PREMIERE PARTIE
CICÉRON HOMME d'ÉTAT ET PHILOSOPHE
II.) La vie stoïcienne fut exaltée, idéalisée, comme élevant l'homme, l'éloignant des influences de la vie quotidienne et le libérant de l'égoïsmc individuel : « Sed omne, quod est honestum, id qaattuor partium oritur ex aliqua, Aut enim in perspicientia vevi sollertiaque versatur aut in hominiun socictate tuenda trihiicndoque suuni cuique et renim contractanim fide aut in anitni excelsi atqiie invicti magnitudine ac robore aut in oniniutih qnae fiunt quaeque dicuntur, ordine et modo, in quo inest modestia et temperantia » (i).
111.) Le point de départ du vrai stoïcien est le cosmopolitisme ; toutes les différences entre les hommes doivent disparaître devant la raison du sage, égale pour tous, et l'injustice ne peut trouver place dans leur monde. Le but du stoïcisme c'est d'élever les âmes, d'amener les hommes à ne voir que des frères les uns chez les autres ; tous acceptent la loi générale, leur principe est de lui obéir.
IV.) Telles sont les raisons qui lirenl le succès du stoïcisme chez les Romains, bons citox eus, aimant leurs institutions et. cherchant à s'insiruire surtout pour défendre la République et la rendre plus puissante : cette philosophie honnête, douce, morale, ainsi sanctionnée par l'Etat, devait jeter ses racines dans les âmes romaines et dans celle de Cicéron en particulier.
V.) Cette prédilection de Cicéron pour les stoïciens, lui fut suggérée tout d'abord par les maîtres stoïciens dont, il avait reçu les leçons dans sa jeunesse < Diodote et Posi-
(i) De officiis, L 5. (Gcéron)
> donius. La raison d'Etat la fortifia plus tard dans son âge mûr, et si elle s'affaiblit lorsque dans sa vieillesse il se tourna surtout vers la philosophie de l'intelligence pure, semblant dédaigner la doctrine chère à sa jeunesse, quelque chose subsiste encore dans son esprit qui le pousse à ne point se satisfaire des conceptions académiciennes, et à revenir à la morale stoïcienne, à la doctrine du « consensus gentium ».
VI.) Comme homme d'Etat, Cicéron prenait parti nettement pour les Stoïciens, ainsi que nous le voyons dans le traité des devoirs : Sequemur igitur hoc quidem tempore et hac in quaestione potissimum Stoicos, non ut interprètes,
sed, ut solemus,.. (i)
Il savait que leur but était d'élever l'âme romaine, de former de bons citoyens en vue des intérêts généraux de la République puis de l'humanité : Ex quo fit ut laudandus is sit, qui mortem oppetat pro re publica, quod deceat, cariorem nobis esse patriam quam nosmet ipsos (2).
Ces doctrines stoïciennes enseignaient au peuple le devoir de se consacrer au salut de tous : « leges oînnium salutem singulorum saluti anteponunt, sic vir bonus et sapiens et legibus parens et civilis ofjicii non ignarus utilitati omnium plus quam unius alicuius aut suae consulit » (3).
VII.) Cicéron nous dit lui-même que le premier principe de l'union des hommes est dans la société même de Tespèce humaine et dans la fraternité de ses membres ; il pense que Jies liens qui nous réunissent dans une même et seule fa-
(i ) De officiis. I. 2. (Cicéron).
(2) De Fin. III. — 19 (Caton).
(3) ibid.