Thomas, Archid. Spalatensis ITist. Eccl. Salonit. C
APPENDICE
De ce témoignage authentique il résulte historiquement :
4° Qu'une multitude presque innombrable de Croates, de tout âge et tout sexe, suivit le roi de l'intérieur de la Croatie, d'Agram, jusqu'à la mer Adriatique, à Spalato.
2° Par conséquent, le récit de Fessier, suivant lequel les Croates se seraient cachés dans les forêts et sur les montagnes inaccessibles est non-seulement une fable, mais encore une indigne calomnie; car, outre cette multitude presque innombrable qui suivit le roi de Croatie à Spalato, d'autres concentrations militaires eurent lieu aussi dans toutes les autres villes croates maritimes, comme cela est affirmé par le même témoin oculaire et contemporain :
« Tune (quand les Mongoles traversèrent la Drave) diversi diversa quœrentes diffugià, PER OMNES civitates maritimas dispersi sunt '. »
Nous allons voir maintenant que ce témoignage contemporain est parfaitement d'accord avec les autres monuments historiques et inattaquables, puisqu'ils émanent du roi Béla, témoin oculaire lui-même.
Mentionnons en premier lieu le privilège et les donations (litterae donationales) faites par Béla au comte Martin Dragosh ôe Iludina (l'illustre famille croate des comtes de Draskoviç en tire son origine) , grand héros de son temps 2 . Ce monument historique prouve, non-seulement que M. Dragosh a soutenu le roi matériellement et sous tous les rapports, mais aussi qu'il a défendu et protégé la retraite du roi et d'une trèsgrande multitude de peuple, « maximam hominum mullitudinem dépendit; » qu'il a héroïquement soutenu tous les assauts des barbares ; que cette résistance a dû être très-opiniâtre et acharnée, puisqu'il a perdu un grand nombre de parents , et que les Croates qui ont lutté contre les Tartares, en traversant la Drave, ont dù être très-nombreux, puisqu'ils ont perdu un nombre si considérable de chefs.
Lorsque l'on compare ce témoignage auguste, relatif aux combats que les Croates livrèrent contre les Tartares dans l'intérieur de la Croatie
t. id., i. c.
2. « ... Eo quod Tartarica maxime irruptionis tempore, régi ultra Pravum id est in Sclavosiam profecto, cijm suis expensis adfiiit (le comte Dragosh de Hudina). Et rege vertus HARITIMA profecto, mrbarorum impetum suis PLURIBUS ETIAM COGNAT1S AMISSIS FORT1TER SUSTIHENS, MAXIMAM HOMINUM MULTITUDINEM DEFENDIT. > Les lettres SOUt de
l'an 1245. Krçeliç. Hist. Eccl. Zagr., P. I.
à l'époque de la retraite du roi et de la nation vers l'Adriatique, avec le récit de Fessier relatif aux Croates qui se cachaient, dit-il, dans les forêts et sur les montagnes inaccessibles, une juste indignation s'empare de notre àme, et tout honnête homme ne saurait nous en blâmer. Cela n'empêche point le D r Rotteck , soit-disant historien critique , de marcher sur les traces de Fessier. Mais, que voulez-vous? Les Croates sont des Slaves; aussi vaut- il mieux s'appuyer sur l'erreur, pour avoir le droit de contester la vérité.
Or, le comte Martin Dragosh ne fut pas seul récompensé pour les services qu'il venait de rendre à la chrétienté. Une foule d'autres Croates furent signalés à l'histoire dans cette occasion. Il résulte, en effet, de tous les documents, que toute la nation de l'intérieur se souleva contre les barbares , et qu'elle alla se concentrer sur les bords de l'Adriatique pour tenter le coup terrible d'où dépendait sa propre existence nationale. Le privilège donné au comte Junk, ûlsd'/sooc, est une irrécusable preuve de ce soulèvement national 1 .
