REMARQUES SGR LA DEUXIÈME ANTINOMIE
i» Sur la thèse.
Quand je parle d'un tout qui se compose nécessairement de parties simples, j'entends seulement un tout substantiel, comme le composé propre, c'est-à-dire Tunité accidentelle de la diversité, laquelle diversité donnée isolément (au moins en pensée), est constituée en liaison mutuelle, et forme ainsi une chose unique. A proprement parler, on ne doit donc pas dire que Tespaceest un composé, c'est un tout; ses parties ne sontpossibIesquedansletout,etnon le tout par les parties. En tout cas, il ne pourrait être appelé qu'un composé idéal, mais non un composé réel. Cependant ce n'est là qu'une subtiKté. Puisque l'espace uest point un composé de substatlfes (ni même d'accidents réels), si l'on supprime en lui toute composition, il ne doit rien rester, pas même le point ; car le point n'est possible que comme limite d'un espace (par conséquent d'un composé). L'espace et le temps ne se composent donc pas de parties simples. Gequi n'appartient qu'à l'étatd'une substance, quoiqu'il ait une grandeur ou quantité (par exemple, le changement), ne se compose pas du simple^ c'est-à-dire qu'un certain degré de changement n'a pas lieu par une addition de beaucoup de changements simples. Notre conclusion du composé au simple n'est valable que pour des choses subsistant par elles-mêmes. Or, des accidents dePétat n'existent pas par eux-mêmes. On peut donc facilement compromettre l'argument en faveur de la nécessité du simple, comme de parties constitutivesde tout composé substantiel, et par là aussi l'objet de cet argument en général, si on lui donne trop de portée, et si l'on veut le faire valoir, sans distinction, pour tout composé, comme on Ta déjà tenté plusieurs fois.
Du reste, je ne parle ici du simple qu'en tant qu'il est nécessairement donné dans le composé, puisque celui-ci peut être résolu en celui-là, comme en ses parties constituantes. La
TRANSGBNDBNTALE. 145
RBHABQDSS SUA LA DEVUtn AHTIllOaiB.
t> Sur l'antithèse.
Cette proposition de la division de la matière à l'infini, dont la démonstration est purement mathématique, est attaquée par les monadistes. Mais leurs objections sQnt déjà suspectes, en ce qu'ils ne veulent point des preuves mathématiques les plus claires, dans Tappréciation de la propriété de Pespace, en tant qu'il est, en fait, la condition formelle de la possibilité de toute matière. Us ne les considèrent que comme des raisonnements formés d'idées abstraites, mais arbitraires^ et qui ne peuvent être appliquées aux choses réelles; comme s'il était seulement possible d'imaginer une autre espèce d'intuition que celle qui est donnée dans l'intuition originelle de l'espace, et comme sises déterminations d priori n'atteignaient pas en même temps tout ce qui n*est possible que parce qu'il remplit cet espace ! Si l'on était de leur avis, il faudrait concevoir, outre le point mathématique, qui est simple et n'est pas une partie, mais simplement la limite d'un espace, il faudrait concevoir, discje, des points physiques qui, à la vérité, seraient simples aussi, mais qui auraient le privil^e, comme parties de l'espace, de remplir l'espace par leur seule agrégation. Sans répéter ici les réfutations ordinaires et claires de cette absurdité, réfutations que l'on trouve en foule, comme il est tout à fait inutile d'ailleurs de vouloir offusquer subtilement par des concepts purement discursifs l'évidence mathématique *, j'observe seîilement que si la philosophie chicane ici avec les mathématiques, c'est uni* quement parce qu'elle oublie qu'il ne s'agit dans cette ques* tion que des phénomènes et de leurs conditions. Mais il ne suffit pas ici de trouver pour un concept intellectuel pur du composé, le concept du simple; il s'agit de trouver, pour Y intuition du composé (de la matière), l'intuition du simple;
146 LOffiOOs
signification propre du mot mofuufe (suiyant Pusage de nitz), devrait n'appartenir qu'au simple . qui est immédiate^ ment donné comme substance simple (par exemple, dans la conscience de soi-méQe)> et BOO'iOOnune élément du composé, élément qu'il vaudrait mieux appeler atome (i). Et comme je ne veux prouver les substances .simples que par rapport au composé dont elles sont des' âéinedts, je pourrais appeler Tantithèse de la deuxième antifciomie, Vaiomistique transcendentale. Mais ce mot étant déjà employé depuis longtemps pour désigner un mode particulier d'explication des phénomènes corporels (molecutarum), et supposant par conséquent des concepts empiriques, il vaut mieux l'appeler principe dialectique de la monadologie.
(1) iifomtiff, masculin imaginé par Kant, au lieu du neutre ordinaire, iifomoffi traduit dans la philosophie scolastique par {fuepara&Of, didtr- Mni<ètt0, etc. Kant a voulu manifôstementfaire une opposition allouas, ce tim^Uxq^ï hii a ftût rencontrer cet tf«a( Xvyifuvov. Dans Démocrite, <TO|&i»ç^ et atomtif, dans Cicéron, soai do geora féminio. R.
