CLE
éraires, »st trop it indif- 1 Bourrdinand ile franle parler llement umanité
tiels de :omposé e siècle.
rales, il au point grandes ru dans s études ême de rieux de ules Leuestions
art.
JULES LEMAITRE, LE PÈRE LONGHAYE, etr 205
Il faut aussi placer, à côté de l’œuvre du Père Longhaye, celle de l’éminent professeur de l’Université catholique de Lille, que fut le chanoine Lecigne. Ses trois livres de critique, intitulés Du Dilettantisme à l'Action, son livre si vigoureux, le Fléau romantique, ses Pèlerinages de Littérature et d'Histoire, témoignent d’une grande souplesse d'esprit, d’une imagination pittoresque, d’un sens avisé de l’art, et d’une solide érudition. C’est le dix-neuvième siècle, et, au dixneuvième siècle, ses contemporains qu’il a voulu su..out étudier. Et parmi les questions littéraires du siècle dernier, aucune ne l’a davantage passionné que le romantisme. Certes, il n’en ignora pas les nouveautés utiles ; mais il en abhorra aussi les excès de sensibilité, le cosmopolitisme douteux, les paradoxes littéraires et sociaux, les influences malsaines : et il résuma son impression d'ensemble dans le titre agressif qu’il mit sur Ja couverture de son livre : Le Fléau romantique. Par contre, entré tous les écrivains qu’il a le plus admirés au dix-neuvième siècle, c’est Louis Veuillot qui lui inspira ses meilleures et ses dernières pages de critique. Il avait, à ? Univers, recuilli lui-même avec la direction du journal, quelque chose de la vigoureuse énergie du maître. Chose
206 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE DR NE étrange, cet ennemi du dilettantisme devait un jour se rencontrer avec Jules Lemaître dans une commune action politique, et dans la même foi monarchique. L’abbé Lecigne est mort lui aussi, quelques mois après la déclaration de la guerre, après avoir vu la France jusque là si divisée, se rassembler en une armée homogène, et se porter tout entière, dans un bel héroïsme, vers les frontières brisées de la patrie. Je ne puis ici encore omettre de signaler à votre attention l’œuvre abondante, et alerte, et pleine d'idées saines et élégantes, de M. l'abbé Delfour, professeur à l'Université catholique de Lyon. Sous le titre général La Religion des Contemporains, il a écrit quatre volumes d'essais de critique catholique qu’il faut con- - sulter, si l’on veut avoir une juste idée du mouvement religieux qui traverse depuis plus de trente ans la littérature contemporaine. C’est un aspect des lettres françaises qu’on ne peut ignorer, et qui permet de voir comment la pensée catholique hante l’âme française, et comment parfois elle s'impose aux
esprits qui voudraient le moins lui obéir.
it un
e COM-
nonar-
elques
oir vu
en une ans un patrie.
attenses saiseur à général tre voit conmouvente ans ect des ui perhante
ose aux
a ——]—]—].] ——EZEZEZE
Le contraste est frappant entre ces théoriciens, ces défenseurs appliqués d’une doctrine, et le critique le plus insaisissable que fut Émile Faguet.
Non pas qu’Émile Faguet eût répudié leurs principes : il y avait en lui un tel bon sens, qu’il savait apercevoir la justesse des doctrines qui sont la seule base solide des grandes œuvres littéraires. Faguet fut dogmatique au moins six heures par jour ; et, sans doute, il lui restait encore assez de temps, le reste de la journée, pour se moquer élégamment de ce qu’il avait pu penser d’abord, et pour s’amuser de ses articles de foi littéraire : mais il y revenait avec une sérieuse application, qui laissait bien voir le fond de sa croyance. Seulement, il aimait mieux jouer
avec les idées que d’en faire des constructions rigoureuses, des palais intellectuels où tout s’ordonne, s'ajuste, et s’éclaire d’une même lumière. Et il fut, pour ces attitudes si variables, l’esprit le plus prodigieusement souple, le plus déconcertant quelquefois, le plus réconfortant aussi à certaines heures, et en
tous cas le plus spirituel peut-être que nous ayons vu.
208 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE
Je vous disais que Jules Lemattre avait dû naître quelque part en Attique, au pays de la grâce, de la mesure, de l’eurythmie, sous un rayon du soleil qui fait bourdonner les abeilles de l’'Hymette. Faguet n’est certainement pas un athénien, à moins qu'on assure l’avoir vu errer sous les portiques, disputer avec les sophistes, s'exercer avec eux sur le pour et le contre, soutenir comme eux et tour à tour le juste et l'injuste. Il aurait assurément pris plaisir aux subtilités de Protagoras, et peut-être aurait-il fini par embarrasser ou irriter Socrate.
