâ'thêilibîlempe'qtie tadivisîoa de toixtd la doètriiié; et'^ût-il; eommè im dit^^'tAut eompteri sarébirflôlgt^* èëlM-^U ù'& cepeudalft^u'uAe eomiaift-f sance Ai5M^(r^ittrfk?te dé là phildSOphie de Wolf; il né s&it et'ne yogcT^qu^autàlit qU^illuia été donné. Génié&MétribiruiiirflêfltfHiôtt'/il tte'tollofttii doit etk
536 MÉlMOIK>U)CnE
preni^ro une autre* Il s'est formé sur une raison étrangère, mais U faculté cultivée n'est pas celle de l'invention ; c'est-à-dire que la connaissance ne résulte pas en lui de la raison, et quoiqu'elle soit objeqUvemen^ juine connaissance rationnelle, subjective* ment néanm^iiM elle est purement historique. Il a bien compris et bien retenu, c'est-à-dire bien appris} et il est la statue de plâtre d'un homme vivant. Les connaissances, rationnelles qui le sont objectivement (c'est-à-<lire qui ne peuvent résulter primitivement de la raison propre de l'homme) n'en méritent donc le noomnême subjectivement, qu'autantqu'elles ont été puisées aux sources générales de la raison , d'où la critique, et même le rejet de ce q^'on a appris peit aussi dériyer; c'est-À^ire qu'elles doivent résulter de principes. *
Maintenant, toute connaissance rationndle se forme ou de concepts, ou de la construction des concepts; la première s'appelle philosophique, la seconde mathématique. J'ai déjà parlé de leur différence intrinsèquedans le premier chapitre. Une connaissance peut donc être objectivement philosophique et ce* pendant subjectivement historique, comme dans la plupart des écoliers, dans tous ceux qui ne vont pas plus loin que l'école et qui restent écoliers toute leur vie. Mais une chose remarquable cependant, c'est que la oMinaissance jnathématique, de cpielque manière qu'on ait «nDris. peut néanmoins y^ir« même sobr
TRAmCENDSOTALB. 537
jectÎTomeot, comme conoaissance rationnelle, et qu'il n'y a pas lieu de faire en mathématiques la distinction que nous avons établie pour la philosopkie. La . raison en est que les sources de la connaissance, auxquelles seules le maître peut puiser, ne se trouvent oulle part ailleurs que dans les principes essentiels et vrais de la raison, et ne peuvent par conséquent non plus être pris nulle part ailleurs par l'écolier lui-même *, qu'ils ne peuvent être contestés, parce que l'usage de la raison a lieu ici m concrète, quoicpie cependant à priori^ savoir dans l'intuition pure, et 86 trouvent par cela même affranchis de Tillusion et de l'erreur. De toutes les sciences rationnelles (à, prtor%)y il n'y a donc que les mathématiques qui soient susceptibles d'être apprises; mais jamais la^
philosophie (à moins que ce ne soit historiquement); en matière de raison, on ne peut tout au plus qu'ap*prendre à philosopher.
