‹ La critique de la raison pure. Tome premierChapitre 54 sur 72 · DE L^AMPHIBOLIE DES CONCEPTS DE LA RIÉFLEXION · texte numérisé non relu

DE L^AMPHIBOLIE DES CONCEPTS DE LA RIÉFLEXION

parla

Confusion de Tusage empirique avec l'usage transcendental de

Tentendement.

La réflexion (reflexio) ne s'occupe pas des objets mêmes pour en acquérir directement des concepts :

mais elle est l'état de l'esprit par lequel nous nous préparons à la découverte des conditions subjectives sons lesquelles nous pouvons parvenir aux concepts. Elle est la conscience du rapport des représentations données aux sources diverses de notre connaissance, conscience par laquelle seule peut être déterminé exactement le rapport des représentations avec les capacités intellectuelles correspondantes. La première question qui se présente à traiter au sujet de nos représentations, est celle-ci : Par quelle faculté de connaître se trouvent-elles réunies ? Est-ce par l'entendement ou parles sens qu'elles sont liées ou comparées? Plusieurs j ugements sont acceptés par habi tude ou liés par inclination; mais parce qu'aucune réflexion ne les précède, ou du moins ne les suit critiquementy ils valent comme ayant leur origine dans l'entendement. Mais tous les jugements n'ont pas besoin d'un examen^ c'est-à-dire d'une attention aux principes de leur vérité; car, s'il y en a de certains immédiatement, par exemple, dans cette proposition : il n'y a qu'une ligne droite possible entre deux points, ils ne peuvent avoir un caractère de vérité plus immédiat que celui même qu'ils expriment. Mais tous les jugements, toutes les comparaisons exigent une réfleanon^ c'est-à-dire une distinction de la faculté de connaître à laquelle se rapportent les concepts donnés. J'appelle réflexion transcendentale l'action de comparer des représentations en général avec la

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la faculté de connaître dans laquelle elles s'accomplissent, et de distinguer si elles sont comparées entre elles comme appartenant à l'entendement ou à l'intuition sensible. Mais les rapports dans lesquels les concepts peuvent s'appartenir mutuellement dans un état de l'esprit, sont ceux d'identité et de diversité^ de convenance et de répugnance^ d'interne et d'externe, enfin de déterminable et de détermination (de matière et de forme). La détermination légitime de ces rapports consiste à savoir dans laquelle des deux facultés de connaître, de la sensibilité ou de l'entendement, ces concepts ûennejàt subjectivementles uns aux autres : car la différence des facultés dont ces concepts pourraient dépendre est elle-même le principe d'une grande différence dans la manière dont les concepts doivent être pensés.

Avant tout jugement objectif, nous comparons les concepts pour arriver à 1' identité (de plusieurs représentations sous un seul concept), afin d'obtenir des jugements umWr^e/^; ou pour saisir la diversité de ces mêmes représentations, afin d'obtenir des jugements particuliers; ou pour en saisir I'agcord, ce qui donne naissance aux jugements affirmatifs; ou pour en saisir l'opposition ou le désaccord, d'où naissent les jugements négatifs, etc. Nous devrions par cette raison, ce semble, appeler les concepts dont il s'agit, concepts comparatifs (conceptus compara-iionis). Mais parce que, quand il ne s'agit pas de la I. 19

forme logîqM des eoooepts, mais bien de iefir matî^ei c^est-à-dire de flavoir si les «Am» toèmee eont identâqnee ea divenae, d'MoordoaeE ^léflacoerdy eCc.^ les dioees peaveai avev ^b doiMe f«p|^eK à noire CKolté de oonnaitre^ savoir, ila eeneîbîlité ei à rèHteirideraent, el comme la mamère ^oM eUes s'appartiennent réciproqnemast dép^d de lewr rapportàtelleoaleUefiwttlté} — bréÉexientranaeendentale^e'esiHà-direlacon8<»»u5edttra|>port desr^résentaiions données àl'one on à Tantre faculté^ pourra donc seule déterminer leur rapport ^ntre elles. L'on ne pourra doncpas déeid«r par les concepts mèmes^ au moyen de la simple cotaiparaisôn {comparaifio}}^ «i les choses sont tdentiqins on diverses^ d'àocord on (xpposées^ etc.; isetSM ioeiilement par la disrtinc^îoa du mode de connaître auquel elles a^fi^mrtienneni^ c'està-dhrean moyen d'une réflexion (re/feonfo) transcendentale. On pooitait donc dire que la réfleooifm^Qgi" çtie^éM tone%imp1e compa'raison> car on y fak abstraction dé klaculté de connaître à laquelle aippartienrient 'les Représentations données^ lesquelles par conséquent demandent à être traitées comme homogènes, eu égard à leur siège dans l'esprit 4 maris que hi réflexion transcendentale (qui coneeïûeles objets mêmes) renferme le iprineipe tle la possibilité de la comparaison objective des TaprésentationsaUrtre elles, et diffère parrx^nséquént beaacoupde4a'réflextto logiqfae,parcequela faculté de connaître à l€^[ue^e ces

