‹ La Critique religieuse chez CicéronChapitre 2 sur 32 · RAPPORTS AVEC LES STOÏCIENS · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC LES STOÏCIENS

1°. — Panétius. Transformations du sloïcisnie et prédispositions du public pour cette philosophie.

II". — Idéal de vie d'un stoïcien.

111°. — Cosmopolitisme et fraternité.

i\°. — Sympathies de Cicéron et de ses contemporains pour le stoïcisme.

\'\ — Education stoïcienne de Cicéron. Affaiblissement de ses sympathies, puis retour à la morale stoïque.

\i°. — Cicéron prend parti pour le stoïcisme par raison d'Etat.

vii". — Principes de l'union des hommes selon Cicéron.

I.) Le Stoïcisme fut introduit à Rome pur Panétius de Rhodes. Ce philosophe rallia à la doctrine nombre de grands personnages.

Remarquant, que par leur caractère, les Romains étaient prédisposés aux doctrines stoïciennes, il mit à profit les circonstances pour transformer le stoïcisme et en faire une sorte de philosophie d'Etat.

II.) La vie stoïcienne fut exaltée, idéalisée, comme élevant l'homme, l'éloignant des influences de la vie quotidienne et le libérant de l'égoïsme individuel : « Sed omne, quod est honestum, id quattuor partium ojdtur ex aliqua. Aiit enim in perspicientia veri sollertiaque versatur aut in hominum societate tiienda tribuendoque suuni cuique et rerum contractaruni fide aut in aniini excelsi atque invicti magnitudine ac robore aut in omnium, quae flunt quaeque dicuntur, ordine et modo, in quo inest modestia et temperantia » (i).

III.) Le point de départ du vrai stoïcien est le cosmopolitisme ; toutes les différences entre les hommes doivent disparaître devant la raison du sage, égale pour tous, et l'injustice ne peut trouver place dans leur monde. Le but du stoïcisme c'est d'élever les âmes, d'amener les hommes à ne voir que des frères les uns chez les autres ; tous acceptent la loi générale, leur principe est de lui obéir.

IV.) Telles sont les raisons qui firent le succès du stoïcisme chez les Romains, bons citoyens, aimant leurs institutions et cherchant à s'instruire surtout pour défendre la République et la rendre plus puissante : cette philosophie honnête, douce, morale, ainsi sanctionnée par l'Etat, devait jeter ses racines dans les âmes romaines et dans celle de Cicéron en particulier.

V.) Cette prédilection de Cicéron pour les stoïciens, lui fut suggérée tout d'abord par les maîtres stoïciens dont il avait reçu les leçons dans sa jeunesse : Diodote et Posi-

(i) De officiis, I. 5. (Cicéron)

CICERON HOMME d'ÉTAT ET PHILOSOPHE i3

donius. La raison d'Etat la fortifia plus tard dans son âge mûr, et si elle s'affaiblit lorsque dans sa vieillesse il se tourna surtout vers la philosophie de l'intelligence pure, semblant dédaigner la doctrine chère à sa jeunesse, quelque chose subsiste encore dans son esprit qui le pousse à ne point se satisfaire des conceptions académiciennes, et à revenir à la morale stoïcienne, à la doctrine du « consensus gentium ».

VI.) Comme homme d'Etat, Cicéron prenait parti nettement pour les Stoïciens, ainsi que nous le voyons dans le traité des devoirs : Sequemur igituv hoc qu'idem tempore et hac in quaestione potissimuin Stolcos, non ut interprètes, sed, ut solemus... (i)

Il savait que leur but était d'élever l'âme romaine, de former de bons citoyens en vue des intérêts généraux de la République puis de l'humanité : Ex quo fit ut laudandus is sit, qui niorteni oppetat pro re publica, quod deceat, cariorem nobis esse patriani quam nosniet ipsos (2).

Ces doctrines stoïciennes enseignaient au peuple le devoir de se consacrer au salut de tous : ,j< leges omnium salutem singulorum saluti anteponunt, sic vir bonus et sapiens et legibus parens et civilis officii non ignarus utilitati omnium plus quam unius alicuius aut suae consulit » (3).

VII.) Cicéron nous dit lui-même que le premier principe de l'union des hommes est dans la société même de l'espèce humaine et dans la fraternité de ses membres ; il pense que les liens qui nous réunissent dans une même et seule fa-

(i ) De officiis. I. 2. (Cicéron).

(2) De Fin. III. — 19 (Caton).

(3) ibid.

l4 PREMIÈRE PARTIE

mille sont la raison et le langage, deux instruments qui nous servent à apprendre, à enseigner, à communiquer nos pensées, à nous éclairer mutuellement, à discerner le vrai du faux, et qui par là, forment entre nous et nos semblables une société étroite et naturelle : c'est là le trait distinctif de l'humanité et pour cette raison, il apprend à son fils à être toujours soumis à ses devoirs : « Nulla enlm vitae pars neque puhlicis neque privatls neque forensibus neque domesticis in rébus, neque si tecum agas quid, neque si cum altero contrahas, vacare officio potest, in eoque et colendo sita vitae est honestas omnis et neglegendo turpido. Atque haec quidem quaestio communis est omnium philosophorum » (DeOff. I. 2.).

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