Le système de toute connaissance philosophique est donc \h philosophie. Il faut lulmettre la philosophie oli^ectivement» si l'on entend par là l'archétype du jugement critique de toutes les tentatives philosophiques, archétype qui doit servir à juger toute philosophie subjeetive, dont l'édifice est souvent si diveisetsi muaUe. Là philosophie n'est donc qu'une sim^idée d'une scieaee possible, qui n'est donnée nulle part m cmereto, mais de laquelle on cherche à s'approriier par différeates voieiy jusqu'à ce que la
538* MÉraoDmiOfiqp/ '<
véri&ble Tbute, obstruée par la eensybîUtéy aoîtè^ .couverte, et que l'ectype, manqué josqa^ici^^pmeae ^e enfin assimilé au prototype » autant qa^'il eei po^ibIé.'*}Q8qoe-l&'; «Àn> ne 'peut «pprendwiom»*» cune philoBbphie; dd^oûiest-dlel^qiiiila'^^ossèdbT'^ à quel cs(râ(^tièfe \k jeconoaflret !0n< piBttt^»8èiileiiibiil< apprendre à philosioph^r^ 'e'esimà^ire'ieièfdbi^ liaient de là j^aisonàrèbherchef èeê<prîfncipes*généia«z dané'certaifiè^ question^ qui 80 pré^nle^t^ Mai^ ce*' pead&nt totijoûre a^ecia réderre du'< dik>it de la* raison d'examiner, de^onfit'merHia de rejeta ee^princîpeà; thème dand^tirSsoùhJéôv ' ' ' *• - • " • '
Mais] tià^uMâleconcëpt dé la phnoiophre^n'est qu-*un concept scoldstiqiièy^hlûk d'tan s^dtème de la èonnaii»*' sanë^Uiéstùhërchée'siitiplemén^cdiïinile^cieifioey^MuiB' que Ftlù ITé pt<6pddè rïefn de^plta^qiief Ptidilé^ s;fBlétti&^' tiqué deniétte eciènèe, par^coViséquéiirsabiiavbifen' vue la perfection logique de la ccmnkiMabée.. lfaM*kl7 a encore un c&ncept 'MMi£}iie(^onc^tti9 commùt^'^ a toujàùrë servi' dé >fendetiîénlf à' Àejtte'dénoihinallïon, priûdi^àléhient t6i«4^^0flr le péirsentaiftfiit^'èil^tiMque 80rté;'ètqtf on se le répï^bétitsCit ctttfilà» uii pn^Vfpè daii^ridéàl àiipfdld^tie^. Â' (ièVéff^Hu pkikf$»j^e est ta' teictoée'du^èippbrt detiouid^analB^^ but'èëMtftJel dèr la ràiiëùn <hiiili|iiaé (tfieohgia MrtAmâ ' kaniMèy, ét'lè pbiloftôpbe n'^ipaa uik^ aMoifliien' matièi'èvlé liaiâdii'j mâis»<tm'MgitlirtM^ la«airiiB' hunmitté: Eti' M'^nt'^il'serMt'fArltiop orgiieiHeift
tRAlfSCBlIttklftlLt. 589
de s'appelei^ soi-mftdie philasopbis, M d'avoir la pré- ' tention d'égaldr le 'p'rototypé, qui n*^t'que dans n*^'
dée. • ' * . -■ ^
Le niathématieièn^ le ph^rsicienV * le io^cien^Vrô flont côpenâatit' que des artistes en matière de riaiâtm'; ' quelque brillants succès que le j^reibîer puiâ^e àvîCnr ' dans la connaissance ratioimèlk en général, etlb^'
seconds particulièrenient dans là ëoùfiisiissatieè phf -^
losophiqiie. Il y à cependant un mdîti^een idéal, qui forme tous ceux-ci, s'eta sert conxdie d'instrumettls pour procuref les uni essentielles de la raison' Il timaine. Gelui-là56u/ mériterait le nom de })hilo8opb'é.' CepenàaAt^comtnë'il ^d seî^ncontré^ ûulle parff, iet que ridéë dé sa légisMliôn se th^uve 'partout datis touWraisoiïlïQniâibe, nbùs n« tlous attàcheron^'qu'à' * cette idée, -èf nous détèrmibî^rons j^lus ap'prbximtfti^*' venient ifeqile la |>hiIosO[ibiè prescrit suivant cécoiScept cosmique (1) relativement à Tunité systématique ' prise du poibit de Viie des ftos. . v :
Lès fins essentielles^ Ke sont pas pour cela les "fins led]plus élevées; dont undsefûle (dans la parfaite unité systématique dé la^ raiâbn) Mt possiMd. Etlés toit par conséquent ou la'défniSte fin, ou des fins subâP ternes' qui àj^paftiennèni' nécessairement à la pi^-
{i) te concept éoirid^'est 'icî cclrt'qui concsertie ce qnlinftresse aé6«88#reiDeDt ehaoun; je dét«fikiiiie donc U^&d^sejiaieQle d'après def conceots scolasti^ues j^ lorsque je. ne Ucansid^r^ que comme une dès aptiludes pour certaines fins arbîirairès.
