‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 3 sur 68 · RAPPORTS DE CICERON AVEC LES ACADEMICIENS · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE CICERON AVEC LES ACADEMICIENS

Iv^

De Véclectismc de Cicéron. — Tranquillité et équilibre de son âme. Son esprit critique, son bon sens et sa haine des exagérations.

Cicéron^ les académiciens et leur probabilisme.

Voie moyenne : Systématisation du scepticisme de Pyrrhon.

Carnéade : impuissance de la raison ; une vérité probable est nécessaire.

Rapports de Cicéron avec Carnéade,

On sait que Cicéron a été à la fois homme d'Etat et philosophe ; dans ses actes gouvernementaux il s'écartait de ses opinions philosophiques quoiqu'il reconnût leur valeur théorique ; mais dans la société de ses amis et même dans ses ouvrages il exprimait sa pensée intime et complète telle que son esprit philosophique la lui découvrait.

Je ne parlerai pas, dans cette thèse, de Cicéron homme d'Etat : on sait qu'il soutint avec fermeté et sincérité les croyances établies dans sa patrie, croyances qui furent la base sur laquelle se fortifia cette République Romaine indestructible durant tant de siècles ; je n'entends l'étudier qu'au point de vue de la grandeur de sa pensée philosophique, indépendante et affranchie de ses préoccupations gouvernementales. Son esprit subissait volontiers les influen-

b PREMIERE PARTIE

ces du dehors ; elles le portaient à la controverse qui perce

dans ses traités théologiques : le « DE NATURA DEO-

RUM », le « DE DIVIN ATIONE », le « DE FATO » et quelques autres moins importants.

Avant d'entrer à fond dans la controverse de Cicéron il importe de rappeler son éclectisme, de parler de ses rapports avec les philosophes contemporains et enfin d'apprécier l'influence que la Société Romaine a pu avoir sur sa philosophie.

I.) Tout en cherchant par ses traités à ébranler les théories stoïciennes, Cicéron s'efforce cependant de ne pas prendre le contrepied absolu du stoïcisme comme le firent les Epicuriens ; il garde un ton modéré, la tranquillité de l'âme et une froide raison : « Efficienduni aiiteni est ut adpetitus rationi oboediant eamque neque praecurrant nec propter pujritiam aut ignaviam deseranty sintque tranquilli atque omni animi perturbatione careant : ex quo eluccbit omnis constantia omnisque moderatio n (i).

Durant toute sa vie il fut fidèle à ces principes et conserva cette attitude : regarder les choses du haut de la philosophie et chercher la vérité basée sur les meilleurs arguments. Il dégageait de leur obscurité les pensées des philosophes grecs et les mettait en lumière ; son esprit ^ avait en effet les qualités romaines, mesure et pondération, et Cicéron ne cessa de critiquer les adeptes des doctrines extrêmes. Stoïciens ou Epicuriens. Où le bon sens de Cicéron apparaît le pTus7c*est dans ses traités philosophiques où les épicuriens et les stoïciens qu'il fait parler combattent les opinions de leurs adversaires.

(i ) De OFF. I. 39.

CICÉRON HOMME D ETAT ET PHILOSOPHE 7

Grâce à sa critique toujours étayée d*arguments irréfutables, Cicéron avait le droit d'être fier de son bon sens et de sa raison, et pouvait par suite rester assez indifférent aux opinions étrangères. Par nature et par tempérament il était libre de peser d'un esprit réfléchi et avec une égale modération les théories opposées, et d'en tirer une synthèse éclectique plus proche de la vérité.

Cicéron n'aimait pas les exagérations ; s'il a parfois poussé ses discours à l'extrême, la violence n'était chez lui qu'exceptionnelle : les doctrines du probabilisme et de^^la, vraisemblance répondaient mieux à la nature de son esprit.

II.) Par sa raison impartiale, il se sentait en pleine communion d'idées avec les Académiciens qui étaient les . éclectiques de son époque.

^ Dans l'éclectisme, en effet, la raison cicéronienne se

trouvait satisfaite et comme chez elle, et pouvait chercher

le vrai universel. Les Académiciens apprenaient à Cicéron

à être modérés. Si nourris, élevés, puis vieillissant dans

Féclectisme, ils discutaient une question aussi brûlante que

la Religion, ils ne le faisaient très probablement que dans

le but d'apaiser les esprits extrêmes et par suite incapables

de rester calmes sur le terrain critique. Ils continuaient

pour la plupart, à suivre la voie modérée nécessaire à une

raison impartiale et universaliste. Par sympathie pour leurs

idées, il composa ses « Academicae » ou c< Académie® ques- oamM-^v^^

tiones » ; ouvrage composé de deux livres, qui contient en

résumé l'histoire entière de la philosophie grecque, de So-

crate aux membres de l'Académie Ancienne.

Dans cet ouvrage, Cicéron laisse entrevoir pour la pre-

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