Si, entre les monuments historiques cités jusqu'à présent, il en est qui ont un caractère décisif, c'est, sans contredit, le privilège conféré aux comtes Frankopans , ces héros immortels de la nation croate. En confirmant les donations faites à la famille des Frankopans, le roi mentionne expressément [ilM , nonis aprilis) le patriotisme de la nation croate et celui dont ses chefs firent preuve à l'occasion de l'invasion des Tartares :
«... Tempore persecutionis Tartarorum in partibus nostris maritimis
NOBÏS C0NST1TCTIS , non SOLUM IN MARI CUM NAVIBUS MUNITI , VERU.M
ETiAM m terra cum armatis, prout temporis nécessitas et negotii qualitas exigebal, ad custodiam person^ nostr.e : necnon ad PERSE- QUENDUM INIMICOS et infidèles nostros tam fideliter servierunt et constanter, quod inter alios regni nostri fidèles ex debito fidei meruerunt computari... »
Au cas où les Croates ne pourraient produire aucun autre témoignage historique, pour appuyer leur juste prétention d'avoir sauvé l'Occident et la civilisation, celui-ci suffirait, ou devrait suffire.
En effet , de ce témoignage royal il ressort incontestablement :
I. t Quod charissimo fratri sno Colomano... Régi i et Duci totius Sclavoniœ continuai* fidelitate servierit; et post decessum ejusdem Colomani Jielœ et comorli ejusdem... et per maxime oceasione Tartarordm impenderit obseqma... • XI Cal. Maji 1244.
APPENDICE. 495
\o Que les Croates, se concentrant aux bords de l'Adriatique , combattaient l'ennemi par terre et par mer , et que la personne du roi leur fut même confiée.
2° Que les Croates ont non-seulement combattu l'ennemi par terre et par mer, mais aussi qu'ils l'ont poursuivi « neenon ad persequendum inimicos.. nostros... » Sans être stratégiste, on sait que l'on ne poursuit l'ennemi qu'après l'avoir battu et mis en fuite. Or, les Croates anéantirent totalement les Tartares , puisque le roi Béla put retourner triomphalement en Hongrie à la tète d'une armée considérable; ce qui est hors de doute d'après les monuments historiques suivants.
Comme corollaire historique et accomplissant le témoignage précédent, on peut citer le fragment d'une lettre écrite par un contemporain impartial ; cette lettre de Jean, Clerc de Narbonne, 1 renferme le récit suivant de la déroute et de l'anéantissement des Tartares.
a Tattari... Pannoniam, quamper traditionem ceperat (Frédéric II)
exiens, dictum oppidum ex ipsis fugientibus princeps dal-
m atijs cepit octo, quorum Dux Austriae novit unum. Hic ex patte régis NEQUissiMi tartarorum, bis venerat ad regeh hungarijE nuncius... »
Ainsi les Tartares ont été non-seulement poursuivis par les Croates, mais atteints, puisque le Prince de Dalmatie (probablement quelqu'un des Frankopans, car le roi Béla déclare qu'ils ont beaucoup contribué « à poursuivre les ennemis ») a pu s'emparer de huit de leurs chefs, dont un avait rempli deux fois les fonctions de nonce auprès de Béla, par ordre de son maître, et occupait conséquemment un rang des plus importants. La déroute des barbares dut être complète, puisque de tels personnages se laissèrent faire prisonniers. Ce ne fut donc ni un miracle, ni la prétendue mort d'un des principaux chefs tartares, ni les allemands par leurs préj>aratifs, qui forcèrent les Tartares à s'e/oigner de l'Europe ; c'est, au contraire, leur anéantissement complet en Croatie qui fît disparaître à jamais ce fléau.
Sans exagération , le dévouement de la nation croate à cette époque désastreuse a été vraiment admirable. Béla IV le reconnaît solennellement dans un autre acte public, par lequel il récompense le comte StiepkoShu-