540 HilHOPOLOGIE^
mièt^ comme mt)]reM. La première n'est donc qae la destination totale de Tbomme, et la philosophie qoi la concerne ^'appelle morale. A cause de cette prééminence de la philosophie morale sur toute autre investigation de la raison , on entendait toujours par le làot philosophe, chez les anciens, en même temps et principalement le moraliste. Et même l'apparence extérieure de la^domioation de soi-même par la raison fait que Ton appelle encore maintenant philosophe, suivant une' certaine analogie avec cette acception des anciens; chacun dans *la sphère restrem te de son savoir/
^ législatiob'de la ntisc^n humaine (la philosophie) a donc de\nr obj^, la nature et la liberté , et renferme par conséqueiit la loi physigiie et la loi morale, d'abord dans deux syst^mea "jtB^ieuliers, mais ensuite daps un seul et unique «yst^Qè philo*sophiique* La philosophie de la nature comprend tout ce qui est; celle des mœurs ce ^uic^otf être.
Biais tbute -philosophie est ou connaissance par raison pure, ou comi^issanoe rationnelle par principes eni|>iriques. La première ^'appelle philosophie pure, la seconde philosophie empirique.
Jtfaintenant la philosophie de la raison pure est ou Prcgpédeutique^ laquelle examine la faculté de la raison par rapport à toute connaissance à priori et s'appelle QriUque; — ou le système de la raison pure ( la science), c'est^-^èn^ij^ toute l|i connaiawtnce philoso-^
TRiCKSCtNMNTALE. 541
phique (tant vraie qu'aj^rente ) par msoo pure, dans un contexte systématique, et s'ap|)rite MékifAysique. Ce nom peot eependant s'appliqo^r aussi à toute la philo8(^hie pure, y comfris la ei^ique,«4e manière à comprendre par là , ^t T investigation de tout ce qui peot être connu janaais à priori, él Texposition de ce qui constitue un système de eonoan^^mcee philosophiques pures de cette espèce, etquidilfôre soit de l'usage empirique, soit de J' usage mathéomtique de la raison. , '^'
La métaphysique se divise etf métaphysique de Fusage^p^ctiblt/eten métaphysiquede l' usage j^roltftiéde laràièon pure; elle estparconséquent : onmélaphtfsique de la natun^ ou métaphy^ue des mœurs. La ^^mière contient tous les principes purs de la raison par wttpies concepts {par conséquent léil. mathématiques excluea) de la connaissanéè théùv^ieiqne de totites choses; ccàlerci eontientf>'les principes qui déterminent et rendent' nécessaires à priori le faire et l'omettro. Or, la moralité 'est la seule légalHé des aofions qui poisse étf^ parfaitement dérivée à pt4ori de principes. La métaphysique des mœurs* est donc proprement la morale pure, dans laquelle aucune anthropologie (aucune condition empirique) n'est posée en principe. La métaphysique de la raison a^ulative .est donc ce qu'on accoutume d'appeler iMtaphfsique dans le sens propre. Maïs en tant néanmoins que la morale pore appartient également à la