représentations appartiennent n'est pas la mêe^e^ Cette réflexioja trajasceudent^e .est ufx dewjbr do^t personne ne peni ^e dUpenser^ a'U ^ot porter ji^n jij^emeat à priori spr quelquç ohoae.Noua ooX3 ^fx occupei*on3 d'abord^ et nous n'en tir,ei:oj(\3pa0 peu da lumière pour la déterminatioji 4^ rcwyre prppiie de rentQndemen4;.

V Identité et Diversité. Quand un objet, se présente plusieurs fois À nous^ mais qhaque fois igiYec les mêmes déterminations int^mo^iqualitas et gmntitas)^ alors il est le mèipe ; s'il vaut comme objet de Tentendement pur, il est toiyours le mème^ et n'est pa^ plusieurs choses,, mais ;une 3eule ohose {nurneriça identita$y^ 31 c'est au contraire un 2)l]bénQmèpe^ alors il ne s'a,git pas de lafComparaisQn.de^ CQnocjjpts; quelque identique que tout puisse être par rapport à ces coQceptSy cepoûdant la divei^ité de ce phénomène dans le même temps est une xaisop très-suffisante de la diversité numérique de l'objet même {d^ sen^. Ainsi dans deux gouttes d'eau l'.on peut ^absolument faire abstraction de toute différence interue (de la quadité et de la quantité); il suffit:qu' elles soient perçues dans différents lieux en même temps pour qu'on les tienne pour numériquement différentes. Leibnitg. prit les phénomènes pour des choses en soi, par conséquent pour des inteUigibUia^ c'est-à-dire pour des objets de l'entendement pur (quoiqu'il les signalât du nom de phénomènes, à cause de la confusion de leur

représentation); et alors son principe des indiscernables (principium identitatis indiscemibilium) ne pouvait certainement être attaqué. Mais comme ce sojit des objets de la sensibilité, et que l'entendement en rapport avec eux n'est susceptible que d'un usage empirique, et non d'un usage pur, la multiplicité et la diversité numérique sont données par l'espace même, comme condition des phénomènes extérieurs. Car une partie de l'espace, quoique absolument égale et semblable à une autre, lui est cependant extérieure, et par là même une partie différente de la première, à laquelle elle s'ajoute pour composer avec elle un plus grand espace; et ceci doit valoir pour tout ce qui est ensemble dans les divers endroits de l'espace, si semblable et égal que tout cela puisse être d'ailleurs.

2° Convenance et Disconvenance. Quand la réalité ne nous est présentée que par l'entendement pur (realitasnoumenon), aucune disconvenance ne peut se concevoir entre les réalités; c'est-à-dire qu'on ne peut concevoir un rapport tel que ces réalités, étant unies dans un même sujet, détruisent mutuellement leurs conséquences, et que 3 — 3 = 0 (1). Au contraire, les réalités dans le phénomène (realitas phœnomenon) peuvent, sans aucun doute, être opposées entre elles, et réunies dans un même sujet; l'une peut détruire

(i) Cf. p. 233-235, 301 et 5H. T.

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tout à fait ou en partie la conséquence de Vautre, par exemple, deux forces motrices sur la même ligne droite, en tant qu'elles dirigent, pressent un point dans une direction opposée, ou même le plaisir qui compense la douleur.

