‹ La Critique religieuse chez CicéronChapitre 19 sur 32 · CICERON OPPOSE AUX EPICURIENS · texte numérisé non relu

CICERON OPPOSE AUX EPICURIENS

Théorie d'Epicure sur la déclinaison des atomes garantissant

la liberté de l'homme.

Selon Cicéron les causes déterminantes sont la volonté et

le désir. Violation de l'harmonie de l'Univers. Théorie de Lucrèce sur l'ordre.

I.) Les Epicuriens ont inventé la théorie du clinamen non seulement comme conception de la création du monde, mais aussi pour garantir la liberté humaine. Epicure pensait que si les atomes tombaient parallèlement et avec une vitesse égale dans le vide, ils ne sauraient se rencontrer et par suite la formation de tout monde ou de tout corps serait impossible ; il inventa donc le clinamen : les atomes en tombant s'écartent faiblement de la ligne droite et se rencontrent rendant ainsi possible la création du monde ; cette déclinaison des atomes leur servait aussi à affranchir l'action humaine d'une tutelle divine. Au nom de la liberté individuelle, les Epicuriens repoussaient en effet la Providence, la Divination et le Destin, car ces trois conceptions de la

philosophie stoïcienne soumettent l'homme aux lois divines et lui ôtent toute possibilité de rester libre et de suivre sa propre volonté.

C'est à Démocrite qu'Epicure a emprunté sa théorie de la formation du monde par les atomes que la pesanteur met en mouvement. Cicéron reproche à Epicure d'avoir gâté la philosophie de Démocrite en y ajoutant la déclinaison nécessaire à la rencontre des atomes (i).

Cette théorie de leur déclinaison brouille, selon lui, l'harmonie de l'univers (2) et suivant la croyance admise par les Académiciens il estime que la volonté et le désir sont les facteurs nécessaires à l'harmonie de l'univers ; en admettant la déclinaison des atomes libres et n'obéissant à aucune loi, on arrive à l'incohérence, aucun corps ne pouvant se créer dans un tel désordre.

II.) Dès leur point de départ les Epicuriens se heurtaient à l'impossibilité. Ils continuaient néanmoins à croire à une contingence universelle et se refusaient à admettre dans leur philosophie les causes finales, une Providence supérieure, ou des Dieux qui dirigent le monde selon l'enchaînement éternel des choses. La formation du monde, la possibilité des harmonies en dehors de la finalité et du déterminisme nous sont présentées et expliquées par Lucrèce dans son poème du « De Natura Rerum ». Il pose comme agents principaux le temps et la multiplicité des combinaisons ; selon lui, les atomes n'ont pas réussi d'un coup à former des corps ou des composés solides, stables et harmonieux ; ils n'arrivent à la création parfaite qu'après une suite d'essais,

(i) De finibus. I. 6. 21.

(3) ibid. 1. 6. 2g.

8/i DEUXIÈME PARTIE

d'à coups et d'expériences que la nature multiplie mais sans plan et sans méthode. Par suite on admet que la plupart de ces tentatives initiales aient abouti à un échec, et que bien peu aient atteint d'emblée à la perfection.

Contre ceux qui lui reprochaient la faiblesse de sa théorie sur les atomes, Lucrèce s'appuyait sur les principes de sa Cosmogonie ; d'innombrables atomes errant dans l'immensité du vide, s'approchant les uns des autres, se soudant pour former les diverses parties de l'univers et arrivant à la perfection après une suite de tentatives et d'échecs.

Rien ne nous montre que Cicéron accepte ces théories de Lucrèce sur la formation des mondes et des êtres et sur l'affranchissement de l'âme humaine. Nous savons toutefois que Cicéron oppose à cette doctrine issue de la philosophie d'Epicure les arguments de Carnéade : « Acutius Carneades, qui docebat, posse Epicureos siiani caasam sine hac commenticia declinatione defendeve. Nam ciim docerent esse posse qaendam animi inotum voluntarium, id fuit defendi melius quam introducere declinationem, cuius praesertim causam reperire non possunt » (i).

(i) De Fato. XL

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