,br^che<.de la DoomÂasaiiee lufiQAine et même ^flf^çiphiqw i^f teifipji.{Mm^ noo^lui conflerveroBa la pilaiKiém,i^lici|i<ûûatioov quoique pons rometUons jhi,eoittim)n!aK)a|pteiiaQ(t pas.à mitijftobjet aetueL r . ll)CBt4ela plus grande ia(poi4iooq A'iiobr des oon- -Q^îetaQoea qm 4iffèBent4'auti» eonnaiaaaooeB ^ qoaot ^ leor gBidre<et à leur origine^ et de fiairagrandemeat aUentiûn qu'elles ae ee Mofondant poî^tiaT/ec d*autfwp, Auxquelles (Biles êoat orjiinaireoiepfc rattachées dans l'usage, Ce que fait le chimiate. dansi la séparatioa de^iBiatièves» le maUîématicifiD daûs lesmathéfiiatiquesi pjwes» à plm fevt* raison .le pl^ilosopbe^doît le^M^jifio de: pourvoir détermioer sûrement la part dd phaquQ;Q8pèee.,datDoiii^issafice9.àvi!asage vagai)9l|d dp l'cAteod^meat,, sa valeur prqire et sou in* flMfMiae« I4t moau humaine > depajd qu'elle a oomminçé k pei^Aer^^^NH plutàt à xéfiéchir^ n'a donc ^^ipiftiisipu |e pa^aw d'une métaphysique^ maie elle jx^^ qepeo^nl;. piMi;ipu i'expoattr asses ptore de toute QtaUère étrangiàce. L'idée de. cette sdenca est tout ym^ .:auw:ai|pîenne.qii0 liai) ramu. hufnaioe spéeula^ivj»; e^queUd raÂ9Qmie:apétele pas,.soit à ia^many4ira9Colaatîqi|e» sQÎt à la manière p^nli^? U&at ,ayiqM9r, cependant. (91e la diatiœiion des deax élé^ li^ents de.notre con naissance, donti'un est en notre puissance, tout à fait à. prions et dont Taut» ne peut être pris qo'4 poHfmri de l'eipérienca, est toujours restée très-idtwurei même pour les penseurs
de profe88ÎOD^4i| qpet puamaéquent jfôiak ila dé^
teFflUDAtÎMi d w bortieB .d*iine espèce > partîcolièie de
eonnaiisanoM) pâr^eanséqueàtioeB plus la miritabie
idée d'oné smenceqiîi aai loil(;t6ttps et u fort occupé
la raisoii'àiiiiunoei n'a pu être établie. Quand .OB' di-
saitiquê'la métapbg^ueestla'aoieMedeapremiekv
j^noipeBdelaeoiuiaiaaanoe'lHifliaiae^ oa n!indiquait
pas parla uneeppàcp toute ipartiiHiliàKet.iDaia(aau-*
lemeni un nog pav npport là.lagéàéralité^ elle ne
pouvait' donc' Atee ainii diatingnée netteanéut. de
^empirisme; , oar, daj» .lea • principe»' empiriques
mêmes j <serlaâne8« çeonaissanees Bout iplus générales ,
€t parieonséquBDt ifluâ éLsvéèSi.quejd'ailtves^.Blais
daoa la série d'une) telles attb|9r4^natl<A| (eu. Ton ne
distingperpSBce.qui Mt^i0onIUl parûiteoitet à fniori
de c^*<pii) n'est' jennutt • qja'à< p^$tetim)i^ oà tMuciiir la
ligneldô^déBiaroelioBvqaÎBdîstiilgiDB la^NtoûàrB partie
de la'dernièrey 'etlea'ineBl^ni)Biqp|6eidu«Si^ea<nïem*
bres : inférieurs él sûboMonnéè? ^QùeidiBaitrop.ai la
efaronelo^eit.iie> pouvait' indîqikr .lest, époques du
moodey qu'ea bs dit^sant lonspr^miers aîàdies e^ en
sièdes sui(f antà?£t/ s'iL estj pefinia de 4eniai(d€ir si le
oinquièBiifefcjleidÎKiètne siècle» font autel partie, des
preibiers^jedeiQande de nsème 8îaleiconoéptd'4teudae
appartient à la» n^éla^iysique 7 ûui^.jnipaades^vaus!
