Id., I. c
la journée comme pendant la nuit. Enfin les Turcs, tombant par milliers , durent céder ; leur déroute devint générale • ; et Achmed Kiuprili, en renvoyant les nonces de l'empereur germanique, avec une lettre du sultan pour leur maître, voulut exprimer, -à la manière des barbares, toute son admiration pour l'héroïsme de la nation croate :
« Si la saison n'était pas si avancée, dit-il, j'accompagnerais moi-même cette lettre jusqu'à Vienne, avec une armée de trois à quatre cent mille hommes... On s'en tire très-facilement avec les guerriers allemands ; mais les Croates montrent une insolence indomptable. Je reviendrai l'année prochaine pour châtier ceux-ci et pour rendre visite aux Allemands 2 . »
Le nom de Nicolas Zrinj fut glorifié de toutes parts en Europe, qui le considérait comme le véritable sauveur de la Croatie et de la Styrie. Philippe IV, roi d'Espagne, lui conféra l'ordre de la Toison-d'Or; Louis XIV, le grand roi de France, décréta des gages princiers en sa faveur; et Léopold I er , empereur d'Allemagne et roi de Hongrie et de Croatie, comme empereur romain-germanique, lui donna la dignité de prince d'État (Reichsfùrsten) allemand; mais Nicolas Zrinj refusa, parce qu'il avait le noble orgueil d'un simple Croate 3 . D'ailleurs, il méprisait trop la pusillanimité des Allemands pour s'arrêter devant ce vain titre, lui qui avait à peine le temps de se préparer à de nouveaux combats ; car il savait qu'Achmed Kiuprili était à la fois homme d'action et de parole.
Désirant empêcher que le grand vizir ne réunit toutes ses forces pour compléter les préparatifs de la prochaine campagne, Nicolas Zrinj représenta aux généraux allemands qu'il était indispensable d'entreprendre une expédition pendant l'hiver. Mais U fut déclaré, par Montécuculi, qu'une pareille expédition serait ■contraire à l'art méthodique de la guerre. Ainsi, la lâcheté a tou-