Mais non, Émile Faguet est bien né en France, à La Roche-sur-Yon, en 1847, et c’est donc en plein pays vendéen qu’il a vu la lumière et vécu son enfance. Et nul ne fut plus que lui français, et nul plus que lui peut-être n’a reçu en partage, en don propre, et n’a fait plus souvent paraître en vives étincelles “ l'esprit ” de sa race. Il y avait en sa tête du soleil de France, et dans son cœur la sensibilité discrète, mais profonde et sûre des paysans de la Vendée.
De l'esprit de France Émile Faguet avait tout l’entrain, toute l’agilité, toutes les forces pénétrantes;
de lui, il avait le sel abondant, les finesses imprévues,
naître >, de la leil qui Faguet qu'on er avec r et le le juste sir aux t-il fini
rance, à n plein son enet nul en don n vives it en sa la sensi-
ysans de
ait tout strantes;
prévues,
JULES LEMAITRE, LE PÈRE LONGHAYE, etc. 209 ee ne Re les subtilités élégantes, et aussi toute la fureur de discuter, toute la passion de savoir et de comprendre ; mais de lui encore, il avait toute la mobilité et toute la blague ! Émile Faguet était capable, après avoir conduit le plus sévère des développements, de faire la plus inattendue des pirouettes ; et il était capable encore après avoir fait du meilleur esprit, de s’amuser à en faire de moins bon, et d’écrire en conclusion d’une des thèses les plus graves de la politique : “ Les aristocraties ont le culte des héros ; les démocraties ont le culte des zéros ! ”
Il était fils d’un professeur, qui avait d’abord songé à le mettre au petit séminaire, pour en faire un prétre — c’est M. Faguet qui me racontait lui-même vn jour la chose. Mais les signes de vocation n’étant pas très manifestes, l’enfant fut plutôt envoyé au lycée. A vingt ans, en 1867, Émile Faguet était admis à l’École Normale Supérieure, d’où il fut chassé quelques mois après pour indiscipline. Sept ans plus tard, en 1874, devenu agrégé de l’Université, il faisait quelques mois de journalisme à Paris au XIXe Siècle ; c’est à ce moment qu’il connut et fréquenta Sarcey. Puis il s’en fut professeur de rhétorique, pendant sept ans, à Moulins, à Clermont et à
210 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE
Bordeaux. Révant de devenir professeur de Faculté, à Bordeaux, il prépara ra thèse de doctorat sur la Tragédie au XVIe siècle. M. Paul Stapfer fut nommé à sa place. Seulement cette thèse, où l’auteur commençait son œuvre de critique, attira sur lui l'attention des autorités universitaires. Faguet fut nommé professeur de lycée à Paris, en attendant que la Sorbonne l’appelât, en 1891, à suppléer d’abord, puis à remplacer en 1893 M. Lenient
dans la chaire de poésie française.
PA
Quelques années auparavant, un éditeur lui avait demandé une série de notices sur les auteurs français du brevet supérieur. Faguet avait dépassé les limites indiquées, et écrit les solides études dont est fait son volume sur le Diz-sentième siècle. Puis il fit un ouvrage analogue, mais plus fort, et de premier ordre, sur le Dix-neuvième siècle. Et il voulut réunir de même des monographies dont l’ensemble donnerait une idée suffisante du Dix-huitiè.ne siècle. Cette fois, ce fut un triomphe et un scandale : les premiers dont se composera désormais la vie littéraire, parfois
si audacieuse, d’Émile Faguet.
i avait rançais : les liont est Puis il premier t réunir donne- Cette Jremiers parfois
Vers 1890, le dix-huitième siècle était encore au regard des universitaires le grand siècle de la pensée française, et il était convenu qu'aucun écrivain de France n’avait surpassé Voltaire. Voltaire était
l’idole intangible de l’État enseignant. Et l’ensei-
gnement officiel s’appliquait aussi à multiplier chez les étudiants l’admiration des philosophes de l’irréligion.
Or, voiciqu’ununiversitaireosait toucher d’une main sacrilège au dix-huitième siècle, et se permettait de rapetisser Voltaire, de gratter l’idole et de prétendre que ce philosophe superficiel et ricaneur fut l’esprit le moins loyal, le cœur le plus sec qu’on ait jamais vu, et la conscience la plus voisine du non-être qu’on ait constatée. “Il n’aimait pas ; il était égoïste, et voilà pourquoi ce génie universel a été étroit ; universel par dispersion, étroit, borné et sans profondeur sur chaque objet. ”’: Et Faguet s’appliquait à relever les contradictions de cet esprit léger et inconsistant que fut Voltaire. Il montrait comment ce furent les besoins et les goûts de Voltaire qui furent la mesure variable de toutes ses idées, et qui les déterminèrent : idées reli, ieuses, politiques,