Nouveaux Essais, article sur Balzac, pp. i
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dont voici les titres : Essai sur Tite-Live (1856), La Fontaine et ses Fables (1861), Histoire de la Littérature anglaise (1863), Philosophie de l'Art (1865-69), Essais, Nouveaux Essais, Derniers Essais de critique et d'histoire.
C’est en 1856, dans son Essai sur Tite-Live, qu’il exposa et essaya de démontrer par un exemple sa théorie de la “ faculté maîtresse ”.
Partant de ce princine que nos mouvements, même ceux d'ordre intellectuc!, sont aussi réglés que ceux du monde matériel, il déclare, avec Spinoza, que les facultés de l’homme, tout comme les organes d’une plante, dépendent les unes des autres, soumises toutes à une faculté dominante, à une loi unique
et rigoureuse qui les produit : si bien que,
étant connue cette loi, on peut prévoir et calculer d’avance l'énergie des facultés, et même les reconstruire comme les naturalistes reconstruisent les fossiles. Et ily a donc en nous une faculté maîtresse de toutes les autres, qui communique à toutes, par son action uniforme, un système nécessaire de mouvements prévus. J'ai cité à peu près textuellement la Préface de l’Essai sur Tite- Live.
Il faut donc que le critique s’applique à découvrir la “faculté mattresse ” de l’auteur qu'il étudie. Cette faculté étant connue, il pourra presque à priori en déduire les mérites ou les faiblesses, les qualités ou les défauts de l’œuvre littéraire.
Chez Tite-Live, la faculté maîtresse, ce fut la faculté oratoire. Quoi qu’il paraisse, Tite-Live, qui a fait de l’histoire, n’est pas d’abord et principalement un historien, c’est un orateur. Il Yaen luila faculté de l’éloquence, et c’est elle qui met en branle, et qui détermine l’action de toutes les autres. Et Taine nous montre, en des pages, d’ailleurs animées du plus beau souffle, comment a originé la vocation oratoire de Tite-Live. Il fait le tableau largeet ingénieux de la Rome républicaine du temps de Cicéron, au milieu de laquelle a vécu Tite-Live, et celui de la Rome impériale, où il a travaillé, et où l’éloquence, chassée de la tribune, s’était réfugiée dans les écoles. Toute l’éducation romaine, à base d’orgueil et de patriotisme, était restée oratoire, et Tite-Live a été le
produit de cet ensemble d’influences qui en ont fait
le plus grand orateur d’un empire qui proscrivit l’éloquence. L’homme est ainsi déterminé par tout ce qui l'entoure. “ Tels que des flots dans un grand
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A SE RE RTE RS fleuve, nous avons chacun un petit mouvement, et nous faisons un peu de bruit dans le large courant qui nous emporte ; mais nous allons avec les autres, et nous n'avançons que poussés par eux.”’1 Tite- Live fut poussé par les flots successifs d’une vie publique où avait surtout resplendi la puissance magnifique du verbe et de la politique, et comme l’écrit Taine, dans Rome, “ dans cette ville immense à qui les nations conquises bâtissaient des temples, parmi ce peuple de statues et tous ces monuments de victoire, un Romain pouvait voir se lever la grande image
de la patrie, et égaler par son éloquence la majesté
du peuple romain.” ?
Mais le génie: oratoire de Tite-Live, sa ‘ faculté maîtresse ”, a influé sur toutes les parties de son esprit et de son œuvre. Cette faculté anime sa critique qui est trop passionnée et faite d’enthousiasme, elle nuit à sa philosophie, qui est incomplète, n'étant pas non plus assez rigoureuse ; elle s’imprime sur les caractères des personnages, qui sont trop uniformément éloquents. Et Taine, revenant à sa théorie fondamentale, et prétendue scientifique,