‹ La critique littéraire au dix-neuvième siècle [microforme]Chapitre 63 sur 68 · Numéro du 25 août · texte numérisé non relu

Numéro du 25 août

2. Les derniers jours et la mort chrétienne de M. Émile Faguet ar Mgr S. Herscher, archeyéque de Laodicée, ancien évêque de

ngres.

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féconde, celle qui subsistera sans doute, c’est celle qui fut consacrée à la critique et à l’histoire des lettres françaises.

Mais il restera aussi de lui l’exemple d’un large et généreux patriotisme. Jamais Faguet n’a voulu approuver les petitesses anticléricales, le sectarisme de la politique de son pays. D'autre part, l’on sait comme il a souffert, quand il a vu la France envahie, meurtrie par les armées allemandes ; et comme son esprit s’est appliqué longtemps, chaque semaine, à écrire les mots qui pouvaient réconforter ses frères. Il a aimé sa patrie d’un amour profond. Et pour finir de parler de lui, je veux vous lire ces paroles si touchantes, si délicates, qu’il adressait un jour de distribution de prix à des jeunes gens de France :

“ On appelait autrefois les grands hommes ‘“* pères de la patrie”. L'expression est vieille ; mais j'ai souvent dit que nous sommes tous pères de la patrie et que nous devons l’être. Nous sommes des enfants, mais nous sommes aussi des pères, parce que c’est de notre amour pour elle qu’elle naît tous les jours ; parce qu’il est de notre volonté qu’elle soit. C’est la création continue... Il faut se dire sans cesse quand on travaille... il faut se dire : “je crée la

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large et pulu apisme de ’on sait nvahie, 1me son naine, à s frères.

Et pour aroles si jour de ance :

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JULES LEMAITRE, LE PÈRE LONGHAYE, etc. 229

pa rie, je contribue à la créer, je la continue, je la prépare, je la forme, j'en ptris les éléments, j'en suis le démiurge pour me part; elle m'attend, et mes camarades, et mes amis, et mes compagnons de labeur, et mes compagnons de pensée, et mes associés de conscience, pour naître une cent millième fois, puisque sans moi, sans nous, elle se dissoudrait dans le néant.”

“Se dire ces choses, cela crée une responsabilité magnifique et une force ; car la force est toujours en raison de la responsabilité dont on a conscience ; cela donne des raisons de vivre. Il faut se donner

cette raison de vivre, surtout, que par nous est ap-

pelé à la vie quelque chose de plus grand que nous.”

Ces paroles honorent Faguet ; elles révèlent toute son âme généreuse ; elles le placent lui aussi, et très justement, parmi les plus tendres et les plus désintéressés des “ pères de la patrie ”.

**+ En terminant ces leçons, que je vous remercie d’avoir suivies avec tant de sympathie et de fidélité, je n’ai nul besoin de vous faire observer que véritable-

ment la critique, au dix-neuvième siècle, de Madame

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de Staël à Émile Faguet, occupe l’un des chapitres les plus considérables de l’histoire de la littérature. Elle s’est véritablement haussée à la dignité d’un grand genre. Quelle distance parcourue depuis la Querelle du Cid et les Satires de Boileau, jusqu'aux Lundis de Sainte-Beuve, aux Études critiques de Brunetière ou aux Propos d’Émile Faguet ! On pourra dire encore que la critique est un genre parasite et de décadence alexandrine, mais l’histoire atteste que son plus large épanouissement correspond cette fois à l’une des époques les plus brillantes de l’histoire de la littérature française. On pourra affirmer aussi que l’influence immédiate du critique est bien contestable : Faguet lui-même écrit en tête de ses Propos littéraires, qu’il ne croit pas à l’influence directe de la critique sur les admirations ou les jugements littéraires du public; mais par un retour de pensée, qui est bien dans sa manière, il écrit aussi, à la fin du même article, que l’influence de la critique est exactement celle-là qu’exercent partout tous les genres littéraires, et en général l’art et la littérature. Influence indirecte, si l’on veut, lente quelquefois, à longue portée, mais sûre, et qui peut être éducatrice, et morale, et bienfaisante, si le critique comprend

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JULES LEMAITRE, LE PÈRE LONGHAYE, etc. 231 RE bien son rôle et fixe sur un idéal supérieur l’attention de ceux qui le lisent. Au dix-neuvième siècle, la critique fut, comme tous les autres genres, mêlée de bien et de mal, de vertus et d'erreurs. Dans l’ensemble pourtant, et Par ses représentants les plus autorisés, elle a sans cesse combattu les tendances déprimantes de l’individualisme, du naturalisme et du caprice littéraire : elle a réclamé en faveur des anciennes et très brillantes traditions de l’art classique; et, grâce à elle, au milieu de l’anarchie qui a parfois divisé le royaume des lettres, on n’a jamais perdu de vue l’ordre nécessaire, et ces lumières de beauté humaine, universelle, dont s’éclairent encore les meilleures œuvres de la littérature contemporaine.

15 février 1918.

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