ANTICIPATION DE LA PERCEPTION
On peut appeler anfticipation toute connaissance par laquelle je puisconnaître et déterminer à priori ce ^i appartient à la connaissance empirique; c'est sans doute la signification que donnait Épicureau mot Ttpok^ypK;. Mais, comme il y a quelque chose dans les phénomènes qui n'est jsimais connu à priori^ et qui par conséquent constitue aussi la différence propre entre l'empirisme et la connaissance àpriori, je veux dire la sensation (comme matière de la per-
(i) Le premier alinéa qui suit ce litre dans la seconde édition ne trouvait pas dans la première. V. Suppl. XVUI. R.
ception), la teiiftation est donc prftprement ce qtM ne peut être anticipé. Kn contraire^ nous pourrons appeler les déterminations pures dans l'espace et le temps, par rapport soit à la figure, soit à la quantité, anticipations des phénomènes) parce qu'elles représentent à priori ce qoi peut" toujours être donné à posteriori dans l'expérience. Mais, supposé qu'il se trouve pourtant quelque chose susceptible d'être connu à priori dans toute sensation, comme sensation en général (sans qu'une sensation particulière puisse être donnée), cela pourrait être appelé anticipation dans un sens extraordinaire. Je dis extraordinaire, parce qu'il paraît surprenant d'anticiper sur l'expérience en cela même qui constitue sa matière, ef^ qu'on ne peut tirer que d'elle. Et c'est cependant €e qui a lieu ici.
L'appréhension ne remplit, avec la sensation seule, qu'un instant (^ Ton n'a pas égard à la siKsœsàion d'un grand nombre de sensations). Gomme il y a dans le phénomène quelque chose dont l'appréhin* sion n'est point une synthèse successive, laquelle va des parties à la représentation totale, cette appréhension par conséquent manque de quantité extensive } l'absence de la sensation dans le même point de temps le représenterait comme vide, comme = 0. Ce qui, dans l'intuition empirique, correspond à la sensation, est donc réB\\té)]realitaSj phœnomenon);ee qui répond à l'absence ou défaut de la sensati9n.
TRANSQKND&NTALE. * 191
d'estla négation » zéro. Mais toute seogation e8t bus* ceplible de plus ou df moins, telîement qu'elle peut décroître et disparaître iaflensiblemeut. De là, entre la réalité phénoméuale et la négation, une suite continue de beaucoup de sensations intermédiaires possibles dont la difl§renoe des unes aux autres est' toujours moindre que la (différence entre une senèttion donnée et zéro, ou la parfaite n^ation . G'est*à* dire que le réel dans le phénomène a toujours une quantité, mais qui ne se trouve pas dans rapprëhensioii, puisque celle-ci s'opère en un clin*d'ceil car ^ le moyen de la seule sensation, ftnon par la synthèse successife de beaucoup de sensations, et par conséquent ||9 va pas des ps^rties w tout : il a donc une quantité/mais pas extensive^ /'
Or, Rappelle cette quantité, qui est appréhendée seulement comme unité, et dans laquelle la muUi-^^ plicité, ne peut être représentée que par approximation à la négation = 0, quantité inlensive. La réalité dans Je phénomène a donc une quantité intensive, c'e^t-à-dire un degré. Quiifid on considère cette réa* ' lité comme cause (soH de la sensation ou d'une autre réalité dans le phénomèn% v« g., d'un* changenient), on rappelle moment, v. g», le moment de la pesanteur. Toutefois, cette dénomination n'est usitée que pour indiquer que le degré désigne seulement une quantité doni l'appréhension n'est point successive, m|iis instantanée. Je ne fais qu'effleurer cette matière
en passant, car je n'ai pas ençoi^ à m'occuper de la causalité. 4
Ainsi toute sensation, par conséquent toute réalité dans le phénomène^ si petite qu'elle soit, a un degré, c'est-à-dire une cfuantité intensive, qui peut cependant toujours être diminuée; ef entre la réalité et la négation il y a un enchaînement continu de réalités possibles et de .petites perceptions possibles. Une couleur quelconque, v. g., le rouge, a un degré qui, si petit qu'il puisse être^ n'est jamais )e plus petit '^ possible ; il en est de même de la chaleur, du moment dft la pesanteur, etc^ partout où il y a lieu.