3^ Interne et Externe. Dans un objet de Tentendement pur, cela seul est interne qui n'a aucun rapport, quant à l'existence, à quelque chose différent de lui. Au contraire, les déterminations internes d'une substantia phcenomenon dans l'espace ne sont que des rapports, et la substantia phcenomenon (i) ellemême n'est qu'un ensemble de pures relations. Nous ne connaissons la substance dans l'espace que par les forces qui se manifestent en lui, soit attractivement (attraction), soit répulsivement (répulsion et impénétrabilité) ; nous ne pouvons connaître les autres propriétés qui composent le concept de la substance qui apparaît dans l'espace et que nous appelons matière. Gomme objet de l'entendement pur, toute substance au contraire doit avoir des déterminations et des forces intérieures qui en modifient la réalité interne. Mais que puis-je concevoir comme accidents internes, sinon ceux qui me sont rapportés par mon sens intime, savoir : ou ce qui est une pensée^ ou ce qui y

(i) Gott. Born et Mantovani entendent le texte comme si c'étaient les rapports et non la substance phénoménale, qui ne fussent qu'un ensemble de pures relations. Le sens nous a semblé exiger une autre interprétation. T.

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€!Sit analogue ? C'est 6e qui conduisit Leibnitzk fkire detotitefi les substances des sojetef simples, doués de la faMhé représentative, eu un mort, des hotïadbs, parce qu'il coùcevait les sùbstaùces eomuie des noumena, sans excepter les parties constitutives de la matière, a^Tès toutefois èù avoir retrâLUcbé par la pensée fotttce qui peut être regardé comme relation eittefoe, par coUséquent aussi la composition.

4* Matière et forme. Ces deux concepts Servent de fondement â toute autre réflexion, tant ils sont intimement unis à tout usage de Tentendement. La matière désigne le déterminable en général, la forme en désigne la détermination (toutes les deux dans le sens transcendental, puisque Ton fait abstraction de toute différence de ce qui est donné et de la manière dont il est déterminé). Les logiciens appelaient autrefois forme, le général, la matière, et la différence spécifique. t)ans tous jugements oti peut appeler les concepts donnés , la matière logique (du jugement), et leur rapport (par le moyen de la copule), la forme du jugement. Dans tout être, les parties essentielles (essentialia) de cet être en constituent la matière ; la manière dont ces parties sont liées en une chose en est la forme essentielle. Par rapport aux choses en général, la réalité non bornée était aussi regardée comme matière de toute possibilité, et sa limitation (négation), comme la forme par laquelle

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une ehoie sa distingue dHiae ^utne aniv^nt dfis conœpta lnaqsceRde^taux. L^tendtméBt exige donQ d^abond que quelque cheee aeit dooné (au meip^ en coBoept), pour pouvoir, lé détepmîitep d'une certaine aianièse. La matière précède done la foroie dans le ooneepl de l^entendement ppr, et c^est pour e^tte raison que LeiknHz admet d'abord des elfioses (des monades)^ etensuite leur faeulté représentative intérieure, faciilté qqi leur est inhérente, po^r ensuite fonder làdessus leur rapport externe et le commerce de leurs états (desr^présentation8). L'espace et le temps étaient . doBQ possibles ; le premier par le rapport des substances seulement, le second par la liaison réciproque de leurs déterminations^ comme principes et censé?; quences.

Il en devrait être effectivement ainsi dans le cas OÙ l'entendement pur pourrait se rapporter immédiatement aux objets, et ^i l'espace et le temps étaipnt des déterminations des choses en soi. Mais si ce sont de pures intuitions sensibles, dans lesquelles nous déterminons tous les objets simplement comme phénomènes, alors la fovme de l'intuition (comme qualité subjective de la sensibilité) précède toute matière des sensations ; par conséquent l'espace et le temps précèdent tous les phénomènes, toutes les données de l'expérience, et celle-ci n'est même possible qu'à ces cpnditions* Le philosophe intellectualiste ne pouvait; supporter que )a forme précède

les choses mèmeSy et qu'elle doive en déterminer la possibilité. Prétention tout à fait juste, après avoir supposé que nous voyons les choses telles qu'elles sont réellement (quoique d'une manière confuse). Mais comme l'intuition sensible est une condition subjective particulière qui sert de fondement à priori à toute perception, et en est la forme primitive, alors la forme en soi est seule donnée ; et tant s'en faut que la matière (ou les choses mêmes qui apparaissent) doive servir de fondement (comme on devrait le penser d'après les seuls concepts), qu'au contraire la possibilité de la matière suppose comme donnée d'avance l'intuition formelle (l'espace et le temps).

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