Eh quoi, celfii decorpaaussiT — OuiL-^St celui de
corps fluide? Vous êtes, étonné) carsi^cela continue tout
appartiendra, à la métaphysique. D-où Ton voit que
544 '*. «tinoDOLOâiB
le simple dègrérderabordination (leputicoUer sons le général) ne peni déterminer las borneed'oiieacienoey €ft qn'il n'y a dans notre cas que Tentiàre dissimi— litude et la différenee absolue dWigine qui le puisse. Mais en qnivd'un autre c6té', obscurcissait encore l'idée fondamentale de la mét^ physiqMt, c'étaitqn'elie a , comme connaissance à priori j une certaine ressemblance ^ivec les mathématiques, ressemblance qni rend bien les deux sdenoes parentes y quant à Torigine à priori; mais le mode de connaissance de la première a lien par (^ncepta, tanidis que le mode de juger à priori dans celle-ci a lieu par la constrnctiim des concepts ; ce qui donne la diflérence d'une connaissance philosophique d'ayec une connaissance mathématique. La différence est si manifeste qu'on l'a toujours sentie, sans ayoir jamais pu la signaler par des critères évidents. Il est arrivé de ce défaut de distinction quedes philosophes ayant erré dans le développement même de l'idée de leur science , leur travail n'a pu avoir aucun but dj^terminé 9 aucune règle certaine; et qu'avec un plan si arbitrairement tracé, ignorant la voie qu'ils avaieni- à prendre, et toujours en désaccord sur les décoovertee que chacun d'eux pensait avoir faites sur sa route, ils ont d'abord rendu leur science méprisable aux yeux des autres, et ont fini pat la vouer eux-mêmes au mépris.
Toute connaissance pure à priori , en vertu de la faculté particulière. de connaître dans laquelle seule
TEAKSCXNDENTALB. 545
seule cette coniiai88ance peut avoirson siége^ constitue donc une unité particulière, et la mélaphysique est la philosophie qui doit donner à cette connaissance cette unité systématique. La partie spéculative de cette science qui s'est particulièrement approprié ce nom , celle que nous appelons métaphynque de ki nature, et qui considère. .tout par conoepta <i priori^ en tant qu'il est (et non ce qui doit étro), se divift de la manière suiroate,
La métaphysique, entendue dans le sens étroit, oo^i^end l^^PhUoaoffhie transcendentale et la Phy-noiogie de la raison |Hire. La première ne considéré que YfrUendement et la raison même, comme formant un système de tous les concepts el de tous.te princi^ pes qui se rapportent aux objets, en général, sans ee*^ pendant admettre des choses qid seraient 4mmie$ {Ontoloiffia)i la deuxième considère la nature, c'està-dire l^eosemble des objets donnés (qu'ils soient données aux sens, ou, si l'on veut, à une autre espèce d'intuitioQ),et forme par conséquent la Phymlogie (quoique seulement raJtionneU^). Maintenant, l'usage de la raison, dans cette contemplation rationnelle de la nature, est:Ou physique ou hy perphysique ; ou mieux encore immanent ou tranBcendanl. hd premier aponrobjetlanature, en tantquesaeonnaissancepeut être appliquée dans l'expérience (m concrète); le second s'occupe de cette union des objets de l'expérience, qui dépasse tonte expériettce* Cette physiolo^
KM mAthodolooib
gie tranicendonte a par conséquent pour objet, oo une liaison interne, ou une liaison eœteme^ mak qui toutes deux dépassent l'expérience possible; la première est la physiologie dé toute' la nature, c*9st~i«^ire la Cosmologie transoondentaleî la 8econdq)e8t la physiologie de y^çhaSbement de toute la nfitul:^ des choses avec un tttt au-desra^ de la natuM, ê^ent- àrdire la Théologie transàendenta^« -,
