PREMIERE PARTIE
la négation universelle était pernicieuse. Pour pouvoir agir, l'homme doit partir d'un concept préalable et s'il renonce à la vérité il est forcé de se servir du Probabilisme, c'est-à-dire de ce qui lui paraît le meilleur dans le plus grand nombre de cas et le plus impossible à réfuter : certe non potesty ut plus una vera sit (i).
V.) A mon avis, Cicéron inclinait plutôt vers la doctrine de Carnéade que vers celle des Académiciens sceptiques, pour lesquels la raison humaine est inapte à découvrir la vérité des choses ; il semble bien qu'il avait la même arrière pensée que Carnéade. Celui-ci, après avoir fait preuve en public d'un scepticisme absolu, convenait dans la société de ses disciples de la nécessité d'être moins affirmatif, et d'admettre qu'il était possible de reconnaître l'existence de certaines probabilités. N'est-il pas utile dans la vie de s'appuyer sur une vérité h peu près certaine, comment l'homme peut-il agir s'il n'a d'avance une notion vague de ce qu'il compte faire ? sinon aucune action humaine ne pourrait être entreprise ?
Cette doctrine de la vraisemblance qui consiste à choisir entre toutes les opinions celle qui semble approcher le ptlus de la vérité, telle que la comprenait Carnéade, a certainement influé sur l'esprit de Cicéron ; nous la retrouvons notamment dans ces pages, chefs d'œuvre de sa pensée où il passe en revue les divers philosophes, dans le « DE NA- TURA DEORVM » le « DE DIVINATIONE » et le « DE FA- TO », enfin et surtout dans ses deux derniers ouvrages où il raille les superstitieux de toute son énergie.
(i) De Nal. Deo. I. 2. (opinion de Carnéade par Cicéron).