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Les Maîtres de l'heure

214 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE

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Mais la difficulté d’une vue d’ensemble, et d’une synthèse, vient surtout de ce que l'esprit de M. Faguet est le moins systématique qui fût jamais.

En critique littéraire, il a évité de grouper en corps de doctrine ses impressions, ses goûts personnels, ses jugements. Au lieu que Taine et Brunetière se sont appliqués à construire des théories, des synthèses cohérentes où ils prétendaient enfermer le dogme de la critique, Faguet. n’a voulu que juger au mérite les œuvres qu’il étudiait, en dégager les qualités dominantes ou les défauts, s’abstenant de rapporter ses conclusions à un système préconçu, s’abstenant de généraliser et de dogmatiser. Il eut l'esprit analytique plutôt que l'esprit synthétique. Lui-même s’est reconnu un tel tempérament littéraire et philosophique. : Et un jour qu’il eut à se juger, à s’apprécier dans une histoire de la littérature française, où il collaborait, il écrivit à son propre sujet, très loyalement et spirituellement : “ On lui reconnaît généralercent une faculté assez notable d’analyser les idées générales et les tendances générales d’un auteur et de les systématiser ensuite avec vigueur et avec clarté... Ce qu’il se refuse, probablement parce qu’il lui manque, c’est l’art de combiner les ensembles, de dégager

d’une M. Fas.

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JULES LEMAITRE, LE PÈRE LONGHAYE, etc. 215 l'esprit général d’un siècle, de suivre les lignes sinueuses des filiations et des influences, en un mot, c’est l’art des idées générales en littérature, et “ l'esprit des lois ” littéraires. Il affecte de n’y pas croire, et comme presque toujours, le scepticisme n’est sans doute ici que l’aveu un peu impertinent d’une impuissance. ” :

Plus tard il poussera plus loin l’impertinence. Et, voulant se justifier sans doute de n’avoir pas de système à lui, il laissera entendre que les systèmes sont parfois étroitesse plutôt que puissance d'esprit, et qu’un système c’est le plus souvent “ une idée chez ceux qui ne sont pas très capables d’en avoir plusieurs”. Ou encore un système ce sera, à ses yeux, une passion “ chez ceux qui, incapables de penser autre chose que ce qu’ils sentent ” érigent en principe un penchant de leur tempérament ?. — Il est incontestable que Faguet a beaucoup d'idées, et

qu’il a peu de passio:.s littéraires : son esprit s’agite

et s'exerce sans cesse sur les plus variables objets, et son tempérament l’emporte avec une ferveur exclusive vers nul objet de ses admirations.

1. Hist. de la Litt. fr., par Petit de Julleville, VIII, 420. 2. Pelissier, Le Mouvement littéraire contemp., 249.

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l1 préfère donc pratiquer un prudent éclectisme que de rechercher des raisons d’emprisonner dans des formules, ou dans des lois rigoureuses l’art de la littérature ou celui de la critique.

Cependant, si Faguet n’a pas de système littéraire, il faut reconnaître qu’il sut bien apercevoir l'efficacité des grandes doctrines qui ont inspiré et réglé la littérature française. Et l’on peut affirmer que Faguet fut avant tout un apôtre fervent du classioisme. Ila écrit de lui-même : “ Très classique, et jugé par beaucoup d’un goût un peu exclusif, sinon étroit. il a donné sur les quatre grands siècles littéraires de la France quatre volumes très nourris, trè: francs, très probes, qui sont évidemment destinés à prouver que le XVIe siècle a été surfait comme siècle littéraire et le XVIIIe comme siècle philosophique et qu’il n’y a de considérable dans la littérature fran çaise que le XVIIe siècle et les cinquante première années du XIXe. ”’' Et si l’on veut, sur les pré férences littéraires de Faguet, plus de précision, © n’aura qu’. relire, dans son Histoire de la Littératur française sa conclusion sur le dix-septième siècle Il appelle ce siècle le plus parfait des siècles littéraire

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