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L. Essai sur Tite-Live, p

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maîtresse. Et il n’est pas seulement ingénieux, il est intéressant, il est utile d’étudier à cette lumière prin-

cipale les pensées et les sentiments dont s’est rempli un livre. Le procédé de Taine est fécond ; il renouvelle et enrichit les. observations de la critique.

Mais il ne faut pas lui demander plus que ce qu’il peut donner.

S’il est juste d'affirmer qu’il y a une faculté mattresse en Tite-Live, qui est l’éloquence, et une autre en Michelet qui est l'imagination passionnée, et une autre en Chateaubriand qui est la sensibilité mélancolique, qui dira ce que fut la faculté maîtresse de Bossuet, s’il est vrai, comme l’a déclaré unanimement la critique, que ce qui caractérise l’auteur du Discours sur l’histoire universelle et des Oraisons funèbres, ce fut justement l’équilibre stable et harmonieux de toutes les facultés ? Et comment expliquer que chez Racine, qui ne doit avoir qu’une faculté maîtresse, Phèdre et les Plaideurs, si différents de caractère et d'inspiration, soient sorties de cette même faculté? La nature humaine est si diverse, et le talent si variable en un même sujet, qu’il est pour le moins imprudent de les vouloir soumettre à une loi géométrique.

Cependant Taine fut tellement pris et comme fasciné par sa méthode, et par ce qu’elle offrait d’utile à la critique, qu’il voulut la renforcer. Et comme il avait apercu qu’une même facuité maîtresse pouvait se trouver en plusieurs auteurs, et y donner des œuvres différentes, il voulut expliquer ces étranges phénomènes. Il subordonna tout l'esprit des auteurs, et la faculté maîtresse elle-même, aux influences inévitables de la race, du milieu et du moment. Ces trois influences, pense-t-il, dominent les âmes et les œuvres ; c’est elles qui déterminent le caractère

des littératures nationales, et c’est elles aussi qui

mettent leur empreinte décisive sur la production de chaque auteur en particulier.

C’est dans son Histoire de la Littérature anglaise (1863), l'ouvrage de critique le plus considérable et de doctrines le plus condamnables qui soit sorti de la plume de Taine, qu’il développa cette théorie nouvelle. C’est dans cette ouvrage aussi qu’il a le Plus abondamment répandu les erreurs du matérialisme, et qu'il a davantage pardonné à “ l'animal humain *” dont il étudiait le mécanisme fatal.

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La théorie elle-même de l’influence de la race, du milieu et du moment, pour brillante qu’elle parôût alors dans la prose vigoureuse et imagée de Taine, n’était pas nouvelle. On la trouve, paraît-il, jusque

” dans Hippocrate, qui en parle dans son Traité des

airs, des eaux et des lieux. On sait que Fénelon lui consacre une page, dans le chapitre sur la rhétorique de la Lettre à l’Académie ; et Montesquieuest revenu lui aussi au dix-huitième siècle, sur cette loi générale.

Taine lui-même l’avait déjà esquissée dans son Essai sur Tite-Live, et surtout dans La Fontaine et ses Fables. Il y est revenu, pour appuyer, pour développer, et pour systématiser, dans son Histoire de la Littérature anglaise.

L'homme, selon Taine, est le produit direct du sol où il est né, comme l’arbre lui-même. Il puise dans ce sol les éléments de sa vie physique et intellectuelle ; il doit donc, comme l’arbre, s'expliquer par ce sol et par la manière dont il y a été nourri. Trois causes nous rendront donc compte du caractère de l’homme, de son génie, de ses façons de penser et de sentir, comme elles rendent compte de la nature et de la force de l’arbre : la race dont il est sorti, le milieu où il a vécu, le moment où il a travaillé.

TAINE ET BRUNETIÈRY 143 mr - Le climat et le sol influent sur la race elle-même, sur son tempérament, sur son âme collective, et partant sur l'individu qui est sorti de cette race. Et Taine décrit avec une merveilleuse richesse de mots et de couleurs, l'influence du sol, de la mer et du ciel sur l’âme anglo-saxonne ; il y montre par des visions de poète et d’artiste, comment ces pays de brouillard et de plantureuses végétations, humides et rudes, qui furent le long de la mer du Nord les berceaux de la race, et dans l’tle de Bretagne le lieu de son développement, devaient produire ces hommes robustes, forts en chair et en sang, âpres aux plaisirs, pleins d’appétits, capables aussi de patiente réflexion, de générosité fidèle, moins sensibles que les peuples du midi au spectacle de la beauté harmonieuse, mais, sous leur ciel chargé d’averses, plus enclins aux émotions profondes et mélancoliques. Déjà, dans son livre sur La Fontaine, il avait fait de cette psychologie géographique et montré comment la Champagne, pays de finesse et d’agrément, de mesure, de sobriété et de belle humeur, devait produire le fabuliste ; plus tard, dans ses études sur la Philosophie de l’art, il fera voir dans l’âme des Grecs le rayonnement dis-

cret et splendide de la lumière orientale.

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Le milieu qui influe sur l’esprit de l’homme, c’est, en plus du climat et de la race, ces conditions particulières de vie physique, intellectuelle ou morale qui font l’éducation de chacun ; le moment, c’est l'heure, chargée de tout le passé qui précède, et qui apporte comme la vitesse aquise par tous les mouvements de la vie antérieure.

Ces trois forces; celles de la race, du milieu et du moment, »:pliquent tout ce que nous sommes. “Car, écrit Taine, nous parcourons en les énumérant le cercle complet des puissances agissantes, et lorsque nous avons considéré la race, le milieu, le moment, c’est-à-dire le ressort du dedans, la pression du dehors et l’impulsion déjà acquise, nous avons épuisé, non seulement toutes les causes réelles, mais encore toutes les causes possibles du mouvement. ” :

Taine oublie qu’il y a une autre force, dont lui, déterministe, ne se rend pas compte, ou qu’il ne veut pas avouer, c’est la volonté d’un chacun, c'est le libre arbitre qui peut se mettre en travers des influences, les corriger ou les modifier : force consciente et souvent décisive, qui est chez les hommes d’autant

plus efficace qu’ils sont plus cultivés. Une race

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