‹ La critique de la raison pure. Tome premierChapitre 1 sur 72 · DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR

Je publie pour la seconde fois la traduction de la Critique de la raison pure. J'ai dû améliorer mon œuvre, et je n'ai rien épargné pour la rendre plus digne du public. Des détails à ce sujet seraient inutiles. Mais je dois dire pourquoi je donne aujourd'hui la préférence à la première édition de l'auteur sur la seconde. J avais déjà pu me convaincre par moi-même, en comparant la pensée originale et spontanée de Kant avec sa pensée plus réfléchie peut-être, mais aussi plus calculée, plus influencée par la critique , moins naturelle et moins logique enfin, que la retouche de ce chef-d'œuvre n'avait pas toujours été des plus heureuses. Cependant cette réflexion ne m'aurait pas déterminé à faire aujourd'hui un choix différent de celui que j'avais fait en 1 835, si je n'avais vu des éditeurs, tels que MM. Rosenkranz et Schubert , se décider pour la première, sauf à donner en forme de suppléments, toutes les additions, variantes et antres changements introduits dans la seconde. J'ai cru devoir faire comme ces savants éditeurs. On aura donc ici pour la première fois les deux éditions réunies. Une I. a

Il AVERTISSEMENT

table supplémentaire détaillée permettra d^ailleurs de lire Touvrage comme s'il n était que la reproduction de la seconde édition.

Comme cette traduction a été revue sur l'édition donnée à Leipzig en 1 838 , je crois devoir reproduire ici la meilleure partie de la préface de M. Rosenkranz. Sa parole aura plus d'autorité que la mienne.

« Le but de cette préface ne peut être de nous étendre sur la valeur et l'importance de la Critique de la raison pure de Kant. Ce n'est pas nécessaire. Toutes les écoles sont unanimes sur le mérite de cet ouvrage immortel (i). C'est la tête de Janus de la philosophie nouvelle. Tous les résultats des travaux antérieurs y sont concentrés, toutes les nouvelles directions pour les progrès ultérieurs y trouvent leur voie ouverte et tracée. Quelque subtils que soient souvent les détails de l'Arcbitectonique, le sens spéculatif profond reste maître de l'ensemble. Toujours et sans cesse Kant revient à la question fondamentale de l'unité de l'être et de la pensée, du réel et de ridée, de l'objectif et du subjectif. Souvent on croit être au bout de son exposition , pensant qu'il ne peut plus rien avoir à dire, quand on le voit tout à coup, peu satisfait qu'il est encore^ pénétrer plus avant dans les profondeurs de la question, en chercher une solution plus radicale. Dans la Critique, la matière et la forme sont d'une égale importance. On peut dire de cet ouvrage , ce qui a été dit des cathédrales gothiques , que la grandeur immense s'allie panfaitement dans l'esquisse de ce tout sublime, avec la finesse dansTexécu-

(1) Il faut remarquer que M. Rosenkranz est un disciple de Hegel.

DU TBAOUGTEUB. III

tion laborieusement patiente des innombrables détails de Tédifice.Et de même, qu'on s oriente dans le labyrinthe des rues d'une grande cité, sur des maisons, des palais et des chapelles , mais surtout en attachant ses regards sur des tours qui dominent tout le reste; de même aussi, dans la philosophie^contemporaine, dans le pêlemêle de ses querelles , on ne peut faire un seul pas as sure, si Ton n'a les yeux fixés sur la Critique de Kant. Fichte, Schelling, Hegel etHerbart, en ont fait leur grand centre d'opérations pour la défense comme pour l'at-* taque. »

Tel est en peu de mots le vrai et magnifique témoignage rendu par M. Rosenkranz, au monument philosophique que nous publions ; et ce témoignage serait également celui de tous les penseurs les plus distingués de l'Allemagne. Il ne reste donc à la critique française d'autre parti à prendre, qu'à être de l'avis de ces hommes célèbres, ou à les condamner tous. Mais, pour se prononcer contre eux, il nous semble qu'il serait juste de commencer. par les entendre. Jusque-là, nos beaux esprits, qui se croient métaphysiciens à si bon marché , pourraient bien n'être que ridicules.

M. Rosenkranz passe ensuite au compte rendu de son édition : « La Critique ^ qui parut pour la première fois, en 1781, a eu sept éditions (1). La dernière est celle de Leipzig 1 82 8. La seconde, qui est de 1 787, renferme des changements essentiels , qui ont passé dans les suivantes.

Que doit foire l'éditeur des œuvres complètes? Il

(1) La sienne fait la huitième, et celle de M. Hartenstein la neuvième.

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