REMARQUES SUR LA PREMIÈRE ANTHIOMIE
9p Sur Tantithèse.
La preuve de l'infinité de la série cosmique donnée et de l'idée du monde, repose sur ce que, dans le cas opposé, un temps vide et un espace vide devraient former les bornes du monde. Je sais parfaitement que l'on cherche à se soustraire à cette conséquence, en prétendant qu'il est possible que le monde ait une fin quant au temps et à TespacC) sans qu'on ait précisément besoin d'admettre un temps absolu avant le commencement du monde, ou un espace absolu, étendu,
(1) L'espace est la simple forme de riiUuiiion extérieure (intuition formelle), mais pas un objet réel qui puisse être extérieurement perçu. L*espace, avant toutes les choses qui le (l(^terminent (le remplissent ou le circonscrivent), ou plutôt qui donnent une intuition emfnrique d'accord avec sa forme, et qu'on appelle espace aJi)solu, n'est que la simple possibilité des phénomènes extérieurs en tant qu'ils peuvent exister en soi, ou s'ajouter encore à des phénomènesdonnés. L'intuition empirique n'est donc pas composée de phénomènes et de l'espace (de la perception et de l'intuition vide). L'un n'est pas le corrélatif synthétique de l'autre, mais l'un est seulement uni à l'autre dans une seule et même intuition empirique, comme matière et forme de celte intuiilon. Veut-on placer l'un de ces éléments de la connaissance externe hors de l'autre (l'espace en dehors de tous les phénomènes), il en résnltcra toutes sortes de déterminations vaines de l'intuition externe, qui ne sont pas cependant des perceptions possibles ; par exemple un mouvement ou un repos du monde dans un espace vide infini, détermination du rapport dedeux choses entre elles qui ne peut jamais être perçue, et qui est par conséquent le prédicat d'un pur être de raison.
Par conséqueot le concept d'un tout infini n'est pas le concept d'un maximum j tout ce que Ton conçoit par U, c'est Je rapport de ce nombre à une certaine unité (nombre déterminé), qu'on peut prendre arbitrairement, et à T^rd de laquelle ce même tout est plus grand, et d'une quantité ioassignable en nombres. Suivant donc que l'unité ou le nombre comparatif serait pris ou plus grand ou plus petit, rinfiui réel serait lui-même plus grand ou plus petit; mais l'infinité, ne consistant que dans le rapport à cette unité dopnée, resterait toujours la même, quoique assurément la quantité absolue du tout ne fût point connue par là; ce dont il n'est effectivement pas ici quejtioii.
Le concept véritable (transcendental) de l'infinité est que: la synthèse successive de l'unité dans l'énumération d'un quantîim ne peut jamais être complète (i). D'où il suit trèscertainement qu'une éternité réelle d'états qui se succèdent jusqu'à un moment donné (le moment présent), ne peut pas s'être écoulée, et que le monde doit avoir eu un commencement.
Quant à la deuxième partie de la thèse, la difficulté d'une série infinie, et cependant écoulée, n'existe plus, il est vrai; car la diversité d'un monde infini en étendue est donnée simultanément. Mais pour concevoir la totalité de cette multitude, comme nous ne pouvons pas nous porter aux bornes qui rendent d'elles-mêmes cette totalité percevable, nous devons rendre compte de notre concept, lequel, dans ce cas, ne peut point aller du tout à la multitude déterminée des parties, mais doit exposer la possibilité d'un tout par la synthèse 'Successive des parties. Or^ comme cette synthèse ne pourrait jamais constituer une série complète, on ne peut concevoir une totalité, ni avant cette synthèse, ni par elle; car le concept de la totalité même, dans ce cas,
(1) Ce quantum renferme donc une multitude (relativement à Tunité donnée) qui est plus grande que tout nombre, lequel quantum est le concept mathématique de l'infini.
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< hors du monde rëel; ce qui est impossible. Je suis trés-sacis-
fait de la dernière partie de cette opinion des philosophes de l'école de Leibnitz. L'espace est simplement la forme de l'intuition extérieure, mais pas un objet réel qui puisse être perçu extérieurement, ni rien de corrélatif aux phénomènes, mais la forme même des phénomènes. L'espace ne peut donc absolument (par lui seul ) précéder comme quelque chose de déterminant dans l'existence des choses, parce qu'il n'est pas un objet, mais seulement la forme des objets possibles. Par conséquent les choses, comme phénomènes, déterminent bien l'espace; c'est-à-dire que de tous ses prédicats possibles (grandeur et rapports), elles font que ceux-ci ou ceux-là appartiennent à la réalité. Mais l'espace ne peut pas réciproquement, comme quelque chose qui existe par soi, déterminer la réalité des objets par rapport k la grandeur ou à la figure, puisqu'en soi il n'est rien de réel. C'est pourquoi un espace, qu'il soit plein ou vide (i), peut bien être borné par des phénomènes, mais des phénomènes ne peuvent pas être bornés par un espace vide en dehors d'eux. Il en est de même du temps. Il est néanmoins incontestable, malgré tout cela, que Ton doit nécessairement admettre ces deux non-êtres, à savoir, un espace vide horsdu monde, et un temps vide avant le monde, si l'on suppose un terme au monde quanta l'espace et quant au temps.
Car, pour c6 qui est du subterfuge par lequel on veut éviter la conséquence qui conduit à dire que si le monde a des bornes (quant au temps et à l'espace), le vide infini doit déterminer l'existence des choses réelles par rapport à leur quantité \ ce subterfuge, dis-je, consiste, au fond, sans que l'on s'en doute, à concevoir, au lien d'un monde sensi-' ble^ je ne sais quel monde intelligible ; au lieu d'un premier
(1) On remarque facilement (}ue nous voulons dire par là que V espace vide, en tant qy^il est limité par des phénomènes^ par conséquent Tespace qui est en dedans du monde, ne contredit pas du moins les principes transcendants, et qu'il peut par conséquent être accordé par rapport à ces principes, quoique sa possibilité ne soit pas pour cela affirmée par le fïtit.