TRANSCaSNDHNTALE. 147
ce cpii est tout à fait impossible d'après les lois de la sensibilité, par conséquent aussi dans les objets des sens. On peut donc toujours accorder que, relativement à un tout composé de substances, qui est simplement conçu par Tentendement pur, il est nécessaire d'avoir le simple avant tonte composition de ce tout. Cependant ceci n'a pas lieu dans le totum substantiate phœnomenon, qui, comme intuition empirique dans l'espace, emporte la propriété nécessaire de n'avoir aucune partie simple, parce qu'aucune partie de l'espace n'est simple. CSependantlesmonadistes'ont été assez subtils, pour vouloir éluder cette difficulté, ne supposant pas l'espace comme une condition de la possibilité des objets de Tintuition extérieure (des corps) ; ils supposent, au contraire, cette intuU tion, et le rapport dynamique des substances en général, comme la condition de la possibilité de l'espace. Or, nous n'avons un concept des corps qu'autant que nous les considérons comme phénomènes; mais, à ce titre, ils supposent nécessairement l'espace comme condition de la possibilité de tout phénomène eitérieur. Le subterfuge est donc vain, et il a déjà été suffisamment prévenu antérieurement dans l'esthétique traascendentale. Si les phénomènes étaient des choses en soi, alors la preuve des monadistes serait absolument valable.
La deuxième affirmation dialectique présente cela de pai^ ticulier^ qu'elle a contre elle une assertion dogmatique, de toutes les subtilités la seule qui tente de démontrer péremptoirement, dans un objet de l'e:(périenGe, la réalité de ce que nous avons compté précédemment parmi les idées transcendentales pures, à savoir, la simplicité absolue de la substance, —on que l'objet du sens intime, le moi qui pense, est une substance absolument simple. Sans m'engager maintenant danjs cette question (puisqu'il en a été suffisamment parlé plus haut), j'observe seulement que, si quelque chose est simplement conçu comme objet, sans qu'on ajoute une détermination synthétique à son intuition (précisément comme il arrive
TBOISIÈME OPPOSITION DES IDÉES TBAMSCEIfDEMTALES.
THÈSE
La causalité d'après les lois de la nature n'est pas la seule dofit nous puissions dériver tous les phénomènes du monde; il est nécessaire d'admettre encore une causalité par liberté pour l'explication de ces phénomènes.
PREUVE
Si Ton suppose qu'il n'y a de causalité que suiyant des lois physiques, alors tout ce qui arrive suppose un état antérieur auquel il succède inévitablement suivant une règle. Mais cet état antérieur doit lui-même être quelque chose qui soit ar^ rivé (devenu dans le temps, puisqu'il n'était pas auparavant), parce que s'il avait toujours été, sa conséquence aussi n'aurait pas un jour commencé d'être, mais aurait toujours été. Par conséquent la causalité de la cause, par laquelle quelque
TIANSGKNOKMTALB. 149
dans la pnre idée: moi), rien de diven, ancnne compoÂlion ne peut assurément être perçue dans une telle représentation. Déplus, comme le» prédicats par lesquels je pense cet ^jet sont simplement des intuitions du sens intime, ils ne peuvent rien présenter qui prouve une diversité dont les éléments soient en dehors les uns des autres, par conséquent une composition réelle. G^est pourquoi la conscience de soimême exi^e, par le fiiit que le sujet qui pense est en même temps son objet propre, qu'il ne puisse se diviser lui-même^ quoiqu'il divise les déterminations qui lui sont inhérentes ; car, par rapport à lui-même ou en soi, tout objet est absolument Un. Néanmoins, si ce sujet est considéré exiérieuremaU comme un objet de l'intuition, il laisse cependant voir en lui composition dans le phénomène. Et il doit toujours être considéré'ainsi, quund on veut savoir s'il y a ou non en lui une diversité dont les éléments soient extérieur» les uns aux autres.
TRoisiftm OTPosmoH DKs rotfvs TiumcEmnfTAun.
amuhèse.
11 n'y a pas de liberté, mais tout dans le monde arrive suivant des lois naturelles.
PHEUVE.
Supposé qu'il y ait une &*6erfé, dans le sens transcendental, comme une espèce particulière de causalité suivant laquelle les événements du monde pourraient avoir Heu,c'està^ire une faculté de commencer absolument un état, par conséquent aussi une série de conséquences de cet état : alors non*senlement une série commencera absolument en vertu de cette spontanéité, mais encore la détermination de cette spontanéité même à produire la série, c'est-à-dire la causalité;
flM LOOIQUB
ohjM0 arrive^ est dle-mème quelque cbose-d'orr/vl, qui suppose à son Umr^ mmut k loi de la nature, un état préc^ dent et sa cansalUé; mais cet état en suppose de même un antre antérieur, et ainsi de suites
' Si donc tout arnve suivant les seules lois de la nature, il nY a janMis qu'un commencement subalterne [relatif], mais jamais un premier commenceixient , et par conséquent en gét^éral aucune intégralité de la série du côté des causes provenant les unes des autres. Or, cèpeildant c*est une loi de la nature, que, sans une cause suffisamment déterminée à priori, rien n'arrive. Par conséquent, la proposition qui énonce que toute causalité n*est possible que d'après des lots physiques se contredit elle-même dans sa généralité sans limite. Cette causalité ne peut donc être admise comme unique.
