‹ La Croatie et la Confēdēration italienneChapitre 67 sur 101 · Voir à l'Appendice I · texte numérisé non relu

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l'inviolabilité des traités.

baïonnette. Mais il nous suffira de dire à l'Europe que tout le sang versé par notre patrie, durant les guerres de la Pragmatique Sanction, et uniquement pour assurer le triomphe de Marie-Thérèse, en tant que chef de sa dynastie, remonte en vapeurs accusatrices vers le ciel et crie vengeance contre la maison d'Autriche.

N'allez pas croire, pourtant, que le dévouement de la nation croate pour ses souverains légitimes ait diminué le moins du monde par suite de ces pertes d'hommes et d'argent? Non, non ; après les guerres de la Pragmatique Sanction, vint la guerre de Sept ans ; et le prince Hildburgshausen recruta largement parmi les enfants de la Croatie, qui furent tant de fois victorieux dans les combats livrés au cœur de la Prusse , où un grand nombre d'entre eux mourut de la mort des braves ! La maison de Hapsbourg-Lorraine ne pouvait donc se plaindre que d'une seule chose relativement à la nation croate, c'est qu'elle était trop héroïque et qu'elle se voyait elle-même obligée d'ajourner ses desseins perfides, n'osant pas encore les accomplir, de peur d'ameuter contre sa politique abominable tous les nobles sentiments de l'Europe.

Ce n'était pas assez encore. Voici venir la révolution française avec ses guerres gigantesques de la Convention, du Consulat et de l'Empire, qui en font une époque non moins triste que glorieuse. Les Croates sont appelés à défendre les États de François 11, leur monarque légitime, à Mantoue, à Vérone et à Trente, au pont d'Arcole et à Fiume, sur le Bliess comme sur le Rhin , partout enfin où ils se trouvent menacés. Jelaçiç, Stipsiç, Gvozdanoviç, Davidoviç, Knezeviç, Kataliniç et le grand Vukassoviç sont toujours à leur tête ; généraux illustres qui conduisent au feu de vaillants soldats ! Et de quelle manière la maison d'Autriche reconnaîtra-t-elle ces sacrifices persévérants et intarissables de la nation croate ? En la sacrifiant elle-même sur l'autel de ses intérêts politiques; car la plus grande partie de ses territoires furent cédés à Napoléon 1 er par

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François II, qui rachetait son empire en cédant un royaume, quoiqu'il sût très-bien qu'il n'avait pas le droit d'en disposer. Mais du moins ce nouveau parjure politique ne s'accomplit pas sans qu'il en résultât un bien moral pour notre patrie, puisque le successeur de Charlemagne , en incorporant nos pères dans la grande armée française, laissa échapper ce cri de sa conscience : « Mes braves Croates ! »

Un autre cri s'élève et remplit l'espace au moment où nous écrivons. Napoléon III a dit aux cinq millions de Lombards- Vénitiens, qui gémissaient hier encore sous le joug exécré de l'Autriche : Vous serez les citoyens libres d'un grand État; et, grâce au génie de ce grand homme servi par l'héroïsme d'un grand peuple , la Lombardo-Vénitie est libre aujourd'hui ou le sera demain ! Ce n'est donc pas pour envahir et conquérir que l'aigle napoléonienne a franchi les Alpes et la Méditerranée , mais bien pour affranchir; l'Europe reconnaissante admire et applaudit. Depuis lors, une lueur d'espoir brille aux yeux de cinq millions de Croates, qui désirent, eux aussi, reconquérir, comme les Italiens et en même temps que les Italiens, Y unité, Y indépendance et le droit public de leur patrie.

Dira-t-on par hasard qu'ils n'en sont pas dignes ? nous objectera-t-on les luttes des Croates contre les Magyares et les Italiens en 18^8? Mais autant vaudrait-il rendre la nation croate responsable des événements qui s'accomplissent aujourd'hui, puisque les régiments croates, incorporés dans l'armée autrichienne, combattent, le cœur navré de désespoir, contre les armées franco-sardes. A qui la faute d'ailleurs, si ce n'est à toute l'Europe qui, par les traités de Vienne et de Paris, s'est rendue complice de l'Autriche, en plaçant elle-même son parjure et ses illégalités, commises contre le droit public croate, sous l'égide du droit public international et universel.

Au surplus, sommes-nous les seuls? Ne voit-on pas aussi combattre avec nos soldats, aux champs d'Italie, des soldats magyares, polonais, etc., contre l'indépendance italienne?

Toutes les fois que la nation croate a eu son libre arbitre, elle est restée au contraire dans les limites de la justice et de l'humanité. Par exemple, malgré les tentatives coupables et inconstitutionnelles qu'elle pouvait reprocher aux Magyares, en 18^8, à peine sa diète fut-elle légalement réunie à Agram qu'elle exprima hautement l'intention et le désir de rester en société et dans les meilleures relations possibles avec toutes les nations constitutionnelles de l'Autriche et spécialement avec les Hongrois, ne se réservant que le droit, assurément fort légitime, de délibérer comme il lui plairait, sur les bases de cette association, union et confédération , c'est-à-dire sur sa propre autonomie nationale intérieure.