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la représentation d'une synthèse complète des parties, et l'action de la compléter, par conséquent aussi son concept, sont impossibles.
BEDIItHE OPPOSITION DES IDÉES TKÂNSCENDEHTÀLES.
THÈSE
Toute Bubstaoce composéedans le monde l'est aussi de parties simples, et partout il u'exiate rien que de simple ou qui ne soit composé du simple.
PREUVE, appose que les substances composées ne s simples, alors toute composition dispait, aucune partie composée, et même e parties simples) aucune partie simple, jument rien, ne resterait. Aucune subit encore, ne serait donnée. Ou bien, donc tout composé disparaisse par la pensée; )sil)on une fois anéantie par la pensée, quelque chose subsbie encore sans composition, c'est-à-dire
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commencement (une existence que précède nn tepips de non^être) , une existence en général qui ne suppose aucune autre condition dans le monde ; au lieu des bornes de Tétendue^ des limites de Puni vers, — et à sortir ainsi du temps et de l'espace. Mais il n'est ici question que du mundus phœnome^ non et de sa grandeur, dans lequel on ne peut absolument pas faire abstraction de ces conditions de la sensibilité, sans faire disparaître l'essence de ce monde. Le monde sensible, s'il est borné, est nécessairement dans le vide infini; néçliget-OQ cette circonstance , et par conséquent fiiit-on abstraction de l'espace en général comme condition à priori de la possibilité des phénomènes, alors tout le monde sensible dispa« raU.Dans notre question, ce monde estcependant seul donné. Le mundus hntelligihUis n'est que le concept général d'nn monde en général, concept dans lequel on fait abstraction de toute condition de l'intuition de ce monde, et par rapport auquel concept encore aucune proposition synthétique affirmative ou négative n'est par conséquent possible.
DBQUÈVE OPPOSITION DKS IDÉES TRARSCBMDBNTALXS.
ANTITHÈSE
Aucune chose composée dans le monde ne Test de parties simples, et nullepart il n'existe rien desimpie.
PREUVE
Supposons d^abord qu'une chose composée (comme substance) le soit de parties simples. Gomme tout rapport extérieur, par conséquent aussi toute composition de substances n'est possible que dans Tespace, il s'ensuit que le nombre des parties du composé est égal au nombre des parties de l'espace qu'il occupe. Or, l'espace ne se compose pas de parties simples, mais d'espaces; par conséquent chaque partie d'un composé doit occuper un espace. Mais les parties absolument premières d'un composé sont simples, par conséquent le simple
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quelque chose de simple. Maïs, dans le premier cas, le composé Qe se formerait pas de substances (parce que la composition n*est, dans ces substances, qu'une relation accidentelle des substances, relation sans laquelle elles devraient exister, comme des êtres subsistant par eux> mêmes). Or, comme ce cas contredit la supposition, reste donc le dernier,' à savoir, que le composé substantiel dans le monde se forme de parties simples.
D'où, il suit immédiatement que toutes les choses du monde sont des êtres simples ; que la composition n'est que leur état extérieur, et que, bien que nous puissions isoler ces substances élémentaires et les soustraire à cet état d'union, cependant la raison doit les concevoir comme les premiers sujets de toute composition, et, par conséquent, comme des êtres simples avant la composition.
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occupe un espace. Or, puisque tout réel qui occapeiin espace comprend en lui une diversité dont les éléments sont en dehors les uns des autres, il est donc composé; et mémo, en tant que composé réel, il ne se compose pas d'accidents (car ils ne peuvent être extérieurs entre eux sans substances), mais bien de substances. Le simple serait donc alors un composé substantiel ; ce qui est contradictoire.
La seconde proposition de Tantithèse, Dans le monde ii n'existe rien de simple, doit s'entendre ici en ce sensseulem^t, que Texistence de Tabsolument simple ne peut être prouvée par aucune expérience on perception ni externe ni interne , mais que ce n*est qu'aune pure idée,dont la réalité objective ne peut jamais être présentée dans une expérience possible, par conséquent dans l'exposition des phénomènes, sans application et sans objet. Car, si nous voulons supposée qu'il puisse Y avoir pour cette idée transcendentale un objef' de l'expérience, l'intuition empirique d'un objet pareil d^ vrait donc alors être comme une intuition qui ne renfermerait absolument aucune diversité, et dont les parties extérieures les unes aux autres seraient réduites à Punité. Or, comme on ne peut pas conclure de la non-conscience d*nne telle diversité à son impossibilité absolue dans Tintuition d'un objet, et comme cette conclusion est cependant nécessaire pour pouvoir affirmer la simplicité absolue^ il suit que cette simplicité ne peut être conclue d'aucune observation, quelle qu'elle 8oit« Puis donc que quelque chose ne peut jamais être donné comme un objet absolument simple dans une expérience pos» sible, mais que le monde sensible doit être considéré comme l'ensemble de toutes les expériences possibles^ rien de simple n'est donc donné en lui.
Cette seconde proposition de l'antithèse va beaucoup plus loin que la première ; celle-ci ne bannit le simple que de l'intuition du composé, celle-là l'exclut de toute la nature. C'est pourquoi elle n'a pu être démontrée par l'idée d'un objet donné de Tintuition extérieure (du composé), mais par son rapport à une expérience possible en général.
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