‹ La Critique religieuse chez CicéronChapitre 23 sur 32 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LE LIBRE ARBITRE ET L'AME SELON CiCERON

1°. — Raison humaine.

11°. — Négation du fatalisme. La volonté humaine est un guide. m". — Sources de la liberté humaine : volonté. iv°. — Imprécision de la pensée de Cicéron sur Vàme humaine. v". — Insuffisance des arguments de Cicéron sur le libre arbitre.

I.) Cicéron avait sur les hommes, leurs actions et leur intelligence des opinions radicales. Il pensait que la vie intellectuelle de l'homme ne dépend pas de forces extraordinaires ou divines ; il affirmait qu'elle est tout humaine.

Nous trouvons chez Cotta une remarque bien intéressante : il dit dans le (( De natura deorum » que la raison humaine est seulement ébauchée et qu'il n'y a qu'un petit nombre d'hommes possédant une raison juste et bien réglée.

II.) Cicéron donne la préférence à la volonté humaine sur la fatalité physique dans la formation du caractère humain. Il admet l'influence des climats, des pays sur l'homme, mais ce n'est point une fatalité : » vis est nulla

LA DOCTRINE DE CIcéRON lo5

fatalis )). Cette influence peut être modifiée par la volonté de l'homme s'il résiste aux penchants naturels qui lui sont attribués par la nature.

L'homme est donc, d'après Cicéron un être qui agit selon ses désirs et qui possède l'entière responsabilité de ses actes. Sa volonté le dirige et le retient ; cette volonté humaine est indépendante des causes physiques et fatales qui nous déterminent.

Cicéron comprenait bien que la nécessité de l'action exige que la pensée humaine soit libre et indépendante des forces divines. Cela se sent dans ses traités sur la divination et le destin, où il a sacrifié la fatalité à la liberté humaine. L'esprit, la raison y sont placés au-dessus de tout ; ce sont eux qui dominent nos actions et nous guident.

III.) Mais oii cette liberté humaine puise-t-elle son indépendance ? Ce n'est pas dans la théorie de la déclinaison d'Epicure. Quoique cette conception de la formation du monde ait pour but d'affranchir l'homme du fatalisme et de lui garantir la liberté dont il a besoin pour agir, et bien que Cicéron préfère au fatalisme des stoïciens le libre arbitre des épicuriens, sa philosophie de la liberté est cependant différente de la leur : selon lui, la liberté s'explique par les lois naturelles et c'est dans la nature que la liberté puise sa puissance.

Nous avons vu précédemment que pour Cicéron la déclinaison des atomes n'est pas la cause nécessaire et suffisante de leurs mouvements et de leur rencontre. Comme académicien il estimait que la volonté, le désir sont des causes suflîsantes pour expliquer le mouvement ou le rapprochement dans la formation des corps et des êtres : « motus

enim voluntar'uis eam naturam in se ipse continet, ut sii in nostra potestate, nobisque pareat » (i).

Cicéron suppose que le mouvement est compris dans la nature même des choses, 11 ne cherche pas une cause extérieure au mouvement car la cause c'est la nature elle-même, en mouvement suivant une loi de sympathie oià toutes choses s'attirent, se forment et se concilient.

L'homme n'échappe pas à cette loi universelle ; il est maître du mouvement de son âme et par là s'affranchit du fatalisme despotique : ses actes sont donc libres.

IV.) Cicéron ne songe à donner à l'àme ni substance ni forme précise par sa nature ; il se borne à reconnaître son activité et lui accorde l'immortalité ; divine et éternelle elle ne peut mourir.

Cette affirmation d'immortalité est néanmoins bien vague et Cicéron dit plus loin que nous ne devons pas y compter aveuglément (2). Parlant de la mort que tant d'hommes redoutent il rappelle que si l'âme devait périr avec le corps, la mort ne serait pas un mal.

V.) Selon lui, l'âme a son activité, sa volonté libres ; partisan d'une liberté pratique il tend à défendre le libre arbitre contre la doctrine stoïcienne du déterminisme, mais à notre sens, il ne l'a pas suffisamment défendu.

Voici ce que dit H. Ritter à ce sujet : La manière dont Cicéron s'explique sur la liberté ne semble pas cependant promettre une solution fondamentale à la question. A la vérité, il se défend bien contre ceux qui pensent que l'enchaînement naturel des causes et des effets est troublé par la

(i) De Fato XL (2) Tusc. L 32.

liberté de la volonté, en faisant voir que la libre détermination du vouloir fait justement partie de cette nature, qu'elle est en notre pouvoir et nous obéit, mais cependant pas sans cause, car cette cause existe uniquement dans la nature du libre vouloir lui-même.

On lui accordera difficilement qu'il ait suffisamment défendu sa thèse contre toutes les objections ; car que veutil dire quand il rejette toutes les causes externes et antécédentes, si ce n'est que l'être libre peut être conçu indépendamment de ses causes ? Et qui reconnaîtra à une nature une liberté donnée une fois pour toutes ?

Ces objections valaient la peine d'être résolues, et nous ne voyons pas com.ment Cicéron a pu croire avoir suffisamment défendu la liberté contre l'enchaînement éternel des causes et des effets.

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