Il faut donc admettre une causalité par laquelle quelque chose arrive sans une autre cause précédente qui la détermine suivant des lois nécessaires, c'est-à-dire une spontanéité absolue des causes, capable de commencer dVlle-méme une série de phénomènes, qui déroule suivant des lois physiques ; par conséquent une liberté transcendentale, sans laquelle, dans le cours même de la nature, la série successive des phénomènes n'est jamais complète du côté des causes.
TRANSdMfDKNTAtB. 151
tellement que rien ne précède, en vertu de qnoi cette action qui arrive soit déterminée suivant des lois constantes. Mais tout commencement d'action snpposf nn état de la cause encore non agissante ; et un commencement dynamiquement premier de l'action suppose un état qui n'a aucun rapport de causalité avec le passé de la même cause, cfeit*k-dire qui n'en résulte d'aucune manière. La liberté transcendentale Mt donc opposée à la loi de causalité, et une liaison des états sucoessifii produits par des causes efficientes, suivant laquelle aucune unité expérimentale n'est possible, et qui par consé* quent, ne se trouve dans aucune expérience, n'est donc qu'un vain être de raison.
Il n'y a donc que l^ nature dans laquelle nous devions cberchef Tenchainement et l'ordre desévénements dumonde. Lia liberté (l'indépendance), h l'égard des lois de la nature, est à la vérité un affranchissement de la contrainte, mais aussi un ajFFranchissement du fil condueieur de toutes les règles* Car on ne peut pas dire qu'au lieu des lois de la nature, d^ loi» de la liberté pénètrent dans la causalité du cours du monde, parce que si cette causalité était détermin^. suivant des lois, elle ne serait pas liberté; au contraire, elle ne serait antre chose que la nature. Par conséquent, la liberté et la nature transcendentales se distinguent comnie la légalité et la licence. La première, à la vérité, fatigue l'entendement par la difficulté de rechercher d^ plus en plus haut l'origine des événements dans la série .des causes, parce que la causalité est tonjoun conditionnée en eux ; mais elle promet en retour une Unité d'expérience universelle et légale. An contraire, l'iUusion de la liberté promet, il est vrai,^ du repos à l'entendement qui scrute dans la chaîne des cantes, puisqu'elle l^conduit à une causalité incoadifionnée ou absolue, qui commence à agir d'elle-oaême; mais comnie cette causalité est aveugle, elle rompt le fil conducteur des règles, suivant lequel seulement une expérience universellemen liée dans toutes ses parties est possible.
REMARQUES sua LA TROISIÈME AXTINOMIE.
i» Sur la thèse.
L*iclëe transcendentale de la liberté ne forme pas à beaucoup près, il est vrai, le contenu total du concept psychologique de ce nom, concept qui est en grande partie empirique ; elle ne forme que celui de la spontanéité absolue de l'action, comme raison propre de Timputabilité de cette action. Néanmoins ce concept est la pierre d'achOppement de la philosophie, qui trouve des difficultés insurmontables à reconnaître cette espèce de causalité absolue. Ce qui, par conséquent dans la question sur la liberté de la volonté, a mis jusqu'ici la raison spéculative dans un si grand embarras, n^est que transcendental, et a seulement pour objet de savoir si une faculté de commencer spontanément une série dé cRoses ou d'états successifs doit être admise. 11 n'est pas nécessaire de dire comment une faculté de cette nature est possible, puisque n'oiis sommes également obligés de nous borner, en fait de causalité suivant âeê lois naturelles, à recotinaitre à priori qu'une telle causalité doit être supposée, quoiquenous ne comprenions pas du tout comment il est possible qu'en vertu d'une certaine existence, une autre existence d'une autre chose soit posée, et que nous soyons ainsi forcés de nous en tenir simplement à Texpérience. Nous n'avons donc proprement prouvé cette nécessité d'un premier commencement d'une série de phénomènes par la liberté, il est vrai, qu'autant qu'il est indispensable pour concevoir une origine au monde, tandis que l'on peut prendi^e tous les états successifs pour une dérivation d'après des lois purement physiques. Mais parce que la faculté de commencer tout à fait spontanémentune série dans le temps, vient cependant d'être enfin démontrée par là (quoique non aperçue), il nous est aussi permis maintenant de faire commencer spontanément différentes séries au milieu du cours du monde, et d'attribuer à
TEANSCBlinSITALB. 153