‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 21 sur 68 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

CICÉRON HOMME D ETAT ET PHILOSOPHE

pe pas à celle règle si nalurelle ; il avait une position privilégiée dans la société romaine, participait à la vie publique et politique, et s'intéressait aux controverses philosophiques.

II.) Lui qui ne manifestait autrefois que devant ses amis son manque de foi, se montre dans ses écrits franchement athée.

Dans sa vie politique, Tintérèt de l'Etat, le souci de sa sécurité, lui faisaient une loi de taire le vrai fond de sa pensée. Il estimait la religion nécessaire au développement d'un peuple civilisé, aussi le secret qu'il gardait ne se montra qu'après qu'il eut renoncé à la vie publique, dans ses traités philosophiques sur la Nature des Dieux, la Divination, le Destin.

Gaston Boissier a indiqué clairement ces deux manières d'agir : « Cicéron semble changer de sentiment sur la religion avec le public auquel il s'adresse. Ses discours, ses traités dogmatiques, sa correspondance .qui nous le montrent successivement comme citoyen, comme philosophe et comme homme, nous le font voir sous trois aspects divers.. Dans les harangues judiciaires ou politiques, quand il est homme d'Etat, il tient à passer pour un citoyen croyant. Il . énumère complaisamment les miracles qui ont annoncé la gloire de son consulat. Son eimemi Clodius ayant été tué au pied du Mont Albain, où l'on adorait Jupiter, et devant le temple de la Bonne Déesse, il en prend occasion pour composer une tirade pathétique où il montre que les dieux finissent toujours par punir les impies » (pro Mil. 3i) (i).

(i) Relig. Rom. p. 62.

Citons encore Boissier à propos du De natura deorum et du De divinatione : « Dans ces deux traités il maltraite beaucoup les religions populaires, il raille sans se gêner les dieux et leurs fables, les devins et leurs miracles. Le dernier est net, ferme, précis, sans hésitation ni sous-entendu ; Cicéron y dit sincèrement sa pensée. Il détruit les arguments de ceux qui prétendent qu'.il y a une science pour connaître l'avenir et ne veut pas permettre qu'on mette la superstition sous la protection de la philosophie » (i).

III.) Dès qu'il eut quitté la vie politique il se retira pour philosopher en dehors des opinions de la foule.

Vivant seul et libre de réfléchir sur les théories morales des Grecs et des Romains, il étudie plus à fond, se fait juge et critique des opinions religieuses ou sectaires répandues dans une société dont il connaissait bien l'état moral et le manque de foi ; et c'est en lui tâtant en quelque sorte le pouls, qu'il a composé ses traités. Je ne parle pas, bien en- \endu des traités que lui dictait la raison d'Etat, mais seulement de ceux où traitant une philosophie religieuse des plus abstraites il s'est affranchi de ses devoirs d'homme public et ne s'occupe plus que de philosophie.

A ce titre trois ouvrages méritent tout spécialement notre attention : le DE NAWRA DEORVM, le DE DIVINA- TIONE, et le DE FATO, qui s'occupent plus spécialement ^ des questions de la foi humaine, des dieux et des choses surhumaines.

Tous les traités qu'il écrivit dans sa retraite sont dédiés aux grands personnages qui s'éloignèrent des affaires pu-

(i) Rel. rom. p. 62.

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