La physiologie immanente, a« eontraîré, eonàd^ Ta nature comme rememble de tqus jes objet» des ^sens, par conséquent telle qu'Ole ncba^t domiée, maia seulement suivant des oonditione àprhri/^oos lesquelles elle peut nèus éti^ doilnée en général. Mais ceÉ 0&j ets dont feulement de detfx espèces ft^ ceai des sens eixtéirieurs, paq; 'coAséquedt leur ensemble, YsLyicUure'eorpereltef^^t!^ celui do Benils intime, Tâme, et^ suirant ses concepts fondaméntaltix , m général , la nature pensafîte^' La métaphysique' dé ' la' nat are oopporelle s^appolle Phymqw. Mais, comme'. •elle ne doit teqlMimer qe^;^ principes de la comidittance â/irtm deicetle.naiûr^, elles'kppeilep^stfue tttCtonnelle. La'métaph;^q«b'de la^nataw peUMlite s^appellp psgch&lçgiffÀt^ par^là mèine t^oni qtie tout à Theure^ illne's^dgit ici qtiedé la Psychologie rationnelle. . > ' •
Tout le système de la métaphysique se compose donc dequatve parties principales: i^' V Ontologie ; r la Pi^Aofo^ ratwnneUe ;9^ la Oosmùlôffde rcOion-
TRÀNSCSNDENTALE. 547
nelle; 4* la Théologie rationnelle. La seconde partie, savoir, la Physique de la raison pure, contient deux parties: la Physique rationnelle (i) et la Psychologie rationnelle*
L'idée fondamentale d'une philosophie de la raison pure prescrit même cette division, division qui est par conséquent architectonique (conformément aux fins essentielles de la raison), et non simplement technique (suivant des affinités perçues fortuitement^ et établie en quelque sorte comme par hasard). Mairi elle est aussi, parla mÊine raison immuable et législative. Il 7 a cependant quelques points qui pourraient exciter le doute et infirmer la conviction de sa légitimité.
Comment d'abord puis-je attendre des objets xàttf connaissance â)>non^ par conséquent une Métaphy-^ sique, en tant que les objets sont donnés à nos sens,.
(i) Il ne faut pds croire que j'entende par ïkce que Ton appelle physique générale^ qtti est {dutâC malbématiqoe que philosophiedé la nature; car la iaétapby9ique de la nature se distin^e trèf^neltement des mathématiques^ «tne peut pas présenter des aperçus qui étendent aussi loin nos connaissances que ceux fournis par = cette* dernière scienoe ; mais .elle est cependanl trèfr-importadte pi^r rap-, port h TappUcation de \a critique de la connaissance intellectuelle pure en général h la nature. A défaut de cette métaphysique^ les mathématiciens ttémes, en s^attachant à certains concepts vulgai"* res, mais cependant métaphysiques en réalité, ont insensiblement* surchargé la physique ^d'hypothèses qui s'évanôuisseni par la critique de ces principes, sans que |iar là cependant? on porte la moindre' atteinte à l'usage des mathématiques dansée champ (usage qui est . tout à fait indispensable).
par conséquent à posteriori ? El comment esMl possible de connaître la nature des choses suivant des principes ci priori, et d'arriver à une Physiologie rationnelle? La réponse est que nous ne prenons de Texpérience que ce qui est nécessaire pour nous donner un ot)jet, en partie du sens externe, en partie du sens interne. Du sens externe, par le simple concept de matière, (l'étendue inanimée, impénétrable); du sens interne, par le concept d'un être pensant (dans la représentation empirique interne : je pensé). Au reste, dans toute la métaphysique de ces objets, nous devrions nous abstenir totalement de tous principes empiriques qui pourraient ajouter au concept une expérience quelconque, pour de là porter un certain jugement sur ces objets.
