DU TRADUCTEUR. XIII
une importance ' tout autre , et qui n^est pas même soupçonnée des sens grossiers de la plupart de ces amateurs. Us ne savent rien de l'enchainement qui unit la Théorie delà science deFichte,le Système de l'idéalisme transcendental de Schelling, la Phénoménologie et la Logique de Hegel, la Métaphysique de Herhart avec la Critique de Kant. Us n^ possèdent que par usurpation, jamais par cette acquisition fondamentale qui peut justifier juridiquement d'un titre honnête de possession. Puisse donc cette nouvelle édition féconder de nouveau la spéculation ! On peut dire en particulier que les Anglais et les Français ne» comprendront vraiment rien aux développements de la philosophie allemande après Kant, tant qu'ils n auront pas pénétré la Critique de la raison pure, car nous autres Allemands, nous y reportons toujours nos regards. L'école écossaise règne maintenant en Angleterre d'une manière presque absolue. En
France, on voit à côté d'un sensualisme apprivoisé, d un égoïsme devenu sociable, la vieille scolastique sous la forme d'un système mystique , et l'éclectisme qui incline de là vers TAllemagne,, et qui penche tantôt du côté de la psychologie rationnelle, tantôt du côté de la théologie dogmatique. Il en est de même en Italie. Mais Anglais, Français, Italiens doivent , s'ils veulent aller en avant, faire le même pas que fit Kant en 1781. Ce n'est qu'à cette condition qu'ils pourront se délivrer de leur misérable métaphysique d'une autre époque, et de ses fâcheuses conséquences. »
Nous n'avons aucune raison , pour notre part, d'ISPpeler de ce jugement; nous ne sommes pas en effet très-persuadé que ce soit avancer que de reculer jus-
XIV AVERTISSEMEIIT
quau xviie siècle. Nous ferons cependant nos réserves pour le cas où l'on pousserait jusqu'au xvi"" et au delà; mais nous aimerions mieux voir assez de modestie, de patience et de courage dans nos compatriotes pour en finir une bonne fois avec ce reproche d'outrecuidance superficielle, qui nous est souvent adressé d'au delà du Rhin. Nous n avons donc rien de mieux à faire, ce me semble, que de prendre une connaissance vraiment approfondie , et par conséquent détaillée (car il n'y a pas de profondeur sans détails ) de la philosophie que TAllemagne nous vante et nous oppose , en suivant la mai*cfae prescrite par la nature des choses. Or cette connaissance positive et de détail . ne peut s'acquérir que dans des traductions. Les analyses qui s'en tiennent aux grands traits d un système ont sans doute leur utilité, surtout pour aider à saisir l'ensemble , mais elles ne suffisent pas. Les fortes doctrines ont des racines profondes , et il faut les suivre jusqu'à leurs derniers filaments, si Ton veut avoir le secret de leur formation , de leur vie et de leur force.
Une histoire un peu détaillée de la philosophie allemande depuis Kant jusqu'à nos jours serait très-utile pour hâter le résultat dont je parle. Je ne sais ce que nous réserve le concours ouvert par l'Académie des sciences morales et politiques sur ce trop vaste sujet, mais je m'occupais de cette partie de l'histoire de la philosophie avant cet appel , et je n'ai cessé de m'en occuper depuis, sans avoir encore amené mon œuvre à un état satisfaisant de maturité. Je conserve cependant l'espoir de donner un jour une histoire de la philosophie allemande plus étendue qu'aucune de celles qui existent,