Les députés de la nation l'exprimèrent clairement et énergiqucment dans la représentation di étale qu'ils remirent au roi légitime, Ferdinand V, afin qu'il confirmât leurs décisions et leur donnât force de loi. «Si nos pères et nous, disaient-ils, avons été détournés autrefois de cette voie, c'est parce qu'un pouvoir illimité s'élevait dans la vieille Autriche. Maintenant qu'elle a si complètement et si puissamment changé, nous ne voyons plus, en ce qui nous concerne, aucun obstacle à ce rapprochement '. »

Qu'on le sache bien : la responsabilité de la nation croate a cessé avec le combat deSchwccfiat. Celui-ci rompitpour toujours les relations qui existaient entre les Magyares et les Croates ; pareillement toutes ses relations avec les nations de l'Autriche ont cessé pour toujours, après la dissolution du parlement libre opérée par les baïonnettes de la tyrannie autrichienne. 11 n'y a plus de lien légal entre la Croatie et l'Autriche, puisque la maison de Hapsbourg- Lorraine a foulé aux pieds les lois

1. « Jer ako je nos i otce nashe od koraka toga odvratjalo niegda to,

SHTO U STAROJ AUSTBH NBOMEDJASUENO VLADANJE BIASHE, tak.0 Sada, gdiese je TAKO JAKO OD TEMELJA PRETVORILA , Tû\ f Shto Se TIOS tlÇC , nCVidiOlO pribH-

zsenju tomu vishe zaprieke nijedne. » (Voir la représentation diétale à l'Appendice I.)

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écrites et ses propres serments, comme nous l'avons trop de fois prouvé, malgré les services rendus à la dynastie régnante en 18/i 8-9, dont voici le plus important témoignage :

« Décision impériale du 7 avril 1850

« Nous, François-Joseph 1 er ... empereur d'Autriche.

« Les habitants de la Croatie et de la Slavonie ont conservé, pendant cette désastreuse époque d'un passé récent, leur fidélité innée envers notre trône ; et non-seulement ils se sont prononcés, dans une mâle attitude et résolution, pour les intérêts les plus élevés de l'État dans leur diète, mais encore ils ont pris les armes avec un dévouement plein d'enthousiasme, tant dans le civil que dans le militaire, pour défendre et protéger l'intégrité de la monarchie et les droits de notre maison impériale. En

1. «Kaiserliche Entschliessung vom 7. April 1850... « Wir Franz Joseph der Erste... Kaiser von CEsterreich :

(Cœteris exmissis.)

« Die Bewohner von Croatien und Slavonien haben waehrend jener vERHifiNGNissvoLLEN Ereignissb der jûngsten Vergangenheit Unserem Throne dis angestammte Treije bewahrt, und sind nicht nur auf ihre» Landtage mit aller Entschjederhbit fûr die borcusten Interessen des Rciches in die Schranken getreten, SONDERN sie haben auch MIT BEGEISTERTER HINGEBUNG in den Provinzial- und Grœnzgebieten die WAFFEN ERG RI F- FEN um die Intégritœt des Gesammtstaatesund die Rechte Unskres Kaiserhausbs gegen aussbrb und innere Feindb (c'est bien claii parlé!) und Gefahren zu vertheidigen und ZU SCHIRMEN*. Wir erfùllen eioe Uoserem Herzen wohlthuende Regentenpflicht iodem wir diesen Vœlkern fUr ihre so GLvENZEND bewœhrte Treue und Anhœnglichkeit y fûr ihre muthvollc Ausdauer und fûr die AUSSERORDENTLICHEN zum Wohle des Reiches bereitwillig dargebrachten OPFER und Leistimgen Unseren Kaiserlichen Dank... Unsere gerechte Anerkennung ausprechen. « So gegeben... Wien am 7. April 1350.

« Fbanz Joseph, m. p. »

* On le voit, non-seulement la nation croate a défendu sa dynastie régnante, mais encore elle l'a protégé*.

l'inviolabilité des traités.

conséquence, nous remplissons un devoir bienfaisant à notre cœur en notre qualité de régent, en remerciant ces peuples de leur attachement et de leur fidélité prouvée d'une manière si éclatante, de leur héroïque persévérance et de leurs sacrifias extraordinaires, qui ont tant contribué aux avantages de l'État. . . en exprimant en même temps notre juste reconnaissance.

« Vienne, le 7 avril 1850.

« Signé François-Joseph, m. p. »

On le voit, ce n'est pas le roi légitime de Croatie, mais V empereur * ou mieux l'usurpateur, qui reconnaît lui-même la Wja- Ulè de la diète nationale de 1848, et qui prononce, par conséquent, sa propre déchéance politique et sa propre condamnation morale. Or, cette diète était le symbole légal de la constitution et des droits de la nation qui ont été, sinon anéantis, puisqu'ils sont imprescriptibles , du moins annulés par le décret impérial du 31 décembre 1851 a . Cette constitution, qui existait dans le passé, a donc toujours sa raison d'être, sinon dans le présent, parce que la force matérielle empêche la libre pratique des lois, du moins dans l'avenir, quand l'Europe, affranchie et régénérée par la justice, but suprême de toutes les sociétés civiles, aura trouvé le moyen et considérera comme un devoir sacré de fonder un nouveau droit public pour garantir le triomphe universel de la liberté et de l'indépendance des

1 Bulletin des lois du royaume de Croatie, 1850.

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