Ensuite, où y aura-t-iï lieu à la Psychologie empiriquej qui a toujours eu sa place dans la Métaphysique et dont on a de nos jours attendu de si grandes choses pour réclaircissement de cette science, après avoir perdu l'espoir de rien faire de bon à priori? Je réponds qu'elle prendra sa place où la physique proprement dite (empirique) doit avoir la sienne, savoir, du côté de la philosophie apj^/îçu^^^ dont la philosophie purecontientles principes àpnon, laquelle par conséquent doit Être unie à la précédente, mais non confondue avec el|^ La Psychologie empirique doit donc être bannie de la Métaphysique, dont elle est déjà exclue par son idée même. Néanmoins, on peut en-
transcendentâu. 549
core lui laisser là une place (quoique seulement comme épisode) pour se conformer à T usage des écoles, et même par motif d'économie^ attendu qu'elle n'est pas encore assez riche pour constituer à elle seule Tobjet d'une étude, et qu'elle est cependant trop importante pour qu'on doive l'exclure complètement ou la rattacher à quelque autre partie avec laquelle elle aurait moins d'affinité qu'avec la Métaphysique. Elle n'est donc admise depuis si longtemps dans cette partie de la science qu'à titre d'étrangère ; sa place n'y est que temporaire, en attendant qu'elle puisse établir son domicile propre dans une vaste anthropologie ( le pendant de la physique empirique). ^.
Telle est donc l'idée générale de la métaphysique, de cette science qui, parce qu'on lui a d'abord demandé plus qu'on ne peut raisonnablement en attendre, et parce qu'on s'est longtemps bercé des plus belles espérances ^ est enfin tombé dans une déconsidération générale lorsqu'on s'est vu trompé dans son attente. On s'apercevra facilement par toute cette critique que, bien que la métaphysique ne puisse pas servir de fondement à la religion , elle en sera toujours comme le rempart-, et que la raison humaine, déjà dialectique par la tendance de sa nature, ne pourra jamais se passer de cette science, qui lui met un frein, el; qui, par la connaissance scientifique et pleinement évidente de soi-même, prévient les maux dont une
maison spéculative privée de loi affligerait sans aucun doute la morale et la religion. On peut donc être sûr que, quelque dédaigneux et contempteurs que puissent être ceux qui ont appris à juger une science, non d'après cette nature, mais seulement par ses effets accidentels^ on reviendra toujours à elle comme à une amie avec laquelle on était brouillé, parce qu'il est dans la nature de la raison, dont les fins essentielles font la matière de la métaphysique, de travailler infatigablement^ soit à l'acquisition de vues fondamentales^ soit au renversement de bonnes vues déjà acquises*
Par conséquent, la métaphysique, tant celle delà nature que celle des mo&urs, surtout la critique de la raison se hasardant sur ses propres ailes, critique qui précède comme exercice préliminaire (propédeu tique), constituent proprement à elles seules ce que nous pouvons appeler philosophie dans le sens véritable. Cette philosophie rapporte tout à la sagesse, mais par la voie des sciences , la seule qui, une fois frayée, ne se referme jamais, et ne permet aucune erreur. Les mathématiques, la physique , même la connaissance empirique de l'homme, sont d'un très-grand prix comme moyen d'atteindre en grande partie les fins accidentelles, et par suite cependant les fins nécessaires et essentielles de l'humanité ; mais seulement alors par l'entremise d'une connaissance rationnelle par simples concepts , connaissance qui ,
TRANSCENDENT AUB. 551
quelque ik>ia qu'on lui donne, n'est proprement que de la métaphysique*
La métaphysique est donc aussi ie eomplément ^ toute çultvfe de la raison humaine, ouhnre indispe]»^ sable, abstraction faite mèifae de son inQi^nce comme Bcieuce,&^r (certaines fins déterminées.; car la metaphysique considère la raison sniraot sef élémenta^^ ses maximes suprêmes, qui doi vent seryir de fondement à \8l' pûssibilité même de certaines sciences, et .à VMfage de toutes. I>e ce qu'elle sert plus, comme sim*^ pie spéculation, à garantir des erreurs qu'à étendre la connaissance , cela n'ôte rien à' son prix : ce e^ ractère lui donne au contraire beaucoup d'importance et d^utorité par la censure qui maintient Tdr* dre général et la concorde , et mètaC-le salut de la
r^ubliqûe des lettres, et qui empêchée ;des travaux courageux et utiles <le se détourner ijle la*.fin principale, le bonheur public.