‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 4 sur 68 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

mière fois son opinion comme Probabilistc ; il n'affirmera jamais rien, mais choisira une voie moyenne entre les opinions extrêmes ; c'est la pensée qu'il exprime dans le « DE NATURA DEOHUM ». « Qua quidem in causa et benevolos obiurgatores placare et invidos vitnpti itores conjutare possiirnus, ut alteros reprehendisse paeniteaty altevi didicisse se cjaudeant ; nam qui admonent amice, docendi sunt, qui inimice insectantur, repellendi n (i).

III.) Celte voie moyenne qu'il a choisie, il la poursuivra, et à travers maints détours sa direction restera la même jusqu'à ce qu'elle aboutisse à celte étape probabilistc de sa philosophie, étape que je me propose d'étudier dans ma thèse.

L'origine et l'organisation en système du Scepticisme sont attribuées. à Pyrrhon, philosophe grec (365-275) qui vivait au temps où se fondèrent les Ecoles Stoïcienne et Epicurienne. Rappelons quelques-unes de ses pensées pour mieux nous pénétrer de son esprit (2). Sa conception de l'écleclisme reposait sur une fusion de systèmes différents destinés à serrer la vérilé de plus près. Selon lui, si les sentiments et la raison pris séparément trompent, on doit encore bien moins espérer alteindre à la vérité en les associant. La conception de la vérité ne nous représente pas les choses telles qu'elles paraissent ; toutes les opinions même morales, sont conditionnelles cl ne sortent pas de la nécessité naturelle. Pour celle raison, on peut soutenir également et défendre deux opinions opposées entre elles, chacune ayant même valeur, aussi ne doit-on pas affirmer

(1 ) Do Nat. Deor. L 3.

(2) Ch. Waddington. — Pyrrhon et Pyrrhonisme,

CICÉRON HOMME d'ÉTAT ET PmLOSOPUE Q

mais s'abstenir de tout jugement, car nous ne savons rien des choses et elles sont pour nous indifférentes (i).

On peut comprendre dès lors combien le probabilisme était déjà, à l'époque de Pyrrhon une arme puissante con- ^ tre les dogmatistes dont il modérait les afTirmations, et qu'il mettait en garde contre les opinions trop arrêtées.

IV.) Carnéade, le principal adversaire des stoïciens montré combien le jugement humain est peu apte à nous permettre d'établir une distinction entre le vrai et le faux : « Res enim nulla est, de qua tanto opère non solum indoctiy sed ctiani docti dissentiant, quorum opiniones cuni tani Y variae sint tamque inter se dissidentes alterum fieri profecto potesty ut earum nulla, alterum certe non potest, ut plus

una vera sit » (2).

Et non seulement il soutient la théorie, de l'incapacité où se trouve l'intelligence humaine de vérifier les faits, mais il attaque aussi cette thèse : « que l'on pourrait garantir kl vérilé par le développement perpétuel de la pensée

logique » (3) .

11 montre enfin que chaque preuve, pour être vérifiée avec certitude, exige une nouvelle preuve qui à son tour en demande une autre, et ainsi de suite jusqu'à l'infini, car il n'y a jamais certitude immédiate.

Nous savons toutefois que Carnéade soutenait en public seulement cette impossibilité absolue d'arriver à la vérité et que dans ses discussions et ses polémiques avec ses disciples il admettait au contraire la probabilité d'une vérité. Il reconnaissait que dans la vie pratique la théorie de

(i) Windelband, Geschichle dcr Antilien Philosophie S 48.

(2) De nat. deor. I. 2.

(3) Windelband S f\S.

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