La propriété des quantités qui f^it ^u'ituoune de leurs parties n'est enédles la plus petite possi][)le (aucune partie simple) -^t ce qu'on appelle leur conli- J\ nuité. L'espace et le temps sont des quantités* coniiq'^' y, nues (quanta continua)^ parce qu aucune de leurs * V ' parties ne peut être donnée sans être feiifermée dans des limites (des points et des instants), de telle sorte par conséquent que cette partie même n'esta çpcore qu'un espace et qu'un tesips. L'espace ne se compose donc que d'espaces, le temps qi^e de temps. Des points et des instantsihie sont que des limites c'est-à-dire simplement les endroits de leur circonscription ; mais ces endroits supposent toujours des intuitions qui doivent les limiter ou les déternainer, et ni l'espace ni le temps ne peuvent être conçus composés de simples parties qu'on supposerait déjà données
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avant Tespace^u le:temp8* Les quantités de cette nature peuvent être appelées fluentes parce que la synthèse (de l'imagination productive) les produit par une progression dans le temps, dont la continuité peut être rendue par le mot fluorion.
Tous leà phénomènes en général sont donc des quantités continues, tant par leur intuition que par leur simple perception (sensation et par conséquent réalité). Dans le premier cas, ce sont des quantités extensives; dans le second, des quantités intensives. Lorsque la synthèse de la diversité des phénomènes est interrompue, cette diversité n'est alors qu'un agrégat d'an certain nombre de phénomènes, et non proprement un phénomène, comme un certain quan-^ tum, qui n'est point produit par la simple progression de la synihè&e productive d'une certaine espèce, mais par la répétition d'une synthèse toujours interrompue. Quand je dis quels thalers font une quantité d'argent, je veux seulement faire entendre par là que je comprends sous cette dénomination la valeur d'un marc d'argent fin ; ce marc d'argent est certainement une quantité continue dans laquelle il n'y a aucune partie qui soit la plus petite possible, mais dont chaque partie pourrait former une pièce de monnaie qui contiendrait toujours la matière de plus petites parties. Mais si par la dénomination de d3 thalers j'entends comme autant de pièces rondes (quel qu'en soit la valeur), c'est impro- I. 13
«le tbaleç^i il f9Ht l'appeler hr agrégat, ç'eaH-^ire un nqi^^re de pj^^ d'argent, E;t, ppjnm§ 4ai)8 tp«t Uprobre hpq upit^ qHPlcfiP<j|iq fl9|t pefyjr de pnj^-
cipe, le phénoinèiie, CQPWfi ynité, Sgt flp ?î«f»MMB». et, pQiwwe tel, tQiyour? up P(mfinM,
Or, 91 tÇH^ \^ phépom^p§ç cpng|(Jépé8, çoit p3^tpn-
«iyeinent 9fl}\ iptepslveiflent, §ont «îps, quapt^pg
çpntipMPS, il ç'epsiqit que jîi prfiposjtipn ; Tqut c^pp-
gewept (paaiRge d'une chose 4'up étftt à im ^utre) est cpRtipH, poprp^it être ip| f^cilepîept prouv^p ^y^qmiP évi^pnçp ^^^thé^T^atiq^e, si U gaugalité ne plag^it
paa up ch^pgçmept ep gépéral tppt à fait ep dehors 4'^nQ pbijpsopbiQ traRSP^PI^eptale, et pe mppg^it
P§i de? pripçipe? empirique^f G»r, p'upe çîipsp qui chapge l'ptîitfleafilio^^'C'eftt-Hire qpilea détern^ine eu pens Qpptraire d'pp eeftain ^t^t ^Qpné, gqit possible, ç'eit cp dpnt reptepdefpçpt ne i}p«f 4eRpe ^w-
cpneçQun^isgîipcp ^|)npn, PQp-sppleippnt parpç (ju'il n'en vpit pas la ppçgibilité ( ofif cette vue npus planque dans up grand nombredecoppaissancesdiprtort), mais encore parce qqe la piutabilité n'atteint que certaines détermin^tioqs des phénpmènes, que l'ei^péfience seule peqt enseigner, puisque la cause en est cacliée dans l'imoiu^ble. Itfais comqie nous n'avons rien ici dqnt qous puissiops noi^s servir, excepté le^ concepts fondamentaux purs dp toute expérience possible, qi|i ne doivent ^ iep contenir d'empirique.
