IV AVERTISSEMENT
semble bien qu'il doit donner la seconde édition, puisque Kant a laissé faire sous ses yeux jusqu'à la cinquième, d après celle-là. C'est assez dire qu'il s'y tenait. Une réimpression de la première serait pour ainsi dire une injure à lui faite , et une sorte de mépris pour la peine qu'il s'était donnée en préparant la seconde. Mais doit- on regarder comme insignifiantes les différences entre ces deux premières éditions? N'y a-t-il aucun intérêt à reconnaître clairement ce que Kant a supprimé, ajouté, changé? Ne conviendrait-il par conséquent pas de mettre en lumière toutes ces variations diverses ?
Cette question n'est pas susceptible de deux réponses. Demande-t-on maintenant la manière dont il faut s'y prendre pour faire ressortir plus sûrement et plus simplement la différence signalée? Si l'on voulait toujours reculer de la seconde édition à la première, on s'engagerait infailliblement dans une opération plus difficile et plus compliquée, que si l'on avançait de la première à la seconde. Car c'est de cette dernière sorte que le progrès s est accompli dans Kant lui-même : il prépara la seconde édition sur la première. Le lecteur doit donc pénétrer bien plus facilement et plus profondément dans la pensée de l'auteur , s'il prend la marche que Kant a lui-même suivie. Alors il a devant lui, dans l'ordre chronologique le plus naturel, la forme originelle de la matière, et la modification ultérieure qu'elle a subie.
Déjà, sous le rapport du développement de la pensée même de Kant, il serait donc nécessaire de donner une base à la première édition ; il ne l'est donc pas moins , sous le rapport formel , de placer le secondaire après
DU TBADUCTECE. V
le primitif. Mais on peut'dire encore que la conception originelle avait, sous le rapport du fond, un avantage incontestable sur le remaniement postérieur. Tout remaniement n'est pas nécessairement une amélioration. L'unité créatrice du premier jet cède à l'hésitatioD des mouvements mal assurés d'une lime qui pénètre du dehors, plutôt qu'elle ne polit du dedans. L'iiistoire littéraire abonde en analogies i\vù montrent comment les éditions postérieures ont souvent affaibli l'originalité , la hardiesse, la force et l'unité des premières. Pourquoi Kant n'aurait-il pas eu le même sort? pourquoi n'auraitil pas souvent manqué le but qu'il se proposait par ses améliorations? S'il en est ainsi, c'est une nouvelle raison de redonner la première édition, sans rien négliger, bien entendu, des changements que présente la seconde.
Or, selon moi, c'est ce qui est arrivé; s'il fallait des témoignages étrangers pour l'établir, ils ne manqueraient pas. Je n'en rapporterai que deux , le plus ancien et le plus récent. Dans l'addition à son dialogue de David Hume, sur l'idéalisme transe* Œuvres, i8i5, page 291), ainsi : « Le traité suivant se • la première édition de la c B existante alors ( en février ' après la publication de ce
«édition de l'ouvrage de Kant, augmentée de cette « réfutation de l'idéalisme , dont j'ai parlé longuement n dans l'introduction qui se trouve en tête du tome II de « mes œuvres. Dans la préface de cette seconde édition, « Kant entretient ses lecteurs des améliorations de /orme 1 qu'il a essayé d'apporter à la nouvelle édition, sans dis-