S XIX
La forme logique de tous les jugements consiste dans Tunité objective de Tapperception des concepts contenus dans ces jugements.
Je n'ai jamais été satisfait de la définition que les logiciens donnent du jugement en général. Un jugement, suivant eux, est la représentation d'un rapport entre deux concepts. Or, sans disputer ici avec eux sur le vice de cette définition, qui ne cadre, eu tout cas, qu'avec les jugements catégoriques, mais nullement avec les jugements hypothétiques et les disjonctifs (ces derniers contenant, non un rapport de concepts, mais un rapport de j ugemen ts), je me contenterai de remarquer, quoiqu'il soit résulté de ce vice logique des conséquences fâcheqses (1), qu'on ne détermine point dans cette définition en quoi consiste ce rapport.
Mais quand j'examine plus attentivement le rapport des connaissances données dans un jugement quelconque, et que je le distingue, comme propre à
(i) Celle longue théorie des quatre formes syllogistiquës ne concerne que les raisonnements catégoriques; et, quoiqu'elle ne soit que Tart de surprendre , en cachant des conséquences immédiates {consequentix immédiate) , sous les prémisses d'un raisonnement rationnel pur , Papparence de plus d'espèces de conséquences qu'il n'y en a dans celui de la première figure, elle n'aurait cependant pas gagné grand'chose si elle n'était pas parvenue k présenter les seuls jugements catégoriques comme ceux auxquels tous les autres devraient se rapporter; ce qui n'est cependant pas vrai, suivant le S IX, p. 92.
l'entendement, du rapport opéré d'après les lois de l'imagination reproductive (lequel n'a qu'une valeur subjective), je trouve alors qu'un jugement n'est qu'une manière de réduire des connaissances données à l'unité objective de Tapperception. Telle est, en effet, la fonction que remplit la copule est, dans les jugements, pour distinguer l'unité objective des représentations données de l'unité subjective. Car cette copule indique la relation de ces représentations à l'apperception primitive, et leur unité nécessaire, quoique le jugement soit empirique, par conséquent contingent ; par exemple : Les corps sont pesants. Je ne veux pas dire par là que ces représentations s'appartiennent nécessairement entre elles dans l'intuition empirique^ mais qu'elles s'appartiennent réciproquement dans la synthèse des intuitions, à cause de Vunité nécessaire de l'apperception. C'est-à-dire qu'elles se tiennent suivant les principes de la détermination objective de toutes les représentations, en tant que la connaissance peut en résulter, principes qui tous dérivent de celui de l'unité transcendentale de l'apperception. Parla seulement^ nu jugement naît de ce rapport; c'est-à-dire qu'il en résulte un rapport qui est valable objectivement, et qui se distingue suffisamment du rapport de ces mêmes représentations où il n'entre qu'une valeur subjective, par exemple, d'après les lois de l'association. Suivant ces dernières lois, je pourrais seulement dire : Quand je supporte un corps,
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je sens la forôe de la pesanteur, mais je ne pourrais pas dire : Ce corps est pesant; ce qui signifie que ces deux représentations existent conjointement dans Tobjety c'est-à-dire sans distinction de Tétat du sujet, et non pas seulement liées dans la perception (aussi souvent qu'elle peut être répétée).