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Cité par Brunetière, Évolution des genres, p

134 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE

sité, et qui montre parfois ce qu’elle a de moins louable, il n’en faut rien reprocher à Shakespeare, et c'est même de toutes les excentricités et de tous les débordements de ses personnages que Taine le louera surtout.

Car Taine, quoi qu’il en ait dit,se permet de juger, et de blâmer, et de louer, autant qu’homme du monde; de quoi d’ailleurs, nous le trouverions toujours justifiable, s’il s’appliquait davantage à louer ce qui est bon, et à proscrire ce qui est mal. Mais le déterministe qu'il fut était doublé d’un pessimiste. L’homme fut toujours pour lui, en son fond naturel et nécessaire, un ““ gorille féroce et lubrique ”, et il ne s’étonne pas de le voir manifester dans ses actions les instincts irréductibles de sa violente nature : il le lui pardonne, et il admire dans le théâtre romantique ce beau déchaînement d’une vie intégrale qui est belle de tous les sauvages et libres élans de la passion.

Et l’on sait quelle influence cette sorte de critique, et cette conception de la vie auront sur la littérature réaliste de la dernière moitié du siècle dernier. Parce qu'il n’y a dans l’homme que des sensations et des

instincts, les romanciers et les dramatiques se croi-

ront autorisés, comme Taine lui-même, pour mieux écrire l’histoire naturelle de l’humme, et pour obtenir une sorte de grossissement des faits, à observer, à recueillir et à expliquer surtout les cas anormaux et extrêmes. C'est le moi exalté, détraqué, et presque jamais le moi normal, qui remplira les romans et le théâtre de ses morbides exagérations, de ses tapageuses exubérances. C’est le positivisme, augmenté de fatalisme et de pessimisme, qui a envahi la littérature d'imagination de 1850, qui a transformé le théâtre en un mauvais lieu, et le roman en un mauvais livre. L'on devait nécessairement aller de Flaubert à Balzac et de Balzac à Émile Zola. Et si Taine admire tant la comédie humaine de Balzac, c'est que, comme il s'exprime dans ses Nouveaux Essais de critique et d'histoire, “ avec Shakespeare et Saint-Simon, Balzac est le plus grand magasin de

documents que nous ayons sur la nature humaine. ” :

Mais Hippolyte Taine a voulu préciser davantage et systématiser sa méthode de critique littéraire.

Il l’a fait dans ses ouvrages principaux de critique,

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