‹ La critique de la raison pure. Tome premierChapitre 67 sur 72 · RÉACTION, OU DE LA RÉCIPROCITÉ · texte numérisé non relu

RÉACTION, OU DE LA RÉCIPROCITÉ

Toutes les substances j en tant qu'elles peuvent être perçues en même temps dans V espace, sont dans une action réciproque universelle.

PREUVE

Des choses sont en même temps, quand, dans l'intuition empirique, la perception de l'une peut suivre la perception de l'autre, et réciproquement ; ce qui ne peut arriver dans la succession des phénomènes, comme nous l'avons fait voir dans le second principe. Ainsi, je puis commencer ma perception d'abord par la lune et ensuite par la terre, ou réciproquement d'abord par la terre et ensuite par la lune : et, comme les perceptions de ces objets peuvent se suivre réciproquement les unes les autres, je dis qu'ils existent en même temps. Le simultané est donc l'existence de la diversité dans le même temps. Mais on ne peut percevoir le temps lui-même, pour en conclure que les choses sont placées dans le même temps, que leurs perceptions peuvent se succéder réciproquement. La synthèse de l'imagination dans l'appréhension indiquerait seulement que chacune de

ces représentations est dans le sujet quand l'autre n'y est pas, et réciproquement, mais non pas que les objets soient en même temps, c'est-à-dire que quand l'un est, l'autre soit aussi dans le même temps, et que cela soit nécessaire pour que les perceptions puissent se succéder réciproquement. Il faut donc un concept intellectuel touchant la succession réciproque des déterminations de choses qui existent en même temps les unes hors des autres, pour pouvoir dire que la succession réciproque des perceptions a son fondement dans l'objet et pour que le simultané soit représenté par là comme objectif. Or, le rapport des substances, dans lequel l'une comprend les déterminations dont la cause est contenue dans l'autre, est le rapport de l'influence; et si réciproquement cette influence contient la cause des déterminations de l'autre, il est le rapport de mutualité, de réciprocité ou d'action et de réaction, de commerce. Le simultané des substances dans l'espace ne peut donc être connu dans l'expérience que sous la supposition de leur action mutuelle les unes sur les autres. Telle est aussi la condition de la possibilité des choses mêmes comme objets de l'expérience.

(Page 253.)

Gomme F Idéalisme fait une grave objection contre ces règles de la démonstration médiate de l'existence, c'est ici l'occasion de le réfuter.

^ Ht Ht

Réfutation de ridéalisme.

L'idéalisme (j'entends le matériel) est la théorie qui déclare l'existence des objets dans l'espace hors de nous, ou simplement douteuse et indémontrable, ou même fausse et impossible. La première de ces opinions est l'opinion problématique de DescarteSj qui ne tient pour indubitable que la seule affirmation empirique, je suiSj; la seconde est l'opinion dogmatique de Berkelet/y qui considère l'espace et toutes les choses auxquelles il tient en qualité de condition inséparable comme impossibles absolument, et conclut par conséquent que les choses dans l'espace ne sont que de pures chimères. L'idéalisme dogmatique est inévitable, si l'on considère l'espace comme propriété des choses en elles-mêmes; car alors il est, avec tout ce dont il est la condition, un non-être. Mais le fondement de cet idéalisme a été renversé par nous dans l'Esthétique transcendentale. L'idéalisme problématique, qui n'affirme rien à ce sujet, mais qui fait seulement voir notre impuissance à démontrer par Texpérience immédiate une existence étrangère à la nôtre, est tout rationnel et conforme à une investigation philosophique fondamentale, qui a pour principe de ne pas juger avant d'avoir trouvé une preuve suffisante. Il s'agit donc de démontrer que non-seulement nous imaginons les choses exté-

rieureSy mais encore que nous les percevons; ce qui ne peut se faire qu'en prouvant que notre expérience interne elle-même, indubitable ipour Descartes^ n'est possible que dans la supposition d'une expérience externe.

Page 1