neijs îip pQHYPHPi mw ^\tèm l'unité ^a pp^p)«,
^ntjGlp^F ?m ^ vi^jmm générale qpi 9- ppof foii4fi^
l'anticipation de? perepptiqH^ ! Çp p^Wfiipe feit IB^fPfi suppléer- «H? ^^fautsdea p^repptiops 4p ro^si^ 4 prér Ypnir i^ f^tt^ses pqppéçjiieRfsep gui ppfjrr^jppt ^^ i(h
Si toute réalité dans la perception a un d^gi:é|
entre gp degré et la Rég^ipp se tj-qp^fi hb^ série in-
ÛRi^ d^ j^pgr^? iqféripurp ; ^t néanpoipa clj^que f,pm
dpit avfiif «n fjpgf^ 4ét€irmii?é d^ réfiçptjvjté pppr la sfpa^tiQB. }l q'y ^ dppc pas dg p§rceptipq, p^r çpii[§é<|iifipt pfi8 d'çîpéi-ieiBcp ppagible, gnj 4éropntr§ une *b|fiîi(;e totale de toBtpréftUtédaB^ le pbénon^ène,
sqit paédiatProept sqit io^q^édiateoieqt (qitel que spit le détpHr par jgqqel pn ^j-iypr^itàpettp ppnclusipii) | c'§st-4-dirp qu'il m pPMFft janjai? être tiré dP l'pJÇf pérignce unp preuve ^e layfipuité dp l'eçp^cg qp (Jh v tenips, par le iBp.BqBP tPt^l dp réalité dangriRtpitjon spR^iblp np pput d'|b«r4 ^tre iHi-mêmp perçu ; en se-t QQpd Hep, ']\ pe peut §p 4édpiï'fi d'aupun phéppmèpe sjpguUpr, ni dp la différPBPe de ppn degré dp réalité, et ne dpjt japa^i? être priq pour l'pxplip^tiPP de pptte
réftiité. — Ç|r> qwpiqvjp l'pptière intuUlqp d'pn
egpgpe pu d'ïlP temp§ détPrRïiné spit lopt ^ f^^'
r^fljcj ^'p8t-^-:4irHs'8HPHR8 B»rtipn'PB mi Yi4p> -^
i 96 LOGIQUE
cependant, comme chaque Téaiité a son degré qui peut décroître suivant une infinité d'autres degrés jusqu'à zéro (jusqu'au vide) sans que la quantité extensive des phénomènes cesse d'être la même, il faut bien qu'il y ait une infinité de degrés différents qui remplissent l'espace et le temps, et que dans les divers phénomènes il puisse y avoir une qusmtité intensive plus ou moins grande, bien que la quantité extensive des phénomènes n'éprouve aucun changement.
Nous en donnerons un exemple. Presque tous les physiciens, en remarquant la grande différence d'une quantité de matières de diverse nature sous un volume égal (soit par rapport au «noment de la pesanteur, soit par rapport au moment de la résistance à une autre matière en mouvement), concluent d'une seule voix que ce volume (quantité extensîve du phénomène) doit contenir du vide dans toutes les sortes de matières , quoique dans des proportions différentes. Mais qui penserait jamais que ces scrutateurs de la nature, la plupart mathématiciens et mécaniciens, fondent leurs conclusions sur une simple hypothèse métaphysique, sorte d'hypothèses qu'ils se montrent si jaloux d'éviter ? Et cependant ils prétendent que le réel dans l'espace (que je ne puis appeler ici ni impénétrabilité, ni pesanteur, puisque ce sont là des concepts empiriques) est partout identiqtie, et qu'il ne peut êtredistingué que par la ({xxBxAxiè extensive, c'est-à-dire
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par la multiplicité. A. cette supposition, qui ne peut avoir aucun fondement dans l'expérience, et qui par conséquent n'est que métaphysique, j'oppose une démonstration transcendentale qui, à la vérité, ne doit pas expliquer la différence trouvée dans les espaces étendus solides, mais qui cependant fait disparaître la prétendue nécessité de cette supposition, qu'on ne peut expliquer la différence en question qu'en admettant des espaces vides, et qui a du moins l'avantage de donner à l'entendement la liberté de concevoir d'une autre manière cette différence entre les corps , si toutefois l'explication physique exigeait ici une hypothèse. En effet, nous le voyons, quoique des espacée égaux puissent être parfaitement remplis par d^s matières différentes, de telle sorte qu'il n'y ait dans chacun d'eux aucun point où la matière ne soit pas présente, tout réel de même quantité a néanmoins un certain degré (de résistance ou de pesanteur) qui, sans que la quantité extensive ou la multiplicité diminue, peut être de plus en plus petit à l'infini, avant que cette quantité soit réduite au vide et à zéro. Ainsi, une expansion qui remplit un espace, V. g., le calorique ou toute autre réalité (dans le phénomène), sans que la moindre partie de cet espace reste vide, peut décroître par degrés à Tinfini, et remplir néanmoins cet espace par des degrés moindres, et dans un autre phénomène par des degrés plus grands. Mon but n'est point ici d'affirmer que telle
soit eil èfflgt la raison de là différence des coi'^ë, quant â leur pesanteui- st)ét;ià(}bé, mais seulebent de faire voir, fiàr tatl principe dé l'ëilténdëbiëtlt piiti tjtië là. hatbfé de nbb psr^j^lim i'étid uiiè telle êiplleàtiOtt jildUàlblë, et qbë l'bil [irefiâ fôb^âëdèdt Ib h§ël dU ffliéhUiiieBb cbtdtâe egât i|uàât &d degi^,- et difféfMt ^uaflt â ion âl^régâtiob et à é& tibàfitltë ëitèhiiVë éb»^ lëiUëdt, et 4tié »'ë&t â tdtt (|d'dtl Tâifiriâë â))HoH {iâ^ ilB principe de rénténdèiUént.
