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JULES LEMAITRE, LE PÈRE LONGHAYE, etc. 197 PP EE M PE ES RER M SENS pourrait à première vue sembler. Nourri de la meilleure substance des littératures classiques, il a merveilleusement incarné en quelques-unes de ses plus solides qualités, le génie littéraire ou artistique de sa race. Il a aimé surtout l’ordre, l’équilibre, la clarté, l’harmonie ; et il n’a rien tant aimé dans les livres que cette part d'humanité générale qu’y mettent les grands auteurs, et qu’il se plaisait infiniment à y rencontrer. Cela apparaît dans les dix volumes des Contemporains, et aussi dans les dix volumes des Impressions de théâtre. Cn-ame critique dramatique il & été moins didactique, moins théoricien que Francisque Sarcey, mais il n’a cessé d’exiger des auteurs qu’ils représentassent toujours sur la scène, non seulement les mobiles caprices d’un être particulier, mais aussi les passions profondes, générales,qui sont l’éternelle flamme de la conscience humaine. Et c’est cela qu'il s’est appliqué à faire entrer, à dose varia-
ble, d «ns ses propres pièces quand il s’est avisé quel-
quefois de faire du théâtre.
Il y eut donc, en Jules Lemaître, sous la lettre ondoyante et moqueuse de son scepticisme, un véri-
198 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE a — table Credo littéraire, qu’il est facile de dégager de sa critique. Et les articles de ce Credo s’insèrent tout naturellement dans la large traditinn classique. Au cours de ses études des hommes et des livres, il a percé et dégonflé bien des vanités artistiques ; personne ne fut plus sévère pour les extravagances obscures des décadents et des symbolistes ; et lui si français, il s’est effrayé des ravages possibles du cosmopolitisme qui, de la Scandinavie, de l’Angleterre, ou de la Russie, menaçait l'intégrité du génie français. Il fit grâce pourtant au norvégien Ibsen, et il contribua à faire accepter et aimer son théâtre ; mais il dit de Shakespeare : “‘ Si nous étions francs, il nous ferait bien souvent, comme à Voltaire, l'effet d’un sauvage ivre. ” !
Le dilettantisme de Jules Lemaître a donc porté
bien plus sur la valeur morale des œuvres littéraires,
que sur leur valeur d’art. Il savait bien reconnaître et louer les qalités essentielles de l’art français, partout où il les apercevait ; et on le vit bien le jour où il écrivit son grand article sur Louis Veuillot. Personne n’a mieux analysé et loué les moyens d’expression de ce grand écrivain, qui fut le premier