‹ La critique du Darwinisme socialChapitre 16 sur 94 · cil., p · texte numérisé non relu

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tants. Cependant cela n'est pas vrai. La population est restée stalionnaire pour la simple raison qu'un tiers des nouveau-nés mouraient avant d'avoir atteint six mois, la moitié dans les quatre années suivantes, et 17 enfants sur 100 atteignaient l'âge de vingt ans. Les nouveaux venus s'en allaient avant l'âge où ils auraient pu devenir des concurrents. «

Que signifie l'expression: « les habitants n'ont aucune organisation sanitaire » ? Gela signifie purement et simplement qu'ils ne saventpaslutter contre les conditions défavorables du milieu physique. L'immense mortalité des enfants en bas âge vient de l'intempérie des saisons ou des microbes pathogènes. Or, comme les hommes dont il est question iîi sont dans l'abondance, la concurrence entre les hommes exerce une action nulle sur la mortalité des enfants. Cette mortalité élevée est causée uniquement par les conditions défavorables du milieu. La preuve en est que la mortalité infantile est réduite fortement dans les pays à climat tempéré et sain.

Ainsi donc, tant au point de vue des animaux qu'au point de vue des hommes, si la lutte pour l'existence améliore les espèces, c'est la lutte contre le milieu physique et non la lutte contre les semblables.

La vie est un certain équilibre entre l'être et son milieu, équilibre qui s'obtient par une action du milieu sur l'individu et une réaction de l'individu sur le milieu. Cette réaction est la lutte. Les naturalistes ont donc pai'faitement raison de dire que vivre c'est lutter, mais ce fait doit être interprété d'une façon exacte et non erronée. « Quand j'ai donné à la formule générale de l'équilibre l'expression de lutte universelle, dit M Le Danlec ', les pacifistes m'ont répondu que la vraie loi était la loi de l'amour. Partout il y a confusion entre la loi nainrcllr, résumé de rons-

J l>c l'Honiûte à la Scieiicr. Paris, E. Klamiiiariou. l'.lOT, [i, 200.

l'extermination entre semblables 57

tatations impersonnelles et désintéressées, et le règlement social, conçu par les hommes intelligents en vue d'assurer à une société d'individus, soumis à la loi naturelle, la plus grande somme possible de bonheur. »

M. Le Dantec dit vrai: il y a confusion. Mais elle n'est pas où il l'imagine. Elle est chez lui, non chez les pacifistes. Il n'y a aucune similitude entre les rapports des êtres vivants au sein du milieu physique et les rapports des hommes au sein du milieu social. Ce dernier milieu est complètement dillcrent, et, par suite, il s'y produit des phénomènes qui n'existent pas dans le premier. Comment M. Le Dantec, qui est naturaliste, n'est-il pas le premier à le comprendre et à le signaler? Il y a une grande différence entre les rapports d'un être vivant et du milieu environnant et les rapports des organes de ce même être vivant. Vie et lutte universelle sont assurément des termes synonymes, mais non pas vie et extermination du semblable par le semblable, soit sous forme individuelle ', soit sous forme collective (guerre civile ou internationale). Si les hommes ne se combattaient pas entre eux, ils seraient simplenient comme les tigres qui ne se mangent pas les uns les autres. Mais si les hommes faisaient comme les tigres, la délinilion de la vie ne changerait en rien: elle serait toujours une lutte perpétuelle contre le milieu physique. Si les hommes cessaient de se massacrer, ils rentreraient seulement dans la rfîgle commune suivie par tous les animaux. Les hommes retourneraient à la vérité, dont ils se sont (écartés pai- suite d'une aberration de leur c'spril. Ils vivraient selon la loi de la nature. 11 est inutile de dire qu'ilsatteindraient alors le maximum de bienêtre.

Le lecteur comprend, sans doute, que, sous le nom de « milirui pliysii|uc ». j'entends, commet d'ailleuis tous les naliii-alistcs, non seulement les objiïls iiianinn's (gaz et

I l'.p fini, au sein ilc losprce liiiiiiiiine. est qualilir de incurtre.

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minéraux^, mais aussi les êtres vivants de tous les règnes (niicrobiologique, végétal et animal) appartenant à des espèces différentes de l'individu considéré. Pour le lion, l'homme est impliqué dans la notion du milieu; pour l'homme, le lion, les autres animaux et les plantes.

Revenons à la phrase de M. Le Dantec. Il prend en pitié les pacifistes parce qu'ils affirment que les rapports entre les hommes doivent être basés sur l'amour. M. Le Danlec n'a pas tort, mais on peut aussi lui opposer des arguments très solides et le prendre en défaut. En effet, M. Le Dantec ne voit pas qu'entre êtres vivants qui peuvent s'associer règne, en réalité, la loi de l'amour. Seulement, il faut abandonner celte terminologie sentimentale des pacifistes, qui est si funeste, justement parce qu'elle peut provoquer le dédain des esprils réalistes. Il faut exprimer celte pensée sous une forme scientifique et précise. 11 faut dire : entre êtres pouvant s'associer, le bonheur de chaque membre de la collectivité est en raison directe des services échangés avec ses coassociés. Exposée en ces termes, tout le monde comprend que la loi de l'amour est vraiment la loi de la vie à l'intérieur des groupes. Mais à l'extérieur des groupes, entre espèces différentes, il en est autrement et, ici, M. Le Danlcca raison. C'est la lutte, dans ce cas, qui devient la loi de la vie.

En résumé, il y a des différences fondamentales entre les relations individuelles d'animaux despèces différentes au sein de la nature et les relations collectives au sein d'une même espèce. Les comparaisons directes de Spencer entre les faits zoologiques et les faits sociaux ne soutiennent pas la critique un seul instant.

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