Clëttë àatibi^àtibh de là {iëi-bëptlbb a nëâiiitiBiiis qUèti|uê ëhb&e t}Ui ehbt|dë toujbiii's lin èbfiitïteUi' devenu d'&ûtatit plu§ cli'ëonBpëct tjbll éû pliii âtfébd^ ttltnè à l'àillicipkttbb trànsëëtadebtàle. tl né pëbl: dbbc itianittiëf d'ètré pdl>iê â i^flêëlill> Siir lé tait qtië rëfitëbdbbiebt f^iit kbticipei' bnë |il'bj[)b6itida ëytitliétiqUê, telle qbë dëllë Qu degté de toblë i^àliig dfitis lëâ pliénbbiètlëâ (et pâh bonâëqbërit éëtlë AK là pbis- Bibllitédëlàdlbtifictibd idit'iriâèitÛb de laëeâSfttibd elie^Mèméj eu faisant âBâti'àctiod de ba i^uâlité ëtnpil'ique)(i); C'ëët ddiië Utib t^ùéàiioû ^ui ttéfite d'ètré rèsolbë, quéëellëde ëktdir bôtdBlientreiitëti^ dément peut ici pronObcëi' g^tithétiqilbmëdt â priéH, sur les phênomèhëb, et leâ ànticipei* JU^bë daiis ce qui bât prbpfedibnt et purëbënt ëibpii'iqUë; dans cb qui tôubheâ la âënàatioti.
(1) Les tektés de la phrase précédente ne sont pas d'accord : nous avons suivi la correction proposée par le D' Schopenhauer (note de H. k.), éti poiif la itaMUièse, l'édition cle M. tlâHehâtëin. t.
TRANâfcfeÂBfeîlTALE. l9&
empirîqïïéi et fie tiëlit êtfë répWtehtéè à »n'on/v. glT^feBddulebrfii des saveurè^ ëteâ). Mais le réel ^ui borrëi|)Dnd àus seâBàtiotiB en général, en optioiitiott Uvee la négàtidn = 0^ reprâBènie ëeulëmetlt quel»" que chose dont le concejit contient en sdi une eitis» téneef et ne eigilifle que la dynthèsé dans une cdnecienee etnjiii^ique eu géhét'ftl ) cAr là cohscienoe em^ pirique peut s'élever dans le sens intime depuis zéro jUiqu'àun degré 6bpérieu^ qdelconque i de sorte que là inême quantité èxlëhsiVe de Tintùition (comme une sur fade éeiairée) excite une sensation autel grande que plusieurs autres (surfaces moins éclairées) priseï ensemblei Od peut donc faire côm^ilétement abstraction de la quantité extensite du phénomène^ et ëe Représenter néarimbins dans la seule sensation, âUH certain moment, une synthèse d'augmentatioh utiiforme depuis eéro jusqu'à la consfcience empirique données Toutes les sensations sont donë^ enninië telles^ données seulement ci pd^^eWort/ mais la pro-» priétéquiles rend susceptibles de degrés peut' étfë feonnuë â priorit II est donc à remâ^que^ que nôUë fie pouvons connaître à/^rtore dans une quanti té en génïM ral qu'une seule qualitéi feàvoir 3 la cùntinuiléf fflttlé que daUs tdUte qualité (dans lé réel des phéndihènëâ) nous n'en connaissons à priori que la quaritité Ihtensivej c'est-à-dire qu'elle a un certain degré* Tout le reste est du domaine de l^èipéMénée.