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Les Contempurains, VI

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mere

dain, vers la fin de l’article, le sceptique se retrouve,

le sourire ironique se dessine, et l’auteur s’esquive en se moquant un peu des croyances irréductibles de Louis Veuillot, de ses intransigeances de doctrine, et d’un Dieu qui lui paraît trop exigeant. C’est Jules Lemaître qui se montre lui-même au sortir de la pensée de Louis Veuillot, et qui recommence pour l’amusement du lecteur les passe-passe de son subtil dilettantisme; c’est le critique pervers, moqueur, détestable qui reprend la plume; c’est le joueur de flûte amusant et inutile, qui fait encore turluter son instrument.

Il ne prévoyait peut-être pas encore, à ce moment, qu’un jour il dépouillèrait ce masque d’ironie, qu’il deviendrait lui aussi un militant, un chef d”“ action française,” un ouvrier laborieux de la restauration politique et du relèvement moral de sa patrie. Il ne prévoyait peut-être pas surtout, encore, qu’un jour il réjoindrait dans sa foi, et dans les consolations dernières de la religion, le grand écrivain qu’il venait de louer. Le Dieu exigeant de Louis Veuillot est bien davantage le Dieu des miséricordes. Et quand aux premiers jours d’août 1914, Jules Lemaître se

vit malade pour mourir, et qu’il sentit approcher les

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JULES LEMAITRE, LE PÈRE LONGHAYE, etc. 201 ombres dernières, il fit appeler l’humble curé du village de Tavers, lui fit sa confession, demanda à communier, et pendant que vers la frontière de l’est le canon allemand faisait se lever en sursaut la France tout entière, lui, le doux écrivain et l’ardent patriote, s’endormait dans la lumière de la foi retrouvée et dans la paix d’une conscience pardonnée.

Cependant l’œuvre critique de Lemaître, aussi bien que celle de M. Anatole France, avaient de nouveau nettement posé devant l'opinion la question grave de la responsabilité de l’écrivain, ou, en d’autres termes, la question des rapports de l’art avec la morale.

Le dilettaritisme, qui ne recherche que le plaisir

de l'esprit ou du cœur, implique l'indifférence pra-

tique à l’endroit de la valeur morale des œuvres. Et le critique impresionniste, tout entier à l’art de jouir des livres, ne s’inquiète pas assez de ce qui en eux peut être dommageable au lecteur.

Cette indifférence pratique, que plusieurs érigeaient en doctrine, avait bientôt et bien vite lancé sur les

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voies de l'immoralité la littérature réaliste qui a abondé après 1850. C’est de l’insouciance morale autant et plus que du besoin de faire œuvre d’histoire naturelle, qu'est né le matérialisme littéraire.

Bien des critiques, tout le long du dernier siècle, se sont insurgés contre ces abus de l’art, et ont dénoncé cette indépendance vis-à-vis la morale. Nisard, Pontmartin et Brunetière n’ont pas manqué de flétrir cette conception et cette pratique de la littérature.

Parmi les critiques ecclésiastiques, moins connus que les universitaires et les académiciens, mais qui ont pourtant laissé des œuvres de haute valeur, d’un jugement éclairé et d’un art délicat, le Père Longhaye mérite que l’on rappelle ici son nom et sa tâche laborieuse. Le Père Longhaye fut vers 1880, le théoricien très remarqué des Belles-Lettres. Sa Théorie des Belles-Lettres, est une sorte de Somme littéraire, où sont discutées, établies avec grande solidité les principes classiques de l’art de parler et d'écrire. Il ne pouvait donc manquer, au cours de ses dissertations, de rencontrer la question alors très agitée de l’art et de la morale.

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Il reconnait bien, d’ailleurs, qu’en principe l’art n'est pas nécessairement lié à la morale, et qu'il peut donc exister indépendamment de la morale. Le beau et le bien sont séparables dans les objets qui s'offrent à nous ; et l’on peut donc voir Le beaux dessins, et de belles lignes, et de belles proses, sans que toutes ces formes d’art soient ordonnées à l’expression du bien ou à la vertu. Mais il importe d'ajouter aussitôt que l’art n’est jamais si près de sa perfection que lorsque le beau y est uni et comme incorporé au bien. Il résulte de cette alliance, de la compénétration de ces deux éléments, une œuvre qui s’impose avec plus de force à toutes nos facultés de comprendre et de sentir. Si Polyeucte est le chef-d'œuvre de Corneille, et si Athalie est le chefd'œuvre de Racine, l’on sait que c’est pour des raisons morales autant que pour des raisons littéraires. Le mélange du beau et du mal ne donne pas aux âmes véricablement humaines, c’est-à-dire soucieuses de dignité, une impression totale de satisfaction esthétique. L’homme, en effet, n’est pas seulement une intelligence, il est aussi, quoi qu’il fasse, un être moral, il est une conscience ; et en lui, l’esprit ne

peut, sans faire taire bien des appels de la raison,

s'isoler des exigences naturelles de la morale.

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Au surplus, quand il s’agit d'œuvres littéraires, leur influence pour le bien ou pour le mal est trop grande pour que l’auteur ou le critique soient indifférents à ces répercussions nécessaires. Paul Bourget l’a voulu montrer dans le Disciple ;, Ferdinand Brunetière le déclarait un jour avec une brutale franchise : ‘‘ Personne, que je sache, n’est obligé de parler ou d'écrire, et quiconque s’y décide est éternellement comptable de sa parole et de son écriture à l’humanité tout entière. ” :

C’est à la lumière de ces principes essentiels de morale littéraire, que le Père Longhaye a composé ses études si pénétrantes sur le dix-neuvième siècle. En cinq volumes d’Esquises littéraires et morales, il a jugé, tant au point de vue esthétique, qu’au point de vue de la valeur des idées et des choses, les grandes œuvres qui, au cours du s'ècle dernier, ont paru dans les principaux genres de littérature. Et ces études sont extrêmement importantes à cause même de cette sécurité qu’elles offrent aux esprits curieux de savoir si l’on peut penser autrement. que Jules Lemaître, Taine ou Sainte-Beuve sur des questions essentielles de philosophie, de morale ou d'art.

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