‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 27 sur 68 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Il comprend les opinions de l'épicurien sur les dieux, expression de son athéisme, et celles de son contradicteur, mais il lui semble que les vérités dont chacun se croit le privilège ne sont que des illusions, des préjugés ancrés depuis longtemps dans la cité romaine et qui n ont aucune valeur. L'homme ne pourrait se garantir de l'erreur vers laquelle le pousse une religion fausse qu'en affirmant que rien n'est positif. On ne peut avoir connaissance des vrais dieux par la théologie romaine dont les siècles successifs ont accru les superstitions et que les philosophes et les poètes ont faussée.

C'est pourquoi il voudrait modérer le zèle des partisans de la religion, c'est pourquoi aussi, tel l'épicurien dénigrant toutes les sectes mystiques et leur reprochant comme une folie leur croyance aux dieux, il raille, mais avec plus de modération et une politesse inconnue des épicuriens, Balbus le stoïcien et par suite tous les stoïciens. Il détruit leurs arguments pour les empêcher d'imposer leur doctrine au peuple romain, et ne leur permet pas de pousser l'ambition jusqu'à exiger qu'on croie des mythes insoutenables devant une raison sincère, dégagée de toute superstition.

Les qualités de raison qu'apporte Cotta dans sa critique de la religion dominante nous font penser que le « traité sur la nature des dieux » a presque autant d'importance que le « poème de la nature » de Lucrèce. Les deux ouvrages poursuivent le même but : rendre impossibles pour une critique éclairée, les progrès d'une religion surannée et en désaccord avec l'esprit nouveau ; ils nous montrent de plus que la croyance aux dieux romains avait pris naissance dans

rimagination populaire, que leur image était façonnée à l'image même de l'homme, toujours porté à expliquer par une intervention divine les phénomènes hors de la portée de son intelligence encore primitive.

Ces dieux encore sauvages reçurent une forme plus parfaite dans les chants des poètes, mais, l'intelligence grandissant, nous nous rendons compte, d'après les œuvres de Cicéron qu'à son époque les hommes plus instruits ont perdu toute croyance en leurs dieux immortels, et commencent à avoir sur leur origine, leur nature et leur essence, des idées personnelles en désaccord avec la croyance populaire.

IL) Balbus expose la théologie des stoïciens, les seuls philosophes qui défendissent encore la religion nationale.

Leur doctrine était un mélange d'opinions de sectes différentes et de croyances populaires.

Les stoïciens, influents à Rome par le nombre de leurs adeptes, s'efforçaient par tous les moyens raisonnables de maintenir le sentiment religieux dans les masses. Ils cherchaient à rendre plus intelligibles les légendes et les mythes du passé, et recueillaient les opinions exprimées sur les dieux par les philosophes plus anciens en se gardant de les critiquer, ce qui rend leur doctrine personnelle vague et imprécise.

Toutefois, leur religion n'était pas en complet désaccord avec les croyances populaires ; elle était un panthéisme cosmique où la divinité se mêlait aux forces de la nature, divinité qu'ils concevaient comme un esprit universel, immatériel et immanent, dirigeant les phénomènes célestes ou terrestres.

Le peuple, au contraire, attribuait à tout phénomène

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une force spéciale et ne sVn expliquait le mysfère que par l'intervention d'un dieu dont il se faisait une idée plus ou moins précise, sans pouvoir dépouiller d'une forme corporelle l'être supérieur auquel il croyait, ni l'imaginer comme un esprit purement immatériel.

Balbus, qui représente les stoïciens, croit fermement à leurs dogmes. C'est le personnage dont Cicéron a besoin dans le De ^atura Deonim, pour montrer à quel point la religion de ses contemporains est faussée par les superstitions, l'imagination du peuple et les conceptions de certains philosophes.

III.) Les deux adversaires que Cicéron oppose à Balbus, l'accablent d'arguments tels qu'il a le dessous. C'est d'abord Velléius l'épicurien ; pour justifier son incroyance il cite les philosophes athées et leurs opinions sur la nature des dieux. Son discours manque de mesure car il est peu scrupuleux dans le choix des arguments qu'il emploie pour supprimer la religion. Il injurie et voudrait détruire les croyances. Son discours plein d'exagérations et d'incertitudes, se développe avec une facilité extraordinaire. Il se garde d'aller au fond même des choses, car son rôle et son but sont de vulgariser la science et de semer l'incrédulité.

C'est la méthode pratiquée en effet par les épicuriens, et Cicéron y conforme dans son traité le langage de Velléius pour nous montrer, tel qu'il est, un adepte de la doctrine.

L'autre railleur des stoïciens est Cotta l'académicien, une personnalité caractéristique et bien connue dans la société intellectuelle de Rome au temps de Cicéron.

Cotta est le type du Romain indifférent et incrédule ; il a perdu toute foi dans les dieux de son pays, et s'il conti-

nue à se soumettre aux cérémonies religieuses, c'est par patriotisme, peut-être par un reste d'égard pour les traditions.

Sous son nom Cicéron s'efforce de détruire ce qui reste encore de superstitions et de croyances, et critique la théologie, plus spécialement celle des stoïciens.

Il dit modestement que tous les arguments par lesquels on prétend prouver l'existence des dieux ne réussissent qu'à rendre la question douteuse : « Adfers haec omnia argumenta, car di sinf, remque mea sententia minime dubiam argumentando dubiam facis. » (i)

Mais cette modestie incrédule avec laquelle Cotta parle est encore plus dangereuse pour les croyants qu'un langage véhément et passionné car elle leur persuade doucement que la religion de ce monde antique ne s'appuie, au point de vue philosophique, sur aucune raison inébranlable.

(i) De natura deorum. III. 4.

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