‹ La Critique religieuse chez CicéronChapitre 20 sur 32 · GICERON PARTISAN DU LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

GICERON PARTISAN DU LIBRE ARBITRE

i". — Réfutation de la théorie des causes efficientes et antécédentes.

Force motrice naturelle ; mouvement volontaire de l'âme, u". — Cicéron beaucoup plus proche des doctrines d'Epicure que du

stoïcisme.

I.) C'est aussi sur Carnéade que s'appuie Cicéron pour réfuter Chrysippe et la doctrine stoïcienne de l'enchaînement éternel des causes à la fois efficientes et antécédentes : « Cum enim concessissent motum niilluni esse sine causa, non concédèrent omnia quae fièrent fieri causis antecedentibus ; voluntatis enim nostrae non esse causas externas et antécédentes » (i).

Cicéron applique ainsi à l'âme le mouvement général de la nature. Les épicuriens admettent que l'atome est entraîné dans le vide par son propre poids, sans qu'aucune force extérieure détermine son mouvement ; et les physiciens nient le mouvement sans causes.

l^i) De Fato. XI.

Cicéron le suppose dans la nature même (i) ; il nous fait comprendre qu'il ne faut pas chercher une cause extérieure aux mouvements volontaires de l'âme, car sa nature même, implique qu'il dépend de nous et que c'est en nousmême que nous devons en chercher la raison ; il affirme que le mouvement n'est pas engendré par la fatalité.

C'est la critique de la doctrine d'Epicure ; il n'admet pas sa théorie des atomes n'obéissant à aucune loi et ne trouve la cause du mouvement que dans la nature ellemême.

II.) On sent toutefois, en approfondissant le « De Fato )> que Cicéron penche beaucoup plus vers l'Epicurisme que vers le Stoïcisme.

C'est avec modération qu'il raille les premiers et combat leurs doctrines ; mais il ne pardonne rien aux seconds, et les accable de ses critiques et de ses sarcasmes. Au Chapitre X, il se montre plus favorable à Epicure qu'à Chrysippe quand ce stoïcien affirme que le destin préside à tous les événements du monde : « Hic primum mihi libeat adsentiri Epicuro et negare omnem cnuntlaiionein aut veram esse aut falsam. Eam plagam potiiis accipiam quam fato oninia fieri conprobem » (2).

Cette préférence déjà marquée se précise encore dans ces mots : <( Illa enini sententia habet aliquod dlsputationis, haec vero non est tolerabilis » (3) (insoutenable) et il est à remarquer que dans ses précédents traités, le « De natura deoriim », le « de Dlvinatione », le « de Fato », malgré certaines

(i) De Fato XI. & XX.

ir>) Do Fato X.

(3) ibid. X.

divergences d'opinions, on rencontre des traces de cette préférence pour Epicure. Dans le « de Finibiis » (i) notamment Cicéron fait dire à Torquatus qu'il démontrera que plusieurs erreurs de la philosophie de Démocrite ont été relevées et corrigées par Epicure.

La doctrine du fatalisme, chère aux stoïciens conduit au despotisme ; le libre arbitre des épicuriens, au contraire, favorise la liberté.

II est donc permis de penser que Cicéron ami lui-même de la liberté pour les citoyens et la République pencha plutôt vers ces derniers.

En terminant ces observations sur le « de Fato » je conclurai que Cicéron au lieu de se tenir comme dans les ouvrages précédents, à égale distance des deux philosophies opposées s'y montre nettement l'adversaire du stoïcisme qui soumet à la loi du destin l'existence humaine et laisse percer toute sa préférence pour l'épicurisme qui l'affranchit au contraire de tout fatalisme physique et moral, et lui assure toute sa liberté et sa dignité. Je cite à ce propos l'opinion d'Arthur Schopenhauer : « Cicéron expose clairement la question du libre arbitre dans le livre «de Fato » (10,17). Le sujet de son ouvrage le conduit d'ailleurs très facilement et très naturellement à l'examen de cette difficulté. Cicéron est personnellement partisan du libre arbitre » (2).

Thiaucourt dit de son côté que Cicéron dans le « de Fato » tourne presque tous ses efforts contre la doctrine des stoïciens : « Dans le « de Fato » il mentionne et critique le clinamen d'Epicure ; mais ce n'est qu'en passant ; il tourne

(i) De FiniLus, I. 8. 29.

(2) A'. tSchopenhauer. Essai sur le libre arbitre, chapitre IV,

presque tous ses efforts contre la doctrine des stoïciens. Peutêtre le hasard d'Epicure lui semblait-il moins dangereux que le destin du Portique. Les Epicuriens acceptaient la ruine de la République par paresse pour n'avoir pas à défendre l'ancienne constitution ; les stoïciens étaient conduits au même résultat par soumission à l'enchaînement fatal des causes, conséquence de l'ordre universel. On a remarqué que le fatalisme est une doctrine favorable au despotisme, et que toute apologie du libre arbitre est un effort pour la liberté (i). Plus loin le même auteur ajoute :

<( Cicéron croit que l'homme est libre, mais que tout ne se produit pas au hasard ; qu'il y a un ordre fixe dans la nature, mais que cet ordre ne s'impose pas à nous d'une façon inflexible » (2).

En effet cet ordre ne nous dirige pas forcément en supprimant nos actions personnelles et le mouvement de notre âme. L'homme est indépendant, guidé par sa volonté propre, et il est bien évident que Cicéron en supprimant l'enchaînement des causes fatales, le remplace par le libre arbitre auquel il attribue une valeur plus grande et une plus haute portée philosophique ; saint Augustin lui a toutefois reproché de sacrifier au libre arbitre la prescience divine. (De civitate Dei. IX. 2).

(i) Thiaucourt. Essai sur les traités phil. p. 288. (2) ibid. p. 289.

La Doctrine de Cicéron

Difficulté de déterminer la Philosophie de Cicéron en raison de son probabilisme

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